I.e lieutenant Payer
(D’après des
Le 22 octobre, le soleil nous avait quittés pour la seconde lois. Toutefois, profitant des quelques heures de crépuscule de la semaine suivante, nous entreprîmes quelques excursions jusqu’à 10 milles marins du navire, mais sans pouvoir nous faire une idée de la configuration du pays. Klait-ce un archipel de petites îles comme celle que nous avions devant nous? Etait-ce un continent? El ces espaces blancs que nous apercevions au milieu des cimes, étaient-ce des glaciers? Tout n’était que conjecture.
Nos efforts devaient naturellement tendre à résoudre ces questions. Malheureusement la nuit polaire, qui dans l’intervalle nous avait enveloppés.
Le lieutenant WeyprecM.
graphies.)
nous enlevait toute possibilité d’explorer le pays, et, j jusqu’au printemps de 1874, les vents du nord pou- j vaient nous avoir fait depuis longtemps perdre de vue notre découverte. Cependant la fortune continua à nous favoriser. La nuit polaire, qui cette fois dura cent vingt-cinq jours, se passa sans nous causer les mêmes terreurs que la précédente. Nous n’eûmes pas à souffrir de la pression des glaces, et notre navire resta immobile, toujours enchaîné à sa banquise, en vue de la côte inconnue.
Cette tournure que prirent les choses eut pour l’expédition un succès décisif. Elle ranima jusqu’à un certain point laconfiance, rendit l’existence moins pénible et facilita les observations magnétiques, poursuivies très-consciencieusement, durant tout l’hiver, par MM. AVeyprecht, Brosch et Orel. Ce dernier rétablit en outre, au moyen de toute une série
de déterminations locales, la longitude et la latitude de notre point d’hivernage, qui se trouva être : 59° long. E. et 79° 51' lat. N. Quant aux expériences d’analyse spectrale appliquée aux aurores boréales, dont l’éclat a été très-intense les deux hivers, un appareil que nous avions apporté de Munich s’est montré un peu faible.
Pendant l’hiver de 1873-1874, il est tombé énormément plus de neige que l’hiver précédent. Les vents du nord, très-fréquents, nous valaient toujours des bourrasques qui duraient des journées entières. Lorsque la longue nuit polaire eut atteint son maximum, il devint impossible de distinguer par quoi que ce soit le jour de la nuit : une obscurité absolue nous enveloppa pendant plusieurs semaines. Nous célébrâmes sans encombre la fête de Noël, dans une maison de glace construite sur la banquise. Puis le
froid devint [dus intense et, comme l'année précédente, le mercure resta gelé des semaines durant. Les visites des ours blancs étaient aussi pins fréquentes que dans les autres saisons; ces animaux arrivaient jusqu’à proximité immédiate du navire, de sorte que nous pouvions les abattre en tirant du haut du pont.
Les 67 ours blancs que nous tuâmes nous procurèrent 1,200 livres de viande fraîche, c’est-à-dire le moyen le plus efficace de combattre le scorbut. De plus, les soins de notre médecin, digne représentant de la Hongrie sous tous les rapports, et principale-
ment l’influence bienlaisante du retour du soleil (24 février) préservèrent la plupart de nos malades du danger de longues souffrances. Cela n’empêchait pas que l'épuisement de plusieurs médicaments nous inspirait des craintes sérieuses pour l'état sanitaire de l’expédition si nous étions condamnés à un troisième hivernage.
Cette considération, puis aussi la triste certitude que notre navire flotterait de nouveau tout l’été sur son indissoluble banquise, et enfin la probabilité de plus en plus admissible que le Tegetthoff , soulevé comme il l’était, devrait chavirer à la fonte des neiges.
Glace* flottantos à la Nouvelle-Zombie, (D'a prôs uuu photographie.)
nous amenèrent à prendre la résolution d’abandonner le bâtiment à la fin de mai et de tenter notre retour en Europe au moyen do chaloupes et de traîneaux.
Mais en attendant, nous étions décidés à faire de grandes excursions en traîneaux pour explorer le pays. Le succès de ces courses dépendait naturellement du hasard. Si le navire était emporté avant le retour des voyageurs, ceux-ci étaient perdus, et l'équipage resté à bord se trouvait sensiblement diminué. Mais l’exploration et l'étude générale du pays mystérieux qui s’étendait devant nous étaient si importantes pour l'expédition, que nous résolûmes de tenter l'aventure. -
Nous étions au mois de mars. Le temps était mauvais, le froid très- vif, la chaleur du soleil faible
même à midi, — mais les circonstances nous forçaient de nous hâter. En conséquence, le 10 mars, les Tyroliens Haller et Klotz *, les matelots Catarinich, Lettis, Pospischel, Lukinovitch et moi, nous quittions le navire, accompagnés de trois chiens. Munis d’un grand traîneau, nous parcourons dans la direction du nord-ouest, la côte de la partie occidentale de notre terre inconnue, faisons l’ascension des caps montagneux Tegeltliof et Mac-Clintock (2,500 pieds) et traversons le pittoresque Nordenskjold- Fiord, fermé par une énorme paroi de glace, le bord du glacier Sonklar. Païeu,
Chef de l’expédition du Tegetthoff.
— La suite prochainement. —
1 Ces deux montagards tyroliens avaient été attachés à l'expédition expressément en vue d’ascensions éventuelles.
CHRONIQUE
Congrus international des Aim'-ric.'uiisles A lianey. — Depuis quelques années l’étude de l’histoire primitive de l’Amérique a fait des progrès considérables, et nous entretiendrons prochainement nos lecteurs, des remarquables découvertes qui ont été faites, de monuments antérieurs aux voyages de Christophe Colomb ; ces curieuses études, restées éparpillées, écourtées, véritablement insuffisantes, avaient besoin, pour se discipliner cl se compléter, d’une grande alliance, qui mit en rapports les studieux investigateurs, et amenât entre leurs travaux un rapprochement profitable. Rien d’étonnant, donc, à ce que, pour satisfaire à de si justes tendances, dos savants aient créé le Congres universel des Amèricanisles — large institution, permanente par son cadre, périodique par ses manifestations, — lesquels prendront successivement pour théâtre annuel, quelque ville principale, de l’un ou l'autre hémisphère. La cession inaugurale aura lieu à Nancy, sous la présidence de M. Dumast, l’un de nos orientalistes les plus distingués, véritable ami de la science et du progrès. Nous souhaitons grand succès à celte louable et intéressante institution.
Crue extraordinaire du Nil en 18? 4. — La crue du Nil a été, en 1874, extrêmement inquiétante et a dépassé un niveau qu’elle n’avait jamais atteint de mémoire d’homme. Le 10 octobre dernier, la crue du Nil, de passage au Caire, aurait inondé les villes et les villages si elle n’avait été maintenue par une main de fer. Pour conjurer ce danger, des centaines de mille ouvriers ont été envoyés dans toute la vallée d Egypte pour exhausser les digues du Nil au fur et à mesure que l’eau montait et grâce à l’énergie du Khédive et de son administration, on n'a pas eu à déplorer les accidents qui étaient & craindre... 700,000 ouvriers ont été occupés pendant un long mois à exhausser les digues selon les besoins de la crue, et firent des prodiges sous l’habile direction de Khassim Pacha. Les populations, mues par le sentiment du danger commun, firent les plus grands clforts pour éviter le débordement du fleuve dans les cultures d’été, canne à sucre, coton, sorgho, maïs, etc. Grâce à ces efforts tout a pu être sauvé.
BIBLIOGRAPHIE
Le mètre international définitif, par SI. SV. du Fonvielle, \ vol. in-18, G. Slasson. — Paris, 1875.
Le lecteur trouvera dans ce petit volume, une histoire intéressante des différents systèmes de mesure, depuis les temps anciens jusqu’à l’époque de la création du mèlre français, aujourd'hui adopté par toutes les nations. Il y trouvera encore d’une façon complète des détails intéressants sur la confection des mètres en platine, exécutée au Conservatoire des Arts et Métiers.
Les oiseaux utiles et nuisibles, parM. 11. de la Blanchère, lvol. in-18, 2* édition, avec 150 gravures. — Paris, J, Rothschild, 1875.
Aujourd'hui, que les dévastations causées par les insectes sont si bien mises en évidence aux dépens de nos intérêts agricoles, on ne saurait trop recommander ce charmant ouvrage, qui nous fait connaître nos plus utiles auxiliaires dans cette lutte contre l’insecte, lutte qui ne se terminerait peut-être pas à notre avantage sans ces innombrables alliés du momie aérien.
Les abîmes de la mer, par C. Wyville Thomson, traduit en français par le docteur Lohtkt. 1 vol. grand in-8°, richement illustré de 94 gravures sur bois et de 8 cartes. — Paris, Hachette et C :> , 1875.
Les explorations de M. Thomson sont connues des lecteurs de la Nature, car nous n'avons pas négligé de parler souvent des sondages océaniques du Challenger et des merveilles de l'organisme qui leur sont dus. Les Abimes de lu mer comprenmnt les récits des expéditionsfaitespar le docteur Carpenter, M. J. Jeffreys et le docteur Wyville Thomson à bord des vaisseaux le Porcupine et le Lighting del808à 1 870. Rienn’est plus émouvant que res pêches exécutées par d’ingénieux engins, à plusieurs milliers de mètres au fond des océ ans ; rien n’est plus étrange que ces crustacés aux formes bizarres souvent dépourvus d’yeux, que ces êtres innombrables retirés des profondeurs de la mer ; rien n’est plus propre h nous donner une idée de la puissance delà vie, à la surface de notre planète. Voilà certes un bon livre, qui marque une ère nouvelle dans l’histoire de l’exploration du globe, et qui apparaît comme le prélude de travaux plus importants encore.
Les croiseurs, la guerre de course, par JI. P. D:si.ère, 1 vol. in-8% avec 5 planches. — Paris, Gaulhier- Villars, 1875.
Dans une remarquable et intéressante partie historique, M. l’ingénieur Dislère raconte les campagnes des croiseurs de la marine à voile, sous la République et le premier Empire. Il arrive bientôt à la nouvelle marine américaine, pendant la guerre de sécession, et étudie les terribles croiseurs cuirassés des temps actuels. Ce livre est le complément d’un précédent ouvrage que nous avons annoncé ici même, la Marine cuirassée, et qui avait déjà attiré l’attention de tous les hommes compétents en donnant à son auteur la juste notoriété, que lui ont valu des éludes consciencieuses et des travaux persévérants.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 5 décembre 1874. — Présidence de M. Fhémy.
Le nouveau secrétaire perpétuel. — Lecture est donnée du décret par lequel le président de la république approuve l’élection de M. Bertrand à la place de secrétaire perpétuel devenue vacante par le décès de M.Elie de Beaumont. Sur l’invitation du président, le nouvel élu prend place au bureau, et dans une courte allocution remercie l’Académie de l’honneur dont il est l’objet. « Je sens, dit-il à peu près, toute l’étendue et la gravité des devoirs qui me sont imposés, mais l’Académie peut être assurée que je chercherai avec le zèle Je plus actif à suppléer à tout ce qui me manque pour être digne du souvenir qui s’attache à la situation, qui m’est dévolue. » M. Dumas voulant voir immédiatement son collègue à l’œuvre, lui fait passer les pièces de la correspondance ; celle-ci ne contient guère que des communications relatives aux mathématiques, et le destin veut que les deux premiers mémoires, signalés par M. Bertrand, concernent le mouvement perpétuel. Il signale ensuite un projet, dans lequel tous les passants de la rue seraient condamnés à leur insu aux travaux forcés, puisque sous le simple effet de leur marche, et par suite de dispositions prises sous le sol, de l’air se comprimerait pour s’accumuler dans les réservoirs, où son élasticité serait utilisée. Mais si ce début est peu sérieux, la suite en revanche est tellement abstraite, que l’assistance parait
Zi
n’en pas saisir toute l’importance. Il s’agit en effet successivement d'algèbre, de géométrie et de physique mathématique. Quant aux qualités personnelles de M. Bertrand, comme secrétaire perpétuel, elles sont assez grandes pour qu’un journaliste ne puisse que se féliciter du choix de l’Académie. La voix est claire, distincte, l’exposition est méthodique, et nous avons bâte de voir M. Bertrand analyser les communications d'un intérêt plus général que celles qui l’ont occupé aujourd’hui.
M. le comte Jaubert. — M. Humas annonce la mort de M. le comte Jaubert, homme politique et savant distingué. On sait que, membre de l'Institut au titre des Académiciens libres, et méconlant des droits accordés à cette catégorie d'immortels, il donna sa démission et se sépara du « premier corps savant du monde. » On sait aussi que tout récemment, c’est à sa demande que fut créée au Muséum la chaire de botanique, confiée à M. Bureau.
Distribution d'eau en Egypte. — Il s’agit d’histoire ancienne, et c’est M. Belgrand qui appelle l’attention sur l'absence de tout vestige d’aqueducs proprement dits sur le territoire de l’Egypte. 11 y a fort longtemps qu'on a remarqué, que tous les canaux des Egyptiens, d'ailleurs d’un développement kilométrique immense, sont à ciel ouvert, et l’on s’étonnait de ne rien trouver d’analogue à ces conduits fermés, que les Romains ont construits dans tant de localités. M. Belgrand en trouve la raison naturelle dans la constitution même du sol de l’Egypte, et dans les traits généraux deson hydrologie. En effet, pour qu'un aqueduc soit possible, c’est-à-dire pour que les eaux troubles ne l’envasent pas, il faut, de toute nécessité, que sa pente kilométrique soit au moins de dix centimètres; or, laplanimétrie presque parfaite de la vallée du Nil, et surtout la forme en dos d’âne de sa nappe aquifère souterraine, s’opposent à ce que cette condition soit remplie nulle part.
Géologie du Caucase. — C’est par l’intermédiaire de M . Doublée que M. Ernest Faire, le fils du savant géologue de (îenève, fait parvenir un volumineux travail sur la constitution de la chaîne caucasique. L’auteur a réuni les faits qu’il expose dans deux voyages exécutés en 1868 et 1 871 ; mais il a mis largement à contribution aussi les découvertes de M. Abich. Dans une première partie, il signale successivement les localités qu’il a explorées, et en donne de très-nombreuses coupes. La seconde partie est le résumé et la coordination des observations précédentes. On y voit que la partie centrale de la chaîne qui atteint 5,600 mètres et dépasse par conséquent de beaucoup notre mont Blanc est constituée par des roches granitiques. Des deux parts de cet axe, au nord et au sud, se succèdent avec la plus grande symétrie, de nombreuses roches stratifiées. Ce sont d'abord des schistes à peine fossilifères, et que M. Abich avait regardés comme jurassiques. M. Favre, surtout d'après l’examen d’empreintes de fucoïdes, regarde ces couches comme beaucoup plus anciennes. Quoi qu’il en soit, à leur suite se présentent d’épaisses assises incontestablement jurassiques. Elles sont fortement redressées, portées à une grande hauteur et divisées de la manière la plus nette en deux systèmes superposés. Le système inférieur est remarquable par sa constitution presque exclusivement gréseuse et argileuse. On y rencontre en abondance des combustibles voisins de la houille, formés aux dépens de cycodées, et sur lesquels l'attention des industriels s’est fortement portée dans ces derniers temps On aura une idée delà richesse de ces gisements par ce fait qu’une seule couche de houille présente quatorze mètres d’épaisseur. Les couches de ce système inférieur alternent sur beaucoup de points avec des nappes de roches éruptives.
L’étage jurassique supérieur est principalement calcaire ; dans le nord il dépasse trois mille et quelques cents mètres d altitude, c’est-à-dire la limite des neiges perpétuelles. Le terrain crétacé succède au précédent avec des caractères analogues à ceux qu’il présente dans les Alpes et à sa suite commence le terrain tertiaire. Celui-ci se rapporte dans sa partie inférieure à l’époque nummulitique, et comprend des couches fortement charbonneuses et chargées de débrisde poissons. Dans sa partie supérieure il est d’âge miocène, et remarquable par l’énorme développement du gypse et du sel gemme. Enfin, au terrain quaternaire se rapportent les innombrables vestiges glaciaires sur lesquels M. Favre appelle l’attention : roches polies, surfaces cannelées et striées, anciennes moraines, rien n’y manque. Les énormes protubérances trachyliques du pays, telles que l'Elbrouz, qui est de toutes la plus considérable, datent, d’après l’auteur, d’une époque peu reculée de. la période quaternaire. Stanislas Meunier.
LES GECEOTIENS D’AUSTRALIE
Dans les masures abandonnées du midi de l’Europe l’on voit parfois vers le soir courir avec agilité le long des solives ou des parois verticales des murailles d’étranges et hideux reptiles, objets d’effroi et de dégoût ; le peuple les connaît en Provence sous le nom de tarentes : plutydactyle des murailles est le nom scientifique de ceux de ces reptiles chez lesquels les doigts sont dilatés en massue dans toute leur longueur ; l’espèce dont les doigts ne sont élargis que vers l’extrémité, espèce moins commune d’ailleurs que la précédente avec laquelleelle vit, et dont elle a les mœurs, est désignée par les naturalistes sous le nom d hcmidactyle verrueuleux.
Ces deux espèces sont les seules du groupe dont nous nous occupons qui habitent l’Europe; mais nombreux en sont les représentants dans les parties chaudes du globe : en Arabie, en Egypte, aux Antilles, dans l’Inde, dans quelques-unes des îles de l’Océanie et en Australie, cette terre classique des êtres étranges et des formes archaïques.
Du meme groupe que notre hémidactyle de France est l’hémidactyle varié trouvé en Tasmanie par Péron et Lesueur, découvert à la Nouvelle-Hollande pat Quov etGaimard. Cette espèce a les doigts dilatés à son extrémité en un disque ovale; les pouces sont comme tronqués et élargis ; des lames disposées en chevron garnissent le dessous des doigts ; la queue est ronde ; les parties supérieures du corps sont de couleur fauve ornées de taches et de lignes marron foncé ; le ventre est gris ; l'on remarque deux larges raies sur les flancs.
Avec cette espèce s’en trouve une autre connue sous le nom de phyllodactyle porphyré. Celui-ci se caractérise par ses doigts élargis, à leur extrémité, en un disque échancré, creusé dans la longueur d’un sillon au fond duquel l’ongle peut se rétracter. Le corps est fauve avec des taches brunes irrégulières, peiites et nombreuses ; les flancs sont semés de points blancs.
LA NATültE.
Une troisième espèce a été trouvée par Quoy et 1 Gaimard sur le coté ouest de la Nouvelle-Ilollande, à la baie des chiens marins (phyllodactyle slrophure). De même que le gecko ou lézard de Pandang, d’Amboine, et que le gecko lisse ou des bananiers des Antilles, ce phyllodactyle vit sur les arbres ; l’extrémité de la queue est roulée en dessous comme celle des caméléons et sert à l’animal d’une cinquième patte pour se suspendre aux branches sur lesquelles il grimpe pour y poursuivre sa proie.
Les animaux dont nous venons de parler appartiennent à un groupe, celui des geckos, qui se caractérise nettement par l’aplatissement de la tète et le rétrécissement du cou; la plupart décos animaux ont des doigts élargis sur presque toute leur longueur, aplatis en dessous et garnis de lames régulières s’imbriquant à la façon des tuiles d’un toit. De très-petites dents ser-
ils sont revêtus semble se confondre avec les objets qui les environnent et s’harmonicr avec la teinte des surfaces sur lesquelles ils se tiennent.
Tous les geckos sont d’un aspect hideux ; leur tète large et apla'ie, leurs gros yeux à découvert, leur cou profondément déchiré par les larges fontes des oreilles, la bave épaisse qui s’écoule de leur I bouche lorsqu’on les irrite, la rapidité avec laquelle ils échappent à la main qui veut les saisir, leur immobilité succédant tout à coup à leurs brusques mouvements, leurs habitudes nocturnes, tout cela eu fait pour le vulgaire un objet de répulsion, de répugnance et même de crainte, quoique ces animaux 1 paraissent être absolument inoffensifs. Partout redoutés, souvent liais, ils sont dans l’Inde et en Egypte l’objet d'un tel effroi qu’on les regarde comme impré- , gués du plus subtil poison. Bonlius rapporte que
leur morsure est moi-
rées garnissent le bord des mâchoires. La langue est courte et large, peu protractile, libre à son extrémité, qui est arrondie et à peine écliancrée; ils se distinguent par là des caméléons chez lesquels cet organe, trèslong, se termine en tubercule propre à saisir les insectes, et des varans qui ont la langue profondément bifurquée. Les paupières, très-courtes, se retirent entièrement entre l’oeil et l’orbite; les yeux fort grands et construits pour voir la
telle; bien plus, Ilasselquitz raconte qu’il a vu au Caire trois femmes en grave danger de mort pour avoir mangé d'un fromage sur lequel un gecko avait marché. Les anciens auteurs ont cru que les Javanais se servaient de la salive de ces animaux pour empoisonner leurs armes. Leur urine est regardée par lîontius comme un poison des plus corrosifs, tandis que Lacépède croit que le venin est contenu dans l’humeur qui suinte des pores de la marge de
nuit, ont fait comparer
Gecko d’Australie.
l’anus.
les geckos parmi les sauriens, à ce que sont les chats parmi les mammifères carnassiers ; comme chez ces derniers animaux la pupille jouit d'une excessive mobilité et peut se dilater ou se resserrer à l’extrême.
Les geckotiens sont, en effet, des animaux nocturnes, vivant de larves, de chenilles et d’insectes qu’ils attrapent le plus souvent en se plaçant en embuscade ou eu chassant leur proie jusque dans les cavités obscures où elle cherche à se réfugier. Grâce à leurs pattes, élargies et garnies en dessous de replis qui leur permettent d’adhérer aux surfaces les plus polies et de grimper sur les parois verticales, ils peuvent courir très-rapidement dans toutes les direclions. Leurs ongles crochus, acérés et rétractiles, semblables aux griffes des chats, leur donnent la facilité de grimper aux arbres, où ils ( liassent assez lestement en sautant de branche en
L’on raconte que cerlains geckos répandent une lueur phosphorescente, et que leurs yeux brillent parfois dans l’obscurité comme ceux des chats. Ils font, dit-on, entendre pendant la nuit, surtout à certaines époques de l’année, un bruit particulier que l'on peut com- ■ parer à celui que font les cochers lorsqu’ils exci- I tent leurs chevaux, en faisant vibrer les côtés de I la langue d’une manière sonore et par saccade, tout en respirant l’air brusquement, tandis que la pointe de cet organe est maintenue appliquée en avant du palais. Le mot de Gecko serait l'onomatopée du son que produisent ces animaux, désignés au Cap par le nom de Geit, et à Siam sous celui de Tokaie. Ce son paraît avoir été aus-i traduit chez les Hébreux, et avoir servi à caractériser les geckos ; les commentateurs s’accordent assez généralement, en effet, à voir le gecko dans le mot An a ta du Lé vi tique
branche, ou de s’insinuer dans les moindres fentes i (ohap. xi, V, 50).
E. Sac va ge.
des rochers, dans lesquelles leur corps aplati et
flexible eu tous sens peut pénétrer. Leur couleur Le Propriétaire- Gérant : C. -Tissaniukii.
sombre, le ton presque uniforme de la livrée dont ConDEiL. Typ. et «tôr. Criera.
y 8l. - l'J DÉCEMBRE 4 8 74.