MADAME EMMANUEL LIAIS
« Pourquoi s'en prendre aux hommes, s'écrie La Bruyère, de ce que les femmes ne sont pas savantes? Par quelles lois, par quels é.lits , par quels rescrits leur a-t-on défendu d'ouvrir les yeux et de lire, de retenir ce qu'elles ont lu, et d'en rendre compte ou dans leur conversation ou par leurs ouvrages? »
Madame Emmanuel Liais que la mort vient d'enlever à la science, est un des rares exemples, que l'on puisse oppowr aux reproches du grand moraliste. Femme d'un grand savoir , et d'une mâle énergie, elle avait en même temps toutes les grâces de son sexe; elle savait briller aussi bien parla (inesse de son esprit, que par l'abondance de son érudition, et la prodigieuse fécondité de sa mémoire. Elle avait la passion du voyage et de l'exploration, aussi voulut-elle accompagner son mari dans ses grandes pérégrinations de l'Amérique du Sud. Elle le suivit au
Madame Emmanuel Liais.
nables forêts du Brésil, ne reculant jamais ni devant les fatigues de la route ni devant les dangers de l'entreprise. Madame Liais ne se lassait pas d'admirer cette luxuriante nature brésilienne, et son crayon nous a retracé quelques-uns des panoramas grandioses, qui se sont déroulés sous ses yeux, tout le
long de sa route route immense, longue de
4,800 kilomètres parcourus la plupart du temps sur un cheval, à travers des régions souvent inhabitées. Cette femme remarquable a puissamment contribué à l'œuvre de M. Liais, dont les travaux et les ouvrages sont devenus populaires ; elle descendait d'une grande famille de Hollande, où s'était conservée la tradition des grandes découvertes géographiques qui ont si souvent illustré son pays.
En 1862, madame Emmanuel Liais fut atteinte de fièvres intermittentes à San Francisco ; malgré la force de sa constitution, le germe du mal, une l'ois semé, se développa sans cesse, et l'enleva à ses travaux, à ses affections, à ses espérances. Elle était âgée de quarante et un an. Les obsèques eurent lieu le 2 juin dernier à Cherbourg, ville natale de son mari, qui est actuellement directeur de l'Observatoire de Rio-Janeiro. La Société de géographie de Paris a délégué un de ses membres pour assister à la cérémonie funèbre, et pour apporter un juste tribut d'hommages à la mémoire d'une femme d'une grande intelligence et d'un rare courage. Les résultats des
voyages de M. et madame Liais ont eu une importance considérable , au point de vue géographique; ils ont fait connaître le cours de plusieurs grands fleuves, qui roulent leurs eaux sur une vaste étendue ; ils ont apporté encore des renseignements précis sur la constitution géologique !lu sol du Brésil. Une grande partie de ces pérégrinations a dû. s'accomplir en canot, sur des rivières inconnues, des fleuves inexplorés, où les rapides et les cascades abondent; au milieu de contrées où les matais offrent partout un terrible foyer de miasmes redoutables. C'est sans doute en traversant ces pays dangereux que madame Liais prit le germe de la maladie qui devait plus tard causer sa mort.
Les nombreux dessins que madame Liais a rapportés de ses explorations
milieu des peuplade sauvages, à travers les intérim- [ ont souvent été admirés par des artistes; ils forment
en effet une bello collection, qui reproduit la nature avec sentiment et avec exactitude. Un grand nombre de ces esquisses représentent les magnifiques végétations qui entourent la Villa-da-Barra, où les voyageurs firent un séjour assez prolonge. Dans cette contrée fort dangereuse, M. Liais fut atteint de lièvres pestilentielles qui faillirent lui coûter la vie. 11 ne dut son salut qu'au dévouement de son héroïque compagne, qui lui prodigua des soins touchants.