AVRIL
La grande phase de cette belle éclipse totale a été visible le long d'une ligne traversant l'Afrique centrale, à environ 500 kilomètres au-dessus du Cap, et s'étendant depuis Port Nolloth, sur lu cote occidentale, jusqu'à O'okiep, sur la côte orientale. Ces deux points extrêmes sont situés à une distance de d'20 kilomètres seulement.
L'ubservatiun a eu lieu à Klipfuntein, point situé sur une montagne de 650 mètres, à peu près à égale distance de ces deux stations extrêmes, (i'est en cet endroit que M. Stone, instruit par l' expérience de la dernière éclipse indienne, établit son observatoire. Bien lui en prit, car tous les autres points de la côte restèrent plongés dans l'ombre, des nuages s'élevant à une altitude moindre.
V Argus du Cap, du 25 avril, renferme sur les phénomènes spectroscopiques et sur l'aspect physique une lettre des plus intéressantes.
Les flammes colorées en rose s'étendaient dans ' presque toutes les directions autour delà lune, mais ' à différentes hauteurs. Quant à la couronne, elle j parut beaucoup moins compliquée que dans les éclipses ordinaires, ce qui semble, en effet, tenir à l'extrême pureté de l'air. Une ascension à grande hauteur permettrait infailliblement de confirmer l'opinion de M. Stone et de séparer du phénomène coronal tout ce qui n'appartient point au soleil.
Pendant que l'éclipsé augmentait, M. Stone examinait avec le plus grand soin les parties du disque solaire que le limbe allait recouvrir. Il lui fut impossible de discerner l'apparition d'une ligne noire d'absorption, due à la présence d'une atmosphère lunaire. Aussitôt que le dernier point du disque eut disparu» il vit le champ couvert de lignes brillantes, produites par le renversement des lignes de Fraunhofer. Mais, à peine avait-il commencé à compter les raies lumineuses, qu'il vit apparaître les lignes caractéristiques de l'hydrogène, en même temps que les raies lumineuses disparaissaient. La vision était troublée par l'interpositiori de protubérances rosacées, dont le spectre caractéristique a été déterminé.
Les raies lumineuses provenant de l'inversion du spectre ordinaire ont reparu aussitôt que M. Stone se mit à viser la portion de la couronne située à l'extérieur des protubérances.
Cependant la lumière des raies brillantes prove-
nant d'un spectre dépourvu d'intensité était peu intense. On discernait très-bien des raies brillantes, placées dans la partie verte, et qui, suivant M. Stone, n'appartiennent point à l'inversion des raies de Fraunhofer. L'habile astronome eut le temps de rapporter cette raie verte aux lignes connues de Fraunhofer 1 . Ce n'est pas sans un peu de honte pour l'Angleterre que nous devons ajouter que le voyage de M. Stone a eu lieu à ses frais. Le gouvernement colonial ne lui a encore volé aucune subvention. Toutes les observations astronomiques, météorologiques et magnétiques ont eu lieu à ses frais ! Rapprochons cette conduite sordide du zèle avec lequel l'Académie des scietices trouva le moyen d'envoyer M. Jansson en Afrique, pendant les horreurs du siège deParis,ct nous sentirons, sinon un sentiment de fierté, du moins de légitime consolation.
L'indifférence des civilisés est plus blâmable peutêtre que la terreur des pauvres indigènes, qui interrompirent brusquement leurs travaux, en criant les uns aux autres : Le soleil est mourant, le soleil est mort!
Dans le Natal, les Zulus, qui sont payés à la journée, demandèrent double gage, prétendant non sans raison qu'il y avait eu deux journées distinctes, séparées par une courte nuit.
La ligne de l'éclipsé traversait les placcrs de diamants. Un propriétaire, aussi habile que Christophe Colomb lors de son éclipse de lune, avertit ses ouvriers qu'il arriverait malheur au soleil, si on ne lui fournissait pas une pierre assez grosse. Les pauvres diables apportèrent au maître du placer un diamant de 45 carats pour la rançon de l'astre. Mais en l'empochant le rusé compère dit que le diamant n'était pas de grosseur suffisante, que le malade n'aurait pas cependant à en mourir, et qu'on n'avait pas besoin d'être inquiet sur son compte.
Le lendemain de l'éclipsé totale du 16 avril, un violent orage, venant du sud-ouest, a éclaté à Pctcr- Marilzburg, dans la colonie de Natal. Un nuage noir qui a grandi très-rapidement, portait dans ses flancs des masses de glaces qui se sont précipitées avec une indomptable furie sur le sol. On a ramené des grêlons de 200 grammes, et de véritables stalactites formées par de Peau concret ionnée sous une forme bizarre. On estime à plus d'un demi-million de francs les dégâts produits par cette grêle d'une espèce si
singulière.