ET L'HYGIÈNE DES HOPITAUX
M. Alphonse Guérin, l'émînent chirurgien de l'Hôtel-Dieu, a lu récemment à l'Académie des sciences un remarquable mémoire sur « l'influence des ferments sur les maladies chirurgicales. » Ce travail est la suite de ses remarques sur « l'efficacité des pansements à la ouate. » M. Alphonse Guérin a démontré que lorsque l'on place de la ouate sur une plaie, le pus est complètement préservé de la fermentation putride. — Celte observation a une importance pratique d'une grande importance, mais elle offre aussi, au point de vue philosophique, un intérêt particulier.
D'après M. Alphonse Guérin, si, dans le cas du pansement à la ouate, la plaie est mise à l'abri des conditions de la fermentation, « cela n'est pas dû à l'absence du contact de l'air, » mais bien à l'arrêt, parla ouate, des ferments atmosphériques. — L'air ambiant circule évidemment à travers le corps poreux, mais les germes qu'il renferme sont retenus par la ouate, qui agit à la façon d'un filtre.
« Je soutiens, dit M. Guérin, qu'il ne se produit pas de fermentation dans le pus qui n'est en contact qu'avec de l'air filtré; je le démontre expérimentalement, et mes expériences sont la confirmation de l'idée qui m'a guidé dans mes recherches. Je neveux examiner que l'influence des ferments sur les plaies, mais si la thèse que je soutiens est. vraie, n'est-il pas évident que l'hygiène des hôpitaux reste tout entière à l'étude? Jusqu'ici, on a mesuré la salubrité d'un établissement sanitaire, d'après le nombre de mètres cubes qu'il renferme; on a calculé la quantité d'acide carbonique produit, et l'on a cru qu'avec !a ventilation on devait diminuer la mortalité d'une manière notable. Je ne nie pas que la ventilation et une grande masse d'air ne soient des conditions favorables; mais, quand on a construit à grands frais un établissement comme l'hôpital Lariboisière, où la ventilation atteint la plus grande perfection, on n'est pas peu surpris d'apprendre que nulle part la mortalité n'est plus grande. Si l'on admet avec moi que ce sont des ferments contenus dans l'air qui empoisonnent les blessés, on comprendra que si les poussières qui couvrent les poutres et remplissent les interstices des parquets et des cloisons contiennent des ferments qui n'attendent que des conditions favorables pour devenir actifs, la ventilation qui apporte, sans doute, de l'air pur dans les salles, ne peut manquer de les souffler et de mettre les ferments en suspension dans l'air de manière qu'aucun blessé n'échappe à leur action. »
Il semble résulter, du beau travail de M. Alphonse Guérin, que le pansement â la ouate préserve les plaies du contact des poussières et des ferments atmosphériques; les conséquences qui se dégagent de cette conclusion sont considérables au point de vue de l'hygiène et de la pathologie, D r Z.