‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 220 sur 229 · ET SA. SUPERFICIE · texte numérisé non relu

ET SA. SUPERFICIE

■ " ■ (Suite «t fin. — Yoy. p. 274 et 348.)

Quelle est la superficie de la terre? Les dimensions do notre globe étaient encore si mal connues du temps de Newton que lorsqu'il voulut, pour la première fois, vers 1666, vérifier la théorie de l'ai traction d'après l'action delà terre sur la lune, par suite de l'erreur où l'on était sur la vraie grandeur de notre globe, il trouva un chiffre erroné et crut s'être trompé dans son hypothèse. Ce ne lurent que 1rs mesures exactes del'abbé Picard qui lui prouvèrent la réalité de sa découverte quand il refit son calcul en 1 682. Un petit historique très-court sera ici à sa place. Ce fn (AI Mamoun, qui le premier ut mesurer, vers 825, un degré du méridien dans les plaines de Bagdad. La mesure donna, croit-on, 47,188 toises. En 4528, Kernel trouva pour l'arc de 1° au nord de Paris 56,746 toises, nombre remarquablement exact, relativement à l'imperfection des moyens dont la science disposait à celte époque. Snellius, vers 1620, appliquant le premier les moyens géométriques à la me>ure de l'arc méridien entre Alcniaers et Berg-op-Zoom, arriva à un résultat bien moins précis en donnant pour longueur du degré 55,021 toises; Riccioli, vers 1650, se trompa Lien plus grossièrement encore, en vsens inverse, en augmentant cette longueur jusqu'à 62,900 toises.

Enfin, l'abbé Picard, appliquant le premier la lunette à la mesure des angles trouva, eu 1769, la valeur exacte de l'étendue d'un degré entre Malvoisine et Amiens 57,060 toises.

La dimension moyenne de la terre était connue, mais quelle était sa vraie forme?

Les Cassini, mesurant l'arc français entre Dunkcrque et Collioure, de 1683 à 1718, crurent s'apercevoir que la terre, contrairement à la théorie newloniiiennc, était fusiforme, c'est-à-dire allongée dans le sens des pôles. Pour vider la question, sur la proposition de la Condamine, les savants français mesurèrent de 1735 à 1745 la longueur d'un degré méridien en Laponie et au Pérou.

Ils trouvèrent 57,419 toises pour la longueur du degré polaire ei 56,737 toises pour celle du degré équatorial ; ce qui prouva que la terre est bien aplatie aux pôles, comme Newton l'avait prévu. L'arc polaire fut mesuré à nouveau parles Suédois et trouvé égal à 57,196 toises par suite d'une triangulation plus exacte faite de 1 801 à 1803.

Profitant des grandes opérations géodes iques exé-. cutées en France et en Espagne pour la détermination du mètre, et, dans toutes les contrées civilisées, pour la construction des cartes, Bessel, de 1837 à 1841, calcula la forme exacte de la terre et lui trouva celle d'un ellipsoïde aplati aux pôles d'un trois-centième. Depuis, de nouvelles triangulations ont été opérées, des arcs de méridien plus étendus ont été mesurés en

Angleterre, dans l'Inde, en Russie; puis, sentant le besoin deserrer la vérité de plus près, on a entrepris la mesure des arcs de parallèle.

Les savants qui ont établi le mètre aussi bien que Bessel, avaient supposé que la terre forme un ellipsoïde de révolution, c'est-à-dire dont tous les méridiens sont .égaux; cela était-il vrai? On commençait . déjà à en douter quand Otto Struve, en 1 857, proposa, par voie diplomatique aux gouvernements européens, de relier ensemble les opérations géodésiques exécutées dans les différents Etats, pour obtenir enfin la vraie forme de la terre. Tous les pays répondirent à son appel et dans le nouveau calcul on put faire usage de l'arc de méridien de 20° 21' mesuré aux Indes ; de l'arc de 22° résultant de la jonction de la méridienne de France, de Dunkerque à Forme ntera, et de la méridienne orientale d'Angleterre, deDunkerque aux Shetlands; et de l'arc méridien de 25° 20' mesuré en Russie et Scandinavie, du Danube à la mer Glaciale. Puis de l'arc français du parallèle moyen, de Marennes à Fiume, de 15° 52'; d'amplitude; do l'arc do Brest à Astrakan de 55°; et de celui de Valcntia à Orsk, sur l'Oural, d'environ 65°. Les opérations partielles furent centralisées, les comparaisons des étalons de mesure faites et les calculs généraux effectués par le capitaine (îlarke au bureau de triangulation d'Angleterre. Il résulte de ces calculs, publiés en 1866, que la terre forme réellement un ellipsoïde à trois axes inégaux dont tous les méridiens sont inégaux. Le méridien maximum passe par le Spitzberg, l'Autriche, le détroitde Messine, le lac Tchad, longe la côte occideniale d'Afrique, et, dans l'hémisphère opposé, coupe le Pacifique par son centre et passe par le détroit de Behring. Le méridien minimum, perpendiculaire au précédent, passe par le cap Nord-Est en Sibérie, le Tong-King, le détroit de la Sonde et, dans l'hémisphère opposé, longe la côte occidentale de l'Amérique du Sud, passe entre Cuba et Haïii, puis près de New-York et de Montréal et enfin par le détroit de Smith.

L'aplatissement moyen est bien de j^, comme Bessel l'avait calculé; mais la différence du rayon équatorial maximum et du rayon polaire est de j-Jg, tandis que la différence du rayon polaire et du rayon équatorial minimum est de gfj ; quant aux deux rayons équatoriaux, ils diffèrent entre eux de y-jVo.

En résumé, pendant l'antiquité et le commencement du moyen âge, la terre, dont on ne connaissait qu'une partie, a été considérée par le commun des hommes, d'après le premier témoignage de leurs sens, comme une surface plate. Quelques esprits d'élite cependant avaient, dès l'antiquité, compris que la terre était ronde, mais cette vérité ne cessa définitivement d'être contestée qu'après qu'on eût fait le tour du monde. :

La terre est alors considérée comme sphérique. Newton calcule qu'elle doit être aplatie aux pôles et les académiciens français démontrent qu'il en est ainsi. Enfin, les mesures modernes viennent de prouver

que la terre n'est pas en réalité simplement un sphéroïde aplati aux pôles, niais un ellipsoïde à trois . axes perpendiculaires inégaux.

Voici leurs dimensions:

Axe polaire, 12,712 kil. 156 m. — Axe équatorial minimum (par 1 05° 1-4' E. de Paris et 76" 46' 0.) 1 v 2,7j2 kil. 701 m. — Axe équatorial maximum (par 13° 14' B. de Paris et 1 06 " 46' 0.) 12,700 kil.

Le diamètre équatorial minimum excède du 40 kilomètres et le diamètre équatorial maximum de 41 kilomètres le diamètre polaire 1 .

De ces dimensions On déduit que la circonférence de l'équatcur est de 40,069 kil. 905 ni., celle du méridien maximum de 40,000 kil. 173 ni., et celle du méridien minimum de 40,000 kil. 098 m. — Comme il est entièrement impossible d'affirmer la réalité de cette petite fraction de 98 mètres sur qualanle millions, on remarquera que le mètre étalon des Archives, devenu depuis l'année dernière le mètre universel, est sensiblement égal, dans la limite des erreurs d'observation, à la quarante millionième partie du méridien terrestre minimum.

De ces nombres ou déduit encore que le volume de la terre, y compris les eaux et en tenant compte de la surélévation des terres au-dessus de la surface océanique, mais non compris l'atmosphère, est de 1,082,800,000,000 de kilomètres cubes. Avec l'atmosphère le volume total dépusse onze cent milliards de kilomètres cubes. On déduit enfin de ces dimensions de la terre que sa surface totale est de 509,942,000 kilomètres carrés, dont 21,073,300 kilomètres sont occupés par chaque zone glaciale, 152,598,500 par chaque zone tempérée et enfin 202,998,800 par la zone torride.

D'un travail très-éleudu, publié nouvellement par M. Iklnnet Wagner 8 , il résulte que la superficie occupée par les terres habitables, c'est-à-dire par les continents et les îles, y compris les bassins lacustres et toutes les eaux intérieures; mais non compris les terres et îles polaires ensevelies sous les glaces (comme le Spitzberg, les terres de Gillis, du roi Charles, de Wrangel, de François-Joseph, etc., au nord, l'île de Kerguelen, les terres Victoria, d'Enderby, etc., au sud), que la superficie de la terre, proprement dite, est de 134,813,000 kilomètres carrés; d'où l'on. déduit que celle des océans el des glaces est de 575,129,000 kilomètres carrés.

Si l'on ajoute aux terres habitables celles que recouvrent les neiges perpétuelles, on trouve que les océans ne submergent que les j^ du globe, niais, au contraire, si on tient compte de la superficie

1 Les capitaines Dcnliam et Hinggoîd ont mesuré dans l'océan Atlantique sud et l'océan Indien des profondeurs de plus deli kilomètres qui, ajoutées à la hauteur du Gaurishankar, hauteur de près de 9 kilomètres, prouvent l'existence de dénivellations de 2j kilomètres de hauteur totale au moins, dépnssjjit 1.1 difïéiYiiee du rayon polaire et du rayon équatorial maximum.

8 Die Bevôllicrung der Eide von E. Bchrn und H. Wagner. — Gotha, Juslus Perlho : , 1871.

remplie à l'intérieur des continents par les bassins

lacustres, on constate que l'eau, soit douce, soit

salée, soit liquide, soit solide, occupe les trois quarts

-de la terre et qu'un quart seulement est habitable.

Nous étudierons comment se répartit cette surface de treize milliards et demi d'hectares environ occupée par les terres ; mais des chiffres abstraits ne signifieraient rien, nous devons donc d'abord citer quelques termes de comparaison, en commençant par une surface très-petite que le regard embrasse facilement. Nous choisirons le Champde-Mars de Paris, dont la superficie est de 46 hectares; Paris a une superficie environ 170 fois plus grande que celui-ci, soit 7,802 hectares; le département de la Seine est 6 fois plus vaste que son chel-lieu, 47,550 hectares; le plus grand de nos départements, la Gironde, est 20 fois plus grand que celui de la Seine, 974,032 hectares (la plus grande de nos îles, la Corse, est un peu plus petite que ce dernier département, 874,741 hectares). La France est onze cent onze foi* plus étendue que le département de la Seine, et d'autre part sa superficie de 52,857,305 hectares n'est qu'un peu plus du vingtième de celle de l'Europe, moins d'un milliard d'hectares; et un peu plus du millième de celle du globe, cinquante el un milliards d'hectares. Nous avons dit que le Champ-de-Mars couvre 46 hectares ; mais eu ajoutant à sa superficie celle des trois avenues adjacentes, on trouve que l'espace vide compris entre les bâtiments de l'Ecole Militaire et les niaisons des avenues la Bourdonnaye et Suffren, — espace que l'on embrasse d'un seul coup d'œil du haut du Trocadéro, — a tout près de 51 hectares, un billionième de la superficie de la terre; c'est-àdire que la surface totale de notre globe, terre et mers, est précisément égale à un milliard de fois celle du Champ-de-Mars (les avenues latérales comprises).

Donc, la France, depuis le traité de Francfort, couvre un peu moins de cinquante-trois millions d'hectares (c'est-à-dire 5 3 degrés métriques ou grades carrés, car ces deux expressions sont synonymes: 1,000,000 d'hectares formant un carré de cent kilomètres, ou un grade de côté, ou 10,000 kilomètres carrés) .

Voici maintenant la superficie des cinq parties du mo::de en millions d'hectares :

Europe 1 985

Asie» 4,480

Afrique 2,993

Amérique 3 4,137

Océanie 887

Ces superficies comprennent les eaux intérieures; h; plus grand de tous les lacs, la Caspienne (plus de 40,300,000 hectares) n'est pas aussi grand que la

1 Avec l'Islande et tes Açores, non compris SpiUbcrg. * Avec la llalaisie.

5 Amérique du Sud 1 78 i-, du NorJ 2353 millions d'hectares,

France, mais pour juger cette étendue il faut la comparer à celle du Léman, le plus vaste de nos lacs de l'Europe occidentale, lequel a seulement 57,780 hectares. La Caspienne est une mer, c'est-àdire que ses eaux sont salées. Le plus grand lac d'eau douce est le lac Supérieur qui couvre à lui seul plus de 8,300,000 hectares 1 et plus de 25,300,000 hectares avec les autres lacs du Saint- Laurent, Michigan, Huron, Ontario, Érié, Saint-Clair (ce dernier, le plus petit de tous, étant encore trois fois et demie plus grand que le lac de Genève).

Après les grands lacs comparons les grandes îles. En mettant à part l'Australie qui, avec sa superficie de 763 millions d'hectares, est assez grande pour iormer un continent et le Groenland dont l'aire présumée est de 497 millions d'hectares, mais qui forme un archipel aggloméré en un seul massif par les glaces, plutôt qu'une île unique, la plus grande île proprement dite est Bornéo, qui a près de 75 millions d'hectares, c'est-à-dire une superficie égale à celle de la France et de la Grande-Bretagne réunies. La Nouvelle-Guinée vient immédiatement après avec 71 millions d'hectares, puis Madagascar avec 59,200,000 hedares, Sumatra avec 44,200,000 hectares.

La Grande-Bretagne, dont nous venons de parler, la plus grande île de l'Europe, le plus puissant Etat du monde, n'arrive au cinquième rang qu'avec une superficie presque moitié moindre : 23 millions d'hectares.

Quant à la seconde île qui complète le Royaume- Uni, l'Irlande, toute vaste qu'elle soit elle ne se place qu'au dix-huitième rang, après les deux grandes îles de la Nouvelle-Zélande, les deux grandes îles du Japon, Célèbes, Java, Cuba, Luçon, Terre-Neuve, l'Islande, Iesso et Mindauao.

Les différentes échelles des cartes constituant un atlas faussent notre jugement, et, instinctivement, l'énorme espace couvert par le continent d'Asie, par exemple, se réduit dans notre esprit, comme pour notre œil, aux dimensions de l'Europe. La carte d'Europe, que nous connaissons bien, occupant la même surface de papier que les autres parties du monde, ou est presque invinciblement porté à admettre que les superficies réelles présentent la môme égalité*.

On commence à savoir que l'empire insulaire du Japon est plus vaste et plus peuplé que le royaume insulaire de Grande-Bretagne et d'Irlande, mais se doute-t-on que Mindauao, qui ne forme qu'une minuscule tache sur la carte d'Océanie, couvre près de huit millions et demi d'hectares, un peu plus que l'Irlande!

1 C'est à-dire qu'il est à peu près grand comme l'Irlande.

* Et il serait désirable qu'il fût exécuté un atlas destiné aux enfants, dans lequel toutes les cartes seraient — au moins par groupe — dessinées à une échelle identique. Une fois la première éducation de l'œil faite , il n'y aurait plus d'inconvénient à confier aux adolescents les atlas ordinaires où l'échelle des cartes est modifiée en raison inverse de la grandeur dej montrées, de façon à ce que le cadre soit toujours rempli.

Pour les Elats continentaux les rapports ne sonl pas moins inattendus. La Corée, qui parait sur h carte comme un petit appendice des côtes chinoises, est en réalité une presqu'île de dimensions analogues à celles de l'Italie. Quant à ce vaste empire Chinois dont la Corée est un des tributaires, on sait bien, en bloc, qu'il est gigantesque, mais s'est-on rendu compte qu'il occupe à peu près vingt fois la superficie de la France et possède douze fois sa population (425 millions d'habitants). C'est l'état politique le plus peuplé du globe, mais ce n'est pas encore le plus vaste, l'empire Busse s'étend en Europe et en Asie sur une zone double d'étendue, de sorte qu'il réunit une superficie quarante fois plus grande que celle de la France ! — C'est le plus grand empire d'un seul tenant; mais, avec toutes ses possessions dont plusieurs, il est vrai, sont purement nominales, l'empire britannique est encore un peu plus étendu. La Russie fait flotter son drapeau sur plus de deux milliards d'hectares et l'Angleterre, le sien sur environ deux milliards trois cent millions d'hectares, et elle compte plus de 280 millions de sujets. A l'opposé, certaines petites îles perdues dans l'Océan ne comptent que quelques habitants, véritables Robinsons volontaires. L'île Palmyre, par exemple, n'a que 5 habitants 1

Les Etats américains sont également immenses ; les États-Unis mesurent une aire de 933 millions d'hectares, presque autant que 1 Europe, le Brésil 852 millions (16 lois la France). De faibles pays ont encore un vaste territoire, la République argentine est quatre lois, le Venezuela deux fois grand comme la France. En étudiant la distribution de ces immenses contrées, si fertiles et si peu peuplées, — l'Amérique méridionale tout entière n'a que les deux tiers de la population de la France, — on comprend que c'est là que l'humanité réalisera son développement futur, plus que dans notre Europe où les individus et les peuples se disputent l'espace à ce point qu'une grande puissance, comme l'Angleterre, conserve et défend avec un soin jaloux l'île d'IIelgoland, qui n'est guère plus vaste que notre Champ-de-Mars (elle couvre 55 hectares), et que tel souverain, comme le prince de Monaco, par exemple, est fier de régner sur 3000 sujets et sur un territoire de 1 ,500 hectares, c'est-à-dire grand comme le cinquième de Paris. Ciîarles Roissav.

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