OISEAUX DES ILES ÏÏASCABEIGNES
l.Ë MONTE DE L*ILF. M AU MCE
Le Dronte a acquis depuis plusieurs années une réelle célébrité ; la liste des travaux dont il a été l'objet occupait déjà, en 1848, près de six pages dans l'ouvrage de MM. Strickland et Melville sur les oiseaux anciens des îles Mascareignes*. Depuis cette époque plusieurs savants et principalement MM. Brandt, Newton et Al ph. Mi hic-Edwards, se sont occupés du même sujet, et grâce à leurs recherches nous connaissons maintenant les principaux points de l'ostéologie du Dronte et les affinités de cet oiseau bizarre.
D'après les compilateurs, l'île Maurice aurait été découverte en même temps que l'île Bourbon, vers 1502 ou 1542, par un navigateur portugais nommé Pedro Mascaregnas, et aurait été appelée primitivement Cerne, soit parce qu'on la confondit avec une île mentionnée par Pline, soit parce qu'on y trouva de gros oiseaux plus Ou moins analogues à des Cygnes 5 ; mais ce fait n'est pas suffisamment établi.
1 Yoy. l 6r semestre 1874, p. 1 13.
* Strit-kL'iiU et Melville, '[hc Dodo and ils kindred. — Londres. 1848.- — Appendix.
* (U'iimiis, Erolica, p. 101.
Nous savons en revanche, d'une manière positive, qu'en 1598, les Hollandais, sous la conduite de Jacob Cornélius Neck ou Van Neck, abordèrent dans cette île; que, la trouvant inhabitée, ils en prirent possession, et qu'ils changèrent son nom de Cerne en celui de Maurice. La relation de ce voyage parut pour la première fois à Amsterdam, en 1601, et, la même année, De Bry en donna une traduction latine dans la cinquième partie de son India orientalis 1 . L'édition primitive est accompagnée d'une planche, que nous reproduisons à cause de son adorable naïveté, et qui représente comment les Hollandais ont tenu mesnageen l'isle Maurice; on y voit le minisire Pierre Delphois , homme syncere et candide, faisant un jiresche fort sévère (u° 11 delà p huche), tandis que le maréchal panclie la fei aille et travaille certain fer qui fust au navire (n° 9). Quelques hommes réparent une barque, tandis que d'autres se livrent à la pèche (u° 1"2), et prennent des écrivisses de la grandeur d'un pied, qu'Us mengent. Les huttes dressées par les matelots (n° 10) sont abritées par un Daclier dont les feuilles sont si grandes qu'un homme s en pcult garantir contre la pluie sans se mouiller (n° 5), et par un arbre sauvage sur lequel on a mis un aisselet t orné des armoiries d Hollande, Zélande et d'Amsterdam, à fin qu'autres arrivants audit lieu pour royent veoir que les Hollandais y avoyent esté (u° ti). Dans les airs volent une chauve-souris teslue en forme de Marmclot (n° 8), et un oiseau nommé Rabot Forcados à cause de sa queue en forme d'une force* (n° 4); sur une branche est perché un corbeau indien, de triple couleur*; sur le sol rampent péniblement des tortues frustes d'aisles pour nager, de telle grandeur qu'elles chargent un g homme (u° 1), et tout à côté marche gravement un de ces oiseaux de formes massives (u° 2), que les Hollandais nommaient oiseaux de nausée, ainsi que l'auteur nous l'apprend lui-même dans le texte explicatif ou déclaration de ce qui a été veu et trouvé sur l'isle Maurice. « Ces oiseaux, dit-il, à l'instar d'une Cigne, ont le cul rond couvert de deux ou trois plumettes crespues, carent des aisles, mais en lieu d'icelles ont ilz trois ou quatre plumettes noires; des susdicts oiseaux avons nous prins une certaine quantité, accompagné d'aucunes tourterelles et d'autres oiseaux... ; avons cuit cet oiseau, estoit si coriace que ne le pouvions assez bouillir, mais Tarons mengé à demy cru. » De Bry qui traduit presque sans altérations le texte original, ajoute que les Hollandais ramenèrent avec eux un de ces oiseau de nausée ou Walckvogel, et il en donne une figure. Mais ce dessin est évidemment exécuté
1 L'édilioi> primitive est inliluli'c : Le second Livre, jouinal ou comptoir constituant la vrai discours et narration du voyage, faict par les huict navires d' Amsterdam au mois de mars l'an 1 51)8, sous la conduiltc de l'admirai Jean Coi" neUlï- iW'<7 et du vice- admirai Wihrant dp- Wnrivicq. — Amsterdam, 1001.
4 C'est la ['régala aiptda (Linii.). . . .
3 Un fitiecros.
d'après un Casoar, et peut-être même d'après le spécimen vivant de celle dernière espèce qui fut apporté en Hollande en 1597, aussi nous ne pouvons accepter que sous toutes réserves le renseignement qui nous est fourni par De Dry, et qui n'est point confirmé par le lémoignagne des auteurs contemporains. Clusius, dans ses Exolica, publiés en lGOo, fait également mention du vovage de Van Neck, et reproduit une figure du Walckvogel (ou du DoJo) extrait, dit-il, d'une édition hollandaise et meilleure à tous égards que celle qui accompagne l'édition franrai-c de 16(11 ; il nous apprend aussi que le Droute avait le bec épais et allongé, jaunâtre à lu base, et non à la points, avec une bande bleuâtre sur le milieu de la mandibule supérieure terminée par un crochet, que le corps gros et charnu dans sa partie postérieure, était couvert de plumes courtes et serrées, que les cuisses, fort robustes, étaient garnies jusqu'au penou de plumes noires, que les pieds, de couleur jaunâtre, avaient trois doigts dirigés en avant et un doigt en arrière; il ajoute que ces oiseaux ont dans le gésier des pierres qui ont parfois un pouce de ïûrtgeur et dont il a pu voir en Hollande plusieurs échantillons. L'année même où parut la première édition du voyage de Van Neck, deux flottes hollandaises, commandées l'une par Wolphart llarmansen ou Harmansz, l'autre par Jacob \;m Heemskerk, partirent ensemble pour les Indes Orientales, mais ne tardèrent pas à se séparer. Les vaisseaux de llarmansen touchèrent à Maurice, mais dans la relation de leur voyage il n'est nullement question du Dronte. Au contraire Keyer Cornelisz, rjui fit paraître en 1646 un récit du voyage de Heemskerk, cite formellement les Wallichvôgel parmi les oiseaux que Heemskerk et ses compagnons purent observer à Maurice, lorsqu'ils s'y arrêtèrent quelques semaines en revenant en Hollande, en 1002. Une mention encore plus explicite du Dodo se trouve dans les notes recueillies par un capitaine de la même expédition, "Willem van West Zanen, qui fit à l'île Maurice un séjour beaucoup [dus prolongé. « Chaque jour, dit ce voyageur, les marins descendaient à terre pour chasser des oiseaux et d'autre gibier... Ils ne rencontraient pas d'autres quadrupèdes que des chats, mais plus tard nos compatriotes introduisirent dans cette ile des chèvres et des porcs. Les hérons étaient plus farouches que les autres oiseaux et plus difficiles à atteindre parce qu'ils cherchaient un refuge au milieu des branches serrées des arbres du voisinage. Les matelots prenaient aussi de ces oiseaux que l'on appelle Dod-arrsen ou Dronten, et qui, lorsque Jacob van Neck était ici, portaient le nom Wallick- Vôgel, parce que, même après avoir subi une longue cuisson, leur chair, à l'exception de la poitrine et du croupion qui étaient fort bous à manger, lestait très-dure et très-coriace, et aussi parce que les hommes de l'équipage, se procurant en abondance des Cburterelles, s'étaient dégoûtés de la viande de Dodo... Ces oiseaux ont une grosse tète, ornée d'une sorte de chaperon, ils n'ont ni ailes ni queue et
portent seulement de petits ailerons sur les côtés du corps et quatre ou cinq plumes plus élevées que les autres, au-de>sus du croupion. Ils ont un bec et des pieds, et leur estomac renferme ordinairement une pierre de la grosseur du poing... Le 'J5 juillet, Willem et ses matelots rapportèrent quelques Dodos qui étaient fort gros ; trois ou quatre de ces oiseaux suffirent amplement au refias de l'équipage; il y eut même des restes. » La planche grossière qui accompagne cette relation et qui est destinée à représenter une chasse aux Dodos n'offre pour nous aucun intérêt, car Parlote, n'ayant pas de Dodos sous les yeux, a pris des Pingouins pour modèles; mais il importe de remarquer que dans ce récit nous trouvons au lieu du nom de Wallick- Vôgel (oiseaux de nausée) ceux de Dodaarsen et de Dronlen employés comme synonymes. Ces noms se remontrent également dans le voyage de Matelief qui a été écrit en 1UQ6 et dans celui de Van derllageu, daté de 1607; mais comme ces deux ouvrages n'ontpiiu qu'en 1 640, c'est-à-dire presque à la même époque que la relation de Willem van West Zunen, il est assez difficile de dire à quelle date précise ces nouvelles appellations sont entrées dans l'usage, H est vrai qu'en 1015, dans le voyage de Yerhul'fen, les oiseaux dont nous nous occupons sont déjà désignés sous le nom de Tolerslen, qui est sans doute une forme corrompue de Dodars. Ce dernier mot parait lui-même dérivé du hollandais Dodoor (fainéant) et no vient probablement pas, comme le cr»yait sir Thomas Herbert, du portugais Doudo (idiot), car les navigateurs portugais n'ont jamais fait mention du Dronte, et après avoir découvert l'île Maurice sont restés fort longtemps sans revenir dans les mêmes parages.
En 1005, Chisius vit dans la maison de Pauwius, professeur à Leydc, une patte de Dodo dont il nous a laissé la description; le tarse avait, dit-il, un peu plus de quatre pouces de long et près de quatre pouces de circonférence; il était couvert d'écaillés jaunâtres, serrées et larges en avant, plus petites et de couleur plus foncée sur la région postérieure; le doigt médian mesurait jusqu'à l'ongle un peu [dus de deux pouces, les deux doigts littéraux étaient plus courts et le doigt postérieur n'avait qu'un pouce et demi; les ongles étaient épais, de couleur noire, et celui du doigt postérieur atteignait plus d'un pouce. Malheureusement on n'a pas retrouvé la moindre trace de ce spécimen; M. deBlainville l'a vainement cherché dans les musées de Leyde et d'Amsterdam, et il ne figure même pas dans les anciens catalogues des objets curieux conservés dans ces deux villes.
Un an plus tard, Cornélius Matelief, cet amiral hollandais auquel nous avons déjà fait allusion, arriva dans l'île Maurice et y trouva une grande abondance d'oiseaux de toute espèce et entre autres des Drontes ou Dodarses, dont il donne une description presque identique à celle de van West Zanen 1 . lin 1607 deux autres navires visitèrent la même contrée, et « pen-
1 Recueil des voiages de la Comp. des Indes or., I. Ht, p. 21*. • •
LA NAITRE
dant tout le temps qu'on fut là on vécut de tortues, dedodarses, de pigeons, de tourterelles, de perroquets gris et d'autre chasses qu'on alloit prendre avec les mains dans les bois... La chair des tortues terrestres étoit d'un fort bon goût, on en sala et l'on en fît fumer, dont on se trouva fort bien, de même que des dodarses qu'on sala 1 . » Les Dodos servirent également à. nourrir l'équipage de P.-W. Verltuffen, qui toucha à l'île Maurice en 16 H, et d'après le témoignage de ce voyageur, firent plusieurs fois, avec leur bec robuste, de graves blessures aux matelots qui cherchaient à s'en emparer 2 . Le journal de Pieler van dvii Brocke 3 ne parle pas du Dronte, mais il renferme une figure de cet oiseau qui a dû être exécutée d'après nature, sans doute pendant le séjour que ce navigateur fit à l'île Maurice, du 19 aviil au 25 mai
Le Uronlc, d'après sir l'crliert. (t'ac-simile.)
Comme on le voit, lis Hollandais vouaient pour ainsi dire chaque année dans ces parages ; néanmoins ils n'y avaient point établi de colonie, car en 1(>'27, sir Thomas Herbert trouva l'île encore sans habitants. Cet auteur a publié plusieurs relations de ses voyages, avec de légères variantes, et il nous a donné du Dodo, outre un dessin naïf que nous reproduirons ici, une
La Poule rouge, d'après su Herbert. (Fac-similé )
description assez longue mais qui n'ajoute pas grand chose aux renseignements fournis par van Neck et les premiers voyageurs hollandais. Il figure égale-
1 lbid.,\>. 195 et 199, et Prévost, Recueil des voiages. — Houeo, 1725, t. V, p. 24(5.
8 Voy. aussi De Dry, Ind. orient., t. IX, suppl , p. 22.
8 XXV jaarige Rcyse -Beschryving naer Africa en Osl Indien. — Lewardcn, 1711.
ment un oiseau au bec allongé qui paraît être la poule rouge au bec de bécasse qui a été vue par François Cauche et sur laquelle nous aurons à revenir dans un prochain article. Mais puisque nous parlons de François Cauche nous ne devons pas oublier de rappeler que ce voyageur dans ses Relations véritables et curieuses de l'île de Madagascar, fait évidemment allusion au Dodo lorsqu'il dit :
k J'ai veu dans l'isle Maurice des oiseaux pins gros qu'un cygne 1 , sans plumes par le corps, qui est couvert d'un duvet noir, il aie cul tout rond, le croupion orné de plumes crespucs, autant en nombre que chaque oiseau a d'années, au lieu d'aisles ils ont pareilles plumes que ces dernières, noires et recourbées, ils sont sans langues, le bec gros, se courbant un peu par dessous, hauts de jambes, qui sont escaillées, n'ayant que trois ergots à chaque pied. Il a un crv comme l'oison, il n'est pas du tout si savoureux à manger que les fouques et feignes*, desquelles nous vous venons de parler. Ils ne font qu'un œuf, blanc, gros comme un pain d'un sol, contre lequel ils mettent une pierre blanche de la grosseur d'un œuf de poule. Ils pondent sur de l'herbe qu'ils amassent, et font leurs nids dans les forests; si ou tue le petit, ou trouve une pierre grise dans son gésier. Nous les appelions oiseaux de Nazaret. La graisse est excellente pour adoucir les muscles et les nerfs s . » Comme le fait remarquer avec raison M. Slriekland, dans son excellent mémoire sur les anciens oiseaux des îles Mascaroignes, François Cauche, ainsi que plusieurs de ses prédécesseurs, a introduit dans le portait du Dronte certains traits qui appartiennent en réalité au Cnsoar ; il donne par exemple à son oiseau de Nazareth des pattes allongées terminées par trois ergots seulement, c'est-à-dire par trois doigts, et il suppose qu'il est privé de langue, caractère que la superstition populaire assignait alors au Casoar; mais le passage que nous venons de citer n'en est pas moins précieux, car il nous donne d'une manière très-approchée les dimensions des œufs du Dodo. En effet dans un autre endroit de son livre, François Cauche compare également, pour la grosseur, à un pain d'un sol, les œufs du Pélican onocrotalc.
Un autre témoignage, bien plus important encore que celui de Cauche, se trouve relaté dans l'ouvrage de M. Strickland. Dans un manuscrit conservé au Britsh Muséum, sir Hamon Lestrange, en parlant de l'Autruche, raconte le fait suivant :
« En 1638, me promenant avec quelques amis
dans les rues de Londres, je vis sur la toile * la
peinture d'un oiseau de forme étrange. Poussé par la curiosité j'entrai dans la chambre avec deux ou trois de mes compagnons, et nous vîmes un oiseau un peu plus fort qu'un gros Dindon, avec les pattes
1 On lit en noie : a La figure de cet oiseau est dans la Deuxième navigation des Hollandois aux Indes orientales, en la 2!) c diéede l'an 1593. Ils l'appellent de nausée. *
* Flamants et canards.
5 Relations véritables et curieuses, p. 130.
* Il y a ici une lacune dans le manuscrit.
et ics doigts conformes tic la mémo façon» mais plus vigoureux, plus robuste, et plus droit; la partie antérieure de son corps ressemblait, par la coloration, à la poitrine d'un jeune faisan, et le dos était d'une teinte plus foncée. Le gardien appelait cet oiseau un Dodo, et, en notre présence il lui donna à manger plusieurs cailloux, aussi gros que des noix de muscade, dont il y avait un grand tas dans un coin delà cheminée; l'oiseau, nous dit-il, avalait ces pierres pour aider à sa digestion, mais il est probable qu'il les rejetait ensuite, quoique je ne me rappelle pas si nous avons suffisamment interrogé le gardien à cet égard. » La présent e d'un oiseau aussi bizarre devait évidemment attirer l'attention, au*si M. Stricklnnd espérait retrouver dans les auteurs contemporains quelque passage confirmant le témoignage de sir Ilamon Lestrange, qui semble d'ailleurs fort explicite; mais les ouvrages de cette époque traitent plutôt de questions politiques que de sujets d'histoire naturelle, et M. Slrickland, malgré tous ses efforts, n'a pu y découvrir une seule ligne relative au Dodo.
E. Oustali:t.
— La suite prochainement. —
CHRONIQUE
Le -vent et les orties. — M. G. Nandina eu l'orcaeion de faire une très-curieuse observation que nous nous empressons de communiquer à nos lecteurs. Il existe près fie la petite ville de llioure une vigoureuse végétation d'orties griècbes (Urtica urens), qui occasionnent de vives brûlures aux mains imprudentes qui les touchent. Le 12 février dernier, un violent vent sud souffla dans le pays pendant vingt-quatre heures, et abattit par milliers des oranges qui pendaient aux arbres du voisinage. Un grand nombre de ces fruits étaient lombes pèle-mclc dans le champ d'orties, où l'on se mit en devoir de les ramasser. Quelle ne l'ut la surprise des travailleurs quand ils s'aperçurent que les orties qui, la veille encore, produisaient d'intolérables piqûres, pouvaient être aussi impunément touchées et maniées que de simples laitues. Elles ne laissaient pas la moindre cuisson, même sur le dos de la main, oîi la peau est plus fine et plus sensible qu'à l'autre; face. Cependant filles avaient conservé tous leurs aiguillons et leur aspect était le même que les jours précédents. Les aiguillons examinés à une forte loupe ne présentaient, non plus, aucun changement appréciable. Comrmnt lèvent aura-t-il pu déterminer dans les propriétés des orties une métamorphose si extraordinaire? M. Kaudin hasarde une explication. Le venin de l'ortie grièche et peut-être des autres espèces serait doué, d'après ce savant botaniste, d'une certaine volatilité. Par un air calme ou peu agité sa transsudation à travers l'épi— derme et les cellules des poils serait lente et compensée au fur et à mesure par une nouvelle production de venin. Par un grand vent au contraire, l'exhalation du venin serait très-activêe et elle pourrait aller jusqu'à épuisement total de la quantité emmagasinée dans la plante. Ce qui semble donner du poids à cette explication, c'est que les orties dont il a été précédemment question commentaient ï recouvrer leurs propriétés urticanles huit jouis après le '.oup de vent qui les avait rendues inoffensives. 11 nous
semble, ajouterons-nous, quo l'on pourrait étudier expérimentalement un fait aussi curieux, en soumettant une ortie à un courant d'air artificiel.
Moyen de se préserver de la rage. — L'est un
vétérinaire émérite de Paris, M. Bourrcl, qui l'a trouvé à la suite d'observations nombreuses et d'expériences que nous qualifierons d'audacieuses. M. Bourrcl s'est inspiré de ce fait que la morsure des herbivores enragés est bien moins dangereuse au point de vue de l'inoculation que celle, des carnivores. Pourquoi? Parce que les dents à couronnes plates des herbivores écrasent et meurtrissent les tissus, sans y pénétrer, tandis que les dents pointues des carnivores y produisent de véritables piqûres qui font jaillir le sang. M. Bnurrel a pris trois chiens atteints de rage, et il a pratiqué, sur ces sujets dangereux, l'opération de l'émoussement des dents. Cela fait, six (.biens d'expérience ont été livrés aux trois enragés qui les ont mordus avec fureur, mais sans que la peau soit entamée. M. Bourrcl, non content de cette première observation, a osé livrer sa main revêtue d'un gant à l'un des chiens enragés dont il vient d'être question, Lorsque la bête lâcha prise le gant était intact, la morsure n'avait produit qu'une forte pression. Il suffirait doned'émousser les dents des chiens pour être à l'abri de^ terribles dangers de la rase. Mais n'est-ce pas une opération barbare que celle qui consiste à entamer par le ciseau et par la lime les belles mâchoires des chiens de prix?
Un mariage a l'électricité aux Ktats-IJnis. —
Le 16 avril dernier le, révérend W. C. Pralt qui cumule les deux fonctions de ministre protestant et d'employé d'une compagnie télégraphique, a eu l'idée extraordinaire d'employer le télégraphe électrique pour célébrer un mariage. Le ministre se tenait à la station de Bonaparte, petite ville d'Iowa. Les deux conjoints, M. John Sullivan et mademoiselle Francis Goodwan, s'étaient rendus à la station de Keokuk, appartenant à la même compagnie. Au moment indiqué par le ministre les deux conjoints joignirent les mains et prononcèrent le oui sacramentel. Le ministre célébrant en fut averti par télégramme et transmit parla même voie la bénédiction finale. Les deux époux reçurent immédiatement des félicitations expédiées télé^raphiquement de toutes les stations de la ligne. Il est douteux que la cour des Divorces, si elle était appelée à se prononcer sur le cas nouveau, consi léràt l'union comme valable. En France, une pareille comédie électrique ne pourrait avoir lieu, mais nous avons cru devoir la citer pour montrer, par cet excès même, jusqu'à quel point l'électricité pénètre dans tous les détails de la vie américaine.
Danger de 1 emploi de la grenaille de plomb
pour rincer les bouteilles. — Dans une note présentée à l'Académie des sciences, j'ai démontré que la grenaille de plomb employée pour rincer les bouteilles laisse dans celles-ci, adhérant à la surface interne, du carbonate de plomb que les lavages n'enlèvent pas, et qui se dissout dans les liquides alimentaires ou médicamenteux que l'on y introduit; delà des boissons plombifèrcs plus ou moins nuisibles. On rencontre assez fréquemment, dans les bouteilles de vin, des grains de plomb oubliés, qu'on ne découvre souvent que lorsqu'on arrive à la fin de la bouteille; les personnes qui en ont bu en sont quelquefois légèrement indisposées. La quantité de plomb introduite accidentellement dans le vin peut être notablement augmentée si avant de descendre à la cave les bouteilles rincées avec du plomb, on ne prend pas la précaution de n'y laisser aucune grenaille — J'ai cherché le moyen de remplacer la grenaille de plomb. J'ai fait couper des lils rie fer en petits
Louis de 4 à 5 millimètres eii prenant des fils de différents numéros... J'ai employé pour les bouteilles une grenaille fournie par les numéros 20 et 22. La grenaille de fer est, je ne dirai pas égale, mais supérieure à la grenaille de plomb, comme moyen de rinçage. La grenaille de fer est d'un emploi facile et produit un nettoyage rapide et parfait. Elle est attaquée par l'oxygène de l'air pendant le rincage ; mais le composé ferrugineux ne s'attache pas aux parois des bouteilles, et il est facilement entraîné par les eaux de lavage. Un pou de fer oxydé ne présente d'ailleurs aucun inconvénient pour la santé. Fordos.
Tissandier. — Brochure in-8% se trouve au Cercle do la librairie, 1 rue Bonaparte, à Paris.
ACADÉMIE DES SCIENCES
tes criquet» dévastateurs. — Les journaux algériens annoncent qu'un vol de criquets, vulgairement appelés sauterelles, est tombé dans un des déblais du chemin ilefcrd'Oran.et que la locomotive en a fait un grand ravage. lu train aurait été mis en retard de plusieurs heures. Ce singulier incident n'a rien de surprenant, car l'on sait qui; l'on se sert d'un fossé pour arrêter les criquets et qu'une t'ois tombés dans le fond de la tranchée ils sont perdus si on les recouvre rapidement de terre. 11 faut aussi y ajouter de la chaux vive pour empêcher la putréfaction de se dégager de leurs cadavres. Le général Chanzy a publié à ce propos des instructions singulièrement opportunes pour engager les colons à détruire les œufs de sauterelles et à employer, pour arrêter leurs phalanges, un système inventé par un colon cypriote. Il consiste à présenter dans la direction qu'ils suivent un couloir formé par deux murs de toile, hauts de 70 centimètres et longs de 100 mètres. Ces insectes sont si mauvais voiliers qu'il est impossible pour eux de franchir un obstacle qui parait devoir être aussi insignifiant. Nous renvoyons du reste le lecteur à l'excellente étude que M. Maurice Girard a publiée dans la Nature*. L'apparition des criquets est toujours accompagnée de vents chauds sans lesquels ils ne pourraient parcourir de grands espaces. Elle est généralement plus tardive que cette année. Il semble donc que nous devions nous attendre à de précoces chaleurs, car les vents du désert ne peuvent régner longtemps en Algérie sans franchir la Méditerranée et passer en Fiance.
I-a mortalité a Londres. — La tendance de la mortalité moyenne est tou,ours de décroître à Londres. Dans la première semaine de mai elle est tombée à 19 sur 52,000 par année, et dans les quartiers riches jusqu'à 17. Si ce taux se maintenait, la durée de la vie moyenne serait de 2,747 semaines, et dans les quartiers riches elle s'élèverait jusqu'à 3,058 semaines, ce qui ne fait pas loin de 60 ans. Dans les quartiers pauvres la mortalité s'élève jusqu'à 21. On constate, d'une ville à l'autre, des différences encore plus grandes ; ainsi à Madras, pendant la même période, la mortalité était de 44 par 82,0110.
BIBLIOGRAPHIE
Denis Papin, sa vie et son œuvre, par le baron Ernouf. — 1 vol. in-18. Paris, Hachette et C, 1874.
Traité de chimie générale, par À. Càholrs. Chimie organique. — 3 8 édition, tome premier. Paris, Gauthiers- Villars, 1874.
L'héliogravure, son histoire et ses procédés, ses applications à l'imprimerie et à la librairie. Conférence faite au cercle de la librairie le 24 avril 1874, par Gastoh
• oy. 'fable de la première année : les Criqurts dévastateurs.
Séance du 1" juin 1874. — Présidence de M. Hkutiiand.
Le lingot de platine. — Ce qui frappe tout d'abord en entrant dans la salle, c 1 estla vue du magnifique lingot de 250 kilogrammes, dont la production a été annoncée déjà dans l'avant-dernîer numéro de la Nature. M. le général Morin le présente à l'Académie avec beaucoup dt détails, sur lesquels nous n'avons pas à revenir, après la publication qui vient d'être rappelée. Disons seulement que le lingot a 1",140 de longueur, m ,178 de largeur et ra ,080 d'épaisseur; parle laminage il doit acquérir une longueur 77 fois égale à celle qu'il présente aujourd'hui.
M. Henri Sainte-Claire Deville qui, comme nos lecteurs le savent, a été chargé avec M. Debray de toutes les manipulations préliminaires, a rencontré beaucoup de difiicultés pour préparer les 25 kilogrammes d'iridium nécessaires à l'opération. Cette préparation a donné lieu à l'isolement de plus de 8 kilogrammes d'osmium, que l'auteur présente aujourd'hui sous la forme d'une poudre noirâtre. L'osmium, qui est le plus dense des métaux et dont M. Fremy a fait l'objet de belles études devenues classiques, est susceptible par simple oxydation de se convertir dans une des substances les plus toxiques que Ton connaisse. Cette substance, l'acide osmique, a fait sentir ses effets sur les rares chimistes qui se sont occupés d'elle, et, chose curieuse, elle semble agir différemment sur les différents individus. Ainsi, M. Débraya élé surtout attaqué aux yeux et un peu à la gorge, tandis que le directeur des ateliers de chimie, M. Clément, a contracté une maladie de peau toute spéciale, à laquelle, dit M. Deville, il a fini par s'accoutumer. Quant à M. Deville, il a été atteint d'accès d'asthme qui furent extrêmement pénibles. Dans la pensée de l'auteur, la physiologie retirerait certainement de précieux enseignements de l'étude de ce nouveau poison. « Avec la quantité d'osmium que voici, dit-il à peu près, je puis faire 10 kilogrammes d'acide osmique; et certes il y aurait là de quoi empoi-onner toute la terre. » — « El même l'Académie, » ajoute M. Le Verrier. [Sensation prolongée dans l'auditoire.)
Les matières grasses de la fonte. — On se rappelle la communication faite lundi dernier par M. Boussingaull au sujet du fer et de l'acier. Après comme avant ce travail, il reste à savoir l'état du carbone dans ses combinaisons métalliques. Toutefois M. Cloez, dans un mémoire que M. Chevreul présente aujourd hui avec les plus grands éloges, a commencé à résoudre ce problème si important. Une très-ancienne expérience de Proust a montré que des matières grasses peuvent être extraites de la fonte, lorsqu'on dissout celle-ci dans certains acides. M. Cloez a séparé ces matières à l'état de pureté, et leur analyse lui a révélé ce fait intéressant quelles consistent en carbures d'hvdrogène de la série C^U*", et en offrent tous les termes, au moins depuis C 6 1I 6 ' (propylène) jusqu'à C ,6 il 18 . C'est, comme on voit, une véritable synthèse organique réalisée à l'aide de substances purement minérales et susceptibles par conséquent d'applications extrêmement importantes à la fois pour la pratique et pour la théorie. Les êtres des temps primaires. — M. le professeur Albert Gaudry publie le résumé du cours de paléontologie qu'il a donné l'an passé au Muséum, Ce cours est relatif à la paléontologie de, l'époque primaire. « Ala fin des temps
primaires, dit M. Gaudry, la nature organique avait fait bien des progrès, et cependant elle était loin d'avoir atteint son apogée. : les forêts avaient de riches feuillages, mais il n'y avait pas de végétaux et fleurs ; par conséquent les campagnes n'étaient point hnllantcsde couleurs et parfuinées comme sont les campagnes d'aujourd'hui; les reptiles étaient Lien moins puissants et moins variés qu'à l'époque secondaire. On n'entendait point les chants des oiseaux, les cris des mammifères ; ces animaux étant ceux qui paraissent aimer davantage leurs petits, on peut dire que l'instinct de l'amour maternel n'avait pas encore ses manifestations, qui sont un des grands charmes de la nature actuelle. »
En terminant, M. Gaudry se pose cette question ardue-: Quelle lumière l'histoire des êtres primaires jelte-t-elle sur les procédés que le Créateur a employés pour développer et renouveler la vie dans le monde ? Et il fait la réponse suivante, remarquable à la fois par sa hardiesse et par sa sagesse : « Si nous voulons juger les choses avec l'impartialité qui convient à des hommes désireux d'atteindre le plus
près possible de la vérité, il faut, je crois, faire deux parts dans les remarques du cours de l'année dernière. D'un côté nous avons observé un grand nombre de faits qui semblent favorables à la doctrine de l'évolution : à l'époque silurienne la nature a été plus riche qu'à l'époque cambrienne ; l'époque devonienne, avec ses poissons, marque un progrès sur l'époque silurienne ; l'époque carbonifère avec ses reptiles indique un progrès nouveau, et à son tour elle sera surpassée par l'époque du trias. En outre, quand on sort des éludes générales pour aborder les détails des genres et des espèces, on rencontre de nombreux indices de filiation. D'un autre côté il faut reconnaître qu'un certain nombre de plantes, de mollusques, d'articulés, de poissons, de reptiles semblent, à leur début, plus élevés qu'on ne devrait s'y attendre s'ils sont résultés d'une évolution. Il reste à savoir si ces apparences ne proviennent pas de l'imperfection de nos connaissances. Nous en avons encore beaucoup à apprendre avant d'avoir la puissance de bien saisir les harmonies du plan qui a présidé au développement de la vie. » Stanislas Meunii:ii.
Cynips et galles des feuilles du chêne.