‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 41 sur 229 · DE LONDRES · texte numérisé non relu

DE LONDRES

l'ermite DE STEVENAGE.

Il existe en Angleterre une commission spéciale, chargée d'étudier, non pas les fous, mais les luna-

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tiques, d'examiner les singulières bizarreries qu'offre parfois notre intelligence. M. Joint Forster vient de donner des détails intéressants, sur un monomane, nommé James Lucas, qui est mort âgé de soixante ans, et quiahabité pendant vingt-cinq ans, à l'état de réclusion, la maison que représente notre gravure. James Lucas était de bonne famille et avait reçu une excellente éducation, mais dès son enfance il s'était toujours montré excentrique. Il s'enfermait et refusait toute nourriture à moins qu'elle ne fût placée endebors de sa porte, de façon qu'il puisse la manger tout seul. Quand il suivait une chasse à courre, ce qui l'amusait beaucoup, il montait à cheval pieds nus dans les élriers, ses bottes pendues de chaque côté du cou du cheval. 11 éprouva un vif chagrin

lorsque sa mère mourut en octobre 1849 : il ne voulut laisser enlever le corps que quelques mois après, et commença alors cette vie d'ermite qui ne finit qu'à sa mort. Il paraissait toujours craindre que quelqu'un ne forçat sa maison pour lui faire du mal, et il tenait sans cesse la porte et les fenêtres barricadées avec soin.

Pendant plusieurs années on ne le vit jamais sortir, et il avait entièrement perdu l'usage des vêtements, de l'eau et du savon. Il pouvait avoir des relations avec la meilleure société du pays, et cependant il vivait dans la l'auge et la malpropreté, enveloppé d'une couverture commune, et dormant sur les cendres dans n'importe quel coin. Toutefois il n'était pas fou; M. Joli" Forster, qui l'examina, déclare que

La maison de l'ermite anglais James Lucas.

c'était un homme d'une grande intelligence ; et s'il y avait une cause dans sa réclusion volontaire, le secret en est mort avec lui. Pendant un certain temps il recevait tous ceux qui venaient le voir, mais les visites devinrent si nombreuses, par la suite, qu'il résolut de ne plus recevoir que des mendiants. Des milliersde pauvres le visitaient annuellement, et toutes les fois qu'ils se présentaient, soit de jour soit de nuit, il leur donnait audience et assistance. Il se montrait très-libéral envers ses visiteurs ; il leur offrait des vins et des liqueurs. Il donnait généralement 10 centimes à un protestant, et jamais moins de 50 centimes à un catholique romain ; pour lui-même il se contentait do pain, d'œufs et de lait. Dans les derniers temps il avait deux personnes à son service, pour surveiller sa propriété, tant le3 visiteurs étaient curieux de le voir. Le 10 avril dernier, le facteur n'ayant pu se faire ouvrir, malgré des coups réitérés

à sa porto, on dut pénétrer dans la maison avec l'aide de la police et on trouva l'ermite atteint d'une attaque d'apoplexie. Il fut transporté dans une ferme voisine et mourut le lendemain matin sans avoir repris connaissance. Il avait environ 5 pieds 6 pouces (anglais). Sa figure était remarquablement belle, et son corps n'offrait aucune trace d'amaigrissement. La maison qu'il habitait offrait des traces extraordinaires de ruine et de décrépitude. Dans son numéro de Noël, de AU the yeard round, pour 1861, Charles Dickens raconte la visite qu'il lit à l'ermite, sous le titre de Tom Tidlefs Ground.

Au moyen âge, les ermites n'étaient pas rares; il en est même qui exerçaient une grande influence, et dont la solitude n'était qu'apparente : mais un ermite en pleine Angleterre, \ivant dans le pays des chemins et des télégraphes, cela ne mér.ite-t-il pas de fixer l'attention? " D* Z

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