‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 218 sur 229 · DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, JUSQU'A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, JUSQU'A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Lorsque Colbert créa l'Académie des sciences, cette compagnie n'était pas destinée comme aujourd'hui à apprécier, à discuter, à juger les travaux des savants. C'était avant tout un centre d'études, d'expériences, de travaux comparables à l'académie del Cimento, à la Société d'Arcueil. L'incomparable ministre donna à celte réunion de savants un secrétaire destiné à leur servir d'organe, à résumer leurs découvertes. Le scribe qui fut chargé d'écrire l'histoire des travaux des Picard, des Cassini, des Huygens, des Mariotte, se nommait l'abbé Duhamel ; il était curé de Neuilly-sur-Marne et écrivait en un latin que l'on dit fort élégant. Quand il sentit que ses forces ne lui permettaient plus de s'acquitter de sa mission avec un zèle suffisant, il désigna lui-même un littérateur digne delin succéder. Son choix tomba sur un neveu do Corneille, qui s'était, sans grand succès, exercé à faire des vers dans les journaux poétiques du temps, mais qui venait de publier un livre admirable de verve, d'esprit, de sagacité, de science. Cet homme, déjà mûr, était Fontcnelle.

* Extrait et traduit du llarper'a new Montkly Magazine de New-York.

À peine Foutenelle avait-il pris possession du fauteuil qu'un grand événement, auquel il ne fut pas sans doute étranger, se produisit.

M. de Pont, hartrain comprit la nécessité de donner aux sciences françaises une plus vive impulsion, afin de pallier les malheurs publics. Il ne pouvait mieux faire que de réorganiser, sur une plus vaste échelle, l'Académie des sciences qui, pendant ôoaus d'existence, avait donné tant de preuves de son activité et de l'importance des services qu'elle pouvait être appelée à rendre. C'est ce qui produisit la réorganisation de l'année 1699. En arrivant au Louvre, le jour ordinaire de leurs séances, les académiciens reçurent communication d'une ordonnance du roi, qui augmentait leur nombre, leur donnait des pensions et les partageait en classes. Il leurétait enjoint de se choisir des sujets d'étude aiin de pouvoir travailler utilement à l'accroissement de la science.

Foutenelle fut, jusqu'en 1740, le secrétaire perpétuel de la compagnie régénérée. Chaque année il publia un volume résumant l'histoire de l'Académie et les principales découvertes qu'elle avait faites. L'Académie parlait latin jusqu'en 1699. A partir de cette époque elle parla français, quoique les ouvrages latins continuassent à être acceptés dans ses recueils.

Quand Foutenelle fut mort, l'Académie se trouva dans un grand embarras pour combler le vide que laissait derrière lui cette grande intelligence. On offrit à do Mairan d'accepter la succession de Foutenelle. Mais Mairan refusa d'abord, avec une modestie qui lui fait beaucoup d'honneur, car quoique inférieur à Foutenelle, c'était un des membres les plus estimables de l'Académie des sciences. Sur de vives instances, il accepta cependant ; mais pour trois ans seulement, afin, disait- il, de donner à l'Académie le temps de trouver un successeur à Foutenelle. Quand les trois ans se furent écoulés, Mairan proposa de nommer M. Grandjean de Fauchy, /ils d'un imprimeur de Paris qui, de même que l'abbé Duhamel, Foutenelle el Mairan, avait écrit sur les mathématique» pures, condition considérée comme essentielle pour s'acquitter des devoirs de secrétaire. Eu effet, comment le secrétaire de l'Académie eût-il rendu compte des travaux des géomètres si lui-même il n'eût été expert eu analyse? C'est avec raison que cette condition fut considérée comme essentielle dès l'origine de l'Académie. Grandjean de Fauchy régna depuis 1743 jusqu'en 1774. Mais très-affaibli dans les derniers temps il s'était adjoint Condorcct qui a\ait montré des dispositions précoces en analyse" et eu philosophie. Lorsque Grandjean voulut se retirer il proposa de donnera Condorcet sa survivance, mais il éprouva une vive résistance. A la tête de l'opposition se trouva M. deBuffonqui voulait faire nommer Sylvain Bailly déjà connu par ses travaux astronomiques. Condorcet fut nommé grâce à l'appui qu'il trouva auprès des encyclopédistes, de d'Alembert et de Voltaire.

Pendant la Terreur l'Académie fut supprimée, ses

membres dispersés. Condorcet n'échappa à l'échafaud qu'en prenant du poison comme Démosthènes. Lorsque l'Institut fut organisé par le Directoire exécutif de la République française, l'Académie des sciences ne forma plus que la première des quatre classes. Elle n'eut plus de secrétaire perpétuel. Son bureau se composa de deux secrétaires bis-annuels rcéligibles deux fois consécutivement et d'un président éligible chaque année. Les deux secrétaires primitifs furent Lacépède et Cuvier. Ce dernier avait été nommé secrétaire provisoire, comme étant le plus jeune des membres et confirmé dans ses fonctions par l'assemblée. \Y. de Fonyielle.

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