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LA TRANSFUSION DU SANG

L'idée do rendre à un animal le sang qu'il a perdu, ou de remplacer le sien quand il est épuisé par l'âge

ou la maladie, eu empruntant à un autre le précieux liquide indispensable à l'entretien de la vie, l'idée de la transfusion du sang a dû éelore de bonne heure. On l'a retrouvée chez les anciens, dans les Métamorphoses d'Ovide, etc. Elle a figuré dans les

Globules du sang de plusieurs vertébrés fliès-grossis). ] Globules du sang de l'homme emprisonnés par la fibrine dans du sang coagulé. — 2. Globules de l'homme assemblés en rouleau», 5. Globules ilu sang de l'homme, disques circulaires biconcaves. Diamètre de 0—.O069 à 0"\004G; poids O""",00008; surface

de face. — b Globules de coté.

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Transfusion; immédiates du sang de l'homme a l'homme, et de l'animal à l'homme, (D'après d'aucieimes gravures du dix-septième siècle*.

merveilleuses recettes de la cabale et de l'alchimie, et, au ilix-septième siècle, l'opération elle-même eut un immense retentissement. Malheureusement, après

* Tractalio meci. curwsa de ortu et occasu Iransf'usionis iauguinis , autliore Georg. Abraham Murcklino. — Noriniucrga», 1679, in-8\

2" année. — 2' semestre.

avoir inspiré des espérances excessives, la pratique tant vantée un moment fut bientôt abandonnée, proscrite au nom de la loi.

C'est d'ailleurs aux recherches modernes qu'elle doit presque tout son nouvel intérêt. Sans passer ici en revue les essais de Rob. Boyle, de Fracassati et

uâ

Lower sur les animaux, hâtons-nous d'arriver à ce qu'on peut appeler le point culminant de l'histoire de la transfusion, c'est-à-dire l'application de cette opération à l'homme. Mais les résultats cpi'on lui demandait d'abord différaient de ceux qu'on a cherché à en obtenir depuis. On en voulait faire une sorte de panacée contre les maladies les plus variées, un nouveau moyen de régénération de toute l'économie par le renouvellement du liquide sanguin.

C'est J.-B. Denis qui paraît l'avoir pratiquée le premier, à Paris, le 15 juin 1667, comme on peut le voir dans le Journal des savants. Denis connaissait les expériences de Lower sur les animaux, les avait répétées et en avait fait de nouvelles, quand il se décida à injecter, dans les veines d'un jeune malade, huit onces de sang artériel d'un agneau. Celle même année, chez deux autres hommes, il reproduisit, encore avec succès, la même opération à l'aide du sang artériel d'un veau. Le sujet de l'une de ces épreuves était un maniaque dont l'agitation et le délire étaient extrêmes depuis quatre mois : après

l'injection de six cents grammes do sang de veau,

faite en deux fois et à deux jours d'intervalle, « cet individu a paru beaucoup plus calme qu'auparavant, j> dit Denis, « et peu à peu son esprit s'est remis, en sorte qu'il n'a maintenant aucun reste de folie. » (Voy. gravure de la p. 100.)

Ces premiers succès, cette innocuité d'une opération en apparence redoutable, enhardirent immédiatement les expérimentateurs : en novembre 1067, Lower et Ed. King firent passer dans les veines d'un homme bien portant le sang de l'artère carotide d'un mouton, « et l'opéré n'en éprouva, » disent-ils dans les Philosophical transactions, « qu'un sentiment de bien-être. »

Riva, dans les Ephéme'rides des Curieux de la nature; P. Manfredi, dans son ouvrage De nova et inaudita medico-chirurgica observatione sanguinis transfundendi; Major, dans son livre intitulé : Prodromus a se inventœ chirurgive infusorice, etc., et d'autres, s'empressèrent de publier des succès analogues.

A propos de J.-D. Major, nous voudrions en passant rectifier une erreur assez répandue, et qui tend à lui attribuer un mérite mal justifié. Major, en effet, né à Breslau en 1634;, s'est donné à tort comme L'inventeur de la transfusion du sang. On ne peut douter que, avant lui et Lower, le célèbre alchimiste André LibaviuF, pour ne citer que celui-là, qui vivait au seizième siècle, n'ait préconisé cette opération et qu'il ne l'ait regardée comme un moyen de guéris ou et de rajeunissement. Elle est décrite avec toute ht clarté désirable dans le passage suivant de son Appendix necessaria syntagmatis arcanorum chimicorum, op. iv (Erfurt, 1615, in-fol.) : « Àdsit juc venis robustus, sanus, sanguine spiriluoso plenus; « adsit et exhaustus viribns, tenui>, macilentus,

« vix animum trahens Magister artis habeat

« tubulos argenteos inter se congruentes ; aperiat « arterium robusti et tubulum insérai muniatque;

« mox et aïgroti arleriam findat, et tubulum fœmi- (( neum infigat, et jam duos tubulos sibî mutno « applicet, et ex sano sanguis arterialis calidus et « spirituosus saliet in œgrotum, uuaque vitaa fon- « tem afferet, omnemquelanguorempellet. «L'opération décrite consiste, on le voit, à ouvrir l'artère d'un individu sain et robuste, à y placer un tube d'argent qui, abouché avec un tube placé de même dans l'artère du malade, conduit le sang destiné à ranimer et à faire revivre l'organisme épuisé.

C'est là, comme on le trouvera plus loin, dans sa plus grande simplicité, le manuel opératoire pratique, sauf que l'ouverture de l'artère présente des dangers qui la font presque absolument rejeter jusqu'à présent. Nous pouvons dire tout de suite, cependant, qu'un chirurgien bien connu, le docteur Alphonse Guérin, préconisait il y a deux ans déjà et recommande encore aujourd'hui un mode d'opération consistant à ouvrir les artères homologues des deux individus, et à faire communiquer, au moyen de deux tubes de caoutchouc, les deux extrémités opposées de la même artère. Ainsi confondues, les deux circulations n'en font plus réellement qu'une, et le sang des deux sujets est bientôt intimement mélangé. Pratiquée avec succès par M. A. Guérin et par M. Colin (d Alfort) sur des animaux, sur des génisses, sur des chiens, cette méthode n'a guère été, que nous sachions, appliquée encore à l'homme, si ce n'est par M. Dolbeau, en 1866 ; la malade qui lit alors le sujet de l'opération n'en mourut pas.

Mais revenons à l'histoire de la transfusion. L'opération fut donc répétée à plusieurs reprises vers le milieu du dix-septième siècle; mais des accidents assez fréquents ne tardèrent pas à être signalés; ils se renouvelèrent même si souvent et furent si graves, que le Parlement de Paris et la cour de Rome crurent devoir intervenir, en 1668, et défendre une pratique qui jouissait déjà d'une certaine vogue. Le malade opéré par Denis était, d'ailleurs, redevenu fou, et avait succombé dans une nouvelle opération.

Ce ne fut guère qu'après un intervalle de plus d'un siècle que l'étude de la transfusion fut reprise par Ilarwood ; c'est lui qui insista principalement sur ce fait, que les animaux dans les veines desquels on transfuse du sang d'animaux d'une espèce différente, succombent généralement quelques jours après l'opération.

Avec Blundell, Prévost et Dumas, la question de la transfusion entra dans une nouvelle phase; ce sont surtout les travaux de ces e.\périmentateurs et de ceux qui les ont suivis, tels que Dieffenbach, Th. Bischoff, Brown-Sequard, Oré, Moncoq, Panum, Monneret, Magendie, de Belina, etc., qui ont donné à cette opération l'intérêt qu'elle a justement recouvré au double point de vue de la physiologie" et de la thérapeutique.

Le principe sur lequel on fait généralement reposer la transfusion du sang est que cette opération, pour remplir le but qu'on se propose, doit être laite

avec le sang d'un animal de la niciim espèce que celui sur lequel elle est pratiquée.

C'est la conclusion la plus directe qu'on ait cru devoir tirer des nombreuses expériences auxquelles se sont livrés les physiologistes ; ce n'est guère que lorsqu'ils ont eu établi cette règle, qu'il a paru possible de déterminer lu valeur de la transfusion et d'en faire avec quelque sécurité l'application à l'homme.

Toutefois, un certain nombre de faits semblent contraires à ce principe: ainsi Ed. Kiiig transfusa du sang de veau à un mouton épuisé par hémorrhagic, et le succès couronna l'opération. On lit dans l'ouvrage de Sebeele, Die Transfusion des Blutes (1802-3), que des brebis exsangues ont é!.é rappelées à la vie par l'injection de sang de veau dans leurs veines. La première transfusion faite par Denis sur l'homme fut heureuse, et elle avait été pratiquée avec du sang d'agneau. Celle que Lower et King tirent aussi avec succès sur un homme en pleine santé, le fut avec du sang de mouton.

Il est vrai que dans ces cas et d'autres analogues, les conditions de la translusion ne nous sont pas connues dans tous leurs détails; pour plusieurs de ces cas, la quantité de sang injecté a été très-faible, et n'a constitué qu'une légère substitution ; pour un certain nombre d'autres , l'issue définitive de la transfusion a été fatale. Seulement, ce n'est qu'après un temps variable que les animaux ont succombé, comme l'ont observé Harwood, Blundell, Ed. King, Lcacock, etc.

Il faut dire que les exemples d'insuccès deviennent plus marqués et la mort plus rapide à mesure que la différence entre les animaux sur lesquels on opère devient plus grande : les expériences de Prévost et Dumas peuvent être invoquées à l'appui de cette proposition. Le sang de veau ou de mouton, transfusé à des chats ou à des lapins d'abord privés de presque tout leur sang, n'a réveillé la vie que temporairement, et les animaux n'ont pas tardé à succomber après avoir présente des troubles complexes. On trouve dans l'ouvrage de Blundell des cas analogues. Mais c'est surtout en injectant à des oiseaux du sang de mammifères, que Prévost et Dumas ont vu la mort survenir très-vite au milieu de symptômes convulsifs ; et ces faits se sont reproduits dans les expériences de Gaspard, de Dieffenbach et de Bischoff; Burdach les a presque tous enregistrés dans son Traité de physiologie.

On voit donc quelle influence importante semble exercer sur le résultat de la translusion le degré de différence entre les espèces animales. Cette différence n'existant plus, l'innocuité et le succès ont paru de plus en plus assurés : ainsi, Lower avait l'ait passer dans les veines d'un petit chien du sang emprunté à deux gros chiens, sans que cet animal succombât ; — un chien dans la carotide duquel Bichat avait fait passer le sang de la carotide d'un animal de même espèce, n'en éprouva qu'un léger trouble; — des chiens que Harwood avait saignés jusqu'à syn-

cope complète furent toujours rendus à la vie et à la santé, quand il se servait du sang de chien pour opérer la transfusion, etc.

Toutefois, une expérience de Milnc-Edwards et Delafond tendrait à faire admettre qu'il suffit que les deux animaux, entre lesquels se pratique la transfusion, lassent partie d'un même groupe naturel, bien qu'appartenant à des espèces distinctes : ainsi un âne, rendu presque exsangue, reçut dans ses veines une quantité considérable de sang de cheval, se ranima et se rétablit d'une manière permanente.

S'il est vrai, comme le démontrent suffisamment les faits, que chez l'homme ou l'animal épuisé par une abondante hémorrhagie, l'injection d'une quantité de sang nouveau, bien inférieure d'ailleurs à celle qui a été perdue, ranime la vie presque éteinte, il serait intéressant de connaître auquel de ses cléments ce liquide doit sa propriété vivifiante. A cet égard, les expériences de Prévost et Dumas ont appris que c'est aux globules qu'il convient de la rapporter.

Si, en offet, dans Tes vpînes d'un animal auquel on a fait subir une grande perte de sang, on injecte du sérum sanguin (liquide dépouillé de fibrine et de globules), on n'obtient aucun signe de révivification ; une injection d'eau tiède ne donne pas un autre résultat.

Quand, au contraire, on injecte du sang privé de sa fibrine par le battage, mais conservant ses globules intacts, l'animal est rappelé à la vie. Ces faits, confirmés par Dieffenbach, Bischoff, etc., ne paraissent laisser aucun doute sur le rôle nécessaire des globules sanguins dans la transfusion. On peut même ajouter que le globule sanguin à l'état figure est indispensable, car M. Paul Bcrt a essayé sans succès d'une dissolution d'hémoglobine oxygénée.

Nous avons vu plus haut que, d'après Prévost et Dumas, le sang des mammifères transfusé aux oiseaux agirait en quelque sorte comme un poison. Pour expliquer cette action nuisible, on avait d'abord invoqué la différence de forme et de volume entre les globules de ces animaux. Ces différences, bien connues, ont été rendues parfaitement sensibles sur notre dessin (p. 97), qui représente, avec leurs proportions relalives, des globules sanguins appartenant à plusieurs classes de vertébrés. Mais, depuis les recherches de Bischoff, c'est à la présence de la fibrine coagulable qu'on aurait été plutôt porté à l'attribuer.

En effet, cet expérimentateur dit avoir pu, sans résultats fâcheux, injecter du sang de mammifères défibriué à des oiseaux, et réciproquement; fait constaté, depuis, par d'autres physiologistes.

D'un autre côté, Bischoff assure également avoir reconnu que le sang veineux, dans la transfusion entre ces deux classes d'animaux, diffère du sang artériel, quant aux effets produits ; du sang veineux de chien, injecté à une poule, la tue, tandis que du sang artériel la laisse survivre.

Des études plus récentes paraissent avoir montré

que ce qui s'oppose à l'emploi du sang d'espèces différentes pour la transfusion, c'est que les globules rouges du sang d'une espèce se dissolvent plus ou moins rapidement dans le sang, dans le sérum d'une autre espèce. Ainsi, à la suite d'injections de sang de mammifère défibriué à la grenouille (rana esculenta)) on observe qu'au bout de trois à cinq minutes on ne retrouve plus de globules de lapin ; au bout de vingt minutes, ceux du cochon d'Inde ont disparu, ceux du mouton, ceux de l'homme après trente, ceux du chien après une heure seulement , ceux du pigeon après quatre-vingts minutes.

Quant au sang de mammifère injecte avec tous ses éléments à des oiseaux, s'il peut, nf.r, - » nuisible, cela ne tient pas à une action tonique et mystérieuse de la fibrine ; le fuit est probablement d'ordre purement mécanique. Le sang de certains mammifères , tels que le chien et le chat, se coagule rapidement , et il est probable qu'avec les procédés un peu primitifs dont se servait Bisclioff, il a injecté un sang déjà à demi coagulé, capable de déterminer ainsi des obstructions vasculaircs promptement mortelles.

On peut donc légitimement dire aujourd'hui que la transfusion de sans de mammifère à l'homme, -**• quand les globules rouges de l'animal choisi ne diffèrent pas notablement quant à la forme et aux dimensions des globules rouges de l'homme, — ne produit pas d'effets nuisibles. Si les globules du sang injecté se dissolvent et disparaissent bientôt dans l'organisme du transfusé, ils n'en peuvent pas moins produire des résultats avantageux, quoique passagers.

On doit donc recourir à cette ressource faute de mieux, c'est-à-tlire quand le sang humain fait absolument défaut.

1 Traité d'Elsholius : Chjsmalica nova. — Colonise lirait* denburgicœ, 1667, in-8°.

Transfusion médiate 1 . (Fac-similé d'une gravure du dit-septième siècle.)

Les faits de transfusion du sang, pratiquée de l'homme à l'homme avec plus ou moins de succès, sont assez nombreux aujourd'hui. Leur étude est maintenant sortie du domaine de la physiologie expérimentale pour rentrer dans celui delà thérapeutique rationnelle : c'est à ce point de vue que nous allons à présent les examiner, suffisamment appuyés sur les notions générales exposées dans les lignes précédentes.

Il existe dans la science plusieurs statistiques concernant la transfusion.

M. de Belina, dans sa thèse Sur la transfusion du sang de fibrine {Paris, 1873), a consigné 155 observations , contenant presque tous les cas connus jusqu'en 1869.En487l,Asche ( Schmidt's Jahresbericht) en a rassemblé 75 nouveaux, ce qui porte le chiffre total à 250 cas. Mais ces tableaux ne sont guère instructifs, car ils no donnent que le diagnostic nominal et le résultat final, sans qu'il soit possible, à l'aide des documents relatés, de faire la part des conditions qui ont déterminé le succès ou l'insuccès de l'opération.

M. Marmonier fils, dans une thèse de Montpellier, a recueilli 34 observations où l'on employa le sang dé fibrine; résultats ; 22 morts,

soit une mortalité de 2 sur 3.

Dans 113 cas, le sang fut transfusé intact : 34 morts , c'est-à-dire une mortalité de 1 sur 3 seulement.

Ces chiffres sont donc une nouvelle et éclatante confirmation de l'utilité de l'emploi du sang en nature, suivant la méthode conseillée par M. le professeur fichier.

Mais arrivons au fait récent qui a de nouveau appelé vivement l'attention sur la transfusion du sang et ses avantages pratiques.

Il s'agit de l'opération par laquelle M. Béhier a si heureusement rappelé à la vie une femme parvenue

au dernier période de l'épuisement, par suite d'une hémorrhagic incoercible.

Nous ne décrirons pas ici en détail les temps divers et les précautions que comporte l'opération ; nous nous contenterons d'insister sur quelques points d'un intérêt plus général.

Ainsi, M. Cellier regarde comme préférable d'injecter le sang pur en nature, sans défibrination préalable, sans abaissement antérieur de température. Ces manipulations préliminaires, destinées à empêcher la coagulation de la fibrine, sont inutiles quand l'opération est faite promptement, ce qui est facile. 11 pense qu'il y a tout avantage à injecter du sang, non pas mort, comme lorsqu'on fait ces manœuvres préparatoires, mais bien vivant et pourvu de globules non altérés par le battage et la réfrigération, et en outre offrant encore intactes les matières albuminoïdes dont le rôle nutritif est certainement considérable, en menu; temps qu'elles servent éminemment à la suspension et à la plus facile circulation des hématies. Chaules Letort.

— La suite prochainement. —

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