I.cs chemins A rails en l»oîs nu Canada
Ces chemins sont construits et fonctionnent de la même manière que les chemins de fer ordinaires, avec celte différence, qu'ils sont un peu moins larges i.t que leurs rails sont en bois franc. Leur avantage essentiel est de coû'er beaucoup moins cher que les premiers. L'économie provient de ce que leurs terrassements sont inoins considérables, parce que le nouveau système se prête plus facilement aux sinuosités du terrain. En effet, le peu de largeur de la voie permet de donner moins de rayon aux courbes ; l'adhésion du r.iil de bois à la roue de fonte du wagon permet à la locomotive de mieux franchir les pentes qui ne peuvent être évitées. L'idée de ces chemins est venue de rvVwége. 11 n'y a que deux ans qu'ils Ont été introduits au Canada et déjà sept compagnies tout formées pour construire des voies dans les différentes parties de la contrée. Le prix d'établissement est de 25,000 francs par mille anglais. On construit ces chemins de telle façon que plus tard, quand la circulation sera augmentée, on pourra substituer le rail en 1er au rail en bois.
CORRESPONDANCE
SUIt I.K PHYLLOXERA.
Nous regrettons de ne pouvoir insérer toutes les lettres que nous recevons au sujet de ce grave fléau du phylloxéra. >'ous nous bornerons à publier le résumé de deux idées qui nous sont soumises par nos corros, ondatits, afin de les placer sous les yeux des hommes compétents.
M. Charles Guélard, de Chalons-sur-JIariic, propose de faire usage de la grande absinthe qui sert d-'jà à détruire les pucerons et les fourmis. « Une infusion à chaud de cette plante, venant à imprégner les racines de la vigne atteinte, aurait peut-être chance de la débarrasser de ses ennemis. » JN'ous ferons observer que d'innombrables substances ont été proposées déjà, et qu'il serait nécessaire d'appuyer par des expériences l'efficacité des produits proposés.
M. Dominique Pierre, de Clcrmont-Ferraud, croit que le phylloxéra est du au mode de culture de la vigne. La vigne ne devrait pas être taillée; il faudrait la cultiver selon sa nature, c'est-à-dire en plante sarmenteusc cl grimpante, comme le houblon. En admettant que cette idée soit efficace, elle n'assure que l'avenir; et ce sont les dévastations actuelles dont il faudrait arrêter les ravages. Que les chercheurs ne se découragent pas; il y va de l'intérêt de la France entière, avec la belle perspective d'un prix de 500,000 francs, ce qui n'est pas à dédaigner.
ACADÉMIE DKS SCIENCES
Séance du 11) juillet 187-1. — Présidence de M. Pkhtiund.
Sur le guano. — La soude n'avait pas été encore signalée dans le guano et son absence était fort difficile a comprendre, puisque le précieux engrais dérive d'oiseaux dans la substance desquels l'alcali minéral (vieux style) est fort abondant. Après de longues recherches, M. Chevroul arrive aujourd'hui à reconnaître la soude dans la matière qu'il étudie, et cela, à un état très-remarquable: c'est en effet sous la forme de phosphate double d'ammoniaque et de soude. Ce sel constitue des blocs épars de la grosseur du poing et d'une transparence tout à fait comparable à celle du cristal de roche le plus pur dans lequel la potasse a été recherchée en vain. Malgré son apparence, le phosphate aimnoniaco-sodique renferme des matières étrangères et spécialement V acide acique, principe odorant des oiseaux vivants, découvert par M. Chevreul dans les oiseaux empaillés et qui, suivant lui, constitue le véritable certificat d'origine du guano. Cet acide n'est pas combiné dans le sel ; il s'y est introduit par voie de pénétration purement physique.
Mèlënrite . — M. Dauhrée dépose sur le bureau un fragment de météorite détaché d'un bloc de 5 kilogrammes tombé le 20 mai dernier en Turquie. On ne signale aucune particularité météorologique nouvelle ayant accompagné la chute. Quant à la pierre elle rentre exactement dans le type lilliologique dit lucéite. C'est le type le plus fréquent, sa composition en est maintenant parfaitement connue et il n'y aurait aucun intérêt à faire de la pierre nouvelle une analyse complète. — Le même académicien ajoute que depuis l'annonce de la chute, observée le 25 juillet 1872 à Saint-Arnaud (Loir-et-Cher) quatre nouveaux échantillons de la pieire ont été recueillis. Ils sont destinés à la collection du Muséum.
'. Cyclones solaires. — Depuis longtemps déjà, comme nos lecteurs le savent bien, M. Faye signale entre les taches solaires et les cyclones terrestres des analogies qui lui paraissent démontrer une identité dans les causes de ces phénomènes si distants les uns des autres. Malgré ses communications fréquentes sur cet intéressant sujet, beaucoup d'astronomes, surtout à l'étranger, se refusent à admettre ces conclusions. Notre compatriote pense que le raison en est clans la manière dont il s'y est pris pour exposer ses idées ; il craint de n'avoir pas été bien cornpris et aujourd'hui il remplace la plume par le crayon et un mémoire par une collection de croquis.
Voici d'abord un de ces tourbillons comme il s'en fait dans les rivières ■ c'est un cnlonnoir qui aspire les corps flottants sur l'eau et les entraîne au fond ; bien des barques ont péri dans de semblables gouffres, et Edgard Po6, dans sa Descente au Maelstrom, malgré le dénoûment heureux de son histoire, n'arrive pas à donner envie d'y pénétrer.
Le tableau numéro 2 est le portrait d'une trombe aérienne ordinaire. Le phénomène est le même que tout à l'heure, le milieu seul est changé. C'est encore un entonnoir, mais dont les parois sont gazeuses et dont la vitesse de rotation est assez grande pour que sur le passage du météore tout soit renversé. D'après M. Faye, si l'on pouvait observer une trombe en dessus, on verrait sur la surface lumineuse du nuage d'où descend le cône, se détacher en noir la pointe de celui-ci et tout autour de colle pointe une surface grisâtre représentait le bord de l'entonnoir et constituant comme une pénombre autour du noyau central.
«Voici, continue M. Faye, la photographie d'une tache
solaire. L'identité est absolue entre elle et celte vue en plan d'une trombe. » Le parallèle se soutient si l'on suit le régime d'une tache une fois formée ou d'une trombe qui se meut. Il arrive souvent en effet qu'une tache se scinde en plusieurs. Pes points lumineux, la traversent et bientôt des taches distinctes se séparent les unes des autres. Or, les trombes donnent naissance de même à une véritable scissiparité, et les eiiLouuoirs ainsi produits revêtent rapidement tous les caractères de trombes complètes et s'écartent réciproquement. Il résulte de là que la surface solaire est toute couverte de tornados, de cyclones, de trombes, et, suivant l'auteur, l'économie du soleil est telle qu'il est du reste le siège d'innombrables tourbillons. En effet, si l'on examine la vitesse relative de ses diverses parties de chaque côté do son équateur et jusqu'à 43 degrés, on reconnaît que les points de la région moyenne faisant une rotation complète de 2i jours, ceux situés s 45 degrés sont eu relard de 2 jours entiers ; les points intermédiaires ayant des vitesses comprises entre les deux extrêmes, il en résulte nécessairement que dans les deux hémisphères se produisent sans cesse des mouvements giratoires en deux sens différents et qui, se composant par place, donnent naissance à de grands cyclones visibles sous forme de taches.
Tandis qu'il explique si aisément les particularités météorologiques de noire astre central, M. Faye pense qu'aucune des autres théories proposées pour rendre compte des taches ne peut donner avec autant d'exactitude la raison des faits enregistrés parles meilleurs observateurs.
Le phylloxéra et le tabac. — Un plan d'artichauts étant ravagé par un certain puceron qui s'attaque aux racines de cette plante, le propriétaire du champ, M. Portier le Gendre, eut l'idée d'y semer du tabac, qui fut enfoui dés que sa taille eut atteint 7 ou 8 centimètres. Le puceron qui sans doute n'a pas su apprécier encore les délices que réserve à ses élus la puante solanéc, n'eut rien de plus pressé que de disparaître, au grand bénéfice des amateurs d'artichauts.
Partant de là, l'agronome qui vient d'être nommé pense que la même recette réussirait dans les champs de vigne envahis par le phylloxéra, et M. Ilouley demande qu'un essai en pelit soit tenté.
11 y a néanmoins une grave difficulté à l'adoption de la nouvelle méthode, fût-elle excellente. Le tabac rapporte 300 millions au budget, et ce revenu serait immédiatement diminué si la culture cessait d'être étroitement surveillée. Or comment la surveiller si tous les cultivateurs do vigne la pratiquent. M. Roland, qui est l'incarnalion du tabac en France (chez nous chaque chose est incarnée dans un homme), prévoit que cet obstacle est insurmontable. 11 est vrai que la vigne sauvée représente des milliards à côté desquels les 500 millions du tabac sont bien maigres ; mais la vigne n'est pas, comme le tabac, le monopole de l'Ltat, et vous comprenez qu'il n'y a pas à hésiter. Stanislas Meunilk.
LA COMÈTE COGGIA*
La comète Coggia est arrivée à son périhélie le 22 juillet; à partir de ce moment elle s'est éloignée du soleil aussi bien que de nous. Elle a été visible en plein jour, mais seulement pour les astronomes qui, armés de lunettes d'un fort pouvoir grossissant,
1 Voy. p. 47, 04 et 106.
les braquaient vers le point du ciel où elle se trouvait. La veille elle a traversé l'écliptique en son nœud descendant. Elle est, par conséquent, entrée, depuis le 21 juillet, dans l'hémisphère austral qu'elle ne quittera sans doute [dus jamais, car les tentatives laites pour assimiler son mouvement à celui d'une ellipse tic paraissent point avoir réussi. Si son passage à son périhélie avait été retardé d'un jour seulement nous l'aurions vue ,
se projeter sur le soleil, mais il est probable qu'elle n'y aurait pas produit de taches, puisque Olbers n'en a pas aperçu lorsqu'il a vu la comète de 1819 dans cette position.
La queue était dirigée vers nous tu 21 juillet, mais elle ne pouvait nous atteindre, de sorte que, fût-elle un simple cône de lumière, aucun des éléments qui la composent n'aurait pu se mélanger ù notre atmosphère.
M. Lockyer a été à Gatoshead, près de Newcaslle, pour faire des observations sur la comète Coggia, à l'aide de l'admirable 1 u n ettp. Ho M - Newal 1 , instrument sans rival en Europe et dont nous donnerons prochainement une description. L'aspect général est celui d'une boule de gaz allongée dans le sens du
mouvement sur laquelle l'image du ....
■ -, - , .. La comète Coireia, le 6 juillet 1674, a oiw «cures uu soir».
soleil viendrait se
peindre très-vivement par réfraction. Cette image est à peu près pareille à celle que l'on aperçoit sur les sphères argentées que certaines personnes placent dans leurs jardins. L'analyse au spectroscope n'a donné aucun résultat net à cause de la complication extrêmes des bandes spectrales. M. Lockyer croit à un mélange de gaz et non point à une boule d'hydrogène carboné , comme certains expérimentateurs l'avaient enseigné.
Une remarque importante a été faite. La comète n'a pas donné d'impression photogénique, quoique l'étoile la moins brillante de la Grande-Ourse se soit peinte nettement après une exposition de quelque?
minutes seulement. Cette pauvreté de rayons photogéniques semble indiquer que la comète n'est pas non plus riche en rayons thermiques, et que, par conséquent, son action sur l'élévation de la température de la fin de juillet a dû être nulle.
Ce résultat est conforme à ce qu'il est possible de prévoir, d'après les expériences directes instituées par AragD sur la comète de 1843. En effet, il fut démontré que cet astre, qui, au lieu d'avoir une lumière pâle comme la comète d" 1874, était assez, lumineux pour être visible en plein jour, ne pouvait faire bouger l'aiguille d'une pile thermo-électrique des plus sensibles, que la chaleur d'une chandelle dérangeait de plusieurs degrés, à quelques mètres de distance.
Chaqucfoisqu'uiic comète se montre en été, le public incompétent a une tendance invincible à lui attribuer les effets de chaleur extraordinaire que l'on constate lors de la canicule. Les idées que la comète de 18 M a suggérées se sont* présentées bien des lois. C'est ainsi que la comète de 181 9 lui considérée comme responsable de nombreux orages qui se déchaînèrent alors.
Elle parut au mois de juillet et cessa d'être visible en septembre. C'est sur cet astre que M. Cacciatore crut reconnaître des phases analogues à celles de Vénus. Mais Olbers pensant avoir démontré qu'elle devait avoir passé entre la Terre et le Soleil, crut devoir affirmer qu'elle n'avait produit aucun obscurcissement notable et que par conséquent elle était tout à fait diaphane.
1 En comparant ce dessin avec relui que nous avons public le 20 juin 1874 (p. 48'j, on se rendra compte des dilï'ércnccs d'aspect que la comète a présentées aux observateurs.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
COHBElt,. — IMPRIMEUII DE Cp«TÏ