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OISEAUX DES ILES MASCÀREIGNES

(Suite et fin. — Voy. p. 10, t39, 122 et 55:».) LE SOLITAIRE DE L'ÎLE RODRIGUE.

Jusqu'uu 1831, tous les effurts des savants de la Grande-Bretagne, pour obtenir de la part des colons de l'île Rodrigue et des navigateurs égarés dans ces parages quelques renseignements sur le Solitaire étaient restés sans succès, et l'on commençait déjà à douter de la véracité de Léguât, quand M. Telîair obtint, par l'entremise de M. Eudes, quelques ossements de cet oiseau qui furent donnés partie à la Société zoologique de Londres et partie au musée Andersonien, à Glascow. 11 est vrai que déjà, en 1789, certains os, encroûtés de stalagmites, et attribués d'abord au Dodo, avaient été découverts dans une caverne de l'île Rodrigue, et donnés, en 1830, par M. Roquefeuillc, à M. Desjardins, secrétaire de la Société d'histoire naturelle de l'île Maurice, qui les avait envoyés à son tour à Cuvier. Mais l'illustre paléontologiste, par une confusion singulière, avait cru que ces ossements avaient été trouvés à 1 île Maurice, sous une couche de lave, et les avait présentés à l'Académie des sciences sans en faire l'objet d'une notice détaillée 1 , lorsque MM. Stricklaud et Melville publièrent leur mémoire sur leDronte et le Solitaire, ils cherchèrent à s'entourer de tous les documents relatifs à ces deux espèces, ils ne purent retrouver les ossements de Solitaire donnés par M. Telfairà la Société zoologique de Londres, ils purent en revanche étudier, lors de la réunion extraordinaire de l'Association britannique à Oxford, en 1847, non-seulement les débris conservés à Glascow, mais encore, grâce à l'obligeance de M. de Blâinville, les pièces du musée de Paris, que M. Milne Edwards voulut bien apporter avec lui en Angleterre. Les ossements, consistant principalement cm fémurs, tibias et tarso-rnétatarsiens, appartiennent certainement à la même espèce, et diffèrent, dans leurs "proportions relatives, des restes de Dodo découverts à l'île Maurice ; ils indiquent un oiseau à

. * • Liexreur de Cuvier a été rectifiée dans l'Analyse des travail de' ta Société d'histoire naturelle de l'île Maurice fô-riincoY, par' M. Desjaruins lui-môme.

pattes plus allongées, à station plus verticale, et concordent, par conséquent, avec la description donnée par Léguât ; ils présentent du reste, comme ceux du Dronte, des caractères qui, d'après MM. Stricklaud et Melville, ne se rencontrent que dans le groupe des pigeons; aussi ces deux auteurs n'hésitent pas à placer le Solitaire à côté des Pigeons marcheurs, dans un genre nouveau qu'ils désignent par le nom de Pezophaps l .

Dans ces derniers temps, M. Ed. Newton, auditeur général à l'île Maurice, a recueilli un très-grand nombre d'ossements de Solitaire, qu'il a étudiés avec son frère, M. Alfred Newton, professeur à Cambridge, et qu'il a décrits dans un mémoire spécial accompagné d'un grand nombre de figures*. Diverses pièces osseuses appartenant à la même espèce ont été présentées, en 1869, par M. Clarck à la Société zoologiquc de Londres, et il résulte clairement de l'étude de ces précieux débris que l'opinion de MM. Strick'and et Melville est parfaitement fondée, et que le Solitaire, de même que le Dronte, est un Pigeon, mais un pigeon de Ivpe aberrant. Avec les restes du Solitaire se trouvaient des ossements d'au très oiseaux que M. Newton a soumis à l'examen de M. le profiteur Alphonse Milne-Edwarcls et qui fournissent de nouvelles preuves en faveur de la véracité de Léguât. Ce voyageur nous parle en effet d'un certain nombre d'espèces d'oiseaux qui sont aujourd'hui complètement éteintes, comme le Solitaire, et entre autres de véritables Pigeons.

te Les Pigeons, dit Léguât, sont un peu plus petits que les nôtres, tous de couleur gris-ardoise, toujours fort gros et fort bons; ils perchent et nichent sur les arbres et on les prend aisément ; ils sont si peu farouches qu'il y en avait toujours une cinquantaine autour de nous quand nous étions à table, parce

qu'ils avaient pris goûta la chair de nos melons

nous les appelions nos poules 5 . » Ailleurs il est question à plusieurs reprises des Perroquets : « Cet arbre porte un fruit assez semblable à l'olive, et les Perroquets eu aiment beaucoup les noyaux ; » et plus loin : « les Perroquets verts et bleus s'y trouvent eu quantité, surtout de médiocre et d'égale grosseur. » Léguât cite aussi des passereaux de la taille d'un Serin, des Hiboux qui détruisaient beaucoup de rats, des Butors aussi gros et aussi bons que des Chapons, et enfin des Gelinottes « qui sont grasses pendant toute l'année et d'un goût délicat. Elles sont toutes d'un gris clair, n'ayant que très-peu de différences de plumage entre les deux sexes; elles cachent si bien leurs nids que nous n'avons pu découvrir, ni par conséquent goûter de leurs œufs. Elles ont un ourlet rouge autour de l'œil et leur bec qui est droit et pointu, est rouge aussi, long d'environ deux

• Strickiand et Melville, The Dodo and itt kindred, p. 54,' 113 et suiv.

» On tke Osteologif of Ihe Solitaire. Proc. Roy.. Soc., 1860, t. XVI, p. 428 à ioZ, et Philotoph. Tram., 1869, p. 3'27-. 362; pi. 15 à 24.

s Voyages cl aventures de François Léguât. — 1708 et 1720. ' ■' - '

puuues ; elles ne sauraient guère voler, la graisse les rendant (rop pesantes. Si on leur présente quelque chose de rouge cela les irrite si fort qu'elles viennent l'attaquer pour tâcher de l'emporter, si bien que dans l'ardeur du combat on a occasion de les prendre facilement 1 . » Dans la collection qui lui a été envoyée par M. Newton, M. Alphonse

Milne Edwards a reconnu le sternum et les os du torse et du pied d'une sorte de Râle, de petite taille, ressemblant beaucoup à l'Ocydrome de la Nouvelle- Zélande, et qui lui paraît être l'oiseau désigné par Lei-uat sous le nom de Gelinotte; aussi ce savant paléontologiste propose -t-il de désigner cette espèce éteinte sous le nom d'Erythromaque (c'est-à-dire

I.e Solitaire restauré (d'après un dessin du cours de M. Milne Edwards au Jardin des Plantes).

ennemie du rouge), afin de faire allusion à la particularité rapportée p;ir Léguât, il. Milne Edwards a pu retrouver également, au milieu de ces ossements de l'île Rodrigue, des pièces appartenant les unes à une Chevêche (Alhene murivora), qui avait les tarses plus courts que la Chevêche de Madagascar, les autres à un Héron à tète massive (Ardea megacephala), d'autres à un Perroquet (Psitlacus rodericanus) qui

1 Léguât, t. II, p. 71

tenait à la fois des Palœornis et des Loris, d'autres à des Tourterelles ( Turtur picturatus de Madagascar et Columba rodericana), d'autres à une Pintade {Numida tiarata de l'Afrique centrale). A ces débris d'oiseaux étaient mêlés les os d'un jeune porc, d'un chat, d'un rat (rat d'Alexandrie) et d'une Roussette (probablement le Pteropus rubricollis). Léguât nous dit en effet que les Chauve-souris étaient fort communes à Rodrigue, qu'elles s'accrochaient par les pieds aux branches des arbres, la tête en bas, et Pia

gré qui visita la même île eu 1761 , lors de son voyage pour l'observation du passage de Vénus, nous dé peint ces animaux comme étant de la grosseur d'un Pigron et ayant la tète d'un Renard. Ces détails s'appliquent évidemment aux Roussettes. Quant aux Fous, aux Frégates, aux Pétrels et aux Paille-en- Queueque nous trouvons parfaitement dépeints dans

l'ouvrage de Léguât, ils fréquentent encore aujourd'hui les mêmes parages, de telle sorte que maintenant, grâce aux savantes recherches de MM. Slrickland et Mel ville, Newton et Alph. Milne Edwards 1 on peut rendre pleine justice au mérite de cet ancien voyageur, et admettre, quelque extraordinaire que cela paraisse au premier abord, que File Rodrigue,

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Squelette du Solitaire (d'après uu dessin du cours de M. Milue Edwards au Jurdia des Hautes

aujourd'hui presque déboisée et habitée presque exclusivement par des espèces introduites par les colons, était jadis couverte d'une riche végétation et possédait une faune assez variée. Cotte population, dont l'homme a détruit les derniers vestiges, n'était probablement elle-même que le débris d'une faune plus nombreuse, car la nature volcanique de Rodrigue, de Maurice et de Bourbon permet de supposer que ces îles ne sont que les points culminants d'un ancien continent dont les parties basses devaient être recou-

vertes par es eaux à une époque qu'jl est difficile de préciser. Nous avons pensé qu'il n'était pas sans intérêt d'exposer avec quelques détails, les efforts qui ont été faits dans ces dernières années par les paléontologistes, pour reconstituer cette faune à jamais disparue. E. Oostalet.

1 Voy. Alph. MilncEdwards, Recherches sur la (aune ornithologique éteinte des lies Mascareignes. — Taris, 1SG6-

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