OISEAUX DES ILES MASCARBIGNES
LE DRONTE DE L'iLE MAURICE.
(Suite. — Voy. p. 10.)
Tradescant, dan? son catalogue des raretés qui composaient en IGuO sa collection, à South Lambclh,
près Londres, mentionne « un Dodo de l'île Maurice, oiseau trop gros pour pouvoir voler. » Ce Drontc, ou plutôt cette peau de Drontc, que Wiilughby et plusieurs auteurs eurent l'occasion de voir en 1 684 et eu 1 700, dans la même collection, était peut-êlre, comme le suggère M. Strickland, la dépouille de l'oiseau que sir Ilumon Lestrange avait pu contempler vivant en 1038. On pourrait même admettre que cet animal avait été rapporté de l'île Maurice par sir Thomas Herbert, qui était en relations avec Tradescant et qui lui avait donné, parait-il, plusieurs curiosités recueillies dans le cours de ses voyages. Nous dirons tout à l'heure ce que devint cet intéressant spécimen qui fil ensuite partie de la collection donnée par Ashmolo à l'université d'Oxford.
Le mus'e Aslmioiéeu possède encore deux éditions d'un opuscule fort curieux, intitulé Catalogue de beaucoup de raretés naturelles gui ont été, rassemblées avec beaucoup de peine et de dépense, par Uobert Hubert, alias Forces, genll. et humble serviteur de Sa Majesté, et qui sont visibles tous les jours à l'endroit jadis nomme la Maison de Musique, près de l'extrémité ouest de l'église Saint-Paul. A la page 11, de l'édition de 1065, on trouve cette mention : « Une patte de Dodo, grand oiseau qui ne peut voler, et qui vient de Maurice. »
Oléarius, dans le catalogue du musée Gottorf publié en 1606, cite parmi d'autres curiosités une tète de Dodo, et en donne une figure, copiée sans doute d'après Clusius. Enfin M. Strickland nous apprend qu'il est également question du Dronte dans un manuscrit du British Muséum, sorte de journal de Lord écrit par benjamin Harry, qui passa l'hiver à Maurice eu 1 078. Mais à cette époque les Dodos devaient être déjà fort rares, car les Hollandais, qui s'étaient établis définitivement dans l'île en 16-41-, paraissent avoir fait une très-grande consommation de ces oiseaux qui, étant bas sur pattes et privés d'ailes, ne pouvaient échapper aux chasseurs, et dont la chair, quoique fort dure, était néanmoins susceptible de servir à l'alimentation. Les chiens, les chats et les porcs que les colons amenèrent avec eux contribuèrent puissamment à la destruction de l'espèce en dévorant beaucoup de jeunes oiseaux. Il est à peu près certain que le Dronte avait complètement disparu en 1(593, puisque Léguât qui fit un séjour de plusieurs mois à Maurice et qui se montre en toutes circonstances observateur fort soigneux, ne fait aucune mention de cet oiseau, et nous dit seulement : « L'île était autrefois toute remplie d'oyes et de cinards sauvages, de poules d'eau, de gelinottes, de tortues de mer et de terre mais tout cela est devenu fort rare. » Nous voyons par ce passage que les Hollandais, avec l'imprévoyance naturelle à tous les colons, détruisaient toute espèce de gibier.
En 1712, les Hollandais évacuèrent l'île Maurice, qui fut immédiatement occupée parles Français; cette circonstance, en amenant un changement dans une partie de la population, eut pour résultat d'effacer complètement le souvenir du Dronte; aussi ni M. Mo-
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LA iNATl'ïlE.
rcl, ni le baron Grant qui restèrent assez longtemps lans ces contrées, au commencement et au milieu du dix-huitième siècle, ni M. Bory de- Saint- Vincent, ni II. J. W. Thompson qui explorèrent Maui'ice eu 1810 ït en i 816, ne purent, malgré leurs efforts, recueillir le moindre renseignement sur cet oiseau.
Cependant, déjà à l'époque où JIM. Strickland et Mel ville écrivaient leur beau mémoire, il n'était plus possible de douter de 3a sincérité des anciens voyageurs, car on possédait, outre quelques pièces anatomiipi.es dont nous parlerons plus loin, d'anciens ta-
bleaux et des gravures représentant le Dodo, et probablement exécutées d'après nature, dans le courant du dix-septième siècle. La plus connue de toutes ces peintures, celle dont nous reproduisonsaujourd'bui la ligure principale, était jadis la propriété de George Edwards (lig. 1). Dans son ouvrage sur les oiseaux, ce naturaliste qui était en même temps un artiste, nous apprend qu'elle avait été exécutée eu Hollande d'après des oiseaux rapportés de Saint-Maurice, dans les Indes orientales, peu de tamps après la découverte de la route des Indes par le cap de Bonne
Fig. 1. — Le Rronic, d'après une peinture du Dritish Muséum.
Espérance, et qu'elle avait été pendant longtemps la propriété de sir II. Sloanc. Dans ce tableau, qui fut donné plus tard par George Edward au Dritish Muséum, où il se trouve encore, la ligure du Dronte est entourée dû perroquets d'Amérique, de canards et d'autres oiseaux, tous d'une exécution fort soignée. Il n'y a ni date ni signature, mais le style est celui des Savery, peintres éminents du commencement du dix-septième siècle.
Il y a plusieurs années déjà, le profe-seur Owen a appelé l'attention des naturalistes sur une autre peinture, qui porte la signature de lloland Savery, et qui t'ait partie de la collection royale à la Haye. Ce tableau
représente Orphée essayant le pouvoir tic la inusiqjc sur les différents êtres de la création. Tous les animaux sont rendus avec une extrême exactitude, et parmi eux on reconnaît parfaitement le Dodo aux formes massives. M. Strickland a pu étudier cette peinture à la Haye, en 1845, et peu de temps après, il a eu le bonheur de découvrir dans les galeries royales, à Berlin, parmi plusieurs belles toiles" de Savery, un tableau de ce maître représentant lns animaux du Paradis et, dans le nombre, un Dodo, à peu près de la même grandeur et dans la même position que celui qui se trouve au Musée de la Haye. Ce tableau porto dans un coin la date, 1026 ; comme lloland Savery
LA N AT Utt fi.
Était néon 1570, il avait vingt-trois ans lorsque l'expédition de Van Neck revinten Hollande ramenant un Dodo vivant ; on est donc parfaitement en droit d'admettre que l'artiste a pris cet oiseau pour modèle.
M. Strickland donne également dans son ouvrage le fac-similé d'une autre peinture de Uoland Savery, qui lui a été signalée par le docteur Tsclmdi, et qui i-c trouve au belvédère du Vienne; elle est datée de 4G28, et par conséquent de deux, ans postérieure à celle du musée de Berlin. On y voit, entre deux autres oiseaux, un Dodo, penché au bord d'une flaque d'eau et guettant une espèce d'anguille. Une quatrième peinture, due au pinceau du même artiste, :i été reproduite par M. Broderip, qui en est devenu le propriétaire, et qui a publié sur le Dodo des articles remarquables dans la Penny Cyclui'ediaQi dans les Transactions de la
Société zoologique de Londres. Comme nos lecteurs pourront en juger par notre figure 2 qui reproduit fidèlement le tableau de .M. Broderip, la physionomie du Dronte est pleine de mouvement :
l'oiseau , vu par derrière, avec la tète tournée du côté du spectateur , est debout sur une patte et nettoie l'autre avec son bec. Le:
corps est revêiu d'un duvet brun, les flancs et le croupion sont ornés de plumes frisées de couleur jaunâtre, la tète est hérissée de [dûmes grêles, semblables à des poils, et le bec, extrêmement robuste, se termine par un crocbet, nuancé de jaune.
Une antre, ligure de Dronte, peinte non plus par Savery l'ancien, mais par son neveu Jean Savery (1651), fait partie du musée Àshomoléeii, à Oxford. Ce tableau, dans lequel l'oiseau est représenté au double de la grandeur naturelle, a peut-être servi d'enseigne, mais la différence de dates ne permet pas d'admettre que c'est la toile qui excita la curiosité île sirllamon Lestrange en 1658.
Eu 1853, le professeur Ovvcn et M. Broderip ont appelé l'attention des zoologistes sur un portrait de Dodo, qui appartient au diic de Northumberlaud, et qui est signé des monogrammes de Jean Goeiniare et de Jean David de Heem, artistes flamands qui vivaient au commencement du dix-septième siècle; tout récemment, en 1 8GS, M. G. vonFrauenfeld a découvert dans la bibliothèque privée de l'empereur d'Autriche deux peintures qui représentent l'une le Dronte, l'autre la Poule ronge à bec de bécasse et qui sont probablement
— Le Dronte, d'api'is
l'œuvre tic Hoefuagel, artiste hollandais de la fin du div-septième siècle ; la même année, 5!. Alfred Newton a décrit une aquarelle de Pierre Witlhoos, qu'il avait déjà signalée en 18GG, et qui paraît avoir été faite d'après nature, vers 1G80; enfin plusieurs savants tels que M. Broderip, M. H. -G. Millies, M. Jaeckel, ont cité d'anciennes gravures, sur lesquelles les traits du Dronte sont parfaitement recoimaissablcs. La plupart des peintures et des gravures sur bois que nous venons de mentionner offrent les unes avec les autres une extrême ressemblance et concordent parfaitement avec les renseignements qui nous ont été transmis par les voyageurs; seule la peinture citée par II. de l'Vauenfeld et celle qui a été reproduite en fac-similé par M. Alfred Newton, présentent des différences qui méritent d'être notées. Dans la première, en effet, le
Dronte est d'un brun
fuligineux uniforme , avec les ailes relativement développées, et dans la deuxième l'oiseau , au lieu d'être d'une teinte foncée, est d'un blanc jaunâtre; les yeux sont entourés d'un cercle rouge, et le bec, d'un rouge vif à l'intérieur ne présente pas à l'extrémité ce crochet si bien marqué dans les autres figures. M. Newton suppose que cette aquarelle a pu être faite d'après un oiseau vivan t en captivité, et dont le bec avait été éinoussé à la pointe pour qu'il ne pût blesser ses gardiens ; il est également cet oiseau blanc est une leuxième espèce de Dronte, et peut-être même le Solitaire indiqué par le sieur D. IL (Du Bois) à l'île Bourbon. Mais cette hypothèse nous semble un peu hasardée, car Du Bois dit formellement que les Solitaires de Bourbon ont les rémiges noires à l'extrémité, le col long et le becq fait comme œluy des bécasses, mais plus gros. E. Oiîstalet.
— La suite prochainement. —
CHRONIQUE
Constructions sur pilotis clans l'Elstrr, près
de Leipzig. — Un savant géologue, M. le comte de Wunnbrandt, a récemment fourni à la science préhistorique des faits nouveaux d'une haute importance en découvrant des palaftttes dans les lacs de la haute Autriche. Une telle trouvaille est une rareté dans cette portion do
une peinture de Ft. Savery.
porté à admettre q
ne
l'Allemagne. Mais de nouvelles investigations viennent d'être encore couronnées de succès dans le rovaume de Saxe. C'est maintenant M. Jentzch, d'après ce que nous apprend la Revue d'anthropologie, qui signale des constructions sur pilotis, non plus dans un lac, mais dans le lit d'une rivière, ce qui donne à sa découverte un intérêt tout particulier. C'est dans l'Elster, tout près de Leipzig, qu'un abaissement considérable du niveau des eaux lui a permis de constater des restes nombreux de celte nature, Les pilotis sont enfoncés dans une argile contenant des restes de plantes telles que le saule, le chêne, l'érable, etc. On a trouvé parmi les pilotis, rangés circulairemeiit, quelques fragments de poterie et de charbon de bois, des ossements appartenant au bœuf, au cerf et à un mammifère encore indéterminé, ainsi que des coquilles d'unis et d'anodonte.
Ls* rupture «les réservoirs de 1YilI!aiusJ>ur£; nux. Éiats-I'uis. — A William sburg, comté de flampsf lire, existait un réservoir de 125 acres de surface dans lequel se déversaient les eaux de la rivière Mill. La profondeur moyenne du réservoir, dit le Courrier des États- Unis, était de 50 pieds, et l'objet de cet énorme approvisionnement d'eau était d'alimenter, aux époques de sécheresse, les moulins, filatures et usines des villages voisins. Ce réservoir, dont la construction remontait à neuf ans, n'avait pas, s'il faut en croire la rumeur publique, été établi dans des conditions satisfaisantes de solidité, et depuis trois ans environ la rupture des djgues était communément considérée comme devant fatalement se produire un jour ou l'autre. Mais nul n'avait prévu une catastrophe aussi épouvantable que celle que nous avens à enregistrer. Samedi, 16 mai, vers sept heures du matin, le surveillant chargé de la garde delà digue a remarqué une légère fissure, à laquelle il n'a pas d'abord attaché d'importance; mais bientôt la brèche s'est élargie, et le surveillant a prison courant le chemin des villages situés en aval du réservoir pour prévenir Us populations du danger qui les menaçait. 11 n'était pas arrivé à. mi-chemin de Williamsburg, le plus pioche de ces villages, quand le tuti/ult?. terrifiant des eaux déchaînées derrière lui lui apprit que le réservoir était crevé. Espérer devancer cette avalanche eût été folie. Le surveillant n'eut plus qu'un objet: sauver sa propre existence, et il y parvint à grand 'peine en gagnant de toute sa vitesse le sommet d'un plateau élevé. L'immense volume d'eau dégorgé par le réservoir crevé se précipitait avec la vitesse d'une locomotive et le bruit d'un train passant sur un pont recouvert. En un instant, les villages de Williamsburg, Skinncrvillc, Haydeirville et Leeds furent inondés. Vingt minutes après, les eaux se retiraient presque aussi rapidement qu'elles étaient venues, ne laissant que des ruines là où existaient un moment auparavant les quatre villages plus haut nommés. Le nombre des personnes noyées est évalué approximativement à deux cents. Les pertes matérielles sont évaluées à un million de dollars. Quatre cents familles se trouvent sans abri.
Conservation des pommes. — D'après des expériences multiples le plâtre fin se prête avantageusement à la conservation des pommes. Voici le procédé à suivre, tel que le décrit la Revue industrielle: On commence par recouvrir le fond de la caisse destinée à renfermer les pommes, et que l'on isole du sol de la cave par des madriers, d'une couche de plâtre fin d'environ 5 centimètres; on essuie les pommes une à une avec un linge, en ayant soin de les choisir sans défauts, et on les range au fur et à me-
sure sur le plâtre, mais de façon à ce qu'elles ne se touchent point et que les queues soient tournées vers le haut. La première couche étant faite, on verse dessus du plâtre en quantité suffi anle pour remplir tous les interstices et former encore une couverture uniforme sur laquelle on pose une nouvelle série de fruits; on continue ainsi jusqu'à ce que la caisse soit remplie. On ferme ensuite celleci avec de la paille et un couvercle.
Le plâtre n'exerce ici qu'une action mécanique; il empêche les pommes de se toucher et les met à l'abri dis variations d'humidité et de température de l'atmosphère extérieure ; nt de celte façon elles se conservent parfaitement intactes jusqu'au printemps.
Une cave sèche ou une chambre exposée au sud sont. les endroits les plus favorables pour y placer les caisses.
Industrie ttu papier ma élu; en Angleterre. —
L'industrie du papier mâché prend chaque jour de plus grands développementsen Angleterre. La matière première employée par nos voisins, lisons-nous dans la lievue industrielle, est un panier gris-bleu, sans colle, et d'une pâte très-fine. Les feuilles sont collées les unes sur les autres, avec une grande abondance de dextrine et d'amidon, puis pressées à la machine hydraulique dans une étuvo sèche. Use forme ainsi une planche solide et dure comme du bois de buis ou d'ébène, que l'on peut obtenir moulée sous diTer^es formes, et qui se laisse travailler mieux que du bois ordinaire, dont le papier mâché n'a pas les pores, la sève, les fibres, les nœuds. On le tourne pour faire des boules, des grains de chapelet, des encriers, des écrins. C'est ainsi que l'on obtient des bijoux, bracelets, épingles, colliers, fermoirs, où l'on peut incruster des pierres fausses qui y prennent un éclat particulier. Les plateaux, coffrets, guéridons, écrans, dorés ou nacrés, connus sous le nom d'ouvrages du Japon, sont du papier mâché: la nacre y est incrustée à la presse hydraulique.
BIBLIOGRAPHIE
Histoire de la r.rialion des êtres organisas, d'après les lois naturelles, par Erhest Haeckkl, traduit de l'allemand par le docteur Ch. Letouk^kau, et précédée d'uni' introduction biographique par Cuaju.es Martins. — 1 vol. in-8" illustré. — G. Reinwald et G", Paris, 1874.
Cet ouvrage, dont la librairie Reinwald vient de publier une traduction française, se compose de vingt-quatre conférences, faites à Iéna, par le docteur llacckel, professeur de l'université. Elles s'adressaient à un public éclairé, et avaient pour but d'initier les auditeurs à la doctrine de l'évolution, formulée d'abord par Lamark, défendue par Goethe, et remise si puissamment en vigueur par Darwin. Le docteur llaeckel est un des plus fervents disciples du naturaliste anglais, qu'il ne craint pas de placer au plus haut rang des philosophes. Il donne d'abord l'histoire de la théorie de l'évolution, et expose les idées de Linné, de Cuvier et d'Agassiz, dont il s'efforce de faire la réfutation par les théories darwiniennes. Si le livre du docteur Hacckel est rempli d'observations saisissantes et parfois d'arguments judicieux, il est impossible de ne pas protester contre des exagérations systématiques de théories pour lesquelles les bases solides des faits manquent encore, llaeckel se plonge à corps perdu dans le darwinisme, et il nous paraît certain que ses plus chauds partisans refuseront
parfois de le suivre dans ses conclusions. L'auteur de V Histoire de la Création fait une trop grande part à l'intuition aux dépens de la logique, qui exige que les déductions ihéoriques se dégagent seulement défaits incontestables, et non pas d'hypothèses vagues. Aussi les reproches dédaigneux qu'il adresse à la science française paraissent-ils injustes et passionnes. Une fois cette part faite à la critique, on doit reconnaître que l'ouvrage d-'Haeckel n'est pas une œuvre ordinaire; si elle est souvent exagérée, violente même, elle n'en est pas moins savante, originale, et nombre de pages y sont tracées d'une façon magistrale.
Causeries scientifiques. Treizième année, lS73,par!l. de Parville. J. Hotbscliild. Paris, 1874.
Les causeries scicnlifiqtrs de M. de Parvîlle sont trop bien accueillies par le public pour que nous ayons à en faire réloge. Le nouveau volume qui vient de paraître cl qui donne l'histoire du progrès scientifique de 1873, aura certainement le même succès que ses devanciers.
ACADEMIE DES SCIENCES Séance fin 11 juin 1874. — Présidence de M. ReivriuflD,
Sulfure de carbone et phylloxéra. — A l'occasion dos récents travaux dont le sulfure de carbone a été l'objet comme agent de destruction du phylloxéra, M. Dumas rappelle que c'est à Doyère qu'on doit la première application agricole de ce liquide. Il s'agissait alors de débarrasser les graines en silos des charançons qui les infestaient. Le secrétaire perpétuel termine en émettant l'opinion que ces anciens travaux ont sans doute été l'origine de ceux de M . Paul Tlienard relatifs au phylloxéra, mais il regrette que, tandis que les premiers opérateurs avaient soin de mettre le sulfure dans le haut des régions à préserver, afin de bénéficier du poids de sa vapeur, on ait cru récemment devoir le verser dans des trous profonds, ce qui suffit pour lui retirer toute efficacité.
Ces observations déterminent M. Thenard à faire remarquer qu'à l'origine le sulfure de carbone était placé dans des trous de 5ii centimètres au plus de profondeur; il ajoute que, du reste, à son sens, il ne doit plus être question de cette substance, dont les défauts l'emportent de beaucoup sur les qualités, et qu'on doit surtout le laisser de côté depuis que M. Dumas a préconisé les sulfo-carbonutes, dont l'usage est à la fois si commode et si sûr.
Carte orographique de l'Algérie. — On sait que M. le capitaine Mouchez est chargé du commandement de l'expédition qui, à Pile Saint-Paul, doit observer le prochain passage de Vénus. Au moment de partir, cet officier distingué communique à l'Académie les 8* et 9* feuilles de sa grande orograph:que et hydrographique de la côte de l'Algérie, depuis Cherchel jusqu'à Oran, c'est-à-dire sur une longueur de 48 lieues. L'échelle adoptée est le ^j^. Le développement delà ligne de sondage parcourue dans des canots menés à l'aviron, est 19,000 kilomètres. Le navire a fait, lui-même, 3,500 kilomètres. Le nombre des sondages effectués est 119,500. Les 23,000 kilomètres de lignes de sondage comprennent 29,360 stations déterminées au cercle à réflexion. Cet immense travail a été exécuté en cinq campagnes d'été, de deux mois environ chacune, et la difficulté, déjà si grande, a été souvent augmentée par l'hostilité des populations qui, à plusieurs re-
prises, tinrent nos compatriotes couchés en joue pendant qu'ils exécutaient leurs mesures.
Le sel du lac Thnsah. — D.ivanlie bureau se remarque un beau bloc de sel, d'un mètre cube environ. M. de Lesseps annonce qu'il provient du lac de Timsah où la formation incessante de bancs de sel avait inspiré des craintes quant à la commodité de la navigation. Celte production journalière offre aussi un grand intérêt au point de vue de la géologie.
Photographie solaire. — La photographie jo..e en astronomie un rôle chaque jour plus gr;md. Il y a déjà plusieurs années que il. Paye présente à 1 Académie des photographies solaires, obtenues par M. Porro, au moyen d'une lunette de 15 mètres de foyer. Depuis celte époque déjà ancienne, la France parut se désintéresser de la question. Au contraire elle lit de grands progrès h l'étranger. M. Warl'dii de la Une obtint dos photographies de la lune qui lui valurent le prix Lalande en 1860 et qui sont réellement merveilleuses. M. Rultcrlbrthfit mieux encore et produisit des épreuves de 50 centimètres de diamètre où l'on peut reconnaître à la loupe des détails que ne montrent pas de bonnes lunettes. Mais rien ut; revient à la France eu luul ceci et ce ne sera pas un des moindres services rendus par le passage de Vénus que d'avoir ramené chez nous l'attention de ce côté.
Désirant obtenir des photographies comparables à celles que les astronomes étrangers sont en mesure d'exécuter, M. Jansscn, associé à il. Bracmuski, a construit un appareil qui donne des épreuves de 11 à 12 centimètres de diamètre. Dans certains cas même, eu ne prenant qu'une portion du disque solaire, on arrive au diamètre de 20 centimètres, ce qui permet d'obtenir ce que M. Janssen nomme la chair du soleil, c'est-à-dire ce moulonago spécial qui a tant frappé tous les observateurs, et que jusqu'ici la plaque sensible s'était refusée à conserver.
Stanislas Meunier.