‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 44 sur 229 · LA MISSION ANGLAISE A YARKLND · texte numérisé non relu

LA MISSION ANGLAISE A YARKLND

Le gouvernement britannique vient d'étendre au centre de l'Asie ses relations diplomatiques, en envoyant à Yakoob-Khan, gouverneur des provinces de Yarkund el de Kashgar, un ambassadeur qui n'avait jamais été précédé d'aucun Européen dans ces régions éloignées. Il y a dix ans à peine, elles faisaient encore partie du vaste empire chinois, dont cependant elles étaient séparées par un grand désert. Elles sont situées au milieu de montagnes inaccessibles, la chaîne du Thian Shan, le Bolor Dagh et le Karakol'urn, dernier contre-fort de l'Himalaya.

Suivant les anciennes traditions le commerce et la civilisation étaient en voie de progrès au seizième siècle. Aujourd'hui l'Angleterre voudrait secréerun nouveau débouché pour ses produits et faire la concurrence aux Russes, seuls trafiquants étrangers qui pénètrent à Yarkund. La proximité des Indes est encore une des nécessités politiques de ce projet.

Yarkund, capitale commerciale du Tnrkestan oriental, est située à 1,140 mètres au-dessus du niveau de la mer. 11 est probable que son aspect est encore le même qu'à l'époque où elle fut visitée par Marco Polo, il y a cinq siècles et demi. Bâtie entièrement en terre, elle est complètement entourée d'un mur de même nature, percé de cinq portes, don' le circuit est de plus de o kilomètres. Ou eslime la population à 40,000 habitants. Le marché se tient une fois par semaine. La ville est approvisionnée d'eau par des aqueducs, qui l'amènent de la rivière, dont le nom est le même que celui de la cité. On v compte 120 mosquées, mais dont la plupart ne sont pas dignes do ce nom monumental. Le nombre des écoles est de ôO ; ce qui n'implique cependant pas une haute idée de l'instruction, car la majeure partie n'ont pas plus de 20 élèves.

L'époque de fondation de la ville de Kashgar est incertaine ; d'après le capitaine Chapman, la citadelle aurait été reconstruite sur les débris de l'ancienne au quatorzième siècle de notre ère. La légende turque dit qu'elle peut soutenir facilement un siège d'une année.

La route que les voyageurs suivirent depuis Cashmere, dernière limite de la frontière des Indes, est souvent impraticable. Elle traverse Ladak, dans le Thihet ; cette ville est habitée par les Mogols, qui professent la religion bouddhiste des Lamas. Le climat est extrême dans les chaleurs comme dans les froids, à cause de sa grande altitude dans un pays de montagnes. La route se continue jusqu'à Leh, par la passe Sasser, à 5,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. M. Forsyth, l'envoyé anglais, et sa suite, cheminèrent pendant pins de 20 kilomètres sur des glaciers, dont les plus grands arnas de glace des Alpes ne peuvent donner une idée. Les fréquentes crevasses dont ils sont parsemés constituèrent un des plus grands dangers du voyage."

On voyage dans ce pays avec des yaks, ou bœufs du

Thibet, qui remplacent avantageusement les chevaux et les mulets, peu accoutumés aux rigueurs du climat. La caravane anglaise avait ses lentes de campement dressées chaque soir» mais souvent on demandait l'hospitalité aux hultes des Kirghiz; ce sont des cabanes circulaires en écorec de bouleau, couvertes par un dôme de même matière, au milieu duquel une ouverture est pratiquée pour donner passage à la fumée. Elles sont aussi recouvertes intérieurement '•le feulre, ce qui les rend assez confortables et préserve suffisamment des intempéries. Deux yaks portent facilement tout ce qui entre dans la confection de cet abri temporaire; on peut lu dresser en dix minutes. Dix personnes y trouvent place sur des tapis disposés tout autour. J. Girard.

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