‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 89 sur 229 · PROTECTION AUX OISEAUX · texte numérisé non relu

PROTECTION AUX OISEAUX

Quand on songe aux désastreux ravages que le phylloxéra exerce dans nos vignobles du Midi, quand on pense qu'une de nos plus importantes productions est menacée par un insecte, on comprend qu'il importe de respecter tous les oiseaux- Déjà nous avons pris dans la Nature la défense du pic-vert, qui avait été dénoncé à la Société des agriculteurs de France comme un oiseau nuisible qu'il fallait détruire. De tous côtés, partout où nous avons pu, dans nos ouvrages comme dans les journaux, nous avons défendu la cause des oiseaux, nous avons demandé qu'on protégeât leur nid et leurs œufs. Que de lois n'avons-nous pas répété qu'on détruit annuellement en France HO à 100 millions d'oeufs, c'est presque autant d'écheuilleurs qui auraient détruit par milliards des insectes nuisibles. Ce n'est pas seulement aux œufs qu'on s'attaque, c'est aux oiseaux eux-mêmes. Quand, après la saison des frimas, ce', charmants petits becs-fins arrivent sur les bords de la Méditerranée pour nous protéger contre les insectes nuisibles, eli bien que fait-on? on s'empresse bien vite de les détruire.

Aux environs de Marseille et de Toulon, dos villes et des villages de la côte sont couverts d'engins de chasse, et chaque chasseur détruit 100 à 120 becsfins par jour, et cela pendant plusieurs semaines.

Cette destruction autorisé et méthodique a porte ses fruits. De toutes parts on se plaint de la multiplication effrayante des insectes.

La Société d'acclimatation, frappée des graves inconvénients qu'entraîne la destruction des oiseaux de passage, a adressé, il y a deux ans, aux Conseils généraux un intéressant rapport sur un projet de protection internationale des oiseaux de passage. Elle demandait que les gouvernements s'engageassent à prendre des mesures soit par voie législative, soit par voie de simples arrêts de police, afin que la capture et l'extermination des oiseaux utiles fussent détendues sous peine d'amende. Enfin un député à l'Assemblée nationale, M. Ducuing, a présenté imn proposition de loi contre les insectes nuisibles à l'agriculture.

Un premier rapport a été lu devant la commission nommée pour étudier celte question. Il a été constaté dans ce rapport que soixante-trois sociétés ou comices agricoles ont répondu aux renseignements qui leur ont été demandés à ce sujet. Et de tous les avis qui ont été fournis, il résulte qu'il y a deux points sur lesquels il y a accord presque unanime.

1° Le nombre d'insectes augmente dans une région à mesure que décroît le nombre des oiseaux insectivores;

2° La chasse aux oiseaux insectivores doit être interdite par tout engin autre que le fusil.

Un certain nombre de comices ont émis le vœu que cette chasse soit interdite même par le fusil et que la vente des oiseaux insectivores soit absolument

prohibée. Quant aux dégâts causés par les insectes nuisibles, on les a évalués à 500 millions par an, sans compter les ravages effrayants causés par le phylloxéra. A un premier rapport préliminaire est venu s'en ajouter un autre annexé au procès-verbal de la séance du 16 juillet dernier. J'ai reçu ce rapport et j'y constate, avec satisfaction, que le rapporteur insiste sur la protection à donner aux oiseaux.

Si tant d'espèces d'insectes nuisibles, dit-il, ont disparu de notre sol, n'est-ce pas aux oiseaux insectivores que nous le devons. Si d'autres espèces ont surgi n'est-ce pas aussi parce que nous n'avons pas assez respecte nos auxiliaires naturels.

La bataille des oiseaux contre les insectes est incessante et sans trêve; et tous y participent plus ou moins. C'est principalement sur les lisières des forêts que les combattants se donnent rendez-vous, ceux-là parce qu'ils sout assurés d'y trouver une proie, ceux-ci parce qu'ils y cherchent leurs aliments et leur refuge.

C'est pourquoi nous ne saurions trop recommander à l'administration des forêts de s'inspirer de la lettre et de l'esprit de notre loi, et d'en prescrire l'observation à ses nombreux agents. Le salut de notre agriculture en dépend.

Il y a longtemps que le monde aurait péri sons l'action destructive des insectes acharnes contre la nature vivante, si Dieu n'avait donné à l'homme un auxiliaire précieux : l'oiseau. L'oiseau est réparateur de l'air, l'édile de la terre.

La mésange, un petit être tout en plu mes, ne peut subsister à moins de 200,000 larves par an. Quels dégâts auraient fait ces 200,000 larves si la mésange n'était intervenue.

Et l'hirondelle, qui peut dire ce qu'elle détruit d'insectes volants, les plus dangereux de tous et les plus prolifiques.

Ne dirail-ou pas que la plupart des oiseaux insectivores ont l'instinct et presque le sentiment de l'utilité des services qu'ils nous rendent, en étant si familiers. Les rouges-gorges, les mésanges entrent l'hiver dans nos habitations, ils viennent demander place au foyer moins pour la nourriture que pour la chaleur.

On peut dire que chaque oiseau a sa fonction assignée dans la nature depuis le plus gros jusqu'au plus petit.

Tels oiseaux, que l'homme persécute pour le petit dommage qu'ils lui causent, devraient être respectés par lui pour le grand bien qu'ils assurent.

On a bien souvent proscrit le moineau, le plus pillard et le plus effronté des oiseaux. Mais partout où on l'a proscrit pour ses dégâts, il a fallu le rappeler pour ses services. On importe des moineaux en Angleterre et en Hollande comme au Canada; on les achète comme on payerait du numéraire dans une armée. Nous avons tout lieu de croire que l'Assemblée nationale approuvera le projet de loi proposé par M. Ducuing, et particulièrement }ç& articles 5 et 6, dans lesquels il est dit :

1° Des instruction? ministérielles, rédigeas en exécution de l'article 1 er , indiqueront les précautions à prendre pour assurer la conservation des oiseaux insectivores.

Les préfets prendront des arrêtés à cet égard, sur l'avis du Conseil général.

2 U La chasse aux oiseaux insectivores est formellement interdite par tout engin de chasse autre i|ue le fusil. Est également interdite la vente de tout oiseau insectivore qui ne serait pas lue parle plomb. 11 est également interdit de dénicher les oiseaux insectivores, sous les peines édictées par la loi de 1844 sur la chasse. Eiunest Menaclt.

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