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DU TERRAIN HOUILLER I)E SAINT-ÉTIENNE

La Nature a entretenu ses lecteurs, il y a plus d’un an déjà, d'un travail important deM. Grand’Eury sur la Flore carbonifère du bassin houillerde Saint- Étienne *.

L’examen du savant ingénieur n’a pas seulement porté sur la reconstitution des types de végétaux éteints de cette époque reculée; il s’est attaché aux considérations stratigraphiques , qui intéressent directement le mineur.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que la plupart des observations faites par M. Grand’Eury sont la confirmation des présomptions émises par M. Brongniart dans son grand travail sur les végétaux fossiles, quant aux points douteux à élucider à cette époque. Célèbre même avant sa publication, la Flore houillère de Saint-Étienne a déjà fourni des matériaux pour un autre travail d’un attachant intérêt paléontologique.

Une étude comparative d'un terrain d’une formation géologique différente, mais analogue, était en même temps poursuivie par M. Grand’Eury. Le terrain carbonifère de Rive-de-Gier, paraît être le plus ancien des bassins houillcrs d’Europe, à l’exception de celui de la basse Loire. La présence du même terrain signalé à l’attention du savant précité, à Saint-Étienne, par les travaux de M. Grunner, lui fit faire la découverte de gisements de végétaux sili' ifiés, occupant la partie inférieure de ce terrain. Là, par suite de mouvements géologiques rendus plus sensibles par le vallonement de la surface; les strates sont si obliques, qu elles apparaissent sur la tranche dans une longueur considérable, et qu'on peut les explorer à pied sans descendre dans les profondeurs du sol. Les bancs de poudingue qui contiennent ces fragments de plantes sont à 200 et 400 mètres au-dessus de la grande couche correspondant à celle de Rive de-Gier. Ces bancs sont quelquefois d’une épaisseur de 500 à 600 mètres, et sont interposés entre les deux terrains houillers de Saint- Étienne et de Rive-de-Gier ; on en voit souvent des affleurements sur plus d’un kilomètre d’étendue. Ce sont des conglomérats siliceux de cette couche qui, à la cassure, présentent assez l’aspect de nougat noirâtre, pénétré de débris de rameaux et surtout de graines d’une abondance extrême, variant comme taille, d’un pépin de pomme à celle d’un gros œuf de poule.

Il y a longtemps déjà qu’on avait constaté la présence de végétaux silicifiés, et apprécié l’importance de cet état quartzeux, préservant la structure anatomique des plantes fossiles, et assurant mieux la véritable forme qu’aucune autre pétrification Aux envi-

1 Voy. la Nature, 1" année 1873, p. 312.

rons d’Autun, M. Landriot, alors abbé, et plus tard archevêque de Reims, recueillit le premier de ces fossiles, dont plusieurs sont du plus grand intérêt; notamment des fructifications de Lcpidodendron, dans uu état de conservation inouïe.

M. Renault, lauréat de l’Académie, auquel on doit d'intéressantes publications sur les fossiles des environs d’Autun, avait lui-même préparé grand nombre d’échantillons de celte nature par un procédé qui consiste à couper les masses quarlzeuscs en lames assez milices, pour en explorer le contenu à l’aide du microscope. Au moyen d’un disque abord lisse, en tôle ou en zinc, mu à la façon d’une scie circulaire, et dont la partie tranchante trempe continuellement dans une boue d’emeri, ce pal ienL observateur arrive à scier des plaques minces comme l’ongle, puis en les fixant sur une lame de glace, elles sont usées au tour du lapidaire et réduites à des fractions de millimètre. Danscetétat, le microscope révèle des détails de structure saisissants et tout aussi visibles, sinon mieux, que sur la plante vivante.

Ce sont les matériaux communiqués par M. Grand’Eury, qui ont engagé M. Brongniart, avec l’aide de M. Renault, à entreprendre un Mémoire spécial sur les graines fossiles du terrain Rouiller stéphanais. Quoique M. Brongniart n’ait publié qu’une ébauche de l’important travail qu’il prépare sur ce sujet, les résultats sont prévus et signalés par lui *.

Ce qui est surprenant, c’est que toutes ces graines; quelle que soit leur taille ou leur forme, doivent cire rapportées à deux ou trois familles, aux Taxinées, aux Gnetacées, et peut-être aussi aux Cycadces. Déjà M. Brongniart a pu former dix-sept genres comprenant un grand nombre d’espèces. Ces graines ont • des contours divers. Les unes sont lisses, les autres sinueuses ou anfractueuses, ou présentant des côtes saillantes ou des ailes symétriques.

Rien qu’on connût autrefois un certain nombre de fruits ou graines fossiles, ils étaient tous rapportés à deux ou trois types qu’on désignait sous les noms de Cardiocarpus , Rliabdocarpus et Trigonocarpus , dénominations tirées de la forme extérieure de ces organes de reproduction.

Reprenant à nouveau ce qui a été fait, pour le comprendre dans son travail d’ensemble, M. Brongniart classe maintenant les grains fossiles de cet ordre en deux groupes. La section A comprenant les graines comprimées à symétrie binaire, e«t formée par six genres : Cardiocarpus, Rhabdocarpus , Diplotcsta, Sarcotaxus, Leptocaryum et Taxaspermurn. La section B renferme des genres à graines prismatiques ou cylindriques, à testa symétrique, ce sont ; Pachy testa, Trigonocarpus , Tripterospermum, Ptycholesta, Hexapterospermum, Polypterospermum, Eriotesta, Polylophaspermum, Stephanospermam et Ætlieotesta.

L’assimilation de ces graines comparées aux types vivants qui s’en rapprochent le plus, en ce qui con-

* Annales (les sciences naturelles. V* série, t. XX.

cerne les espèces du genre Cardiocarpus, répondrait au Gingko, arbre dix Japon qui croît facilement dans nos jardins. Les espèces de Rhabdocarpus correspondraient aux Torreya, genre composé de trois ou quatre especes japonaises et américaines. Les Diplotesta et Sarcolarus, aux Ceplialotaxus, dont les quelques espèces sont du Japon. Enfin, les Taxospermum et Leptocaryum, au genre If ou Taxus que tout le monde connaît. Quant à la seconde section, on ne peut en rattacher les types avec aucun genre vivant actuellement connu. Cependant, leur structure indique, d’une manière irréfutable, que c'est toujours au même groupe naturel qu’il faut les rapporter.

Ainsi, les genres vivants de la famille des Taxinées, des Gnetacées et des Cycadées, lesquelles seraient le refuge de toutes ces curieuses graines, sont très-restreints, si l’on en excepte le genre Podocarpus. On connaît seulement un petit nombre d’espèces de chacun d’eux, et encore sont-ils disséminés en des points géographiques très-dilïérents.

Quand on songe que, dans uu espace de quelques mètres de roche, une quantité aussi grande de végétaux, ayant tous une étroite parenté, se trouvent réunis, alors que leurs analogues, mais non leurs semblables, errent dispersés sur notre monde actuel, il a fallu qu'une extermination peut-être lente et mesurée, peut-être violente, ruais implacable, s’exerça! sur cet ensemble du règne végétal, qui devait alors former d’importantes forêts. Cela fait penser à la théorie Darwinienne : la lutte pour l’existence.

Et ce qui prouverait que l’anéantissement de certains types est fatalement décidé, dans un avenir que l’esprit humain ne peut déterminer, c’est que les rares représentants vivants des familles de plantes dont nous parlons, ne vivent pas habituellement en société, comme nos arbres forestiers, mais isolément. Enfin, n’étant pas pourvus de moyens de reproduction faciles ou multiples, ils sont attirés invinciblement vers la nécropole où gisent leurs ancêtres. J. Poisson.

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