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DE LA TEINTURE PAR IMPRESSION

i II est peu d’industries modernes qui se soient si- , gnalées par des progrès aussi rapides, aussi impor-> tants, que l’art de l’impression des tissus. Tout le

1 Le débit du quinaire est de CO inètres cubes.

En ville. . 9955

monde connaît les magnifiques tissus imprimés, les indiennes dont nos magasins de nouveautés abondent, mais, hormis les chimistes et les hommes compétents, il est peu de personnes qui possèdent des notions précises sur les procédés employés pour les produire.

Dans l'impression, la teinture doit être appliquée seulement sur des points déterminés pour former des dessins colorés, aussi est-il nécessaire que le mordant soit rendu visqueux, afin qu’il ne s’étale pas sur toute la surface de l'étoffe. Les substances employées à j cet effet, dites épaississantes, sont la gomme, l’ami- , don, la dextrine. la gélatine, la terre de pipe, etc. | Quand le mordant a été appliqué sur l’étoffe, on la trempe dans un bain colorant comme pour la teinture ordinaire. La matière tinctoriale se fixe seulement sur les parties mordancées; elle n’adhère que très-faiblement sur les autres parties du tissu, et s’enlève par un lavage à l’eau courante , ou par des trempages dans des bains de savon ou d’hypochloritcs alcalins.

Cette méthode est très - générale aujourd'hui, mais elle tend à céder la place à la teinture à la vapeur, où la matière colorante, mélangée au mordant, est imprimée sur le tissu que l’on soumet à un courant de vapeur dont l’action détermine la fixation de la substance tinctoriale.

L’application des mordants ou des couleurs épaissies s’opère mécaniquement par plusieurs procédés. Le bloc on h planche est une pièce de bois dur qui porte en relief le dessin que l’on veut imprimer. Elle se charge de mordant ou de couleur quand on l’appuie légèrement à la surface d’un châssis qui repose sur le mordant, ou la couleur épaissie. On applique alors cette planche sur l’étoffe et le mordant ou le dessin coloré s’y trouve imprimé.

En 1800, un industriel de Saint-Denis, Ebinger, eut l’idée de substituer à la planche des cylindres gravés en relief, mais il allait appartenir à Oberkampf de monter en France les premières machines à cylindres de cuivre gravés en creux, à l’aide desquelles on avait déjà obtenu des progrès imposants en Angleterre, et d’ouvrir ainsi une ère nouvelle à notre industrie nationale.

Ces cylindres ou rouleaux, ont environ une longueur de 1 mètre, sur 0 m ,10 de diamètre, les dessins à imprimer sont gravés en creux à leur surface (fig. 1). Ils sont montés sur un bâti de fonte, tournent autour d’un axe central, en pressant l’étoffe qui se déroule au centre de l’appareil (fig. 2). Les rouleaux sont chargés de la matière colorante épaissie en tournant dans une boîte qui la contient. Les premières machines à imprimer les tissus ne portaient qu'au seul rouleau ; nos fabriques possèdent actuellement des machines munies de 12 et quelquefois de 16 rouleaux qui fonctionnent sur le même bâti. Les grandes maisons de Mulhouse rivalisent avec

celles de l'Angleterre, et grâce à ces machines h rouleaux, les tissus imprimés se produisent avec une abondance et une netteté vraiment prodigieuses.

A côté de ce mécanisme, on doit mentionner la Perrotine (ainsi nommée du nom de son inventeur, Perrot, de Rouen), qui se compose de plusieurs planches gravées en relief, mobiles et placées comme les rouleaux sur un bâti de fonte. Par un système fort bien disposé, elles se chargent automatiquement de couleur, se pressent d’elles-ruèmcs contre la pièce à imprimer qui passe successivement devant chacune des planches. Avec la perroliue, deux hommes peuvent facilement imprimer , en trois couleurs, 25 pièces de calicot par jour 1 .

Quand les toiles ont été soumises à l’impression, on les dessèche afin que les couleurs ne puissent pas s’étendre, et on les soumelà une aération pour vaporiser les acides des mordants. Elles sont pindues à cet effet, pendant plusieurs jours dans des étendages ou chambres chaudes dites chambres d oxydation. Après cette opération, les Iodes sont plongées dans un bain d’eau chaude contenant de la bouse de vache qui contribue à combiner l’alumine du mordant avec l’étoffe; elles sont ensuite dégorgées et rincées à l’eau, puis enfin soumises à un bain de teinture, Je

1 Los gravures et les documents qui accompagnent cette notice sont empruntés aux Leçons de chimie élémentaire de M. J. Chardin, excellent traité dont la cinquième édition qui comprend 5 vol. in-8°, vient de paraître récemment à la librairie G. Masson. 1875.

Fig. 1. — Cylindre gravé eu creux pour l’impression des tissus.

Fig. 2. — Machine à rouleaux pour l’impression des tissus

garance ou d’autres matières tinctoriales : la couleur se fixe sur les parties mordancées. Quand les mordants sont saturés, les pièces passent dans les lavoirs et dans les machines à dégorger. La figure 3 représente l'aspect d’un atelier moderne, organisé dans les meilleurs conditions. Après le lavage vient l’avivage, qui se pratique généralement par un savonnage qui enlève la teinte existante sur les parties de l'étoffe que le mordant ne couvrait pas, et qui donne à la teinture ses qualités fondamentales : l’éclat et la solidité.

Comme nous l’avons dit précédemment, on imprime souvent directement sur les toiles, les matières colorantes épaissies, qui prennent le nom de couleurs d'application; on a encore recours dans l’industrie aux couleurs vapeur, ainsi nommées parce qu’elles sont fixées sur les tissus par une simple exposition à la vapeur d’eau. L’action remarquable do la vapeur , qui détermine une combinaison intime entre la matière colorante, l'oxyde et le tissu, est une des découvertes les plus importantes des temps modernes.

On attribue le mérite de cette découverte à un fabricant anglais, vers la fin du siècle dernier; mais ses développements successifs ont été dus successivement à Viart, à Koecldin et Dolfus (de Mulhouse), aux frères Ilaussmann, etc.

Il y a une infinité d'appareils pour vaporiser les toiles imprimées, mais il nous suffira, pour comprendre le principe de cette opération, de décrire brièvement le fixage à la colonne. « Cet appareil, dit M. Girardin, se compose essentiellement d’un cylindre C (fig. 4) creux et percé d'une multitude de trous ; il est muni eu haut d'un robinet IV, et s’ajuste à frottement dans le bas 1!, avec une sphère de cuivre A, munie d’un robinet R ; cette sphère communique, par un tube inférieur, avec uta générateur de vapeur. Oh recouvre le cylindre G d’une chemise

de drap ou d'un doublier de forte toile D, puis on y enroule, en les serrant énergiquement, les pièces à vaporiser ; on a soin d’interposer entre chaque tour un doublier pour éviter les réapplioages ; on enveloppe le tout d’un drap épais qu’on lie aux deux extrémités.

Le cylindre, ainsi garni, est placé sur sa sphère.

Généralcmcnton dispose à côté les unes des autres un certain nombre de ces colonnes dans une espèce de chambre ou de guérite de bois qu’on peut fermer à volonté pour éviter le refroidissement par l’air.

Lorsque tout est disposé, on ouvre le robinet supérieur du cylindre, puis le robinet inférieur, et lorsque la vapeur du générateur a fait irruption et chassé tout l’air de l’appareil, en élevant suffisamment la température pour qu’il n'y ait plus de condensation, ou ferme le robinet supérieur. La vapeur ne trouvant d’autre issue que les trous du cylindre C, passe à travers et pénètre peu à peu toute l'épaisseur des pièces superposées. La sphère A a pour but de retenir l’eau que le jet de vapeur entraîne... Quand l’opération est terminée, on déroule les pièces; on les étend pendant vingt-quatre heures environ, dans une chambre chaude et humide pour achever l’oxydation, et on les lave à l’eau courante. On les sèche ensuite le plus rapidement possible.

Le genre vapeur a de grands avantages; il peut s’appliquer à presque toutes les matières colorantes connues; il permet d’en imprimer et d’en fixer à la fois un nombre pour ainsi dire indéfini; par conséquent, il apporte une grande accélération dans le travail, puisque celui-ci ne consiste plus qu’en trois opérations: impression, vaporisage et lavage. Voilà pourquoi ce genre se substitue presque partout aux anciens modes qui exigent un matériel considérable, un personnel nombreux et demandent souvent plusieurs semaines d’un labeur continu. Ce

Fig. 4- — Vaporisage 5 la colonne.

qui a encore contribué à cette simplification et à cette économie de travail de l'imprimeur de nos jours c’est, d’une part, la découverte des magnifiques couleurs dérivées des produits de la houille, qui ont une si grande affinité pour la laine et la soie, mais que l’on réussit également à appliquer sur le coton par le vaporisage. D’autre part, les genres vapeur sur coton, ont pris une extension considérable depuis l’extraction en grand des matières colorantes de la garance qu’on livre aujourd’hui dans un grand état de pureté, qu’on produit même artificiellement à des prix assez bas pour que l’emploi en soit devenu possible. »

CHRONIQUE

Le voyage aérien «lu Itallon « le Zénith. » —

L’ascension scientifique de longue durée exécutée le 25-24 mars 1875, par MM. Sivel, Crocé— Spinelli , Albert et Gaston Tissandier et Jobert, a répondu aux espérances delà Société française de navigation aérienne , qui, grâce à son président, M. Hervé Mangon, de l’Institut, l’avait organisée dans les conditions les plus favorables avec le concours de l’Académie des sciences. Les voyageurs aériens ont pu mener à bonne fin leurs expériences et séjourner dans l’atmosphère pendant près de vingt-trois heures, en dépassant ainsi de beaucoup la limite de durée de toutes les ascensions exécutées précédemment. L’expédition du Zénith sera racontée en détail dans la prochaine livraison de la Nature, le récit du voyage sera accompagné du tracé de la marche suivie par l’aérostat, et des dessins que M. Albert Tissandier a exécutés sur le magnifique halo lunaire observé par les voyageurs. L’ascension du 25-24 mars sera prochainement suivie d’un autre voyage aérien à grande hauteur, où l’on espère atteindre une grande altitude. Les frais que nécessite l’exécution de ces voyages ont été souscrits par l’Académie des sciences, l’Association scientifique de France et par quelquesuns de nos savants les plus éminents, parmi lesquels nous mentionnerons MM. l’ingénieur Henri Gitfard, Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, llervé- Mangon, Üupuv-de-Lôme, d'Kichthal, président do l’Association française pour l'avancement des sciences, Paul Derl, député, Marey, professeur au Collège de France, docteur Hureau de Villeneuve, Chabrier, Daiilv, etc.

Achèvement de la carte de France. — La carte de France au 80,000' marche vers un rapide achèvement ; la 54” livraison qui a paru dans le courant de l'année dernière, porte à 258 le nombre des feuilles éditées jusqu’à ce jour. Seize feuilles, dont sept pour la Corse restent à publier. C’est en 1855 que parut la première livraison. L’apparente lenteur de cette publication u’est plus un sujet d’étonnement, quand on sait qu’après les levés sur le terrain, le dessin et la grarnre de’ chaque feuille exigent un travail de sept à dix années. Le dépôt de la guerre s’était toujours préoccupé de tenir au courant la carte do France, mais l'insuffisance de ses moyens d’action avait en partie paralysé sa sollicitude. Au mois d’avril dernier vingt officiers d’état-major ont commencé la révision des départements de l’est. En supposant les conditions favorables, le dépôt de la guerre pourrait arriver à revoir tous les dix ans la carte de France entière. La publication dés reports sur pierre, à.l fr. la feuille, a été favorable-

ment accueillie du public; de mai 1872 à juin 1873, il a été vendu 40,200 feuilles, lin autre service, le dépôt des fortifications, a' commencé la publication d’une carte de France au 500,000” en 15 feuilles. Chaque feuille paraîtra sous sept formes, où se combineront de différentes manières les éléments divers delà carte; ses éléments sont empruntés à la grande carte d’état-inajor, avec les corrections soigneusement faites.

Peintures marmoréennes. — M. Paliard lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les plaques décoratives que M. Pruneau, ancien notaire à Meneau (Yonne), a présentées à la Société d’encouragement sous le nom de peintures marmoréennes.

L’application de ces procédés de décoration a été faite par M. Darviile, architecte à Meneau, dans le château de M. d’Harcourt et dans plusieurs aulres constructions, et a donné d’excellents résultats ; la Société centrale ou Chambre dos architectes, 'a Paris, a aussi examiné ces produits et en a loué surtout l’effet saisissant. Ces plaques consistent en de doubles feuilles de verre emprisonnant la peinture à l’huile qui a été faite sur l’une d’elles ou sur les deux, à la surface qui ne doit pas être tangible. On conçoit qu’une imitation de marbre ou de pierre de prix bien exécutée, et préservée ainsi par une double surface de verre, puisse produire de grands effets et avoir une durée indéfinie. M. Pruneau s’est attaché à perfectionner ses couleurs et scs procédés, qui sont décrits dans le rapport, et il a obtenu ainsi d’excellents résultats. Ces plaques, dont le prix varie, suivant l’épaisseur du verre, de 16 à 21 fr. par mètre carré, ont été employées pour les parois de salles de bains, pour la décoration de salles à manger, de plafonds, etc. Mais les mêmes procédés ont servi aussi à produire des coupes et objets divers de décoration et d’ameublement ; l’onyx, le lapis-lazuli, les brèches précieuses, les porphyres, sont parfaitement imités dans leur dessin, leur couleur et l’aspect des objets qui en sont formés. On voit qu’on pourra tirer de ces procédés des ressources précieuses pour la marqueterie et l'ameublement. Le comité des arts économiques est d’avis qu’il y a lieu de remercier M. Pruneau de la communication qu’il a faite à la Société.

La photographie appliquée A l’art de l'ingénieur. — La photographie, qui n’avait sa place à ses débuts que dans les arts d’agrément, rend de jour en jour des services plus importants. Dans les applications militaires elle pourra peut-être remplir un rôle considérable. Dans le génie civil on l’emploie depuis longtemps, et tous les grands ateliers de construction en font usage pour reproduire et faire connaître les types de machines qu’ils construisent.

Mais là ne se bornera pas son rôle. Un nouveau genre d’application, que nous allons faire connaître par deux exemples, dit la Revue industrielle, lui est réservé. Dans une ville de l’Inde anglaise on avait à effectuer le transport, d'un point de la ville à un autre, d'une énorme masse métallique, pesant environ une centaine de tonnes. On ne pouvait songer aux moyens de transport ordinaires. On écrivit en Angleterre où les transports de lourdes masses ont lieu fréquemment, notamment dans les fonderies, pour avoir des renseignements. Le moyen qu’on employa en Angleterre pour fournir les renseignements demandés, consista à envoyer une série de photographies représentant les diverses phases de 1 opération, telle qu'elle se pratique dans les fonderies, el c’était en effet un moyen plus efficace qu’une description quelconque, si

complote qu’elle fut. C’était, pour ainsi dire, rendre les agents des Indes, témoins des opérations elles-mèines.

Le second exemple se rapporte à la mise en place des piles de pont en fer, opération des plus délicates quand les masses sont pesantes, et que le niveau de l’eau présente de grandes variations. Un construit en ce moment un pont de ce genre à Londres, et on a résolu de prendre une série de photographies, au fur et à mesure de l'avancement du travail. Ces photographies fourniront aux ingénieurs chargés par la suite de travaux semblables, des règles certaines sur la marche à suivre. Il est à souhaiter que cet usage intelligent do la photographie se répande de plus en plus, ce ne sont pas seulement les hommes de pratique qui en profiteraient, les élèves des écoles techniques y puiseraient de solides éléments d’instruction.

Télégraphe acoustique deNcalc. — On sait que les employés des télégraphes arrivent à lire les dépêches qu’ils reçoivent, sans même regarder l’appareil récepteur, et cela rien que par l'auditiou des chocs successifs de l’armature mobile de l’électro-aimant. M. N cale, électricien delà compagnie des chemins de fer duNorthStaffordshire, a inventé récemment un appareil télégraphique, à l’usage des chemins de fer, dans lequel l’audition de la dépêche se trouve ainsi substituée à la lecture. 11 s’est naturellement préoccupé de renforcer et de rendre plus net le son produit. A cet effet, il a transmis le mouvement à une lame de fer qui vient frapper d’un côté une pointe métallique, et de l’autre côté un pivot en bois, donnant lieu ainsi à deux sons distincts. Le tout est renfermé dans une boîte qui renforce le son. Un employé, placé en un point quelconque du bureau où se trouve l’appareil, écrit la dépêche à mesure qu’il l’entend, en se servant de l’alphabet Morse, et cela sans lever même les yeux sur l’instrument. Le signal d’attention peut être entendu de l’extérieur du bureau les portes étant fermées, de sorte que ce système présente des avantages marqués pour les petites stations.

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