L. Dreyfus
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 29 mars 1875. — Présidence de M. Fiiémt.
Recherches sur la betterave à sucre. — Dans un mémoire qui intéressera également les chimistes de profession et les manufacturiers, MM. Frémy et Dehérain ont cherché à déterminer les conditions qui influent sur le développement de la betterave et sur sa richesse en sucre. Dans un très-grand nombre de tonneaux, des sols artificiels ont clé préparés : les uns, constitués par du sable pur ou par du calcaire pur ou par de l’argile pure ; d’autres par le mélange des trois éléments ; d’autres enfin par les mêmes substances additionnées de matières fertilisantes. Le sulfate d’ammoniaque, l’azotate de potasse, l’azotate do soude, le chlorure de sodium, le chlorure de potassium, le superphosphate de chaux, le guano, la corne rôpée ont été successivement essayés. Les arrosages étant fréquents et réguliers, un premier fait constaté a été que le sol sert avant tout de support, car dans du sable pur, c'est-à-dire absolument inerte, mais additionné d’engrais chimiques, les betteraves ont acquis un poids considérable. On a pu en obtenir également dans l’eau tenant en dissolution les matières fertilisantes. Il résulte de là que l’humus n’est pas du tout indispensable au développement des betteraves et que sa principale utilité est de retenir l’eau grâce à son hygrosccipicité. Un autre fait très-saillant
des recherches de MM. Frémy et Dehérain est qu’un excès de matière azotée dans le sol paraît être funeste à la production du sucre. Des chiffres consignés au mémoire montrent d’une manière évidente que plus la racine contient d’azote, moins elle est sucrée, et les auteurs pensent qu’on doit attribuer surtout à une fumure trop riche les mauvais résultats fournis si souvent par les betteraves. D’ailleurs, les recherches que nous venons de résumer ne sont qu’un premier chapitre ; les auteurs se proposent de persévérer dans la même voie.
Force coercitive de l'acier. — M. le commandant Trêves s’est proposé de rechercher l'influence que la composition d’un acier peut avoir sur la valeur de sa force coercitive. De nombreuses expériences faites au Creuzot, avec le concours de M. Duracior, ont montré qu’à mesure que la teneur en carbone s’élève de 2 à 5 millièmes, la force coercitive va régulièrement en augmentant, mais qu’à ce point une sorte de maximum semble être atteint de façon qu’on peut pousser jusqu’à 1 centième sans observer de renforcement. D’innombrables essais ont été tentés à des températures très-variées, et les résultats obtenus sont représentés par des courbes jointes au mémoire.
Traité élémentaire de minéralogie. — On apprendra, avec plaisir, la publication que vient de faire M. l’isani, d’un traité de minéralogie qui seul dans notre littérature' scientifique contient la description succincte et exacte de toutes les espèces minérales bien déterminées aujourd'hui par leurs caractères cristallographiques, optiques et chimiques. Cette partie descriptive de l’ouvrage est précédée d'une série de chapitres où sont exposées les principales notions de minéralogie générale. Les systèmes cristallins sont illustrés de très-nombreuses vignettes. Les propriétés physiques des minéraux sont exposées en détail, et l’on aura une idée de la manière dont l’ouvrage est au courant des derniers progrès de la science quand nous aurons dit que ce qui concerne les propriétés thermiques, étudiées récemment par M. Janettaz, y est l’objet d’un chapitre. Les étudiants, les chimistes et les amateurs d'histoire naturelle voudront posséder le volume que nous annonçons.
. Les puits naturels du calcaire grossier. — M. Damas expose, avec une bienveillance dont nous sommes heureux de pouvoir le remercier publiquement, les résultats que nous avons obtenus dans t’élude do ces singuliers accidents géologiques connus sous le nom de puits naturels. Ce sont des cavités cylindroldes plus ou moins verticales, d’une profondeur parfois si grande qu’on n’en peut découvrir le fond, et qui sont remplies de matériaux complètement différents de ceux qui constituent les roches encaissantes. Beaucoup de géologues ont pensé que ce sont des canaux d’éjection par lesquels sont sortis, à la suite de phénomènes geysériens, les éléments des terrains stratifiés. D'autres, au contraire, y voient le résultat d’une érosion venant de la surface, mais ni les uns ni les autres n’ont pu résoudre la question d’une manière définitive. 11 était à penser qu'on serait plus heureux si, à l’observation pure et simple, on pouvait adjoindre l’expérience, car on était en droit de supposer que la forme des cavités ne serait pas la même si l’agent corrosif jaillissait d’en bas ou pénétrait au contraire par en haut. C’est en effet ce qu’on observe. Des puits artificiels, creusés dans le calcaire par des jets d’eau acidulée, n’ont pris la forme des cavités naturelles que dans le cas où le liquide arrivait par la partie supérieure des dalles. En même temps, ces expériences ont mis sur la voie de l’origine et du mode do formation de certains dépôts que les géologues n’expliquaient pas, et
par exemple des sables de Rilly-Lt-Montagne, où M. Hébert voit un dépôt chimique, et qui apparaissent comme le résultat de la dénudation subie par certaines assises du calcaire pésolilhique
élection d'un correspondant. — La nomination de M. Paul Gênais, comme académicien titulaire, avait laissée vacante une place de correspondant dans la section d’anatomie et de zoologie. Elle est donnée par 28 voix à M. Joly, de Toulouse, l’un des champions les plus valeureux de l’hélérogénie. Stanislas Meunier.