LES TERMITES AFRICAINS
Les régions tropicales principalement, et les pays tempérés chauds pour un certain nombre d'espèces, sont exposés aux ravages des Termites, insectes qui appartiennent aux iNévroplères-Pscudorlhoptcrcs des entomologistes, avec métamorphoses imparfaites. On les nomme vulgairement fourmis blanches, en raison de la couleur la plus habituelle de leur abdomen, et poux de bois, parce que les matières ligneuses en nature ou transformées par l’industrie sont les objets les plus habituels de leurs déprédations. Ce sont les grands balayeurs de la nature, comme les nomment les auteurs anglais; leur mission normale dans l'équilibre universel, paraît èlre de débarrasser les régions chaudes des végétaux morts, qui seraient si promptement un obstacle avec la végétation luxuriante des tropiques.
Nous prendrons comme exemple une des espèces de la plus forte taille et des plus répandues dans
l’Afrique propre, le Termite belliqueux ( Termes bellicosus, Smeathman) existant au Sénégal, dans tous les comptoirs de la côte de Guinée, en Cafrerie, au Mozambique, dans le Sennaar, le Cordofan et l’Abyssinie. Quatreimlividus différents sont nécessaires pour assurer la reproduction : la femelle, le mâle, l’ouvrier construisant la termitière, soignant les œufs et lus petites larves provenant de la mère commune, le soldat, à lète énorme, traînant à demi sur le sol par son poids, armée de mandibule comme des tenailles puissantes. C’est lui qui se précipite pour la défense quand on fait une brèche à l’habitation, mordant aux jambes et jusqu’au sang les agresseurs, se laissant tuer sur place sans lâcher prise.
Les ouvriers bâtissent avec de l’argile des tertres qui atteignent quatre à cinq mètres de hauteur, et dont le sommet se couronne de plantes diverses, dont les graines ont été apportées par le vent. Leur solidité est telle que les taureaux sauvages y moulent en sentinelle pour donner l’alarme au troupeau qui rumine aux alentours. Smeathman, qui a très-bien observé cette espèce à Sierra-Leone, dit qu’il est souvent grimpé sur ces tertres avec plusieurs hommes pour observer au loin le pays. Au centre et dans l’axe du cône se trouve la chambre royale, eu forme de four allongé, agrandie par les ouvriers à mesure que grossit la femelle fécondée et qui a perdu ses ailes. Son ventre s’accroît dans une proportion incroyable ; on dirait un gros boudin blanc, posé à plat sur le sol de la chambre royale, ayant parfois de 1 à 2 décimètres de long, sur 3 centimètres de large, toute marche devenant impossible. Près d’elle, et tapi parfois sous le vaste ventre de sa compagne, se tient le roi, mâle dont les ailes sont tombées également, mais sans changement de forme. 11 sert ou à renouveler par intervalles la fécondité de la reine, ou peut être seulement à l’encourager à la ponte par sa présence et en la touchant de sa tète. Le grand sac à œufs, dans lequel la femelle se trouve transformée, est en effet animé de contractions continuelles, qui sont suivies de la sortie d’un œuf. Les vieilles reines en pondent soixante par minute ou plus de quatre-vingt mille en vingtquatre heures.
Les ouvriers paraissent s’inquiéter fort peu du roi, mais sont en revanche très-empressés auprès de la reine. L’espace qui reste libre autour de celle-ci est constamment rempli par quelques milliers de serviteurs dévoués, circulant toujours dans le même sens autour de la mère du peuple (sans métaphore). Les uns lui donnent à manger, d’autres enlèvent les œufs à mesure qu’ils sortent, et les portent daiis les couvoirsou nourriceries, creusés tout autour de la chambre royale. Là éclosent les jeunes larves, qui parais^ sentsurtout se nourrir de petits champignons blancs qui tapissent les murs chauds et humides des couvoirs. Au dessus et autour de eoux-ei sont les magasins à provision, dans lesquels les ouvriers accumulent des râpures de bois et de plantes coupées pas leurs mandibules, et mêlées de grains de sucre et
de gomme. A la partie supérieure du dôme est mé- ' On trouve encore en Afrique, comme dans les aunagée une vaste chambre à air, servant à la ventila- très contrées tropicales, des Termites du sous-genre lion générale, concentrant la chaleur solaire de : Enfermes, Hageu, dont les mœurs sont très-diflemanière à répandre de l’air chaud pendant la fraîcheur \ rentes. Tel est le Termite des arbres de Smealhman, des nuits à l’intérieur des couvoirs. On qu’on rencontre du Sénégal au Cap sur
dirait la nef d’une, église gothique, et la — , ,JÜ __ la côte occidentale de l’Afrique. Le nid,
hauteur totale de la termitière est, par | |, parfois aussi gros qu'une barrique, est
rapport à la taille de ses habitants, quatre noir, sphéroïde ou ellipsoïde, formé de
à cinq fois plus considérable que les / Il parcelles de bois et de gomme, et placé
dimensions des plus vastes édifices dont f ' Vi> entre deux branches, à 25 ou 50 mètres
l’homme tire tant de vanité, connue ... au-dessus du sol. Les Termites v sont
marque de sa puissance et de son genie. presses, dit Smealhman , comme des lia-
Un fort plancher d’argile, recouvrant les magasins , sert de base à la chambre à air. Que le dôme soit endommagé par quelque accident , les eaux pluviales tombent sur ce plancher imperméable, et coulent par des conduits souterrains, qui vont au dessous des appariements les plus bas, et dont le calibre égale souvent celui des plus gros canons. Ils donnent aussi passage aux myriades d’ouvriers qui vont à la maraude dans les plantations et dans les docks des comptoirs, et qui charrient sans cesse des provisions et des parcelles d’argile employées aux constructions.
rengs dans une tonne. Une galerie couverte en argile, serpentant sur le tronc de l’arbre jusqu’à terre , permet les voyages des ouvriers à l’abri de la lumière et de l’air qui dessèche leur ventre mou et délicat. Des nids analogues existant aux Antilles étaient appelés têtes de nègre par les anciens voyageurs qui oui décrit les productions des îles Caraïbes.
11 paraît que ces nids des arbres ne sont que des stations accessoires des Termites, qui ont probablement une autre retraite souterraine, car on n’a jamais trouvé de reines dans les boules juchées au liant des arbres. Nous avons en Frauce , ainsi
Après les premières grandes pluies îerniile niile * ailé qu’en Corse et en Algérie, deux petites qui succèdent à la saison sèche et qui espèces de Termites propres au bassin
imprègnent l’air d’une forte humidité, des Termites de la Méditerranée. L’une est le Termite à cou jaune
des deux sexes pourvus de grandes ailes de gaze ( Calotermes flnvicollis , Fabr.) , vivant sous les
réticulée, croisées au repos sur le corps de l’insecte, écorces des arbres, dans les racines des oliviers, etc., sortent en foule l’autre , qui re-
des tertres, pénétrant la nuit clans les maisons et dans les navires ancrés à la côte, attirés par les lumières. Le lendemain l'eau et le sol sont couverts de Termites dont le soleil a détaché les quatre ailes, comme pour les essaims de nos fourmis. Une quantité d’animaux en font leur proie, et les nègres les ramassent sur l’eau avec des
Nids du Termite belliqueux tt du Termite des arbre**.
monte plus au nord, est le Termite lucifuge ( Termes lue if ugus, Rossi). C’est cette espèce, indigène et se creusant une retraite dans les souches de pins morts des Landes, qui a été transportée dans certaines villes du Bordelais et de la Charente inférieure, et détruit les poutres et les planchers des maisons. Lapetile ville de Saint-Savinien
calebasses, et les font rôtir dans des pots de fer, comme des grains de café. Les ouvriers et les soldats recueillent des mâles et des femelles fécondées, les emmènent dans les tertres par des conduits sous terre, et beaucoup de ces couples deviennent le point de départ d’une nouvelle colonie et d’un édifice destiné à leur innombrable postérité.
en est particulièrement infestée. Il paraît que cette espèce a existé par importation près de Paris, en Bourgogneet à Langres, mais qu’elle n’a pu s’y maintenir en raison du froid des hivers. Maurice Girard.
J.c Propriétaire-Gérant : G. TissAnrirn.
j ConctuL. — Typ.ct stér. Cair*.