DES CAVERNES PYRÉNÉENNES
Ou sait, depuis longtemps déjà, que les grottes et, d’une manière générale, les endroits privés de lumière, abritent des animaux aveugles; tout le I monde se rappelle les fameuses recherches faites ! dans les cavernes de la Carniole et l’étonnement ! causé par cette singulière trouvaille d’animaux privés d’yeux.
Il y a une vingtaine d’années environ, M. Delarouzée découvrit, dans une grotte des Pyrénées, un | anophlhalme, auquel il donna le nom de Gallieus ; deux ans après,
M. Lespès attirait l’atten- I
tion des entomologistes j
sur deux espèces de coléoptères aveugles dos grottes de l’Ariége (Adel ops pyrenœus et Pholenon Querilhacï). Il fit, plus tard , sur ces espèces, des expériences et des recherches microscopiques qui s Tablaient établir, en même temps que l’atrophie successive des appareils de la vision, la diminution et la perte de sensibilité de ses rayons lumineux.
Vers l’année 1839, il. Liuder visita une grande partie des grottes des Pyrénées et y découvrit quelques espèces du genre Anophlhalmus ,
auxquelles il donna le Insectes aveugles des cavernes pyrénéennes
nom de MinOS, llftculü - 1 Anophtlialinus Orplieus (Grotte d'Aubert ou de Sinde, Ariéçe).
inanthus Crmlicola et ~ 2 * ,1 ®P ,,lh - p ‘l«° ,! j roU<! , de . A, ’ i6 s e . ) * 1 T 3 ‘ An r 0|,htl ‘
. , Ehlersi (grotte <1 Eâtcllas, Ariege). — i. Adelops infer nus
Orcimis; un peu plus (grotte d’Esiellas).
tard, la grotte du Bédat,
Stygiùs, Zophosinus, infernus, etc.). — A son tour, M. de la Brûlerie fit son excursion tlaus les mêmes cavernes; il y découvrit un Anophlhalmus très-voisin de Cerberus (le Tiresias) et plusieurs nouvelles espèces d’ Adelops.
A ces documents, nous avons ajoute nous-mêmes quelques observations, recueillies pendant des excursions dont nous allons rapporter le récit.
Les pluies abondantes du mois de juin 1873 ayant rendu très-favorables les recherches des insectes aveugles, nous sommes partis le 29 juin pour visiter la grotte dite de Peyort, située sur le bord d'un torrent nommé, je crois, Aourége,
L'entrée de cette grotle est très-liasse dans l’intérieur, il faut constamment se tenir courbé à cause du peu d’élévation de la voûte. Dans le fond, autour des (laques d’eau, j’ai pris deux Anophthalmus orplieus, dont l’un très-pâle, et l’autre semblable à ceux de la grotte d’Aubert, c’est-à-dire d'un roux vif. Avec cette espèce couraient, sur l’argile humide, bon nombre à’ Anophlhalmus Cerberus, parmi lesquels j’ai cru distinguer trois Tiresias, espèce nouvellement décrite par M. Abeille de Perrin. Chose étonnante, cette grotte ne m’a donné aucun Adelops , genre très -commun dans les autres grottes.
Arrivés à Casavet,nous nous reposons quelques minutes chez notre excela ventes pyrénéennes. lent guide, et nous pre-
d'Auhirt ou de Sinde, Ariéee). nous ensuite le chemin Moulis, Aricge), — 5. Anoplilli ] a (rpoLte d’Estellas,
ége). — i. Adelops infernus . ? . - ,
située a environ 7 kilomètres du village dont il
près de Baguères , fournissait Y Anophlhalmus Les- \ vient d’être question. L’ascension de celte caverne
chenaulti , celle de Campan donnait VÆacus.
Eu 1868 ou 1869, un Allemand, M. Dieck, muni d’indications très-précises, vint explorer presque tontes les cavernes de l’Ariége; il y trouva plusieurs Anophlhalmus inconnus (Philo, Cerberus, Orplieus) et quelques Adelops.
Ces découvertes stimulèrent le goût des recherches de plusieurs entomologistes; aussi, vers le mois de juin 1870, MM. Abeille de Perrin, de Rouxouloir et Ehlers vinrent visiter toutes les grottes connues de l’Ariége, et y retrouvèrent en nombre toutes les espèces de M. Dieck, ainsi qu’une provision d’Àdelops nouveaux ( Ehlersi , Viechi, Discontignyi, longicornis, Saulcyi, Abeillei, Clavatus,
est assez pénible, mais arrivés au but, on est largement dédommagé de la fatigue par le superbe panorama qu’embrasse la vue. L’entrée de la grotte est on ne peut plus imposante. Je dois cependant conseiller aux visiteurs de se méfier des rochers q d surplombent l’orifice. IJn énorme bloc de rocher s’est détaché de sa base au moment où l’un de nous allait sortir de la grotte, et est tombé d’une hauteur de 6 mètres, juste au milieu de l’entrée.
Dans celte vaste caverne nous avons capturé une grande quantité d’ Anop'itlialnius Cerberus, le trèsrare Anophtlialinus Ehlersi, espèce dont il n’existe qu’un autre exemplaire, pris au même endroit par M. Elders, en 1869. L Adelops clavalus y vit en
grande abondance, mêlé à quelques Adelops in- | ferma .
Quelques grosses arachnides lschiropsalis Uelwiyi (Panzer) sont accrochées aux stalactites à une certaine hauteur du sol. D’autres espèces, très-petites, filent leur toile entre les fissures des stalagmites; ce sont les Scotolemon Lespesii (Lucas) ; Nesticus cellulanus (Gleik); Lejdoneta connexa (E. Simon); Cltorizomma subterranea; Linypltia tenebricola ; Erirjone sp‘ nov. Sous les pierres se trouvent des myriapodes d’un blanc diaphane et diverses larves de névroptères. Enfin, après un séjour de deux heu-
res dans la grotte, nous nous décidons à en sortir et, en soulevant quelques pierres près de l’ouverture, nous trouvons un Eschutoccphalus sp. nov., et une Nycteribie, espèces parasites des chauve-souris, ainsi qu’une vit gtaine de Pristonychus pyvenœus.
Nous rentrons à Casavet, et, chemin faisant, nous ramassons, sous les pierres, deux Carabus splendens, deux Aptinus pyrenœus , trois ou quatre Pristonychus parumpunclatus, et quelques Amara. Sur les arbustes, nous aurions pu prendre une foule de petits insectes, malheureusement l’heure était trop I avancée pour nous livrer à cette chasse.
Entrée de la grotte d'Aubert, en Ariége. (D’après une photographie.)
Le lendemain, nous partons de très-bonne heure pour aller visiter la grotte de Sindé ou d'Aubert, située vis-à-vis le hameau de ce nom.
Afin d'ètrc plus tôt rendus à la caverne, nous prenons un sentier de traverse extrêmement rapide, et, au bout d’une heure et demie de marche, nous arrivons au but de notre voyage.
A l'entrée de la grotte se trouvent une quantité de pierres enfoncées dans la boue semi-liquide : c’est en remuant ces pierres que l'on trouve VAnophtlialmus orpheus. Nous en avons pris une vingtaine d’exemplaires.
Dans l’intérieur, et toujours contre les parois très-humides, se trouvent les Anophlhalmus Cerberus et Plulo. Dans les excréments des chauvi s-souris
vivaient les Adelops clavatus et Ehlersi : ce dernier est assez rare. Je n’eu ai pris que six exemplaires.
Après deux heures passées dans cette belle et vaste grotte, lions revenons à Aubert, bien entendu en moins de temps que nous en avions mis pour monter, et nous nous dirigeons vers Moulis. Sur le bord du Lez, et vis-à-vis le village, est située la grotte dite de Moulis. L’entrée en est très-étroite et trèsbasse ; on suit un corridor très-incommode, et l’on arrive enfin dans une salle assez spacieuse.
Celte grotte nous a donné : Anophlhalmus Pluto, Anophthalmus Cerberus, Adelops clavatus, Homalola subcavicola : cette dernière vit en abondance dans les matières en décomposition en compagnie des Adelops et de quelques diptères.
En résumé, il est as=ez difficile, dit M. de Perrin, de préciser d’une manière absolue la manière de •vivre des Anoplitlialmes et autres insectes des grottes; ce que l’on peut dire seulement, c’est qu’ils habitent celles qui sont humides et que la sécheresse les tue ou les force à émigrer. On sait généralement que les Ano/ihthalmus se nourrissent de larves ou d’insectes parfaits, de diptères et de ncvroplères très-abondants dans ces excavations. Quant aux Adelops, c'est toujours sur les matières animales en décomposition qu’ou les trouve, quelquefois en grand nombre.
Ces insectes sont-ils impressionnables à la lumière? la question est toujours en litige. Rien que prives d’yeux, dit SI. de la Brûlerie, ces êtres se conduisent absolument comme s’ils voyaient clair. Rien dans leurs allures 11e dénote leur cécité ; on les voit marcher, courir, s’arrêter, explorer le terrain, chercher leur nourriture, fuir les doigts du chasseur qui veut les saisir.
Lorsque, dans une caverne la lumière de la bougie vient tout à coup surprendre un Anophthalme aveugle, ou un Pristonychus dont les yeux sont parfaitement développés, et qui peut vivre à la lumière du jour comme dans les endroits les plus ténébreux, les deux insectes sc conduisent absolument de la même manière ; ou ils restent insensibles en apparence et comme livrés au sommeil, ou bien ils semblent s’éveiller tout à coup et fuir au plus vite, alors même que le chasseur est encore à distance.
L’odorat chez ces insectes parait bien développé; nul doute qu’ils soient guidés par lui lorsqu’ils sont à la recherche d’une proie quelconque.
En terminant, nous ferons remarquer que les poils qui recouvrent les antennes et les pattes des Anophthalmes et autres insectes des grottes, sont ordinairement plus longs que chez les insectes oculés 1 ; les soies roides émergeant de pores ombiliqués sérialement placés sur leur corps, prennent un grand développement qui atteint sou maximum chez les espèces telles que Leschenaulti, Pluto, Cerberus, où l’atrophie de l’œil a laissé le moins de traces et qui semblent le plus parfaitement appropriés à la vie souterraine; il est plus que probable que ces longues soies doivent leur être d’un grand secours pour éviter les obstac'es qui les entourent. MAr.QCET.
RHËOTOME LIQUIDE