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LA COMMISSION DE PÈCHE

AUX ÉTATS-UNIS

(Suite et Un. — Yoy. p. 3.'i3 et 30 1.)

On doit aux savantes explorations marines de la Commission un grand nombre d'animaux jusque-là inconnus. Quelques-uns de ceux-ci nous frappent par leur caractère vraiment étrange. Le Spirorbis nauliloides est un des plus curieux êtres nouveaux de ce monde singulier; c'est un petit ver qui s'accroche aux plantes marines, aux coquillages, aux pierres, etc. Il s'enveloppe d'un tube solide et calcaire, muni d'une élégante guirlande de branchies. Il pôrle avec lui ses œufs dans une espèce de panier que forme cette guirlande.

Le Cirralulus grandis, autre découverte de la Commission, est un gros ver, muni d'une immense quantité de cirrlies, longs, flexibles, rouges ou orangés, dont ses flancs sont garnis. Il possède la faculté de contracter, de rouler, de serrer contre son corps tous ces filaments et de changer subitement d'aspect de la façon la plus extraordinaire (fig. 1 et 2). Supposez la longue chevelure d'un Indien, devenant instantanément crépue comme celle d'un nègre.

Celui qui aime les bizarreries pourra se complaire dans l'étude curieuse du Cornulus autolytus, lui aussi, un ver, mais de trois sexes : mâle, femelle et neutre, et chacun des sexes varie d'aspect. L'individu neutre est éclos d'un œuf qui coûte la vie à la mère, et cet individu devient énorme, jusqu'à ce qu'il comporte de quarante à quarante-cinq segments. Puis, aux environs du treizième segment se produisent des excroissances qui deviennent tète, yeux et tentacules. Les derniers segments donnent ensuite des appendices variés par leur développement, et de forme mâle ou femelle. Enfin, ce nouvel animal constitué ainsi, mâle ou femelle, se détache des segments supérieurs, et prend .sou libre cours. Ce ver présente certaines particularités, plus développées encore chez d'autres variétés de l'espèce, et qui lui donnent un certain air belli jueux. L'animal adulte a parfois un vrai faisceau d'armes à ses flancs, armes offensives, et de diverses formes. C'est une vraie panoplie: crochets, droits et tordus, piques de l'Arkansas, en forme de cure-dents, lances, épées, glaives, sabre: -baïonnette, voire même baïonnettes à trois côtes. L'animal peut se débarrasser par un effort d'un de ces engins qui sont susceptibles de blesser grièvement ; ce terrible habitant des eaux doit être manié avec précaution.

Jetons un regard sur le nouvel Qclopiis, selon la dénomination du professeur Bnird qui l'a découvert (fig. 5). C'est un mâle; il y a lieu de croire que la femelle est beaucoup plus grosse. C'est une capture rare dans nos parages que celle d'un octopus, et c'est à la commission de pisciculture que revient tout l'honneur de celle-ci. Depuis que l'énorme seiche de la baie de Fundy a été étudié,

un grand intérêt s'attache à cette variété nouvelle. Il semble que l'octopus nage à l'aide de ses bras, mais à l'aide aussi de son siphon, qui peut s'ajuster dans toutes les directions, et par expulsion de l'eau qu'il contient, faciliter à l'animal le mouvement en avant, en arrière, et dans une direction quelconque.

Avant de quitter le laboratoire apportons notre attention à l'espèce des parasites. Les gros poi-: son s sont tous accompagnés d'un assortiment spécial do parasites , internes et externes, attachés, les uns contre le corps, les autres enfoncés dans le tissu cellulaire, et se nourrissant de la substance de l'animal . Parmi ces derniers, nous classerons le Lernœonema radia ta. La le nielle est plus grosse que le mâle et ressemble singulièrement à une paire de pincettes vivantes, niais, ce qui pourrait passer pour les jambes, constitue les ovaires. L'animal s'enfouit la tête la première dans Jes écailles du poisson,

dont il suce le sang; il choisit principalement le hareng cabaretière (Alewise).

jN'ous signalerons encore parmi Jes curieux animaux retirés de l'Atlantique par le Blue Light, une curieuse anémone de mer (fig. 5), et un singulier polype, Lucern ta quadricornis (fig. G), qui subit des transformations singulières, et se métamorphose en un animal gélatineux muni d'un suçoir, au'moycn duquel il s'attache à des rochers.

Par ses belles recherchessurles animaux invertébrés, le professeur A.-E. Yerrill, de Yale Collège, a pris la première place aux Etats-Unis ; nous lui devons une très-grande quantité de formes nouvelles de la vie dans cette catégorie, et dont quelques-unes ont déjà été décrites. Grâce à son obligeance» à sa courtoisie, nous avons pu recueillir une abondance de matériaux et documents. En réalité tous les gentlemen de la commission semblaient refléter la bonne

Sig J. - Nouveau ver de mer (Ctr/'atuliis grandit', présentant ses filaments étendus.

Fig. t. — Lo même, eoulrjcUui sou corps et ses filaments.

et généreuse nature de leur chef de file. Certains naturalistes avaient leurs spécialités. Le professeur S.-J. Smith, de New-Haveu, s'occupe des crabes, des homards, et enrichit singulièrement nos connaissances sur ces crustacés. Dans la première phase de leur existence après l'éclosion, les crabes, homards, etc., s'appellent Zoé.es. Pour bien étudier le Zoée, le microscope est nécessaire, si l'on ne veut

pas surtout le confondre avec le cancre [Cancer ir roratus). Le Zoée a une immense paire d'yeux noirs, finement réticulés, cl qui donnent un singulier aspect à l'animal, absolument trauspaivnt. La tête est armée de longs piquants, dont l'un sur ie haut ressemble à une corne, et l'autre sur le devant, à un croc (fig. 4). Le Zoée de notr.i dessin est déjà d'un certain âge:

sa longueur est de trois seizièmes de pouce.

Ses mouvements sont devenus paresseux , comme s'il devait faire des peliU. Des convulsions l'ont pris subitement , son enveloppe a éclaté, il s'en est débarrassé,... il a cessé d'être un Zoée; désormais c'est un Négalops.

De loin maintenant, il ressemble à un crabe, mais il lui reste encore quelque chose de son premier état zoétique. Il va nager pendant cinq à six jours en mégalops, peut-être plus longtemps, mais toutefois

moins que n'a fait le Zoée. Un nouveau spasme le prend , moins fort, quoique de même nature, son enveloppe crève encore une lois, et voici !e cancre!

Une conséquence importante est sortie de cette notion de l'histoire des crabes et des homards; elle est exacte sauf quelques variations pour un grand nombre de crustacés. Le jeune homard, par exemple, n'est autre qu'un Zoée, qui deviendra mégalops avant que de se former complètement. Les amateurs qui l'an dernier ont sacrifié des milliers de dollars pour la construction de viviers, destinés à faciliter l'incubation des homards, ont jeté leur argent

dans la nier, car les jeunes homards ont pu facilement s'échapper du pond ou vivier par les ouvertures qui laissent passer l'eau de mer. RI. Scth Green, le membre de la commission de pisciculture pour l'État

de New- York fut le premier qui reconnut ce fuit; il sut en tirer profit. Il publia une circulaire, il y a quelques mois, en y indiquant que pour rendre utile un pond à homard, il faut le renfermer dans un

S* — Houvel octopus.

Fig. 4, — tuée, mistaeé dans te première plias* <fe son existence.

F.?. 5. — Aiieru.mo i)« mer.

treillis en fd de fer, avec des mailles très- serrées. Nous n'avons donné qu'un modeste aperçu des résultats définitifs de la commission de pêclie. Un grand nombre des services qu'elle nous a rendus sont indirects, éloignes, difficiles à reconnaître au

premier aspect. Mais, s'il n'y avait eu d'autres résultats que d'exciter l'intérêt pour le- monde de la mer, et de faire intervenir partout l'Etat, pour protéger et conserver les pêcheries, les bénéfices qu'elle aurait produits eussent grandement excédé les dépenses

qu'elle a occasionnées, Mais la commission a fait plus encore. Elle a fourni les moyens de développer te champ des connaissances et de le cultiver d'une manière constante. Dans ce petit nombre d'années écoulées, il a été fuit plus pour la connaissance de la structure, des mœurs, de la nourriture des divers Irritants de la mer qu'il n'avait été accompli auparavant pendant des siècles.

La diminution du poisson servant à la nourriture do l'homme, dans les eaux des Etats-Unis, a été enfin compl élément étudiée. 11 a été prouvé que cette diminution ne provient pas du défaut d'animaux non vertébrés, dont le poisson se nourrit plus ou moins directement. Cette diminution ne provient pas non plus d'une infection de l'eau par les fabriques, ni d'un changement dans les habitudes des poissons océaniens, changements qui échappent au contrôle de la science. Pour prévenir cette diminution, pour l'empêcher, il n'est pas besoin d'arrêter la marche d'une industrie importante, comme celle de la labricatiou du fdet. La cause principale de la dépréciation des pècheties, c'est un usage abusif du iilet durant. la saison du frai, c'est aussi la voracité du poisson bleu dont nous avons parlé précédemment. L'interdiction de l'emploi du iilet [tendant le tiers de chaque semaine, durant la saison du frai, les bons résultats qu'il y a lieu d'espérer do la propagation artificielle du poisson, rendront cm peu d'années à nos côtes la prospérité d'autrefois l .

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