CURIOSITÉS DE LA MÉTÉOROLOGIE
CHUTE DE cr.oix DANS l'atmosphère PENDANT UNE ÉRUPTION DtJ VESUVE EN 16 O.
Un grand nombre de chroniqueurs du moyen âge racontent des phénomènes semblables à celui qui fait l'objet de cette notice, mais pour la plupart ils appartiennent au domaine de la fable.
Nous sommes cependant obligés d'admettre l'authenticité des phénomènes étranges qui auraient accompagné l'éruption du Vésuve de 16 00. Les croix qui sont tombées alors des régions supérieures du firmament ont été en effet observées scientifiquement par le P. Kircber, un très-habile physicien. '
L'éruption de 4(300 ne paraît avoir donné lieu ni à des tremblements de terre très-violents, ni à l'émission de puissantes coulées de lave. Mais le volcan se déchargea principalement, comme il fait quelquefois après un silence prolongé, pur la projection de cendres abondantes, lancées en niasses assez considérables pour engloutir des villes entières. C'est, comme on le sait, ce qui est arrivé à Pompéi» en 70,
alors que le Vésuve, que l'on croyait, mnrt, se réveilla. Ces cendres étaient accompagnées île moffeltes si intenses, que Pline l'Ancien en fut suffoqué, quoiqu'il se trouvât encore à une grande distance du cratère ; il n'avait point quitté cependant les bords de la mer, où il venait à peine de débarquer.
Les cendres de l'année 1GG0 eurent cela de particulier qu'elles arrivèrent jusqu'à la ville de Naples, où elles avaient été chassées par des vents violents. Celles qui tombèrent sur le sol se couvrirent rapidement d'effloresceiiees tenant à des émanations de même nature que celles qui avaient été si funestes au naturaliste romain. Tous les gaz qu'elles contenaient s'exhalèrent; eu effet, l'air ambiant était sec, car on se trouvait alors dans les premiers jours du mois de juillet.
11 n'est donc pas surprenant que ces vapeurs, qui se déposaient en partie à la surface de la cendre, aient laissé tomber des cristaux sur tous les objets
Toi-malion de croix dans l'air, d'après lu P. Kirdicr.
nu milieu desquels les cendres avaient été projetées. Le P. Kircber donne une série de figures destinées à prouver que les croix n'ont rien de constant dans leurs dimensions, ni même dans leur forme. Plusieurs de ces croix ont plus de deux brandies, quelques-unes en ont en réalité jusqu'à cinq ou six. Ces remarques nous montrent que ces figures étaient produites pur une agglomération irrégulière de cristaux provenant du dépôt rapide d'un sel cristallisant en petits prismes, et dans lequel il est permis de reconnaître le chlorhydrate d'ammoniaque. Les dessins du P. Kircber, quelque grossiers qu'ils soient, paraissent déceler la forme particulière de ce sel dont la production est si naturelle dans des circonstances pareilles à celles que nous décrivons. En effet, les cendres peuvent être saturées parles torrents d'acide chlorhydrique que produit l'éruption, et cet acide doit rencontrer dans l'air les composés ammoniacaux nécessaires à la formation des aiguilles cristallisées dont l'apparition avait si naturellement plongé dans la plus vive surprise les
populations au milieu desquelles elles se produisaient.
Une des circonstances qui avaient le plus contribué à répandre à Naplcs une sorte de terreur, c'est que les croix semblaient s'attacher de préférence aux vêtements des hommes et des femmes, comme on le voit par la figure naïve que nous avons empruntée à l'ouvrage de Lycosthènes sur ces Prodiges. Mais le P. Kircher n'a point de peine à répondre à cette objection. En effet, les croix étaient de couleur grise, ce qui fait qu'on les voyait difficilement quand elles tombaient sur les murailles. Elles étaient d'autant plus nombreuses que les objets se prêtaient mieux à les mettre en relief; ainsi on les voyait surtout sur le visage où elles paraissaient littéralement innombrables.
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Cl'Ulo de croix, d'après Ljcoathèins.
Nous ne savons s'il serait possible de reproduire directement dans un laboratoire la formation de petits cristaux analogues à ceux que nous décrit le P. Kircher. Mais cette épreuve ne doit pas être considérée comme nécessaire. En effet, personne ne se refuse à croire que les flocons do neige sont produits par la congélation de l'eau, quoiqu'on ne puisse produire dans les laboratoires les formes si bizarres qui excitent toujours la surprise des physiciens.
Le P. Kircher a également fait remarquer que les croix ne duraient point toutes le même temps, que quelques-unes semblaient se dissoudre dans l'air humide; ce qui est facile à comprendre, puisque leur dépôt avait été aidé par la grande sécheresse de l'air, l'éruption ayant eu lieu pendant la canicule ; quelques-unes laissaient sur les vêtements des taches permanentes comme si elles avaient été imprégnées d'un liquide acide. W. de Fonyiei.le.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdieii.
CoiitEiL.— Tjp. et 6t(5r. de G «ut*
jf. 57—4 JUILLET 1 87 i.
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LES AKKAS
RACE DE PYGMÉI.S IUÎCESI3I Ei\T DÉCOUVERTS DANS i/ AFRIQUE CEKTBALE.
La Nature a déjà annoncé l'arrivée en Egypte de deuxreprésentan'.s d'une race d'hommes jusqu'à présent inconnue, habitant l'Afrique centrale, t'es deux individus viennent d'arriver on Italie où ils excitent une curiosité universelle, dont ils tout d'ailleurs parfaitement dignes.
Le premier voyageur qui ait parlé de cette singulière race d'hommes est le docteur Schweinfnrth.
Cet auteur, voyageant il y a deux ans, en Afrique centrale dans le pays des Momboutous (région située au sud du pays des Niam- Niams, c'est-à-dire sous le 4 e degré de latitude nord) , remarqua, au milieu d'une fêle que lui donnait le roi, plusieurs esclaves de très-petite taille, et dune conformation qui lui parut exceptionnelle. On lui apprit que ces esclaves étaient des Akkas 1 , race d'hommes trèspetits qui habitent au sud du pays des Mombou tous, sur les rives du fleuve Garbou (5° latitude nord). Le roi voulut bien donner à M. Schwemfurth
U11 de ces êtres bi- Jeune Akko, de face tt ."e pi
zarres; malheureusement cet esclave mourut pendant lo voyage de retour, en traversant lu Nubie. On a noté avec soin l'endroit où on l'enterrait afin de pouvoir retrouver et rapporter son squelette.
En 1873, un courageux voyageur italien, M. Miani, pénétra dans le même pays des Momboutous, et lui aussi fut frappé par la vue des esclaves akkas. Il en acheta deux pour les rapporter en Europe, mais cette fois ce ne furent pas les esclaves, ce fut leur maître qui mourut des fatigues d'un aussi périlleux voyage.
1 Quelques auteurs ont [.ris pour règle de ne point mettre d'ï au pluriel de ces noms de peuples sauvages, et écrivent : les Akka, les Momboulou, etc.
»• iQDêe — !• semestre.
j'eune Akko, de face <t
Ses bagages, ses papiers, ses collections et ses deux précieux esclaves parvinrent néanmoins en Egypte, mais ils n'arrivèrent à bon port qu'après mille traverses. On sait tout ce que peut oser Ja rapacité des hommes, mais on croira difficilement que d'avides créanciers aient mis sous séquestre nos deux négrillons.
Dès leur arrivée, au Caire, les deux pygmées furent présentés à l'Institut égyptien, savante et la-
borieus e société, créée par le gouvernement du vice-roi. Ils furent soigneusement examinés par son président, S. Exe. Colucci- Pacha, à qui ses connaissances médicales donnent de l'autorité en cette matière, et par le professeur Richard Owen, dont le nom est connu de nos lecteurs.
Les relations que ces deux savants ont données de leur examen seront publiées dans les Bulletins de l'Institut égyptien , publication officielle écrite en français. En attendant, elles l'ont été dans la Revue d'anthropologie de 11. Broca, où nous les trouvons.
La race des Pygmées était connue des anciens historiens.
Hérodote, Arislole , Strabon, et plus tard les historiens arabes, Ont mentionné leur existence, mais chacun sait comment on a longtemps traité les récits du bonhomme Hérodote. Depuis quelque temps on a été obligé de reconnaître souvent sa véracité; la découverte de MM. Schweinfurth et Miani rend encore cette fois justice au père de l'histoire.
Les exemplaires de la race pygmée.queM. Miani a rapportés sont tous deux jeunes; on ne peut naturellement juger de leur âge que par l'état de leurs dents, à peu près comme font les maquignons pour les chevaux; on trouve, par cette méthode, qu'ils ont l'un douze à quatorze ans, l'autre neuf à dix ans. L'aîné a l m ,il de haut, et le plus jeune 1 mètre. Cela suppose, pour l'âge adulte, une taille de i m ,30 à l m ,50, c'est-à-dire qu'un homme qui, chez eux
oiîï. (D'après une photographie.)
passe pour un colosse, serait trouvé clicz nous excepiioimcllement pd.it.
Les dessins que nous en donnons ont été copiés avec une exactitude scrupuleuse sur deux photographies récemment envoyées du Caire à la Société d'anthropologie de Paris. Elles représentent leplus grand de ces deux nains vu successivement de l'ace et de profil.
Le teint des Akkas n'est pas noir comme celui des nègres, mais couleur chocolat comme la peau des Abyssiniens. Leurs yeux qui sont grands et vifs, leur Iront qui est élevé et très-découvert leur donnent une expression intelligente qui, jusque dans ces derniers temps, était regardée comme tout à fait Irompcuse. Leur nez est enfoncé, un peu épaté; et comme les narines sont très-larges et très-écartées l'une de l'autre, il semble se terminer par un extrémité trilobée. Leurs mâchoires sont saillantes et s'élargissent en avant; leur menton est très-puissant.
D'après AI. Schweinfurth, ils n'ont pour ainsi dire pas de lèvres, et leur bouche, quand elle est fermée, ressemble à une simple fissure comme celle des nègres. La photographie ne reproduit guère cette disposition de la bouche, mais il convient peut-être de croire un voyageur qui a vu un nombre d Akkas considérable, et qui doit par conséquent bien les connaître. Leurs cheveux sont crépus; l'un des deux Akkas les a noirs, l'autre châtain doré. Disons enfin que leurs oreilles sont très-larges, qu'elles sont percées et semblent avoir porté des boucles d'oreille très-lourdes. Telle est leur physionomie qui paraît, comme on le voit, assez peu attrayante. Leur crâne est étroit et allonge (dolicoccphale, pour parler le langage des anthropologist.es), comme celui de tous les peuples d'Afrique. En somme, leur tète ressemble assez à celle des Abyssiniens. Leurs membres inférieurs les distinguent plus des autres hommes. Ils tiennent ordinairement les jambes très-écartées, comme on le voit très-bien sur notre gravure. On y peut voir aussi qu'ils ont le mollet assez peu marqué; cette remarque a son importance, caria proéminence plus ou moins grande du mollet constitue une des différences anatomiques qui séparent l'Européen des races inférieures, et culles-ci des singes. Le pied est petit, mais large et aplati ; le gros orteil se détache presque du pied et prend un développement assez fort.
Ce qui a dû frapper tout d'abord le lecteur à l'aspect de nos deux figures, c'est la conformation très-singulière du tronc. C'est elle, en eltet, qui caractérise les pygrnées africains, et qui donne h leur étude un haut degré d'intérêt. D'abord, ce ventre énorme, bombé, très-proéminent, qui tombe comme une sorte de sac; mais surtout l'épine dorsale plus remarquable encore quetoutle reste du corps. « Elle est courbée en forme de C, disent les auteurs, comme pour suivre le ventre et comme entraînée par son poids. » Cette forme en C, de la eolo aie vertébrale, est très-visible sur notre gravure, mais elle a été un peu effacée, parce qu'on a recommandé au petit nègre de se bien tenir, de se redresser pendant qu'on
le photographiait. Toutefois le lecteur sera certainement frappé : 1° de l'absence totale de cambrure de la colonne vertébrale ; 2° de sa forme généralement convexe.
Cet! e dernière particularité est d'une très-grande gravité, car elle rapproche jusqu'à un certain point les Akkas des grands singes, dont ils s'éloignent d'ailleurs sous tant d'autres rapports.
« Il ne faut pas se dissimuler, dit en effet M.Broca, qu'une race dont la colonne vertébrale serait normalement recourbée en avant, de manière à refouler le ventre en bas et en avant, s'éloignerait par là du type des bipèdes parfaits pour se rapprocher de celui clos singes anthropoïdes.
« Pour faire apprécier l'importance de ce caractère, rappelons que la station verticale est rendue facile chez l'homme tel que nous le connaissons par la triple courbure de la colonne vertébrale. La région cervicale de cette colonne présente une première courbure dont la convexité est tournée en avant; la région dorsale ou thoracique est courbée en sens inverse, c'est-à-dire concave antérieurement ; enfin, une troisième courbure qui correspond à la région lombaire est convexe en avant comme la première. Sans cette troisième courbure, la ligne de gravité du tronc passerait bien en avant de la ligne transversale bieotyloïdienne , par laquelle le tronc prend son point d'appui sur les fémurs, le corps tendrait donc à retomber en avant, et pour le redresser les muscles postérieurs seraient obligés de faire un travail considérable et très-fatigant; mais, grâce à la courbure lombaire, le centre de gravité se trouve reporté plus on arrière ; il tombe à peine en avant du la ligne bieotyloïdienne. Il suffit donc d'une très-faible action musculaire pour le ramener au-dessus de cette ligue et pour assurer l'équilibre vertical. L'attitude verticale est ainsi rendue facile et naturelle.
« La colonne vertébrale des grands singes présente au contraire la forme d'un C dont l'extrémité supérieure correspond à la base du cou, et dont l'extrémité inférieure aboutit au sacrum. 11 résulte de cotte disposition que le centre de gravité du tronc et des parties supérieures est situé bien en avant de la ligne de sustentation du bassin, et que l'équilibre vertical ne peut être maintenu que par une grande dépense de force musculaire. Aussi voyons-nous que les singes anthropoïdes sont rapidement fatigués par la marche bipède; cette marche ne leur est pas naturelle, et on sait qu'ils prennent habituellement un appui sur le sol avec la l'ace dorsale de leurs mains ou plutôt de leurs doigts. Leur colonne vertébrale n'étant pas verticale, niais oblique, le poids des viscères abdominaux n'est pas entièrement supporté, comme chez l'homme, par les os du bassin; une partie de ce poids retombe sur la paroi abdominale antérieure, et le ventre fait ainsi une forte saillie.
« ...L'existence d'une race humaine qui serait privée du caractère le plus décisif de l'altitude bipède serait un fait d'une telle gravité que j'éprouve, je l'a
voue, quelque hésitation à l'admettre. Voilà pourquoi ie me demande, jusqu'à plus ample informé, si les Akkas du roi Mounsasont parfaitement normaux... Il ne serait pas imrossiUc que celte disposition de la colonne vertébrale fut produite ou du moins exagérée par l'influence d'une affection analogue au rachitisme. On concevrait, fort bien que le roi Mouusa choisît, pour en faire parade, les plus petits représentants de la race pygmée qui réside au sud de son pays,... etc. »
La conjecture que hasarde M. Broea nous semble pourtant ébranlée par un renseignement que fournil S. Exe. Colucci-Paclia : « A la visite qui a été faite aux jeunes Pygmées assistait un sergent qui avait accompagné Miani, et qui, connaissant la langue de la peuplade, a servi d'interprète. On a pu ainsi savoir de nos Pygmées qu'ils ne sont pas une exception dans leur pays, que toute la peuplade reste dans ces dimensions exiguës et que 1 âge n'amène guère de changement de taille. » Il est vrai que les renseignements fournis par ces enfants pouvaient bien être fautifs.
On a imaginé que la colonne vertébrale des Akkas se terminait par une sorte d'appendice caudal. Est-il nécessaire de dire que c'est îà une fable inventée à plaisir?
Il nous reste à expliquer l'énorme proéminence de leur abdomen. Teut- être tient-il à une alimentation trop exclusivement végétale, qui nécessite, comme ou sait, un grand développement intestinal. Mais rien ne dit que ces sauvages soient plus frugivores que d'autres, et il est plus probable que la grosseur de leur ventre est due en partie à celle du foie, toujours considérable dans les pays chauds, et d'autre part à l'habitude où sont beaucoup de sauvages de se gorgerde viandes les jours de chasse heureuse, quitte à jeûner ensuite pendant une semaine, ou plus encore.
La langue des Pygmées est encore inconnue. On la dit sonore et assez harmonieuse. D'après M. Schweinfurth, elle ne se rattache à aucun autre idiome et n'est d'ailleurs composée que de très-peu de mots.
A leur arrivée en Italie, on les a présentés au roi qu'ils désignent, dit -on, en mettant leurs poings de chaque côté de leur bouche, afin de marquer ainsi les prodigieuses moustaches qui singularisent le visage de Victor-Emmanuel. On leur a appris à nommer le roi plus poliment : il sultano italiano.
Ils ont assisté, dans la loge de la princesse Marguerite, au feu d'artifice qui fut tiré à la fête du Stato. D'abord effrayés par le bruit, ils ont fini par g* amuser de ce spectacle et par témoigner leur joie pur un cri particulier : Uoliou ! hohou !
Ils ont pris plus de plaisir encore au théâtre italien. Les ballets les ont particulièrement divertis, et le londemaiu ils s'efforçaient d'imiter les pirouettes des danseuses. — Us comprennent noire musique et paraissent l'aimer beaucoup, disposition qui leur est d'ailleurs commune avec tous les nègres. L'un d'eux chante même assez justement un des airs de la Fille de madame Anyot. C'est par là que ces enfants ont commencé à connaître notre civilisation.
On leur a appris à manger à la fourchette et ils s'en servent à présent très-proprement. On dit qu'ils aiment beaucoup le vin et les glaces.
Le 8 juin, on les a expédiés par le chemin de fer à Milan, d'où ils iront sur le lac de Côme, où le comte Meuiscalchi, homme généreux et magnifique, veut les recevoir. — Malgré toute sa générosité, ce riche amphitryon ne leur rendra pas le soleil de l'équateur. Quoiqu'on eût soin de les vêtir très-chaudement, ces enfants grelottaient, dit-on, au Caire; on peut présumer qu'ils ne vivront pas longtemps dans le nord de l'Italie.
M. Schweinfiirth avait accusé les Akkas d'être trèsbornés. Celui qu'il a tenté de ramener en Europe n'avait jamais pu retenir un mot du langage qu'on parlait autour de lui. Les enfants qu'a rapportés le malheureux Mi;mi paraissent au contraire assez intelligents. Ils parlent un peu l'arabe, et depuis quinze jours qu'ils sont à Rome, ils savent dire quelques mots d'italien. Il est vrai que ce sont des enfants, et l'on sait que, chez les sauvages, les enfants sont toujours plus intelligents que les adultes.
Ils aiment beaucoup à jouer avec les enfants de leur âge : on a remarqué chez eux un caractère trèsvariable : la fureur, la gaieté, la mélancolie, la douceur se succèdent rapidement dans leur esprit. A cette mobilité de l'âme, répond une grande vivacité dans les mouvements du corps.
Ce dernier trait paraît d'ailleurs un caractère de race. Dans leur pays même, les Akkas passent pour très-agiles et très-remuants, comme le sont en général les individus de petite taille. Ces Pygmées sont fort habiles à chasser non pas les grues, comme ceux d'Homère, mais l'éléphant, qu'ils attaquent avec l'arc et la lance.
Si l'ou essaye de résumer ce qui précède, on se représentera la nation des Pygmées corn me composée de petits hommes couleur chocolat, hauts de l m ,50 à i m ,5û; doués d'un visage expressif, quoique hideux ; front élevé et grands yeux noirs, mais nez enfoncé et épaté, légèrement trilobé avec de grandes et larges narines; une fissure au lieu de bouche, et une puissante mâchoire inférieure qui avance ens'élargissant. Celle vilaine figure est portée par un corps étrange, des jambes écartées, un gros ventre proéminent, et tombant comme un sac ; enfin, un dos voûté, sans cambrure notable. Et si mal bâtis qu'ils paraissent, ces petits sauvages, qui méritent à peine le nom d'hommes, savent très-agilement se servir de leurs corps minuscules et disgracieux.
Jacques Bertim.on.
IJN NOUVEAU