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LA MORTALITÉ DES ENFANTS

DU PRESlIEft AGE.

<c beaucoup d'appelés, peu d'élus » telle est une des lois les plus cruelles, mais les plus générales de

la nature. C'est surtout dans le inonde des organismes inférieurs qu'on rencontre l'application de cet impitoyable principe: ainsi chaque champignon émet des millions de spores dont chacun pourrait reproduire l'être dont il émane, et dont peut-être aucun ne germera ; de même les poissons pondent des milliers d'œufs dont bieu peu viendront à bien.

L'homme, si supérieur qu'il soit à ces créatures élémentaires, n'échappe pas complètement à celte loi terrible, et en France même, 21 enfants pour 100 meurent dans la première année de leur vie. — La civilisation moderne ne peut-elle pas arracher à la mort quelques-unes de ces nombreuses victimes, c'est ce qu'on paraît, depuis peu, avoir compris. Déjà, en 18G8, les efforts de l'Académie de médecine et de lu Société protectrice de l'enfance avaient fini par émouvoir à ce sujet, non-seulement l'opinion publique, mais aussi l'administration du pays. — Les tristes révélation du census de 1872 (qui dénote une dépopulation notable de notre pays), ont remis rapidement la question à l'ordre du jour. L'Académie de médecine a proposé un prix sur le sujet et un de ses membres qui siège aussi à Versailles, M. Théophile Roussel, a présente à l'Assemblée nationale un projet de loi pour proléger la vie des enfants, projet de loi qu'étudie en ce moment même une commission zélée, et qui, espérons-le, viendra bientôt en discussion.

Non-seulement la mortalité des enfants du premier âge est considérable, mais elle va sans cesse en augmentant, et cela dans toutes les parties de la France. Ainsi elle était de 18 pour 100 en 184-0-49. — Dans les dix ans qui suivirent, elle s'éleva à 19,6 pour 100, et elle est depuis ce temps de 20,5. ' Cette mortalité varie beaucoup avec les saisons. Le docteur Bertillon a prouvé que, contrairement à toutes les idées reçues jusqu'à présent, c'est en été, dans le s mois de juillet, août et septembre, que la mortalité des enfants au berceau est le plus considérable. Les mois d'avril, mai, novembre et décembre leur sont au contraire favorables.

Notons en passant que, d'après le même auteur, la vie des petits garçons est constamment beaucoup plus fragile que celle des petites lilles. Ainsi la mortalité des filles étant 100, celle des garçons est 117, et cette différence remarquable se retrouve à toutes les époques et dans tous les pays d'Europe.

Un simple regard jeté sur notre carte nous montre comment la mortalité des enfants du premier âge se répartit entre les divers départements français et nous indique du même coup une des grandes eauces de son intensité. Ou voit, en effet, que les départements les plus frappés sont ceux qui entourent Paris, c'est-à-dire ceux où les enfants de la grande ville sont mis en nourrice. C'est dans cette région que le tiers ou plus du tiers des enfants (Eure-et-Loir, 57 pour 100) meurt avant l'âge d'un an. Si la mortalité enfantine de ces départements était ramenée à la mortalité moyenne de la France (un pareil vœu n'a rien d'ulopique), ce serait 14,000 enfants qu'on

arracherait chaque année au cimetière pour les rendre à leurs familles et à leur patrie.

Les médecins de ces départements, mêlés souvent aux plus douloureux et parfois aux plus criminels détails de l'industrie nourricière, connaissent mieux que personne les causes qui la rendent si funeste.

C'est généralement aux bureaux de nourrices que les familles s'adressent pour placer leurs enfants. Les nourrices de ces bureaux sont souvent recrutées par des femmes dont la seule profession est d'exercer ce métier de racolage. Ces femmes, appelées des meneuses, ne sont naturcllemement pas difficiles dans le choix des nourrices qu'elles amènent à la ville; pour elles, sauver les apparences estla grande affaire. Une femme a-t-elle un enfant chétif et peu propre à faire valoir sa mère, ou lui en loue un moyennant une trentaine de francs. Et c'est ainsi que certains enfants de brillant extérieur, font l'étalage de' quatre ou cinq femmes successives. Ces enfants d'em-. prunt sont souvent fort mal traités pendant ces voyages fréquents qu'ils font à Paris. Lorsqu'ils crient, leurs fausses mères, craignant de leur voir prendre un visage ridé et malheureux, leur donnent du laudanum, qui les endort, quelquefois du sommeil de la mort.

Aussi, le projet de loi présenté par M. Théophile Roussel oblige-t-il les nourrices à se munir d'un certificat de moralité délivré par le maire de leur commune, et astreint-il les bureaux de nourrices à une surveillance plus rigoureuse que celle dont ils sont actuellement l'objet.

Avant les chemins de fer, les nourrices pourvues de nourrissons regagnaient leur pays dans de grandes voilures fournies par les meneuses, et tellement malpropres et malsaines qu'on les appelait dans certaines campagnes, des Purgatoires; signifiant, par cette affreuse plaisanterie, que les enfants n'en sortaient que pour aller dans le ciel, c'est-à-dire pour mourir.

Mais une fois arrivés au domicile de leur nourrice, les enfants ont encore à passer par bien des traverses et des dangers. On se tromperait gravement, si Ton croyait ces dangers compensés par l'influence heureuse de l'air delà campagne. C'est une illusion que nous enlève la statistique. A vrai dire, cette influence bienfaisante delà campagne sur les jeunes enfants se tait manifestement sentir dans des pays tels que la Suède, la Norvège et le Danemark, dont les habitants, même les plus pauvres, jouissent d'une certaine instruction.

Dans ces pays, où le plus misérable pêcheur rougirait de ne pas savoir lire, la mortalité enfantine est plus faible à la campagne qu'à la ville. Qu'on consulte les documents statistiques de notre pays, on verra justement l'opposé; mais qu'on questionne ensuite un médecin de campagne sur l'hygiène des enfants chez nos paysans, et l'on ne s'en étonnera plus.

Si nos campagnards ne savent pas élever leurs propres enfants, comment veut-on qu'ils soignenÇ, plus intelligemment ceux des autres?

Souvent, ce n'est pas par ignorance que les nourrices deviennent funestes aux enfants qui leur sont confiés, mais par une avarice que la loi ne saurait trop punir. Lorsqu'une femme s'est chargée de sept ou huit nourrissons à la fois, il lui est bien impossible de les soigner convenablement. Le plus souvent, ces prétendues nourrices sont des misérables qui, servant les intentions criminelles de parents dénaturés, cherchent à faire périr leurs élèves peu à peu et à force d'incurie.

Nous n'insisterons pas sur les assassinats de ces mégères abominables. — Ce sont le plus souvent de vieilles femmes connues sous le nom, affreusement poétique, de « faiseuses d'anges, » qui récoltant jusqu'à dix et douze enfants à la fois, les nourrissent, si cela peut s'appeler nourrir, au petit pot, c'est-àdire au seul biberon. — L'une des tombes du cimetière de Besançon porte cette horrible épitaphe : « G y gît qui fut nourrice de quatre-vingt-seize enfants. » Naturellement les enfants soumis à la triste tutelle

Creuse. ir.l

Hautes-Pyrénées. . . . 140,2

ArièRe 1*8,1

Manche. 118

Deux-Sèvres 148

Indre 189,!

Basses-Pyrénées 154,5

Vienne 155

pillOîie x

"Vendée 161,1

Haute-Garonne 161,7

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