A DIRECTION INVARIABLE DE M. DUCRETET
M. Ducrelet a récemment observé un phénomène curieux et découvert une propriété singulière à l’aluminium. Un voltamètre dont les électrodes sont, l’une d’aluminium, l’autre de platine, donne passage
1 Deux espèces du genre Trcctiua, qui passent une parlic cto leur vie sous l’eau, pi n tant la marée basse, fout cxccplion à la règle ; quoique très-bien oculés, ces inscclcs ont le corps garni de soies et de poils cil ■ z les Anoplitalmcs,
à un courant électrique ou l’arrête, suivant qu’il se présente dans un sens ou dans l’autre.
Si le courant marche du platine à l’aluminium, il passe ; s’il est de sens contraire, il est arrêté ou, pour mieux dire, presque complètement arrêté. Dans le premier cas, un galvanomètre marque 22 degrés; dans le second, il marque seulement 2 degrés.
Dans le sens favorable, le courant dégage de l’oxigènc sur le platine et de l’hydrogène sur l'aluminium ; dans le sens opposé, l’oxigène tend à se produire sur l’aluminium et à former une couche d’alumine à laquelle 011 peut attribuer l’arrêt du courant.
Nous avons sous-entendu que le voltamètre était chargé d'eau acidulée h l’acide sulfurique; mais si on le charge d’acide chlorhydrique, le phénomène et l’arrêt du courant n’ont plus lieu, ce qui s’explique aisément par l’action du chlore sur l’aluminium. Le phénomène ne se produit pas non plus si l’on emploie un liquide alcalin, ce qn’on s’expliquerait encore en songeant que l’alumine est soluble dans les liqueurs alcalines.
Le fait 11e parait cependant pas s’expliquer par la formation d’une couche isolante d’alumine pour les raisons suivantes ; d’abord, en examinant l’électrode d’aluminium, on ne voit aucun changement d’aspect, quand elle est polarisée dans un sens ou dans l’autre; ensuite, quand on renverse le courant , 011 n’aperçoit aucun intervalle marqué de temps, entre son arrêt et son passage; enfin, si on emploie le voltamètre avec la liqueur alcaline, on ne voit pas la lame d’aluminium s’user sous l’influence du courant, comme il devrait arriver si l’alumine se produisait et se dissolvait à mesure.
Quoi qu’il en soit de l'explication, le fait est constant et peut être rendu très-frappant ; car le courant d’une pile de i ou 5 éléments au bichromate qui traverse le voltamètre en question peut rougir un fil de platine, tandis que, si le courant change de sens, il est arrêté, et le fil de platine ne s’échauffe pas d’une manière sensible au bout des doigts.
Une idée se présente naturellement à l'esprit ; c’est qu’un voltamètre à deux lames d’aluminium 11e laisserait passer le courant ni dans un sens ni dans l’autre; M. Ducrctet a fait l’expérience et constaté ce fait qui confirme et éclaircit le fait principal.
Nous 11e doutons pas que ces curieuses expériences ne soient répétées bientôt par un grand nombre de physiciens, et nous croyons qu'on ne tardera pas à les expliquer dans toutes leurs particularités.
M. Ducretet croit qu’il sera possible de réaliser des applications pratiques, notamment dans la télégraphie, de son appareil, qu’il appelle rhéotome liquide à direction constante. U a présenté à la Société de physique l’expérience suivante, destinée à appuyer son dire. Entre deux stations A et B, un seul fil de communication est établi; le retour étant supposé se faire par la terre. A la station B, le fil est bifurqué ; dans chacune de scs deux branches ou circuits dérivés, est placée une sonnerie et un rliéo-
tome liquide ; mais les deux rhéolomes sont placés à l’inverse l'un de l’autre, de telle sorte que l’un arrête le courant quand il est positif, et l’autre quand il est négatif. Par conséquent, on pourra à volonté, de la station A faire tinter l’une ou l'autre sonnerie ; il suffira d'envoyer le courant dans un sens ou dans l’autre. Cette expérience, en quelque sorte rudimentaire, n’est pas sans intérêt en elle-même ; niais elle a surtout pour objet de mon ! rcr que, d’une manière générale, on peut produire à distance deux effets distincts au moyen d’un seul fil. Il est vrai qu’on connaissait déjà des artifices pour atteindre ce résultat; mais il peut être avantageux d’en essayer un nouveau.
Nous ferons remarquer qu'avec l’appareil de M. Ducretet, on pourrait faire le partage entre les courants directs et inverses fournis par une machine de Clarke eu toute autre analogue ; on arrêterait les uns et on laisserait passer les autres. De plus, avec deux rhéolomes et un circuit bifurqué, on aurait d’un côté les courants positifs et de l’autre les négatifs. Nous ne croyons pas que l’expérience ait été faite; mais le succès n’en paraît pas douteux.
Pour les personnes qui voudraient faire dans leur laboratoire un rhéolorne de Ducretet, nous dirons que l’expérience ne réussit pas bien avec des électrodes trop étendues; les meilleures dimensions sont une longueur de 5 à 6 centimètres sur une largeur de 2 ; il convient de les placer à une distance de 2 à 5 centimètres l’une de l’autre dans le liquide. A. Niaddet.