AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Le chargement du projectile et de la poudre par la culasse, que l’on croit aujourd’hui inséparable de la
construction des canons rayes est une invention plus ancienne qu’on ne le suppose généralement; elle remonte à l’origine de l’artillerie. Les premières pièces de cette espèce qu’on ait construites pesèrent 100 à 450 livres dont 30 à 40 livres pour la culasse; celle dernière était en partie engagée, en partie forj cée dans le canon et maintenue au moyeu de coins,
Expérimentation d’un canon se chargeant par la culasse, exécutée à Paris en 1715. (Fac-similé d’une gravure du temps.)
de là le nom de canons à coins que prirent ces pièces.
Au siège d’Orléans, en 1428, nous voyons les Anglais se servir de 15 canons à coins. A notre musée d’artillerie de Paris, on conserve un canon en fer trèslong, de petit calibre et à culasse mobile qui remonte à l’an 1555. En Bavière onse servit, vers 1557, decanous à coins. Eli 1597, Savorgano inventa des pièces du calibre de 12, dont le tube était fermé an
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moyen d’un tampon transversal en bronze. D’après Pietro Sarti, on se servit, en 1621, en Italie, de canons à Bvaga avec des chambres de formes particulières et dont le tube était en fer lorgé ; ces pièces tiraient des boulets de 100 livres. Les chambres étaient en fer et en brouze, et maintenues au moyen de solides coins en bois, chaque pièce avait trois chambres de rechange.
Le dessin que nous donnons ci-dessus est emprunté
au curieux ouvrage du P. Daniel, Histoire <Ie la milice françoise, publié à Amsterdam en 1724. Il représente l’expérience faite en 1715 sur un canon de l’invention d’un sieur de la Chaumette et que le P. Da niel a vu à l’Arsenal de Paris. Cette pièce, qui était de 12 livres de balles, avait trois ouvertures rondes dans sa culasse: la première A, au fond du canon ; la seconde B, sur l’un des côtés de la culasse, et la troisième C de l’autre côté. L’ouverture inférieure servait à l’introduction du boulet et de la gargousse qu’on y poussait avec un cylindre ou boulon recouvert de cuivre, pour empêcher la charge de redescendre; un boulon de fer D, faisant fonction de culasse était passé dans les deux ouvertures des côtés, qu’il fermait hermétiquement.
Si bien calculé que fût le système, l’expérience ne donna pas gain de cause à son inventeur. L’effort de la poudre fut tellement considérable que le boulon de fer traversant fut tordu à ce point qu’on ne put le retirer qu’avec beaucoup de peine et de temps. On ne renouvela pas cet essai et le canon fut fondu.
« Celte idée de charger un canon par la culasse, ou du moins vers la culasse, ajoute le P. Daniel, n’était pas-nouvelle; on l’avait déjà mise en pratique il y a très-longtemps dans une espèce de petits canons qu’on appelle des pierriers, parce que dans leur charge il y avait quelquefois des pierres avec des chaînes et de la mitraille. Ils sont encore en usage dans les châteaux et dans les petites places, où l’on ne peut se servir d’autre artillerie n
L’insuccès du canon La Chaumette ne découragea pas les artilleurs qui pensaient qu’on pouvait appliquer le système de fermeture par la culasse aux grosses pièces. C’est ainsi que nous voyons fabriquer, en 1 734, d’après le procédé saxon, des pièces de cette espèce et dans lesquelles on raba'tait la culasse pour l’introduction de la charge; l’on fermait ensuite au moyen d’un coin. En 1779, Feutry met en pratique, pour la première fois, le système de forcer le projectile dans le passage de la chambre dans l’âme de la pièce, par la pression des gaz développés par la poudre; il proposa, pour matériel de guerre, des voitures légères portant des canons de 1 livre, en fer forgé, se chargeant parla culasse et lançant des boulets en plomb forcés. En 1780, on connut sous le nom de canons à culottes , des pièces se chargeant par la culasse et inventées par Pinelli. En 1825, on proposa un canon foré dans toute sa longueur, dont on fermait l’ouverture du côté de la culasse au moyen d’une portière mobile perpendiculaire à l’axe du canon. En 1829, Tuker inventa un canon ayant du côté de la culasse un tampon vertical, mobile et percé ; au moment du chargement on faisait coïncider son canal avec l’axe delà pièce et l’on renfermait de nouveau l’ouverture en tournant le robinet.
t II convient de conserver à la postérité l'idée de ces inventions, quand même elles n’auraient pas eu de succès, dit le P. Daniel eu terminant sa description du canon La Chaumette ; car on peut ou les perfectionner, ou en corriger les défauts. » Nos lecteurs
savent avec quel succès les artilleurs français et étrangers ont corrigé ces défauts, et de quelle arme remarquable ils ont doté les arsenaux modernes.