DE CRISTALLISATION INSTANTANÉE
Nous ne parlerons pas ici d’uue façon générale des cristallisations instantanées, qui sont connues de la majorité de nos lecteurs. On sait que les différents sels solubles, se dissolvent dans l’eau , suivant des proportions variables pour chacun d’eux, et que généralement ils se dissolvent d’autant plus, que l’eau est plus chaude. Quand un certain volume d’eau soumise à l’action de la chaleur est saturée de sel, si on la laisse refroidir, le sel cristallise.
Dans certains cas, si, par exemple, on abandonne la solution à un repos absolu, sans aucune agitation, et qu’on la protège du contact de l’air, elle pourra se refroidir sans que le sel se dépose en cristaux. Cette solution, restée limpide, est dite sursaturée. Le moindre ébranlement, le plus petit choc suffit à déterminer la cristallisation instantanément. Le contact d’un petit cristal du sel en dissolution produit surtout cet effet d’une façon remarquable. Mais, nous le répétons, ces faits sont connus ; les expériences relatives au sulfate de soude, à l’alun, etc., sont décrites dans les traités de chimie, nous n’y insisterons pas. Nous décrirons une expérience peu connue et remarquable qui manifeste d’une façon particulière les cristallisations instantanées. Elle est mise à exécution au Conservatoire des arts et métiers, dans le cours de M. Péligot.
On dissout 150 parties en poids d’hyposulfite de soude dans 15 parties d’eau, on verse lentement la dissolution dans une éprouvette à pied, préalablement chauffée à l’aide d’eau bouillante, de façon.à remplir le vase à moitié environ. On a dissous, d’autre part, 100 parties en poids d’acétate de soude dans 15 parties d’eau bouillante. On verse
lentement cette solution sur la première, de façon à ce quelle forme une couche supérieure et à ce qu’elle ne se mélange pas avec celle-ci. Les deux solutions sont surmontées d’une petite couche d’eau bouillante, que nous ne représentons pas sur notre figure. On laisse refroidir l’éprouvette lentement, et au repos.
Quand le tout est froid, on a deux solutions sursaturées d’hyposulfite de soude et d’acétate de soude superposées.
On descend dans l’éprouvette un fil à l’extrémité duquel est fixé un petit cristal d’hyposulfite de soude; le cristal traverse la solution d’acétate sans !a troubler, mais à peine a-t-il pénétré dans la solution d’hyposulfite inférieure que le sel cristallise instantanément.
(Voy. l’éprouvette à gauche de la figure). Quand l’hyposulfile est pris en masse, on descend dans la solution supérieure un cristal d’acétate de soude suspendu à un autre fil ; ce sel cristallise alors à son tour (Voy. la même éprouvette, à droite de la figure).
Cette expérience, bien réussie, est une des plus remarquables que l’on puisse exécuter sur les cristallisations instantanées.
L’apparition successive des cristaux d’hyposulfite de soude, qui prennent la forme de grands prismes rhomboïdaux, terminés aux deux extrémités par une face oblique, et des cristaux d’acctate de soude, qui offrent l’aspect de pri-mes rhomboïdaux obliques, ne manque pas de frapper l’attention et d’étonner ceux qui ne sont pas initiés à ces sortes d’expérimentations.
Une autre cristallisation instantanée très-remarquable est celle de l’alun. Si l’on abandonne, à un repos absolu, une solution sursaturée de ce sel, elle se refroidit en restant limpide et claire. Quand elle est froide, si on y plonge un petit cristal octaédrique d’alun suspendu à l’extrémité d’un fil, on voit la cristallisation se faire subitement, sur les faces de ce petit cristal; il s’accroît rapidement, grossit à vue d’œil, jusqu’à former un octaèdre qui remplit le vase tout entier.
le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
Cristallisations instantanées d’hyposulfite de soude et d’acélalo de soude.
ConBBlL. Typ. etatér. Crût*
Pi° 98. — 17 AVRIL 1875.