‹ La Nature 1875 S1Chapitre 126 sur 224 · UN NOUVEAU MÉDICAMENT · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU MÉDICAMENT

LE BOLDO.

Le boldo est un petit arbre aromatique haut de oinq ou six mètres, originairedu Chili; décrit par Molina, en 1 7 82, sous le nom dePeumus boldus, il a été rangé, enl809,par A.-L. de Jussieu, sous le nomdeL’oMea fragrans, dans lafami Ile des Monimiacées.M. Bâillon, dans son Histoire des plantes, parue en 1808-1809, lui restitue lu nom sous lequel il avait d’abord etc décrit.

Cet arbre, toujours vert, vit seul et on ne le rencontre jamais dans les furèls. Ses fouilles opposées, ovales, qui passent en se desséchant au brun rouge, sont dépourvues de stipules ; quant aux fleurs, disposées en grappes de cymes, axillaires et terminales, elles naissent à l’extrémité des rameaux et se détachent sur le vert brillant des feuilles par une teinte jaune sur fond blanc. L’écorce, qui est mince et ridée dans le sens longitudinal, exhale un parfum aromatique très-prononcé. Les fleurs , dit M. Bâillon, sont dioïques, leur réceptacle a la forme d’un sac dont les bords portent les pièces du périanthe. Dans la fleur mâle, de nombreuses étamines s’échelonnent depuis la gorge du sac réceptaculairc jusqu'à son sommet organique. Dansla fleur femelle, au contraire, en dedans du périauthe, le réceptacle donne insertion à trois ou cinq carpellesbbrescomposées chacune d’un ovaire uniloculaire. A l’intérieur se trouve un placenta qui supporte un seul ovule. Le fruit est constitué par quelques drupes supportées par un pied très-court et renfermant, sous une chair peu épaisse, un noyau très-dur, fréquemment employé par les Chiliennes pour s’en faire des colliers.

Ce fut en 1869 que Je boldo fut envoyé en France, par la maison Fabian du Chili. La découverte des propriétés curatives de cette plante dans les maladies du foie serait due, comme cela arrive le plus souvent, au hasard. Les moutons d'un M. Navarro étaient atteints et moulaient d’une maladie de foie; on répare un jour leur parc avec des branches fraîchement cueillies du boldo, les animaux les mangent avec avidité, on s’en aperçoit, on renouvelle les clôtures, en peu de temps la guérison du troupeau est complète. On comprend que ces renseignements étaient trop vagues, l’expérience trop incertaine pour qu’on

pût fonder aucune donnée sérieuse sur la valeur de ce remède qu’on ne savait encore de quelle manière ni dans quelles circonstances appliquer. Des études sérieuses et suivies furent alors entreprises par MM. Dujardin-Beaumelz et Claude Verne, auxquels nous empruntons la substance de cet article, ainsi que par d’autres praticiens dans les hôpitaux de Paris.

MM. Dnjardin-Beaumetz et Claude Verne soumirent à l’analyse chimique les échantillons qu’on leur avait envoyés. Traités tour à tour par l’éther, l’alcool et l'eau distillée, ceux-ci ont donné:

Huile essentielle, principe ainer appelé boldine, acide citrique, chaux, sucre, gomme, tannin et des matières aromatiques épaisses ut noires dues probablement à l'oxydation de l’essence.

Dans l’Amérique du Sud, cette plante est souvent employée en infusions dont les propriétés sont analogues à celles du thé et du café, c’est-à-dire digestives, toniques et diaphoniques. Elle sert même, paraît-il, de remède populaire contre la syphilis et les maladies de foie.

Toutes les parties de celte p'aute sont utilisées: vertes, les feuilles remplacent agréablement celles du laurier pour donner du goût aux sauces, séchées et réduites en poudre on les emploie comme sternutatoire ; le bois, brûlant mal, sert à la fabrication du charbon, et l’écorce, au tannage des cuirs. Quant au fruit, il se mange; des noyaux, on fait des colliers et de la graine, on extrait une huile fixe.

Plusieurs préparations pharmaceutiques ont été tentées par M. Verne, ce sont deux extraits alcoolique et aqueux, une huile es ; entielle d’un emploi difficile comme médicament à cause de son odeur forte et de sa saveur très-acre, aussi a-t-il fallu l’enfermer dans des perles qui contiennent chacune onze centigrammes du produit. Ce sont encore une teinture peu différente de celle obtenue dans le pays, le vin qui possède à un haut degré les principes aromatiques de la plante, le sirop qui semble devoir être, à cause de son goût agréable, d’un emploi facile. Enfin l'élixir dont la saveur est agréable, change en j plaisir pour le malade le dégoût qu’il éprouve habituellement pour les remèdes. Des expériences ont été faites dans le laboratoire de M. Vulpian sur des cochons d’Inde et sur des chiens, elles ont été intéressantes et l’on n’a conslaté chez ces animaux que de la somnolence et un abaissement de température sans troubles sérieux de l’organisme.

Peumus Boldo.

M. Dujardiu-Beaumctz l’a prescrit comme tonique diffusible dans la chlorose, l’anémie, les convalescences de fièvre typhoïde «dynamique et dans l’atonie dos divers organes. Les résultats obtenu? ont été très sensibles. C’est ainsi que dans les cas que nous venons de signaler, l’appétit était stimulé c t les fonctions digestives se faisaient mieux et dans certains cas où le quinquina ne pouvait être supporté, il l’a fart bien remplacé. L’emploi du boldo demande cependant quelques précautions, car pris à haute dose il provoque des vomissements. En résumé et bien ] que les expériences faites jusqu’ici ne soient pas absolument concluantes, on peut considérer le boldo comme un tonique aromatique amer, et comme un médicament qui, inconnu hier, peut être appelé, si les résultats continuent à être favorables, à prendre dans la pharmacopée un rang honorable.

CHRONIQUE

I.c» gla«*r» aux Etats-Unis. — Les rigueurs de l’hiver 1871-1875 ont été excessives surtout en Amérique.

A la date du 17 février le dégel n’était point encore arrivé et la gelée durait à New-York, presque sans interruption, depuis la Noël. L’année 1835, qui a produit de véritables désastres, semble avoir été déjà effacée. Vainement les vapeurs qui font le service de Brooklyn ont, à plusieurs reprises, brisé les glaces qui couvrent la rivière de l'Est ; les glaces brisées se sont reformées en peu de temps. On essaye. sur quelques points de se frayer une voie avec des torpilles. Ce procédé qui paraît efficace ne doit pas être négligé des explorateurs du pôle Nord. Les côtes de l’Amérique sont couvertes de glace. On tr ouve des navires au large, à 00 milles de la côte, qui sont réduits à l’immobilité et dont les équipages sont exposés à mourir de faim. Des banquises détachées par les vagues de côtes gelées rendent la navigation dangereuse.

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