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LE BAROMÈTRE ENREGISTREUR

DE M. REDIEU.

Un de nos plus habiles fabricants d’instruments de précision, M. Redier, s’est adonné, depuis de longues années, à la construction des appareils, tels que le baromètre, le thermomètre , l’anémomètre, le pluviomètre, dont les météorologistes out à faire un usage constant pour l’étude de l’atmosphère. Mais il s’est efforcé de doter la science d’instruments enregistreurs, qui inscrivent eux-mêmes, automatiquement, les variations auxquelles ils sont soumis, et qui, par conséquent, ne nécessitent plus de lectures assujettissantes, et toujours incomplètes, de la part de l’observateur. Il est inutile de faire ressortir les avantages de semblables appareils : tout le monde en comprendra l’importance. Nous les avons d’ailleurs exposés précédemment 1 , aussi aborderonsnous, sans de plus amples préliminaires, la description du nouveau baromètre enregistreur qui , selon nous, est destiné à fournir le plus précieux concours à toutes les sciences d’observation , et spécialement à la météorologie.

Voici en quoi consiste cet appareil : un baromètre à siphon ordinaire BB (fig. 2), dont les deux branches sont bien calibrées, porte un flotteur F, en ivoire, très-léger, sur lequel est fixée une tige verticale d’acier, très-faible, terminée par une pointe. Une aiguille horizontale A , très-légère aussi, vient reposer sur cette pointe ; son extrémité est terminée par un petit crochet.

Le baromètre est fixé sur une planche CC comme un baromètre ordinaire, et cette planche, munie de deux trous, est tenue sur l’instrument au moyen des deux boutons mollelés XX. Un double rouage d’horlogerie MN est placé à côté du baromètre. Le rouage M est terminé par un échappement de chronomètre,

• Vuy. 1™ année : les Instruments enregistreurs photographiques, p. CG.

et le rouage N par un volant Y, très-léger, tournant avec une grande rapidité. Ces deux rouages sont calculés de façon que la vitesse du volant soit le double de celle de récliappement. Un rouage satellite réunit ces deux mouvements, et l’axe autour duquel tourne ce satellite porte la roue Y, qui engrène elle-même avec un pignon sur lequel est monté la poulie P.

La poulie P porte une chaîne qui entraîne le crayon enregistreur K, dans un sens ou dans l’autre suivant qu’elle tourne elle-même à droite ou à gauche. L’axe de la poulie P porte un second pignon, invisible dans notre ligure, qui communique son mouvement, au moyen d’une crémaillère, à la plaque CC qui porte le baromètre. Ainsi, quand la poulie P, qui entraîne le crayon enregistreur, tourne, l’en-

semble du baromètre à siphon se meut aussi verticalement.

Voici maintenant comment fonctionne l’instrument : L’aiguille A, terminée par un crochet, repose sur la petite tige verticale du flotteur F et est ainsi horizontale. L’une des ailes du volant V vient butter contre le petit crochet.

L’échappement E du rouage M marche toujours, et, par ce fait, tend à entraîner la poulie P de droite à gauche, et à faire remonter la plaque CG de bas en haut ; et comme cette plaque porte le baromètre, elle entraîne dans ce mouvement l’aiguille A qui, étant ainsi soulevée, dégage le volant V.

Le volant V appartenant au rouage N tourne alors, et comme sa vitesse est 2, celle de l’échappement étant 1, il entraîne la poulie P de gauche à droite et

Fig. 1. — Courbe des pressions barométriques obtenue par le baromètre enregistreur de M. Rcdicr, du 4 au 10 décembre 1874

fait mouvoir la plaque CC de haut en bas ; l’aiguille A suit le mouvement et vient de nouveau arrêter le volant V. On obtient ainsi une suite de petits mouvements successifs et très-rapprochés, la partie de l’aiguille A qui retient le volant V étant plus petite qu’un vingtième de millimètre.

Quand la pression ne change pas, la trace laissée par le crayon est une ligue droite. Mais voyons comment se comporte l’appareil quand elle varie. Supposons que la pression augmente, le mercure baissera dans la petite branche du siphon : le flotteur descendra, entraînant l’aiguille A qui accrochera le volant V d’une quantité plus grande. Il faudra donc plus de temps à l’échappement E pour opérer le dégagement du volant ; par conséquent la poulie Ptournera dans le même sens pendant un temps plus long, proportionnel, d’ailleurs, au changement de pression, et la trace laissée sur le papier indiquera ce mouvement. Si, au contraire, la pression diminue, le volant V sera dégagé, et l’écart entre le volant

et le crochet sera d’autant plus grand que la baisse aura été plus considérable.

Le baromètre à mercure n’agit donc pas directement sur le curseur, comme dans les baromètres à cadran ; il ne sert qu’à indiquer, en quelque sorte, au rouage d'horlogerie, dans quel sens il doit tourner, et par suite à imprimer au crayon un mouvement à droite, ce qui correspond à une hausse, ou à gauche, ce qui accuse une baisse.

On voit que le baromètre enregistreur de M. Rcdier fonctionne à la façon des relais télégraphiques, mais toutes les fonctions en sont mécaniques.

Pour faire fonclionner l’inslrument il suffît de remonter les deux ressorts moteurs chargés de communiquer leur mouvement au crayon enregistreur, et on a, sans s’en occuper autrement, des courbes de trois, dix, quinze jours et plus, suivant la longueur du papier qui.se déroule. Ces courbes peuvent être faites à telle échelle que l’on désire, les proportions adoptées sont : l’heure, représentée par 4 millimètres

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qu'un mouvement d’horlogerie RR' fait tourner le cylindre d’une quantité de 4 millimètres par heure et vient faire frapper tous les quarts d’heure, au moyen du marteau O, trois petits coups sur une planchette fixée sur la planche qui porte le baromètre, de ma-

et le millimètre de mercure par 5. Nous donnons ci-contre la figure réduite, d’une courbe obtenue du 4 au 10 décembre 1874 (lig. 1).

Nous n’entrerons pas dans les détails de construction du cylindre enregistreur, nous dirons seulement

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Fig. 2. — Iæ nouveau baromètre enregistreur de M. Redicr

uière à ébranler légèrement peu la colonne mercurielle.

M. Redicr ne s’est pas contenté de faire concourir cet ingénieux mécanisme à l’enregistrement automatique; en remplaçant la poulie P par une grande aiguille, il a pu obtenir des baromètres à grands cadrans, destinés à être vus à distance et très-bien appropriés par conséquent à des monuments ou des places publiques. Le grand baromètre de la Rourse

de Paris, construit d’après ce principe, fonctionne régulièrement depuis trois ans. La course de l’aiguille étant considérable, les indications sont très-précises et très-appréciables, même de loin. Nous espérons que nos ports de mer seront bientôt dotés de semblables instruments, et qu’ils ne tarderont pas à suivre l’exemple de la ville de Cherbourg, qui eu possède un dont le cadran n’a pas moins de l m ,50 de diamètre. Gastoh Tissandier.

CHRONIQUE

Curieux effet «le mirage. — Dans une récente communication à la Société de géographie, M. Paul Soleillet, qui a poussé ses explorations jusqu'à 450 kilomètres d’El-Goléah, citait un effet de mirage d'une nature nouvelle, en ce que l’aberration optique portail principalement sur l’agrandissement des objets, Après avoir traversé la région dos Shebka, on a parcouru des plateaux élevés, couverts d'une terre rougeâtre très-unie et parsemée de pierres noires de toute grosseur. I.e voyageur fit remarquer à un indigène de sa suite, cinq chameaux visibles nettement à l’horizon, à une distance pouvant êlre estimée sept ou huit kilomètres. On regardait avec attention afin de découvrir si ces chameaux étaient montés par des cavaliers blancs ou noirs ; s'ils étaient blancs, on allait avoir affaire aux Arabes avec qui les relations sont bonnes ; s’ils étaient noirs on devait être en présence de Chambas, peu hospitaliers envers 1rs Européens. L’illusion se continue jusqu’il 500 mètres, distance à laquelle on découvre que les chameaux n’étaient autre chose que cinq pierres n’ayant pas plus de vingt-cinq centimètres de hauteur. Ces phénomènes se reproduisent souvent dans ces régions, quand l’air est calme et le terrain bien uni.

Le Congrès des sciences géograpliiiiues. —

Le congrès doit avoir lieu du 1" au 8 août et l’exposition qui l'accompagne ouvrira le 15 juillet de celte année. Le gouvernement a mis à la disposition de la Société de géographie la partie vacante du palais des Tuileries, comprenant : la galerie du bord de l’eau, le pavillon de Flore et la salle des Etats; ce dernier local sera disposé pour les séances du Congrès. De plus, l’orangerie et la terrasse du quai sont réservés à la commission de géographie commerciale pour exposer des produits spéciaux. Le commissariat organisateur a décidé qu'une médaille de bronze serait frappée pour être distribuée aux exposants récompensés. U est probable que le ministre de l’instruction publique permettra d’ouvrir une exposition annexe dans la galerie Mazarine, à la bibliothèque nationale où l’on placerait la plupart des curieux documents scientiliques du département des cartes. Dans une des dernières réunions de la commission organisatrice, on a annoncé que les nouvelles parvenues de l’étranger, donnent une assurance ondée que l’assistance sera nombreuse et représentée par les savants de tous les pays.

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