LES RECENTS MODELES
D'ARMES A FEU DE L'INFANTERIE
On sait que, de nos jours surtout, les recherchos sur les perfectionnements à introduire dans la cou-
1 II vit aussi deux raies faibles qui lui paru iv tu nouvelle!-, mais d'une intensité moindre. Il eut le temps cependant d'explorer tout le spectre depuis la partie rouge jusqu'à la partie violette»
struction désarmes à feu sont actives et incessantes. Mais les modifications qui en sont la suite ne peuvent avoir lieu que progressivement. Il en résulte que le nombre des modèles encore en usage chez les diverses puissances est assez grand pour que nous ne puissions pas nous arrêter un seul instant à l'idée de les décrire tous. Nous voulons seulement présenter aux lecteurs les modèles les plus importants et les plus nouveaux de chaque nation.
D'après cela, on doit également présumer que le lableau de l'armement des puissances européennes ne sera vrai que pendant une période assez courte. Cependant il est à croire que d'ici à quelques années, les changements ne seront pas considérables à ce point d'amener la suppression des types reconnus aujourd'hui comme les meilleurs. Kous pensons que ces changements ne devront consister qu'en emprunts réciproques, ou qu'en l'adoption dans les meilleurs types, de proportions pi us parfaites des diverses parties, jusqu'à ce qu'une découverte caractéristique vienne à nouveau faire époque dans l'art de l'arquebuse rie.
La dernière de ces découvertes, ou perfectionnements, consiste dans la substitution du chargement des armes à feu par la culasse, au chargement par la bouche, d'usage à peu près universel jusqu'à nos jours. Il est à noter cependant que le premier mode de chargement fut en usage dès les premiers temps de l'invention de la poudre à canon. D'où vient qu'il fut abandonné? Des fuites de gaz dues aune obturation incomplète, l'insécurité plus grande que dans le chargement par la bouche, l'impossibilité de remédier à ces défauts avec les procédés mécaniques imparfaits de l'époque , telles furent sans doute les causes majeures du rejet et de l'oubli si long dans lequel il est resté.
9n sait que, de nos jours, le fusil prussien est resté pendaut un certain nombre d'années le seul modèle, en Europe, de fusil se chargeant par la culasse, en usage dans les armées entretenues. Il fallut le succès foudroyant de Sadowa, dont l'opinion publique, bien exclusive, il est vrai, accorda tout le mérite au seul fusil Dreyse, pour attirer l'attention de tous les gouvernements sur le nouveau mode de chargement et les décider à son adoption. Aujourd'hui les avantages n'en sont plus contestés nulle part. Cet engouement subit, faisant suite à une apathie si persistante, n'a d'ailleurs rien qui doive nous surprendre. A l'appui de cette assertion, nous pouvons rappeler le rejet en France, par l'autorité la plus compétente, des amorces fulminantes, bien longtemps après que leur emploi dans les usages civils en eut démontré les avantages immenses.
Avant de donner la description et la nomenclature des armes en usage aujourd'hui, nous croyons utile d'indiquer, sommairement, par quelles phases est passé l'art de l'arquebuserie, depuis les grandes guerres du commencement du siècle, pour arriver à son état actuel.
Au début de la période dont nous nous occupons,
nous trouvons le fusil à silex tirant de* balles rondes dans un canon lisse. Chacun connaît ces armes. Leurs défauts les plus saillants consistaient dans la lenteur du chargement, dans le grand nombre de ratés et dans le manque absolu de justesse.
D'après un dit-on populaire, mais que ne paraît pas trop invraisemblable, la quantité de plomb employée dans les guerres du temps représenterait moyennement en poids celui des hommes mis hors de combat. C'est-à-dire qu'il fallait tirer 2000 balles environ pour atteindre un homme. A ce compte, deux troupes opposées de 100 hommes chacune auraient échangé 20 coups de fusil par tète, sans atteindre plus d'un seul homme de chaque côté.
Ce fusil à canon lisse constituait l'armemeut universel de l'infanterie. On avait bien, il est vrai, même avant cette époque, fait l'essai d'armes rayées à chargement forcé et qui présentaient une bien plus grande justesse que les premières. Mais la lenteur et les embarras du chargement (ces armes devaient se charger à l'aide du maillet) durent en rendre l'adoption impossible parmi les troupes de ligne. Tout au plus l'usage s'en concevait-il eu terrains accidentés dans les guerres de partisans. Une innovation remarquable, qui se produisit vers 4840, fut la substitution de la capsule fulminante à l'ancienne amorce. Ce changement eut surtout pour effet de diminuer le nombre considérable des ratés, dus auparavant à l'éventement de la poudre de l'amorce et à l'usure de la pierre.
C'est à peu près de cette époque (1837) qu'on peut daler l'apparition des armes rayées portatives, à l'usage des corps de troupes. L'adoption de ces armes fut due surtout à la découverte de dispositions nouvelles capables de rendre simple et facile le forcement de la balle dans les rayures du canon.
Parmi ces dispositions, nous en citerons quelquesunes, en suivant leur ordre d'ancienneté.
On pensa d'abord à former au fond de l'âme une chambre destinée à recevoir la poudre et d'un diamètre moindre que celui du canon dans le reste de sa longueur.
La halle, s'arrêtant sur les ressauts formés par cette chambre, il devint suffisant, pour en obtenir la compression ainsi que le refoulement du plomb dans les rayures de l'àme, de la frapper de deux ou trois coups de baguette. L'addition d'un sabot en bois recevant la halle dans si concavité antérieure et reposant par sa base sur le ressaut de la chambre, vint encore simplifier l'action du forcement.
A cette chambre simplement cylindrique on substitua bientôt après une chambre annulaire, formée par l'ajustement au fond de l'âme d'une tige cylindrique d'un diamètre moindre que celui du canon. La balle cylindro-ogivale venait reposer par sa base plane sur cette tige, et la tête de la baguette portaut une partie évidée s'adaptant au profil antérieur de cette base, pouvait la comprimer, en la refoulant- dans les rayures, sans lui imprimer des déformations propres à augmenter la résistance de l'air. La nouvelle arme,
se
qui prit le nom de carabine à tige, se signala par un accroissement notable de justesse et de portée.
Ou imagina ensuite de l'aire produire aux gaz de la poudre eux-mêmes le forcement de la balle dans les rayures de l'arme. Cette balle porta à l'arrière un évidement tronconique à l'entrée duquel fut logé un culot de fer en forme de dé et d'un diamètre sensiblement plus fort que celui de la partie antérieure de cet évidement. Il est facile de comprendre comment les gaz, eu chassant le tulot, pouvaient produire le refoulement du métal dans les rayures.
Enfin , on pensa que le culot n'était pas indispensable, et que les gaz agissant sur les parois de î'évidement suffiraient pour produire le forcement. L'expérience justifia cette hypothèse. C'est sur ces derniers principes que les armes carabinées furent généralement établies, jusqu'au jour de l'adoption du mode de chargement par la culasse.
Rayures. — Les rayures de l'aine des carabines furent pendant longtemps considérées comme n'ayant d'autre but que de rendre le forcement plus facile et
Fig. 1. — Divers proiils de rayures de canons.
furent habituellement tracées parallèlement à l'axe et de profil triangulaire aussi serré que possible. Dans les carabines modernes, les rayures furent soumises à un tracé raisonné et justifié par des expériences répétées- Ce tracé fut celui d'hélices d'un pas assez allongé pour permettre au projectile de suivre leur direction, mais cependant suffisamment court en même temps pour lui imprimer un mouvement de rotation autour de son axe de translation. Ce mouvement de rotation était reconnu comme le moyen le plus puissant de répartir uniformément autour du projectile, et, par conséquent, de neutraliser les effets perturbateurs dus à la résistance de l'air ou au défaut de symétrie du projectile.
On est très-peu d'accord sur le meilleur profil à donner aux rayures. Nous donnons le dessin de quelques-uns de ces profils appartenant à des armes des meilleurs modèles (fig. 1).
Balles. — Le projectile ne devait pas non plus, pendant les perfectionnements de l'arme, conserver
îig. 2. — - Dalles pleines se forçant par compression,
sa forme originelle. On dut en chercher de nouvelles propres à diminuer la résistance de l'air et par conséquent à augmenter sa justesse et sa portée. L'ins-
pection des figures ci-dessous (2, 3 et 4) permettra de se rendre compte de la série des modifications successives subies par la balle avant d'arriver au modèle adopté pour les armes se chargeant par la culasse.
Fig. 5. — Balles évidées se forçant par l't,\pat.isiou du gaz.
Le calibre lui-même devait varier»
Avec les balles rondes, tirées dans une arme à canon lisse, un fort calibre ét;iit considéré comme trèsavantageux. On gagnait d'abord de la portée et de l.i justesse, la résistance de l'air étant plus faible sur un projectile lourd que sur un projectile léger de même forme. Un second avantage présenté en faveur du plus fort calibre, était celui de pouvoir utiliser à la guerre les munitions de l'ennemi tombées entre nos mains, tandis que l'inverse ne pouvait avoir lieu.
L'adoption des armes rayées eut pour effet de réduire à peu de chose l'importance de ces avantages. On reconnut d'ailleurs que sous un même poids, l'allongement du projectile, dans une certaine mesure, lui faisait gagner en vitesse et en portée. On dut admettre également que la portée efficace d'une arme avait une limite dépendante de la portée de la vue, et que par conséquent les difficultés du ravitaillement en munitions à la guerre imposaient la nécessité de réduire le poids des projectiles. Ces dernières considérations gagnèrent en importance avec
Fig. i. — Billes pleines a profil allongé.
l'adoption des armes se chargeant par la culasse. Ces armes présentent en effet dans le tir un tel excédant de rapidité sur les anciennes, qu'une plus grande consommation, sinon même le gaspillage des munitions, en est inévitable. Aussi voyons-nous que toutes les puissances descendent à un calibre trèsfaible relativement à l'ancien, \{ millimètres environ au lieu de 17, et que le poids du projectile luimême, malgré son allongement, diminue aussi. De 30 à 55 grammes, il descend aux environs de 25 grammes.
Charge de poudre. — Avec l'adoption des armes rayées, la charge de poudre et par suite la vitesse initiale du projectile ne pouvaient dépasser certaines limites. Avec une vitesse trop grande, en effet, les rayures eussent fait emporte-pièce sur les portions du métal engagé, et cessé par conséquent d'exercer sur la balle elle-même faction directrice qu'on avait
en vue. Aussi la charge de poudre, qui était généralement de 8 grammes avec la balle ronde tirée dans un fusil à canon lisse, descend-elle aujourd'hui au-dessous de 5 grammes.
Eugène Goiuemin.
— La suite prochainement. —