DU CHILI
Le gouvernement de la république du Chili a décrété l’ouverture d’une Exposition internationale le IB septembre 1875. Elle aura lieu à Santiago, capitale de cet Etat., comme celle qui s’est tenue en 1809, et qui a déjà eu un grand succès, car le commerce extérieur a augmenté d'un tiers depuis cette époque, et la population, qui n’était encore que de 1,900,000 habitants, s’élève, d'après les derniers recensements, à 2,230,000.
L’Exposition du Chili n’aura pas le même caractère que celle des Etats-Unis, dont nous entretenions, il y a quelque temps, nos lecteurs. Elle n’est point destinée à rappeler l’anniversaire de l’Indépendance, qui ne fut proclamée par le directeur suprême O’IIiggins que le 12 février 1818, premier anniversaire de la bataille de Chacabuco, dans laquelle les troupes espagnoles furent défaites par le général argentin San-Martin. Mais le Chili, pays nouveau et riche en toutes sortes de productions naturelles, a besoin d’étendre et d’améliorer l’exploitation de son sol, et des dépôts minéralogiques qui abondent sur son territoire.
Il veut stimuler l’industrie, qui doit transformer ces produits, et qui e?t à peu près nulle aujourd’hui sur son territoire, quoique la nature y ait multiplié d une façon extraordinaire les cours d’eau qui descendent de la chaîne des Andes. Quelques-uns, le Rio Biobio et le Rio Maule sont navigables ou peuvent le devenir sur une partie importante de leur cours, mais la majeure partie sont surtout intéressants au point de vue agricole et industriel comme pouvant donner une force motrice qui ne coûte rien et fournir à des irrigations inépuisables.
La république du Chili ne possède pas un territoire plus étendu que celui de laErance, même en y comprenant les parties méridionales, qui sont encore couvertes de forêts inextricables et peuplées d’indiens indépendants, dont la réduction fait du reste des progrès constants; mais elle possède une étendue considérable de côtes, depuis le vingt-quatrième parallèle de latitude australe jusqu’au cinquanteseptième.
La navigation y est très-développée, non-seulement à cause de celte circonstance, mais parce qu’on y a découvert des mines très-abondantes de charbon de terre. Une compagnie chilienne fait le service de I’anama à Valparaiso, en correspondance avec les vapeurs d’Europe. De plus, cinq lignes de bateaux à vapeur traversant le détroit de Magellan, font le service de Valparaiso aux ports d’Europe. Une de
cos compagnies part de Bordeaux, une du Havre, une de Hambourg et deux partent de Liverpool.
Le prix du passage est de 500 fr ancs en seconde classe, mais la commission de l'Exposition universelle fait une remise de 200 francs pour encourager le départ des ouvriers chargés de la conduite des machines.
Le commerce avec la France s’élève à 70,000,000 de francs ; c’est le cinquième environ de tout le commerce extérieur de la République. La France marche eu seconde ligne après l’Angleterre, qui achète surtout an Chili d’immenses quantités de cuivre.
L’émigration allemande est la plus considérable, car elle ne comprend pas moins de trente mille personnes. Quoique moins nombreux, les Français sont encore sur un rang respectable : on n’en compte pas moins de sept à huit mille, occupant des positions importantes.
C’est un Français, M. de Tillis, qui a dressé la carte du Chili aux frais du gouvernement chilien. C’est un autre Français, M. Claude Gay, mort il y a quelques mois, membre de l’Académie des sciences, qui a rédigé un ouvrage descriptif du Chili. Cet ouvrage, de vingt-cinq volumes, lui a été payé 300,000 francs ; il a reçu en outre une rente viagère de 10,000 francs. En mourant, M. Claude Gay a laissé au Chili sa bibliothèque.
Le télégraphe transandin réunit la ville de Santiago à travers un col des Andes avec Mendoza, Buenos-Ayres, Rio-Janeiro et l’Europe. Quand la ligne n’est point interrompue au passage des Andes, les dépêches arrivent en une heure à cause de la différence des longitudes, qui est de six heures. Mais, par un effet inverse, le retour en Europe n’eu exige pas moins de treize.
Comme on le voit, l’Exposition du Chili, quoique ayant lieu dans un pays éloigné, n’est point dépourvue d'intérêt pour la France. Aussi n’est-il point surprenant que l’on ait eu l’heureuse idée d’organiser une souscription, pour envoyer au Chili une délégation ouvrière, comme on l’a fait à Vienne et à Londres.