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LA COLLECTION ANTHROPOLOGIQUE

DU MUSÉUM d’iIISTOIUE NATURELLE.

L’histoire naturelle de l'homme, l’anthropologie, doit beaucoup à la France. Sans faux orgueil national, il est permis de dire que notre pays a donné sur presque toutes les manières d'aborder cette science, le signal aux autres nations.

Dès 1759 Buffon résumait le peu que l’on savait à son époque. A mesure que les voyageurs lui apporportaient de nouvelles données, il revenait sur ce sujet ; et ceux-là mêmes qui ont combattu cei taines de ses opinions, n’ont pu que rendre justice au talent de divination qui a permis à ce grand homme de tirer des conclusions remarquablement justes d’un nombre de faits qui eût été bien insuffisant pour tout autre. Fins tard, c’est en Franco que William Edwards fonda la première société d’ethnologie, et le premier recueil exclusivement destiné à l’histoire de notée espèce (1829); c’est en France, en 1852, qu’a été fondée la première chaire d’anthropologie, celle du Muséum qui csL restée seule jusqu’à ces dernières années; c’est en France que l’existence de l’homme fossile a été mise hors de doute, par les travaux aivhéo'ogiques de Doucher de Perlhos (1858), par les éludes paléontologiques d’Edouard l.artet (1801).

Il est un point fort important, pour l’étude des animaux, sur lequel nous nous sommes laissés devancer. Rlumenbach, à qui revient l’honneur d'avoir introduit les considérations d’anatomie ostéologique dans la caractérisation des races humaines, n’avait pu le faire qu'à l’aide d’une collection comprenant un certain nombre de spécimens. Jusqu’à Cuvier, cet exemple n’avait pas eu d’imitateurs en France. Notre grand anatomiste lui-même, préoccupé avant tout de l’œuvre gigantesque qu’il avait entreprise, ne donna à l’homme qu’une attention secondaire. Tandis que les collections destinées à faire connaître l’organisation des animaux vivants et fossiles envahissaient de vastes galeries, une petite pièce au rez-de-chausséc, suffisait pour réunir les quelques squelettes et les I êtes osseuses, peu nombreuses, qui représentaient notre espèce. Rien qu’insuffisant ce premier noyau avait un intérêt très-réel. A l’homme de science, il ne présentait que des spécimens d’une authenticité parlaite, emprunlésaux principaux groupes humains, surtout de l'ancien continent ; le simple curieux y trouvait le squelette de l’assassin de Kléber, celui du fameux nain Bébé. .. , etc. La collection de Gall , acquise par l’Etat après la mort du célèbre phréuo'ogiste, était ausri venue prendre place au Muséum et renfermait un certain nombre de têtes de races humaines.

L’ancienne chaire d'anatomie humaine du Muséum avait été fondée en 1673, pour faire une concurrence

scientifique à l’enseignement de l’École de médecine, resté trop fidèle à une science vieillie . De nos jours, rien de pareil n’était à craindre. Aussi, à la mort du baron Fortal, dernier successeur de Dionis, de Duverney, de Vicq d’Azyr, cette chaire fut transformée en chaire d’anthropologie (1852). Celle-ci eut pour premier titulaire M. Flourens. Mais ce savant devait avant tout sa renommée à des travaux physiologiques; et, désireux de rentrer dans sa voie, il demanda et obtint la chaire de physiologie en 1839. A raison même de ses habitudes intellectuelles, M. Flourens se préoccupa assez peu des collections. Toutefois il réunit quelques objets intéressants, parmi lesquels nous mentionnerons ceux que lui fournirent les Charmas, indigènes de l'Amérique du Sud, qui étaient venus mourir à Paris.

M. Serres, qui succéda à M. Flourens, était un anatomiste éminent; d était mieux préparé à comprendre l’importance des collections. Aussi donna-t-il un soin tout particulier à la création d’une collection anthropologique, qui resta distincte de celle de Cuvier. La partie ostéologique fut toujours l’objet de ses prédilections; mais il y joignit plusieurs bustes moulés sur nature, provenant pour la plupart des voyages de Dumont d’Urville, quelques moulages de membres exécutés sous sa direction, des photographies qu’d fit également exécuter ou se procura, et une série de pièces anatomiques sèches, parmi lesquelles on doit signah r la magnifique préparation due à M. Jacquart, son aide-naturaliste. Cette pièce présente à elle seule tous les détails de l’organisation du nègre : viscères, muscles, nerfs et vaisseaux. En somme, de 1859 à 1855, M. Serres avait réuni environ 3,500 objets relatifs à l’histoire naturelle de l’homme, et sa collection crâniologique, bien supérieure à tout ce qu’avait possédé Blumcnbach, conqitait 860 tètes osseuses. Tous ces nombres sont plutôt au-dessous qu’au-dessus de la vérité.

Dès cette époque la collection anthropologique du Muséum avait acquis une valeur peut-être plus comprise à l’étranger qu’en France même. Nous pouvons invoquer ici un témoignage bien irrécusable, celui de M. Gliddon, ancien consul des États-Unis au Caire et le collaborateur très-actif du docteur Nott, dans la rédaction du grand ouvrage intitulé: Types of MankinJ. Voici comment il s’exprime dans un autre livre qui peut être considéré comme un complément du précédent ( Indigenous races of the Earlh ,

a Comparedto this Gallery — save only the departmeut of craniology, in vvhich it is surpassed by the Morlonian collection cf Philadelphia — ail others collections known to my personal observation, or throught report, sink iuto insignificanse. # 11 motive ce jugement en énumérant les objets de diverse nature que comprend la galerie, et ajoute : « Ail these, and other items by far too various for énumération, already renders the galerie anthropologique one of the glories of Paris, no less lhan foreinost in the world’s ethnology. »

On voit que le savant américain fait une réserve formelle en faveur de la collection de crânes formée par son compatriote Morton, l'illustre auteur des Crania americana. 11 en avait le droit au moment où il rédigeait sou livre sur des notes recueillies probablement vers la fin de 1 854, ou au commencement de 1855. Mais la collection du Muséum ne devait pas tardera l’emporter encore à ce dernier point de vue. En etfet, en 1857, d’après ce que nous apprend M. Meigs dans l'introduction de son Catalogue, la collection Mortouienne comptait 1,045 tètes osseuses et en avait gagné 167 en huit ans. Or en 1802, à l’époque où le Muséum eut à répondre à tant d’étranges imputations dirigées contre lui, M. de Quatrefages, alors professeur, put mettie sous les jeux de la commission d’enquete la preuve que la collection du Muséum avait acquis en sept ans 40 1 têtes osseuses et en comptait 1,264, non-compris 117 moulages en plâtre ou en cire. Le nombre des spécimens destinés à l’étude céphalique de l'homme était donc, dès cetle époque, de 1,381. Il a encore bien grandi depuis lors.

La collection fondée par M. Serres s’était donc développée rapidement et avait acquis une haute valeur scientifique. Nul doute qu’elle n’eût continué à prospérer entre ses mains. Mais comme M. Flourens, M. Serres avait été appelé à la chaire d’histoire naturelle de l'homme, après un long passé de travaux accomplis dan? une tout autre direction. Comme son prédécesseur il saisit la première occasion favorable pourrenlrer dans la voie qui l’avait conduit à une juste renommée et à l’Institut. La chaire d’anatomie comparée étant devenue vacante par la mort de M. Duverney, il la demanda et l’obtint en 1855. La chaire d’anthropologie fut alors donnée à M. de Quatrefages, qui se trouva ainsi le collègue de ses deux prédécesseurs.

— La suite prochainement. —

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