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TAR MM. FRÉMY ET P. -P. DEHÉR AIN

La culture de la betterave acquiert de jour en jour, dans notre pays, une plus grande importance.

* Yoy. dans la Nature, numéro du 12 juillet 1873, notre article intitulé : Les Arts du dessin en France, à l'époque du Renne.

* Une partie des documents qui précèdent nous ont été oblige imrnent fournis par M. Emile Cartailliac.

Les sucreries, d’abord confinées dans la région du nord-est, dans les départements du Nord, du Pas-de- Calais et de l’Aisne, se multiplient et se répandent dans l’Oise, la Somme, l’Eure, Seine-et-Marne, Scine-et-Oise et Seine-Inférieure; il est probable que d’ici à peu d’années elles seront élablies dans tous les départements situés au nord de la Loire, à l'exception peut-être de la Bretagne. Les progrès accornj plis dans la partie mécanique de cette importante industrie ont été remarquables, et s’il reste encore beaucoup à faire, on ne peut nier, en comparant l’outillage actuel à ce qu’il était au début, que d’immenses progrès n’aient été accomplis. Malheureusement, malgré tous les efforts qui ont été faits , déjà, on connaît mal encore les conditions de culture de la betterave les plus avantageuses au développement du sucre. Ou a remarqué cependant que, pen- | riant les premières années que celte culture s’établit dans une contrée, les betteraves sont riches, mais que les rendements à l’hectare sont faibles : peu à ’ peu les choses changent, et après vingt ou trente ans, les rendements augmentent, mais les betteraves s’appauvrissent. A quelle cause attribuer ce changement? l.iebig et après lui, les agronomes allemands avaient cru pouvoir attribuer la diminution de la richesse de la betterave à l’épuisement de la potasse contenue dans le sol arable; on sait, en effet, que la mélasse des sucreries renferme une proportion notable de sels alcalins qui sont extraiis des vinasses, après que la fermentation a transformé le sucre qu’elles renferment en alcool.

I .es expériences de M. Corenwinder dans le nord, celles de notre collaborateur, M. Dehérain, à Grignon, ont fait voir que la potasse ne manquait pas habi- ! tuellement dans le sol, et qu’en l'ajoutant sur les terres destinées à recevoir les betteraves, on n’augmentait ni le rendement, ni la richesse en sucre des racines.

En revanche, le mémoire que MM. Frémy et Dehérain viennent de présentera l'Académie, éclaire cette question importante d’uu jour tout nouveau ; en cultivant la betterave dans des sols stériles qui recevaient des engrais variés, les deux savants chimistes du Muséum sont arrivés à se convaincre que si les engrais azotés sont indispensables à l’alimentation de la betterave, un excès de ces engrais nuit au développement du sucre.

MM. Frémy et Dehérain ont analysé les betteraves venues dans des conditions très-différentes et ils ont reconnu que celles qui étaient pauvres cil sucre renfermaient une quantité notable d’azote, que celles au contraire qui accusaient une richesse saccharine élevée ne renfermaient que des proportions infiniment moindres de matières albuminoïdes ; portant ensuite leurs investigations sur les sols où ces betteraves s’étaient développées, ils reconnur.nt que ceux qui avaient porté les betteraves riches, renfermaient une quantité d’azote combinée infiniment moindre que ceux qui avaient fourni le», racines pauvres en sucre.

De là une conclusion entièrement opposée à celle qu’on avait admise a priori : ce n’est pas parce que les sols qui ont porté les betteraves pendant plusieurs années sont appauvris qu’ils fournissent des racines pauvres en sucre, c’est au contraire parce que, sous l’influence de fumures répétées, ils se sont enrichis outre mesure en matières azotées. 11 est facile de concevoir qu’il en soit ainsi; en effet, le cultivateur qui porte des betteraves à la sucrerie, reçoit en retour, des pulpes qu’il est conduit à faire consommer par le bétail; et comme la nourriture devient plus abondante dans la ferme, à mesure que s’accroît la surface consacrée à la betterave, à mesure aussi l’étable se peuple davantage et le tas de fumier augmente, et par suite les terres reçoivent des fumures plus abondantes.

On sait, en outre, que presque toutes les sucreries achètent les betteraves au poids; or, plus la sole qui porte les racines est fortement fumée et plus le rendement à l’hectare augmente. 11 n’est, pas rare dans les bonnes terres d’obtenir, sous l’influence du fumier de ferme et des engrais commerciaux (guano, nitrate de soude, sulfate d’ammoniaque), des récoltes de 50,000, 00,000 kilos de betteraves à l’hectare ; le cultivateur y trouve son compte, mais les betteraves développées sous l’influence de ces fumures excessives sont très-pauvres en sucre et le fabricant se plaint.

Les intérêts sont, comme on le voit, directement opposés ; si le fermier gagne plus, lorsqu’il donne d’abondantes fumures, parce qu’il obtient un rendement à l’hectare considérable , le fabricant du sucre perd parce qu’il achète des betteraves plus pauvres.

Il est facile de voir que le remède n’est autre qu’un meilleur mode d’achat, dans lequel le fabricant, au lieu de payer uniformément la tonne de betteraves, ne payerait que d’après la richesse saccharine des racines.

La difficulté réside dans une prise d’échantillons faite à la satisfaction des deux parties et dans un mode d’analyse assez rapide et assez facile pour qu’il puisse être contrôlé par le vendeur et par l'acheteur. L’essai des betteraves au saccharimètre est exact et facile; mais pourra-t-on convaincre les cultivateurs que les indications d’une lunette sont rigoureuses et réservent ses droits? c’est douteux. Toutefois la chose a une telle importance qu'il serait utile que les journaux agricoles fissent une campagne dans ce sens.

Le mémoire de MM. Frémy et Dehérain, en montrant clairement comment les intérêts des cultivateurs et des fabricants sont directement opposés, leur fournira un argument solide pour appuyer une réforme d’où dépend la prospérité et, jusqu'à un certain point, l'existence de la sucrerie indigène.

Gaston Tissandifr.

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