LE GONIOMÈTRE A RÉFLEXION
M. F. Pisaiii, vient de publier, à la librairie G. Masson, un remarquable Traité de minéralogie '. Nous félicitons l’auteur d’avoir donné une large et importante place à la cristallographie, dont l’élude est généralement négligée en France d’une façon regrettable. Les systèmes cristallins auxquels sont ramenées toutes les formes connues des minéraux, ou des matières salines artificielles obtenues dans le labo ■ ratoire, sont successivement décrits par l’auteur, et les figures géométriques fondamentales, représentées avec les formes qui en dérivent, par des tracés d’une grande piécision. On en jugera par le spécimen que nous plaçons sous les yeux du lecteur, et qui montre le passage du cube à l'octaèdre pyramidé (fig. 2 et 5), et au scalenoèdre (fig. A et 5) dans le second • . 1 1 ]
cas par trois facettes : a , a L y a ^ , dirigées vers ses
arêtes, dans le premier cas par six facettes s, s, s, s, s, s. — M.Pisani, après avoir longuement parlé des propriétés générales des minéraux, passe à la deserip-
Fig. 1. — Goniomètre à réllexion de NVullastou
tion des espèces. Nous ne pouvons ici le suivre dans son œuvre, mais nous lui emprunterons la description du goniomètre à réflexion, instrument trèsusité par les minéralogistes pour mesurer les angles dièdres d’un cristal, et très-utile à tous les amateurs de minéraux.
Le goniomètre à réllexion de Wollaston est représenté par la figure 1. 11 consiste en un cercle A , divisé en degrés et demi-degrés, et muni d’un vernier V donnant la minute. On fait tourner ce cercle au moyen de la grande virole B ; une seconde virole G sert à faire mouvoir l’axe portant la pièce D, indépendamment du cercle. La pièce D est mobile normalement au plan du cercle et porte la platine, sur laquelle on place le cristal; cette platine peut tojrner, s’élever ou s’abaisser, au moyen de la virole E. Eu G et G' sont placées des vis de rappel pour les mouvements de la pièce portant le cristal et las mouvements du cercle A.
Four mesurer un angle au moyen de ce goniomètre, on commence par fixer le cristal, avec de la cire, sur la platine F, dans une position telleque l’arète de l’angle dièdre passe par l’axe du cristal, ce que l’on obtient approximativement par les divers mouvements de la tige FE de la pièce D. On place alors le goniomètre sur une table bien horizon-
Transformai ion du cube en octaèdre pjramidé, par trois facettes dirigées vers les arêtes du cube.
taie, à quatre ou cinq mètres d’une bougie placée sur une tablette fixée au mur, ou bien sur une cheminée, et après avoir déterminé avec un fil à plomb le pied de la perpendiculaire passant par le point lumineux, on a ainsi deux points de mire qui sont dans le.mème
* Traité élémentaire de minéralogie, par M. F. Pisani, précédé d’une préface de M. Des Cloizcaux , de 1 Institut.
1 vol. in-8*, avec 184 figures dans le texte. — Paris, G. Masson. 1875.
Transformation du cube en scalenoèdre, par six facettes dirigées vers les arêtes du cube.
plan vertical. On arrange alors l’instrument de telle manière que le plan du cercle passe par les deux points de mire, ce que l’on obtient en plaçant 1 œil dans ce plan. Avant de faire la mesure, on doit s assurer si l’arête de l’angle dièdre est bien parallèle à l’axe du cercle et passe par son centre. Pourcela, on approche l’œil du cristal, et faisant tourner la virole G, on cherche sur une des faces l’image réfléchie de la flamme; puis, continuant à faire mouvoir le
cristal, on voit si cette image réfléchie coïncide avec | la mire inférieure vue directement. Sicettc coïncidence n’a pas lieu, si le point lumineuxest à droite ou à gauche de celte mire, on l’y ramène au moyen do la virole E qu’on tourne dans unsens ou dans un autre. Quand la coïncidence a lieu pour -cette face, on regarde sur l’autre face eu faisant tourner la virole C, et si les deux images ne coïncident pas non plus, on corrige cet effet au moyen d’un mouvement de la pièce D. Un vérifie alors si la première face est bien ajustée, et quand, par tou s ces tâtonnements, on est arrivé à faire coïncider les deux images sur les deux faces alternativement, il ne reste plus qu’à faire la mesure de l’angle.
On commence par mettre le cercle au zéro, puis au moyen de la virole C, on fait tourner le cristal jusqu’à ce qu’on obtienne la coïncidence des deux mires sur la face qui se trouve du côté do l'observateur. A ce moment l’œil ne doit plus bouger et l’on fait le cercle au moyen de la grande virole B, jusqu’à ce qu’on retrouve la coïncidence sur la seconde face. La quantité dont le cercle a tourne donne le supplément de l’angle dièdre. 11 n’y aura donc plus qu’à retrancher ce nombre de 180" pour avoir l’angle cherché.
Au lieu de prendre comme mire un point lumineux et le pied de sa perpendiculaire sur le plancher, on se sert souvent de deux mires horizontales qui sont l’une le barreau supérieur d’unefenêtre, et l’autre la ligne d’intersection du bas de la fenêtre, avec le parquet. On se place dans ce cas à quelques mètres de la fenêtre, et on dirige le plan du cercle, perpendiculairement à ces deux lignes horizontales.
CHRONIQUE
L’Eucalyptus en Algérie. — Les influences climatériques auxquelles l’Algérie est soumise sont identiques à celles de la Tasmanie, le pays natal de l’Eucalyptus. Aussi cet arbre précieux réussit bien en Algérie. Ses applications à la charpente, aux chemins de fer ne sont pas les seules; l’essence qu’on retire de ses feuilles en proportion bien plus forte que chez les végétaux odoriférants, possède des propriétés stimulantes et fébrifuges, dont on tire déjà parti dans une foule de préparations pharmaceutiques. L’essence de l'Eucalyptus est un des meilleurs dissolvants pour les résines de copal, de camphre, de la gomme Kaurie. M. le docteur Muller a tiré de ses feuilles huit sortes d’huiles neutres de goudron. L’écorce est avantageusement employée au tannage des cuirs, auxquels elle communique une odeur caractéristique et dont elle assure mieux la conservation. Le feuillage qui arrête les rayons du soleil, sans intercepter complètement la lumière, permet de cultiver, comme pour le dattier, le sol qui s’étend a ses pieds. La possibilité d’obtenir des pâtures à demi-ombre et dans un milieu salubre est important en présence de l'accroissement que prend l’industrie de la viande. De plus, l'Eucalyptus résiste aux attaques des sauterelles, et ses fleurs, qui poussent à l'arrière-saison, sont recherchées par les abeilles. Scs propriétés assainissantes sont encore un motif de plus à sa plantation; aussi tous les ans cet arbre précieux couvre-t-il une étendue plus considérable en Algérie.
Vratclle exploration australienne. — On exécute en ce moment en Australie un nouveau et grand voyage d’exploration. Tous les frais de l’expédition doivent être supportés par un riche propriétaire de Soulh-Australia, Thomas Eliler, qui possède des pâturages immenses à lleltan, sur lesquels sont nourris près de six cenls chameaux. Le chef de l’expédition est M. Ern. Giles. Le 1°' décembre dernier, ce voyageur a quitté Port-Adélaïde, pour gagner Port-Encla. De là inclinant au nord, il compte explorer les régions peu connues de cette zone, jusqu’aux moniagnes de Nusgrave et de Tomkinson, et aux pâturages qu’on soupçonne exister en cet endroit.
Le voyageur espère qu’il accomplira cette tâche en trois mois, au bout de ce temps, un autre voyageur australien bien connu, II. John Ross, lui enverra un certain nombre de chameaux, les provisions nécessaires ainsi que tout ce qu’il faudra pour tenter encore une fois de pénétrer vers la côte de l’Australie occidentale, entre les 28° et 31“ de latitude. Ce serait à peu près la même route que John Ross a tâché de frayer il y a huit mois, mais il a dû abandonner l’entreprise. M. Giles aura à traverser environ COI) milles (anglais), en ligne droite, de terres inconnues et que le pied d’un blanc n’a pas encore foulées, avant d’atteindre les établissements de l’australie occidentale.
Le tunnel del’ Etat de IUassaehusset(s. — On prépare en ce moment l’inauguration du tunnel, le plus grand d'Amérique, qui a été percé parle Massachussetts dans les montagnes de la partie ouest del'Etat, près de Nortli Adams pour relier Boston à Albany et aux raihvays de la rég ion des lacs. Ce tunnel a quatre milles trois quarts de long, c’estj à-dire un peu plus de 8,000 mètres. Le tunnel du Mont- | Genis est, comme on le sait, long de 12,200 mètres ; il a donc un tiers de plus que celui qui vient d’être mené à bonne fin par l'Etat de Massachussetts. Treize millions de dollars ont été consacrés aux travaux qui ont duré vingt ans.
L’intérieur du tunnel a vingt-quatre pieds de haut et vingt-six de large. La voûte est revêtue de briques et de ciment sur une étendue de 850 mètres. Ce revêtement était nécessité par la nature friable du sol. Mais cette partie du travail n’est pas encore terminée. On estime que, sur différents points du tunnel, il faudra construire encore mille mèlres de revêtement. Dans les parties où le gneiss domine, la voûte restera sans autre soulien que sa propre cohésion. Le tunnel contiendra deux voies ferrées.
Les infiltrations sont très-considérables. Des conduits pour l’écoulement des eaux ont été construits. Entre la | partie centrale du tunnel et son extrémité ouest, un égout de deux pieds carrés en maçonnerie décharge 400 gallons 1 d’eau par minute. La force de ce courant est assez grande pour faire mouvoir les machines d’une fabrique voisine de l’extrémité du tunnel. Du côté de l’est, l’eau sort par un tuyau d’un pied de diamètre. On avait prévu eetle abondance d’eau, et le tunnel a été construit de manièreà ce que sa partie centrale soit le sommet d’une double pente. L’inclinaison est de 26 pieds par mille dans lu section ouest ; elle est moindre dans la section est.
Le percement de l’isthme de Panama. — L’expédition topographique envoyée par les Etats-Unis du Nord, sous le commandement du capitaine Lull, s’est mise à l’œuvre le 20 janvier dernier pour trouver une route par laquelle passera le canal que l’on se propose de percer à travers l’isthme dans les environs de la ligne du parcours du chemin de Panama. L’expédition est partie d’un point donné de la rivière de Cbagres près du village de Matachin, que l’on trouve parfaitement situé pour y creuser un vaste
réservoir, et procéder^ de là aux éludes du terrain qui se feront d’abord jusqu’au Pacifique. De son côté, l’expédi lion topographique sous les ordres du lieutenant Collins, est partie d’Aspinwall (Colon) à bord du steamer des États- Unis le Canandaigna, le 28 janvier, pour se rendre dans l'Atrato. L’expédition remontera la rivière jusqu’à Nnpipa, dans une chaloupe à vapeur du Canandaigna et elle se mettra de là en route pour procéder au relevé du terrain. Après avoir accompli sa mission, le Canandaigna reviendra à Aspinwall et le capitaine Barrett. qui commande ce navire, commencera le relevé hydrographique de la rivière de Chagres, comme étude préparatoire pour le percement du canal projeté.
Croissance de végétations ü bord du « I.ord Clj'ilr, » navire cuirassé anglais. — Il v a quelque temps, le Lord Chjde étant au bassin à Keyham, dit Y Iron, on s’efforça d’arrêter la croissance des champignons à bord de ce navire. Dans ce but, des trous de visite de différentes grandeurs furent percés dans plusieurs endroits de la coque et abondamment arrosés avec de l’acide phonique. Le Lord Clyde étant sorti du bassin pour rester dans le port, on alluma des brasières dans différentes parties do ce bâtiment ; la température notée était supérieure, en moyenne, à 4'J”. Quelques très-beaux spécimens d# champignons avaient été enlevés et on espérait que les moyens employés en arrêteraient h- croissance. C’est ce qui a eu lieu tant qu’une température élevée a été maintenue ; mais, quelques jours après, les brasières ont été éteintes, et le Lord Clyde a été conduit dans le bassin à flot do Keyham. On doit bientôt percer de nouveaux trous dans la coque pour aérer le bâtiment ; mais, depuis que la température a été ramenée à son degré normal, les champignons apparais sent de nouveau. On peut les voir à travers les trous de visite. La nouvelle couche se distingue facilement de l’ancienne. ( Revue maritime).
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du S avril 1875. — Présidence de JI. FiiÉav.
Études sur la fonte. — M. Boussingault se préoccupe de déterminer la quantité maxima de carbone qui peut s’unir au fer. 11 résulte d’un très-grand nombre d’analyses que cette quantité représente 4 à o pour 100 du métal, de façon que le carbure offre une composition qui se rapproche assez de celle qui satisfait à la formule Fe 5 C. Chose curieuse, la fonte blanche et la fonte grise contiennent la mémo quantité de carbone, dont seule la manière d’être varie. Dans ni l’une ni l’autre lu carbure défini ne parait exister sans décomposition ; mais dans la fonte blanche, la partie de carbone mise en liberté s’est séparée trop vite, pour que scs molécules puissent s’agréger ensemble; dans la fonte grise, où le refroidissement a été beaucoup plus lent, le graphite a pu se réunir en grains discernables, et c’est de là que vient la couleur foncée du métal. On se rend compte de cette différence de structure en examinant un objet de fonte, moulé dans une lingotière. La cassure montre comme une écorce blanche, constituée par la fonte qui s’est refroidie très-vite, et l’intérieur est tout à fait gris. La manière dont le carbone se sépare de la fonte par un refroidissement lent, pouvait faire espérer que, dans des conditions convenables, on réaliserait la préparation artificielle du diamant. 15 kilogr. de fonte blanche, contenus dans un creuset brasqué, furent placés à quatre heures dans un four Siemens. A sept heures, on
ferma, et le refroiuis.-cment fut si lent, que trente-six heures après le creuset était encore rouge sombre. Après cinquante heures, on sortit le inétal du four pour l’examiner; c’était une fonte grise tt grenue, très-malléable, d’où presque tout le carbone avait été éliminé, mais sous la forme de graphite. L'auteur se demande si le composé Fe 5 C existe réellement dans la fonte; beaucoup de raisons le portent à lui attribuer une existence réelle, mais il reconnaît qu’on ne pourra le regarder comme certain que du jour où il aura été isolé : problème bien diflicile à résoudre, vu l’extrême facilité avec laquelle les carbures sont décomposés par les réactifs.
Ce n’est plus du carbone des fontes, c’est de l’hydrogène qu’elles renferment que s’occupent .MM. Troost et Hautefeuille. Ces chimistes reconnaissent que la tonte manganésifère, blanche et à grandes lames, renferme normalement une quantité si grande d'hydrogène pur que le bain, quelle donne par sa fusion, se recouvre d’un gaz enflammé qui la préserve de l’oxydation. Celte fonte, maintenue dans une atmosphère d’hydrogène, donne lieu à un véritable rochage. A son état normal, elle contient jusqu’à 27 volumes d’hydrogène au lieu de 12, qui est le taux des fontes ordinaires ; mais en échange, elle ne contient ni oxyde de carbone, ni acide carbonique, ni azote, gaz qui sont abondants dans celte dernière. Comme le fait remarquer, M. Boussingault, la présence de ces gaz permet d’entrevoir une explication nouvelle du puddlage, opération encore si mystérieuse. C’est aussi l’opinion de JI. Henri Sainte-Claire Deville, qui rattache à la présence de ces mêmes gaz la production des étincelles sur les bains de fonte, et, par extension (la vapeur d’eau remplaçant les gaz proprement dits), les étincelles auxquelles donne lieu le charbon de bois.
Théorie des cyclones. — La théorie proposée par M. Faye pour expliquer les mouvements tournants de l’atmosphère, théorie que nos lecteurs connaissent déjà, a donné lieu à de nombreuses protestations de la part des météorologistes et des marins. M. Faye cherche encore à convaincre ses adversaires. Il assure que l’ancienne manière de comprendre le phénomène tombe devant les faits, que l’ascension de l'air, dans une trombe, ne pourrait jamais donner une résultante horizontale de manière à faire prendre au phénomène le mouvement de translation qu’on lui connaît ; que les régions inférieures et calmes de l’atmosphère ne sauraient engendrer la force motrice que le météore manifeste ; enflu, que les navires pris dans les cyclones n’ont pas à lutter contre une action qui tendrait à les transporter -dans les hautes régions de l'atmosphère; M. Charles Sainte-Claire Deville, résumant plusieurs communications qu’il s’est chargé de présenter, n'accepte pas ces conclusions de M. Faye. Suivant lui et suivant les savants, au nom desquels il parle, les objections faites au mouvement ascensionnel s'appliquent tout aus>i bien au mouvement inverse. De plus, l’observation des cirrus, au moment des cyclones, indiquerait au centre de ces météores une diminution de pression dans les parties hautes de l’air, et par conséquent une aspiration. La question reste donc pendante.
Dentition du mammouth. — Des fouilles, poursuivies pendant 7 mois et demi, avec le concours d’une équipe d’ouvriers, ont mis M. Sirodot en possession d’une nombreuse série de dents d'Elephas primigenius. Elles proviennent de plus de 60 individus, et leur étude a conduit l’auteur à reconnaître de graves erreurs commises par de Blainville et Falconer dans leurs éludes sur le mammouth.
Ascension du « Zénith. » — Nos lecteurs ont, dans le
présent numéro, la relation du voyage aérostatique exécuté la semaine dernière par le Zénith. Nous n'avons donc pas à analyser le mémoire que M. Gaston Tissandier lit à ce sujet devant l’Académie. Disons seulement que les remarquables dessins de 51. Albert Tissandier, exposés sur les murs de la salle, excitent l’intérét général.
Stanislas Meunier.