‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 42 sur 229 · DE LONDRES · texte numérisé non relu

DE LONDRES

L'Exposition universelle internationale est décidément un échec, quoique l'on y voie beaucoup de trèsbelles choses, à commencer par la section française, qui a été établie avec un grand soin et un grand luxe. La ville de Paris en a fait elle seule presque tous les frais. En effet, on y trouve un modèle en petit de tous nos principaux monuments, des outils et ustensiles en usage dans le curage des égouts, dans le pavage et nettoyage des rues, etc., etc. Le système des écoles en vigueur dans la ville de Paris n'a pas été oublié non [dus. On y trouve un modèle du magasin scolaire, puis des albums très-richement reliés représentant des écoles de garçons et de tilles, ainsi que les gymnases, etc., etc. M. du Sommerard a eu l'excellente idée de recueillir toutes les publications ducs à M. Haussmaiin, ou encouragées par le Conseil municipal du temps de l'Empire. Aujourd'hui, pour comprendre ce qu'est le Paris moderne, le meilleur procédé est d'aller à Londres.

La Cour orientale possède des selles merveilleuses non-seulement pour chevaux indiens, mais aussi pour chevaux européens ; ce qui dépasse tous ces produits c'est un petit cabinet où se trouvent des exemplaires de cent cinquante journaux écrits en anglais et imprimés dans les différentes parties de l'Inde. Comme un philosophe l'a déjà fait remarquer, il v a quelque temps, l'idiome britannique est en passe de remplacer le sanscrit et de devenir la langue sacrée de l'indoustan : en effet, aujourd'hui la langue sacrée est la langue scientifique.

i^a cour de Queensland, qui était une des merveilles de l'exposition de 1872, a pris une nouvelle spécialité. Il n'y est plus question, en 1874, des richesses naturelles d'une contrée grande douze fois comme l'Angleterre proprement dite, mais on y a réuni de merveilleux échantillons de toutes les mines. On y distribue des tableaux indiquant toutes les facilités que le gouvernement local donne à l'émigiv.nt. Il y a un modèle d'un vaisseau où chaque famille possède sa cabine particulière. Il ne manque plus que d'y établir des cottages.

Le Japon, que l'on pouvait croire épuisé par ses succès antérieurs, brille d'un éclat incomparable, lîicn n'égale la teinte idéale de certaines porcelaines, et les nuances ravissantes d'un ciel poudré d'argent qui figure sur des éventails. Ces insulaires sont, sans contredit, les artistes de l'Orient. Les Chinois que l'on croyait sans rivaux, ont trouvé leurs maîtres dans tous les arts où ils se distinguent.

La galerie des beaux-arts est médiocrement garnie ; cependant presque tous les tableaux que l'on envoie à Londres y trouvent acquéreur ; à ce point de vue l'exposition internationale a toujours été un succès.

On a pratiqué, dans les dessous du Palais, des ca\cs où l'on se livre à la dégustation des vins. 11 est

malheureux que le public soit si peu nombreux, car bien des crûs encore inconnus à Londres auraient pu de la sorte se révéler aux consommateurs.

Mais la commission royale n'a rien fait pour se rendre populaire, aussi le nombre des entrées est-il misérable, inférieur à celui du Palais de Cristal.

Il n'y a ni lectures publiques, ni grandes fêtes, ni expériences, rien que des concerts dans Albert-Hall, dont le public est saturé.

Ce qui excite le plus la curiosité des visiteurs, c'est le spectacle d'un ascenseur monstre qui peut enlever à la fois jusqu'à 12 ou lo personnes. On a eu, il est vrai, l'heureuse idée de découvrir le pied de la colonne, de sorte qu'on voit très-bien la manœuvre des soupapes, partie dont le vulgaire ignore tout à fuit l'existence. On s'attroupe beaucoup aussi devant unç cloche à plongeur, en verre, qui travaille dans un aquarium muni de fenêtres.

La section des inventions n'existe que sur le papier. Je n'ai pu noter un t>eul instrument scientifique si ce n'est un baromètre anéroïde enregistreur, d'une construction assez simple.

Aussi la dernière année de la série quinquennale est-elle supprimée et les expositions annuelles sontelles à jamais condamnées. Mais le monument immense dans lequel elles se tiennent ne restera point inutile. La commission royale de l'Instruction lui a trouvé un emploi bien plus satisfaisant.

On va y établir un musée conservatoire des arts et métiers, à l'instar de celui de Paris. Il est bon de noter que le Conservatoire de la rue Saint-Martin fut créé par la Convention nationale, du même que les expositions industrielles que l'Angleterre n'a acceptées que pour les rendre universelles. Il est à présumer que le conservatoire de Londres, modelé sur celui de Paris, sera digne de son aîné.

Page 1