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EN AMÉRIQUE

Les faits, désormais parfaitement établis, qui ont servi à reconstituer l’histoire primitive du cheval sont remarquables, non-seulement parce qu'ils révèlent combien sont profondes les modifications suivies par cet animal , mais surtout parce qu’ils montrent ces changements s'effectuant eu Vue d’un développement successif et graduel. Dès que le professeur Marsh, de Yale-College, annonça que ses découvertes lui permettaient d’alfirmer que le cheval et les ancêtres du cheval avaient vécu en Amérique dès la période éocène et à travers plusieurs époques géologiques successives, un légitime intérêt s’attacha à ces questions.

Eneffet, l'opinion que lecheval et l’homme avaient été contemporains sur le continent américain trouvait peu ou point de partisans ; car tout le monde savait que nous avions reçu le cheval de l’ancien continent, et déplus, on possédait les preuves les plus certaines que cet animal avait été un de ceux les plus anciennement domestiqués, en Europe, parles races les plus reculées. Dans les cavernes dela.Madeleineon avait trouvé des dessins grossiers remontant à l’âge de la pierre, et ne laissant aucun doute que le cheval était f.imilier de l'homme à l’époque de l’ours des cavernes et du mammouth à toison. Au contraire, parmi les antiquités des Aborigènes américains, aucune trace de la connaissance du cheval ; et cependant, si cet animal avait vécu sur ce continent en même temps que l’homme, on pouvait très-sérieusement espérer trouver quelques mentions de ce fait, soit dans les nombreuses traditions indiennes, soit dans leur épigraphie des rochers. Il ne parait pas possible d'admettre qu'un animal aussi frappant, aussi important, soit comme nourriture, soit comme bête de somme, ait pu passer à travers un peuple sans y laisser quelque souvenir transmis de génération en génération. Cependant, ni légendes, ni sculptures, rien ne peut faire supposer que cet animal fût connu avant l’arrivée des blancs.

Si, maintenant, nous feuilletons lespagesdu grand livre de l’histoire géologique de ce pays, nous y trouvons la trace du clieval en même temps que celle de plusieurs autres mammifères. Fort loin dans le tertiaire le plus ancien, dans le bassin du grand lac éocène, à l’ouest des montages Rocheuses, le professeur Marsh découvrit un petit équidé pas plus grand qu'un renard. C’est cette miniature qui doit être regardée aujourd’hui comme le plus ancien ancêtre connu du cheval actuel, et nous allons en donner une esquisse rapide.

I Quoique le squelette de VOrohippus ressemble plus à celui du cheval qu'à celui de tout autre animal existant, il en différé cependant beaucoup sous un assez grand nombrede rapports. D’abord, le crâne de l’Orohippus est beaucoup plus court que celui du cheval, quoique ses dents soient plus nombreuses : les canines étaient développées dans les deux sexes au lieu de l’être chez le mâle seul, comme pour le cheval moderne; l’orbite n’était pas entouré d’un anneau osseux. Mais la différence la plus frappante consiste en ce que l’Orohippus avait quatre orteils en avant et trois eu arrière, tous atteignant le sol et servant à la locomotion (Vov. le Schéma 4). Parmi eux, le troisième, correspondant au doigt du milieu de la main humaine, était le plus grand et correspondait à l’orteil unique du cheval actuel; d'où il résulte que le pied de cet ancêtre de la race équine, ressemble plus à celui du tapir qu’à celui d’aucun des chevaux actuellement existants. Quatre espèces d’Orohippus ont déjà été décrites ; toutes de l’Eoccne du Wyomiug et de l’Utah.

Tout près de ce type mais séparés, par nous ne savons combien d’âges, se placent les genres Micliippus

et Anchitherium. Le premier a été découvert dans le grand lac miocène du bassin de l’Orégon, tandis que le second vient du bassin de la Rivière Blanche, du môme âge, mais à l’est des Montagnes Rocheuses. Quoique ces animaux ressemblent par beaucoup de cotés à leur ancêtre éocène, ils montrent cependant des différences caractéristiques. Ils sont déjà, tous deux, plus grandsque leur prédécesseur, et tendentà sc rapprocher delà taille du cheval. Ce qui les sépare, tout d'abord, de l’Orohippus, c’est qu’ils n’ont que trois doigts en avant et en arrière, tous atteignant le sol (5). Les orteils extérieurs de chaque pied sont proportionnellement plus petits chez l’Anchithérium que chez les Michippus, d’où nous pouvons inférer qu’il vivait dans une période plus moderne que l’autre sans pour cela être un type spécialisé. Certaines espèces de ce genre sont très-petites, mais, en général, elles atteignent la taille du mouton.

Mais, voici que, pendant la période pliocène, la | plus récente du tertiaire, la famille équine se met à prendre un développement imprévu et que les restes de ses membres tonstituent un des plus abondants fossiles de cette période ! On trouve ces dépôts dans l’Orégon , l’Idaho, la Nevada, le Nouveau Mexique; mais le gisement le plus considérable s’étend à l’est des Montagnes Rocheuses , depuis les collines noires (Blach-IIills) du Uacolah jusqu’au sud du Texas.

C’est là qu’on arencontré tes restes d’Equidés d’espèces nombreuses; depuis le petit Anchippus à trois doigtsjusqu’à Y E quus fralernus, comparativement récent, que l’on ne peut distinguer ostéologiquement de notre cheval moderne. Anchippus, Hipparion, Prolohippus, tels sont les trois genres du miocène. Chez aucun des trois, cependant, les doigts extérieurs ne touchent le sol ; ils ressemblent aux petits ergots du daim et du cerf actuels (2).

Plus haut encore, dans le pliocène, nous rencontrons une forme encore moins développée, le Pliohippus ; celui-ci n’a plus qu’un doigt, c’est-à-dire que son pied ressemble à celui du cheval moderne; or, l’Uipparion et le Pliohippus sont, deux animaux beaucoup plus grands que les précédents, ils égalent l’âne en hauteur.

C’est dans les couches supérieures du pliocène qu’apparaît pour la première fois le cheval, qui, tout eu différant de l’espèce actuelle, n’en est pas moins un vrai cheval. On a déjà décrit plus de vingt espèces de ces chevaux pliocènes ; puis, dans le quaternaire américain, on en a trouvé encore dix espèces

éteintes, la majeure partie dans les Etats-Unis; mais quelques-uns aussi dans l’Amérique centrale et dans l’Amérique du Sud. Toutes ces espèces se rapprochent constamment et régulièrement du cheval de nos jours, jusqu’à ce que nous arrivions à la dernière forme éteinte que nous ne pouvons plus distinguer de nos compagnons actuels.

Tout le monde sait que le pied de notre cheval consiste en un doigt unique et que l’animal marche sur la pointe do ce doigt ; mais un grand nombre de personnes, hormis les naturalistes, ignorent souvent que, au-dessus du fanon, couchés parmi les muscles et recouverts par la peau, se trouvent deux petites aiguilles, formées d’un os en pointe l’une en dedans, l’autre en dehors de la jambe; c’est tout ce qu’il reste des deux doigts externes des Anchithérius (1) !

Ce qu’il y a de plus curieux et ce qui prête aux méditations les plus sérieuses, parce que cela touche aux plus hautes questions de la genèse des êtres,

c’est cet accroissement certain de taille depuis l’époque laplus ancienne jusqu’à nos jours. L’Orohippus de la taille du renard, le Michippus du mouton, le Pléohippus de l’âne, l’Equus fraternus de notre cheval actuel. En second lieu, il faut absolument constater une augmentation de vitesse à mesure que les os des membres se concentrent et se simplifient. Ce changement fut non moins marqué et résulta des modifications successives des membres. Un pied à quatre doigts était bon pour un animal vivant dans les marécages , mais un animal à quatre orteils ne court pas très-vite ; do plus, il ne peut pas se défendre avec ses sabots ; c’est pourquoi l’Orohippus, tout comme les autres genres, a des canines développées chez les deux sexes. C’était un moyen de défense.

A chaque progression, nous pouvons supposer que les animaux, ayant des doigts en plus petit nombre, et par là même étant plus rapides, ont pu plus facilement survivre, que ceux embarrassés d'un plus grand nombre d’orteils. Ils ont pu produire une descendance meilleure et mieux adaptée à la course, jusqu’à ce que le maximum ait été atteint par le cheval moderne. Il faudrait, en troisième lieu, remarquer l’allongement successif à travers les âges de la tête et du cou, et ne pas oublier les modifications du crâne, qui ont suivi une marche analogue. Quel plus profond sujet d’observations et de révélations sur la succession des êtres à la surface du globe !

Schéma de l'anatomie du pie 1 die* les races éteiutes du cheval en Amérique.

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