‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 50 sur 229 · DU BASSIN DE LA SEINE · texte numérisé non relu

DU BASSIN DE LA SEINE

M. E. Belgrand et G. Lemoine ont annoncé récemment que les cours d'eau et les sources du bassin de la Seine tomberont, d'ici au milieu du mois d'octobre prochain, à de très-bas débits. Par cette prévision ces savants ingénieurs ne veulent pas dire qu'il n'y aura pas de pluies pendant l'été, mais lors même que Jes mois chauds seraient, très-pl mieux, les eaux courantes ne s'en ressentiraient presqu'à aucun degré. Les faibles crues qui pourraient en résulter sur les rivières s'effaceraient très-prornpleineut, et les sources n'en présenteraient pas moins une trèsgrande pénurie d'eau. Il résulte de leurs observations que dans le bassin de la Seine, lorsqu'à la fin de mai les sources sont arrivées à de bas débits, elles ne se relèvent plus pendant les mois chauds ; on sait que leur minimum a lieu eu général vers lo mois d'octobre.

MM. Belgrand et Lemoine démontrent que la hauteur de la pluie tombée, pendant la dernière saison froide, c'est-à-dire du 1" novembre 4873 au 30 avril 1874, a été exceptionnellement faible dans tout le bassin de la Seine. Après une saison froide où la pluie est faible, il peut arriver quelquefois qu'une certaine compensation s'établisse par les pluies du commencement do la saison chaude, lorsque le mois de mai est très-pluvieux ; mais rien d'analogue n'a

eu lieu cette année. Rien n'est ilonc venu comltler le déficit.

Les cours d'eau ont fin 1 Moment traduit ces caractères de sécheresse de la saison froide 1 873-1874. Il serait difficile, dans toute l'étendue des observations faites sur la Seine ou sur ses affluents, de rencontrer un. hiver et un prinlemp? où les eaux soient demeurées plus basses.

La Seine a éprouvé à la fin d'octobre 1875 une petite crue qui a produit, à Paris, comme hauteur maximum, à l'échelle du pont d'Austerlitz, l m ,20, le 28 octobre. Depuis cette époque les eaux ne sont montées qu'à 1 mètre du I e * au 5 décembre 4873 et à l m ,10 le 4 janvier 1874. I.e 31 mai elles étaient àO m ,10. Or, depuis \ 854 jusqu'à 4870, la Seine avait chaque hiver atteint des cotes supérieures à 2 mètres à l'échelle du pont d'Austerlitz.

Les sources elles-mêmes ont présenté des carac tères analogues à ceux de la Seine, qui, par ses hauteurs, traduit l'ensemble des phénomènes météorologiques de tout le bassin. Ordinairement, les sources urns-ossent. progressivement pendant Jes mois froids et ont leur maximum vers la lin de mars. Cette année, au contraire, elles n'ont rien gagné pendant l'hiver.

« En résumé, disent MM. Belgrand etLemoine, les principes sur lesquels nous nous appuyons ne permettent en aucune façon de prévoir le temps qu'il îjra pendant l'été et l'automne de 1874. Il se peut que cet été et cet automne soient très-secs ; il se peut qu'ils soient très-pluvieux; nous sommes à cet égard d'une ignorance absolue. Mais quels que soient les caractères météorologiques de la saison chaude qui commence , ses caractères bydrologiques sont dès maintenant fixés dans leur ensemble. On peut dire que suivant toute probabilité, les cours d'eau et les sources du bassin de la Seine atteindront, d'ici au milieu d'octobre prochain, à peu près les débits les plus bas qui aient encore été observés. Au delà du milieu d'octobre, les eaux courantes pourront continuer encore à descendre; mais on ne peut rien préciser à partir de cette époque.

« Pour que nos prévisions ne se réalisent que d'une manière incomplète, il faudrait des pluies tout à fait exceptionnelles, comme celle de septembre 1866 ; mais c'est là un fait qui ne s'est produit qu'une fois dans un siècle à ce moment de l'année. On sait combien sont nombreux les besoins matériels de l'homme que les eaux courantes intéressent; il peut-être très-important pour l'agriculture, pour l'alimentation des canaux, pour l'alimentation des villes, de ne pas être pris au dépourvu dans cette pénurie d'eau qui commence déjà, mais qui ne fera que s'accroître jusqu'au mois d'octobre prochain 1 . »

On voit que les prévisions de MM. Belgrand et Lcmoine sont basées sur des observations sérieuses, sur des déductions logiques ; il est malheureusement bien probable qu'elles se réaliseront. Comme ou le

1 Comptée rendus de l'Académie des sciences. Séance du i" juin 1874.

sait, prévoir n'est pas contraindre; par conséquent il y a lieu de féliciter les savants qui nous permettent de prendre à l'avance des mesures efficaces contre un mal inévitable. La météorologie, depuis un certain nombre d'années, est entrée dans une voie nouvelle et féconde, et par ses progrès constants, elle arrivera très-certainement à prédire les perturbations atmosphériques, comme elle annonce déjà les oscillations du niveau des fleuves.

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