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L'HORLOGE MYSTÉRIEUSE

Cette horloge que le public a remarquée non sans étonnemeut à l'exposition des Beaux Arts appliqués à l'industrie, est bien faite pour exciter la curiosité.

En apparence, que voit-on ? Un cadran de glace très-transparente, à la surface duquel les deux aiguilles des heures se meuvent dans les mêmes conditions que dans un cadran ordinaire, mais rien autre chose n'apparaît ; on cherche le mécanisme qui fait mouvoir ces aiguilles; on suppose d'abord qu'il

est électrique, parce que le cadran est suspendu dans l'espace par deux fils; mais on s'aperçoit bientôt que ces fils ne sont nullement en contact avec les niguilles; on cherche un support quelconque dans lequel le mouvement pourrait avoir été caché, mais rien ne peut être découvert, le mystère paraît impénétrable.

L'étouuement ne lait que grandir lors iu'on voit ces aiguilles libres, fixées sur la glace qui les isole, avoir la propriété de tourner dans toutes les directions, de se balancer dans leur orbite autant de temps qu'un doigt indiscret l'aura voulu, et puis revenir d'ellesmêmes, non à l'heure qu'il était, mais bien à l'heure qu'il doit être; malgré tous dérangements et toutes contrariélés de quelque durée qu'ils soient, les aiguilles viennent reprendre leur place qui leur est indiquée par 1p temps et conti uuent ensuite leur mouvement régulier et uniforme .

Lesaiguillesde l'horloge poitent elles-mêmes leur mécanisme; elles constituent , on peut dire , une balance à leviers inégaux, dans laquelle le mouvement d'horlogerie n'a pourbut que de déranger

l'équilibre , et cette propriété est employée pour lui l'aire indiquer l'heure et la minute, ainsi que nous allons l'expliquer.

C'est l'aiguille des minutes qui est la balance ; elle est rigoureusement équilibrée. Dans lu boîte ronde fixée au talon de cette aiguille, sous l'action d'un mouvement de montre qui y est renfermé, un poids en platine se déplace autour de la circonférence de la boîte.

Le centre de gravité étant à tout instant déplacé par la révolution de ce poids, qui fait un tour en une heure, l'aiguille des minutes est forcée de suivre ce déplacement, puis au moyen d'une minuterie, elle fait mouvoir l'aiguille des heures ; par cette disposition les aiguilles sont dépendantes l'une de l'autre mais restent indépendantes du mouvement. Si on les dérange de moins de trente minutes en avance ou en relard, elles reviennent automatiquement toutes deux à leur place; si on les fait tourner vivement,

L'horloge mystérieuse de M, II. Robert,

l'aiguille des minutes revient à la minute, mais celle des heures revient à une heure quelconque.

D'après le même principe, mais par une disposition différente, en laissant à l'aiguille des minutes un mouvement faisant faire au poids un tour par heure, et mettant à l'aiguille des heures un mouvement avec un poids faisant un tour en douze heures on arrive à ce résultat que les aiguilles sont indépendantes l'une de l'autre, et qu'en, faisant tourner une aiguille dans un sens, et l'autre dans l'autre, l'une revient invariablement se mettre à la minute et l'autre à l'heure.

On voit que le mécanisme de l'horloge mystérieuse

est simple et ingénieux; son principe n'est pas absolument nouveau, et, avant M. Robert, on a déjà proposé de faire mouvoir des aiguilles à l'aide d'un mouvement qu'elles pouvaient contenir dans l'intérieur du métal qui les constituaient.

Mais M. Robert a apporté à ce système des perfectionnements trèsimportants, il l'a présenté sous une l'orme élégante, et l'a rendu absolument pratique.

Chaque jour on remonte l'horloge mystérieuse comme une montre, et s'il arrive qu'elle soit soumise à quelque accident, tout horloger peut facilement la réparer.

CHRONIQUE

L'explosion do Saint-Denis et le nitrate de méthyle- — Jeudi mutin, 19 novembre, à 6 h. 30 environ une détonation formidable se produisit, à Saint- Denis, à l'usine de M. Poirier, fabricant de matières colorantes dérivées du goudron de houille. L'explosion fut si intense qu'un grand nombre de carreaux furent brisés au loin, et jusque dans l'intérieur de Paris même. La presse toul entière s'est occupée de cet accident, mais sauf de rares exceptions, les renseignements qui entêté donnés à ce sujet sont tout à fait erronés. La matière qui a fait explosion est le nitrate de mélhyle, liquide très-volatil dont le point d'ébullilion est à C0' et qui est employé il transformer le magnifique violet de méthjl-aniline, ou violet de Paris, en

AU

vert lumière. Il nous paraît intéressant de donner quelques détails précis sur cette substance peu connue et sur sa préparalion.

La production du nitrate de méthvle estassez longue ; elle exige quatre joui nées. Le premier jour on mélange de l'acide sulfnrique avec de l'esprit de bois ou alcool méthvlique, en opérant dans un vase continuellement refroidi extérieurement afin d'éviter une trop grande élévation de température, qui activerait l'évaporatum de l'esprit de bois. Le second jour le mélange ainsi formé esl versé par minces blets sur du salpêtre ou azotate de potasse ; le nitrate de mélhyle prend naissance et distille immédiatement sous l'influence de l'élévation de température due à la réaction. Le troisième jour le produit distillé est chauffé à air libre, et au bdiii-marie, dans un grand réservoir porté à la température de 50°; des matières étrangères très-volatiles sont ainsi éliminées. Le quatrième jour le liquide restant dans le réservoir, et qui atteint généralement le poids de 200 kilogrammes, est recueilli à l'aide d'un siphon dans des vases où on le fait digérer avec du chlorure de calcium.

C'est au moment de celte opération que l'accident a ou lieu de la façon suivante. Tandis qu'un ouvrier syphonait le liquide, son camarade prit imprudemment une lanterne et regarda dans la cuve où il restait encore du nitrate de métbyle. Immédiatement le liquide volatil s'enflamma... et presque aussitôt une détonation effroyable se fit entendre pulvérisant toute la partie environnante de l'usine. Un des deux ouvriers fut frappé de mort; l'autre vit encore mais est grièvement blessé. On ignorait jusqu'ici que le liktrale de métbyle fût un composé détonant ; on savait qu'il était combustible, mais nul chimiste n'avait soupçonné sa puissance explosive. Nous devons ajouter que dans l'atelier même, où s'est produit l'accident, il y avait plusieurs tourïcs de nitrate de méthyle représentant environ un poids de 800 kilogrammes de celte dangereuse substance. L'accident s'est produit dans une partie retirée de l'usine do M. Poirier, dont les ateliers les plus importants continuent à fonctionner malgré cet accident dont les conséquences ont été exagérées.

Les matières colorantes, produites à l'usine de M. Poirier, sont, comme nous l'avons dit, dérivées de l'aniline. SI. Poirier est un des premiers industriels qui ait commencé à fabriquer ces magnifiques substances tinctoriales, dont on fait aujourd'hui un usage considérable. La fabrication du violet de methyl-aniline, la plus importante de toutes, sert en quelque sorte de base à la préparation des autres matières colorantes; les dégâts dus à l'explosion n'y ont pas porté atteinte. Elle est organisée chez M. Poirier avec tous les perfectionnements qui lui ont éle apportés dans ces dernières années, et s'exécute dm s des vases clos émaillés, où l'on fait réagir l'acide chlorliydrique et l'esprit de bois. sur l'aniline. — Nous reviendrons sur cette intéressante fabrication. G. T.

. Création d'une- station sérieicoie dans l' Extrême-Orient. — Le congres international séricicole de Montpellier a émis un vœu important, à la demande de M. le marquis de Ginestous, du Vigan, président de la huitième section (sériciculture-entomologie) delà Société des Agricu leurs de France, président du comité agricole de l'arrondissement du Vigan, vice-président du congrès international de Montpellier, avec l'assentiment de ces diverse» associations. Ce vœu demande : « La création par le gouvernement, en Extrême-Orient, soit dans notre colonie de la Cochinchine, soit en Chine, soit au Japon, pa,ys, comme chacun sait, d'origine du mûrier et des vers à épie du mûrier, d'une station séricicole pour la régénéra-

tion en Europe de ce ver et de ce précieux arbre. Cela, naturellement, au moyen de productions de graines de vers à soie les mieux choisies et de vastes pépinières de mûriers les plus convenables, pour les faire parvenir en France avec toutes les garanties cl précautions aujourd'hui indiquées par la science : bonne aération, emploi des meilleurs emballages, des appareils réfrigérants, etc. » Il y a lieu d'espérer de bons résultais de cet appel l'ait à 'a nature, aux sources, aux lieux à origine, tant du ver àso:e que du végétal qui en est inséparable pour sa parfaite alimentation.

Nous ne saurions trop applaudir à ce projet important, qui est destiné à rendre en Europe l'ancienne prospérité de la production de la soie.

Caractère parasite de l'érysipèle. — Le parasitisme est certainement une cause de beaucoup de maladies; le docteur Lukomsky a publié dans les Yircltow's Arcltiv un mémoire tendant à démontrer que l'érysipèle et occasionnée par des organismes ou spores. Un liquide qui en contient, produit une violente inflammation phlegmoneilse, quand il est injecté sur un tissu sain; si le même liquide en est dépourvu, il nu produit aucun effet. Celte expérience tendrait à démontrer que cette maladie, dont la cause était peu connue, pourrait s'inoculer, comme d'autres maladies contagieuses.

CORRESPONDANCE

LE TÏPllON DE LA MER DE CHINE. — 2*2 SEPTEMBRE I87i.

... En arrivant à Macaoje remarquai deux phénomènes assez curieux. Une vache laitière qui jusqu'alors nous avait donnébeaucoup de lait, cessa brusquement de nous en fournir la plus petite quantité; ensuite, pendant 5 ou 4 jours, nos appartements furent envahis par des nuées de libellules qui disparurent le lendemain du typhon. Le 22, le baromètre marquait 74° à 7 h. du matin ; à 5 h. du soir il descendit à 73,78. A. ce moment un coup de canon, tiré par ordre du capitaine du port, retentit dans toute la ville, annonçant l'approche de l'ouragan. Le vent était alors au nordest Son intensité était encore très- faible. De temps à autre même, il ne soufflait plus et était suivi d'un calme complet; l'aspect du ciel était menaçant à l'est, sur un fond cuivré se détachaient de grandes plaques noirâtres enforme d'ellipse; à l'ouest, la teinte était grisâtre avec des raies rouges comme du sang ; au sud l'horizon était plombé, dans certaines parties ardoisé, tandis qu'au nord, on ne voyait pas un seul nuage, mais un bleu azuré qui semblait dire à chacun : tranquillisez-vous, la tempête ne viendra pas avant un certain temps. La mer était unie comme un lac, à peine, si de loin en loin une légère brise venait rider la surface de l'eau, dont la couleur, au coucher du soleil, passa du bleu au vert, puis au rose et enfin à l'écarlate. C'était à la fois curieux et effrayant à voir. A G h. lèvent fraîchit. Toutes les jonques et barques qui se, trouvaient dans la rade gagnèrent le port intérieur ; à 8. h. i la pluie commença à tomber et les rafales devinrent de plus en plus violentes. Il n'y avait plus à douter de l'approche du typhon. le fis aussitôt prendre toutes les précautions adoptées en pareille circonstance; les persiennes, furent consolidées avec des barres posées en travers et les portes fermées avec lesverroux de sûreté. De 8 h. à minuit le vent toujours du nord, augmenta progressivement jusqu'à ' ce qu'il vienne to..t à coup à l'est. Notre vérandah fut ébranlée

immédiatement et toute la maison trembla sur sa base. A partir de ce moment, jusqu'à 4 h. 1/2 du malin, ce qui s'est passé est presque indicible. Pondant quelque temps j'ai essayé de lutter contre la tempête. Nous avons entassé armoires, buffets, commodes, contre les portes et les fenêtres qui craquaient sous les efforts violents du vent. Mais tout à coup, toute la verandah s'est effrondrée, les toitures ont été enlevées et nous n'avons eu que le temps de nous réfugier au rez-de-chaussée, dans une petite chambre où nous mettions habituellement nos chaises à porteur. Le mugissement du vent mêlé au bruit des cheminées qui tombaient ou à celui des tuiles qui pleuvaient littéralement sur le sol, le battement des portes, les poutres qui se brisaient, les cris de détresse de nos malheureux voisins dont la maison était entièrement écroulée, tout cela réuni était, je vous l'assure, effrayant. A 2 h., un de nos domestiques chrétiens vint me dire à l'oreille que le ciel était tout en feu et que c'était sans doute la fin du inonde. Je sortis aussitôt dans la cour et aperçus au-dessus de la maison une immense luiur s'étendant dans la direction du nord-est. J'avoue que je fus terrifié pendant quelques secondes, ne pouvant me rendre compte d'un phénomène aussi extraordinaire. Mais après avoir observé avec plus d'attention, je ne tardai pas à voir les flammes d'un incendie terrible.

... Nous avons passé ainsi de longues heures dans des angoisses mortelles ; enfin, quand le jour commença à paraître et que le typhon se fut un peu calmé, nous pûmes gagner la seule chambre à coucher qui avait été épargnée au premier étage, et toute rnn petite famille épuisée d'émotions et de fatigues put respirer. Quant à moi j'avoue que je remerciai mille fois la Providence de nous avoir protégés au milieu de tant de périls. J'ai oublié de vous dire que le feu avait été mis volontairement par une bande de pirates qui ont pillé un grand nombre de maisons.

Le '23 au matin, Macao n'était plus, comme le dit le reporter de Hong-Kong Times, que la ville des ruines et de la mort. Plus de 4,000 personnes ont péri dans l'aprèsmidi ; en allant recueillir le corps d'un mandarin d'une canonnière du vice-roi de Canton, commandée par des Français, j'ai compté sur la grève, sur un espace de 200 mètres, environ 280 cadavres. Le gouverneur, le vicomte de San Francisco s'est parfaitement conduit. Craignant avec raison une épidémie, il a fait brûler tons les cadavres en les faisant arroser avec du pétrole ; malgré cela une fièvre d'un caractère particulier n'a pas tardé à se déclarer dans la ville qui, en outre, est, depuis le typhon, menacée de devenir la proie des milliers de pirates chinois dont elle était le repaire et qui n'ayant pas grand'chose à faire depuis la suppression de l'émigration, se préparent ù achever l'œuvre de destruction des éléments...

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