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LES PHARES DES ÉTATS-UNIS

Toutes les nations maritimes du monde civilisé construisent des phares sur le littoral qui leur ap-

partient. Les États-Unis de l'Amérique du Nord ont commencé d'éclairer leurs côtes, il y a longtemps déjà, car un acte du Congrès, en date du 7 août 1789. portait que les dépenses d'établissement et d'entretien des phares, bout' es et balises, placés sur les côtes ou à l'entrée des baies et des ports, seraient dorénavant à la charge du Trésor fédéral, à la seule condition que chaque Élat céderait gratuitement à l'Union la propriété des terrains où des travaux de

Phare de la pointe Bergen, New-Jersey.

cette nature seraient exécutés. Les phares dépendent donc directement de l'autorité fédérale. C'est l'un des rares services publics qui soient centralisés aux États-Unis.

Sans doute les Américains du Nord qui possédèrent

1 Revue horticole.

* Yoy. les Phares américains, Table des matières du 1"' sèmes t«e 1874.

toujours une marine marchande importante, étaient les premiers intéressés à signaler les écueils de leur littoral ; ils n'en méritent pas moins d'être loués d'avoir si bien compris les devoirs que l'humanité impose à tous les États maritimes ; d'autant plus qu'ils eurent longtemps des voisins qui vivaient sans honte de la dépouille .des naufragés. Aux îles Bahama, par exemple 7 la population s'adonnait ouverte-

meut à cette sorte de piraterie. Quand on apercevait le soir un navire sur la haute mer, on avait soin d'allumer des feux pendant la nuit, en sorte que les malheureux navigateurs , trompés par ces faux signaux , se jetaient sur les récifs. Par un raffinement de barbarie, ces pillards s'efforçaient d'imiter les signaux en usage dans les phares.

Ainsi en faisant tourner en rond un cheval à la queue duquel ils attachaient une lanterne , ils reproduisaient assez bien les éclats variables d'un feu tour-

Phare <Jc la pointe Royes, côle du Pacifique.

liant. — L'éclairage des côtes est organisé aux États-Unis tout à fait comme en France. Un comité do savants, de marins et d'ingénieurs, sous l'autorité supérieure du secrétaire d'Etat des finances, donne son avis sur tout ce qui est à faire. Ce comité est présidé en ce moment par le professeur Henry , secrétaire de l'Institut smithsonien.

Les appareils à feux fixes ou tournants sont construits d'après les principe?

posés par notre compatriote Fresnel , dont les admirables inventions sont ré-

Phare Je Clcvcland, lac Érié.

Pliaro ds la Trinilé, golfe du Mexique.

ptiiidu.es, ou peut le dire, dans le monde entier. Les tours qui supportent les fanaux ressemblent aussi Leaucoup aux nôtres, sauf que les Américains, par une tendance naturelle de leur esprit, emploient les constructions en fer plus souvent que nous.

Au mois de septembre 1872, il y avait sur le littoral de l'Union 573 phares, 22 bateaux-fanaux, 55 signaux acoustiques mis eu œuvre par des machines à vapeur ou à air chaud pour les temps de brouillard, 554 balises et 2,762 bouées. Les gardiens de phare étaient au nombre de 809. L'ensemble de ce service, disséminé sur des milliers de kilomètres de côte, était réparti entre treize ingénieurs dont chacun est responsable dans 1 étendue de sa circonscription.

Les côtes des Etats-Unis se divisent naturellement en quatre régions qui diffèrent beaucoup par l'aspect physique.

Il y a d'abord la région septentrionale du Saint- Laurent et des lacs où la navigation est interrompue pendant l'hiver. Les phares s'éteignent au premier janvier et ne se rallument qu'à la débâcle des glaces. Le phare du Cleveland, sur le lac Krio, est un spc:cimen des constructions massives qu'exige dans cette contrée la rigueur du climat.

La côte de l'Atlantique, depuis l'Etat du Maine jusqu'à la Floride, est découpée, comme on sait, par de larges estuaires à l'intérieur desquels se trouvent les principaux ports. C'est la partie du littoral la plus fréquentée par la marine et qu'il importait le plus de bien éclairer. Le phare de la pointe de Bergen, daus le New-Jersey, appartient à cette région.

Dans le golfe du Mexique, la côte est plate ; les phares ont été souvent construits en pleine mer sur des bas-fonds que la marée recouvre. Dans ce cas, les Américains ont eu recours volontiers à de légères constructions en tôle et fer. La douceur du climat permet ces édilices que les froids rigoureux du Nord rendraient probablement inhabitables.

Enfin la côle du Pacifique présente un aspect tout différent. Elle est droite, rocheuse, généralement très-escarpée. C'est à peine s'il y existe deux ou trois ports en outre de la magnifique baie de San Francisco. Comme elle est d'ailleurs fort brumeuse et que les brouillards se maintiennent à une faible hauteur au-dessus du niveau de la mer, la préoccupation principale des ingénieurs a été de placer les phares le plus bas possible. Le phare de la pointe Heyes est un petit édifice situé sur une falaise à 100 mètres audessus des flots. Si le temps est clair, on aperçoit ses feux à 24 milles en mer ; mais cela arrive rarement. Pour les temps débrouillard, il y a un sifflet à vapeur qui prévient les navigateurs de l'approche de cette côte inhospitalière.

Les États-Unis ont déjà consacré plus de 120 millions de francs aux travaux de phares et balises. Cependant, le littoral de 1 Union est tellement étendu que l'œuvre est encore loin d'être complète. Aussi le Congrès, dans l'une de ses dernières sessions, 'a-t-il voté des fonds pour la construction de quarante nouveaux phares et de dix appareils acoustiques. Ce sont

des dépenses utiles dont tous les marins du globe leur doivent être reconnaissants 1 . H. Blerzy.

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