LES INSECTES FOSSILES DE LA FRANCE
Le domaine de la paléontologie s’agrandit tons les jours, et le temps n’est plus où celte science n’était qu’une simple annexe de la géologie ; après s’etre attachés exclusivement .à l’étude des Mollusques, ou plutôt des coquilles qui servent dans beaucoup de cas à caractériser les formations géologiques, les naturalistes ont senti la nécessité de considérer les débris d’autres animaux, qui sont moins fréquents dans les couches scdimeutaircs, mais qui peuvent, en raison même des conditions particulières qui ont présidé à leur conservation, éclairer d’un jour tout nouveau l’histoire de notre globe. Ils ont passé suc-
cessivement en revue les Vertébrés de toutes les classes, les Crustacés et les Rayonnés, dont les restes sont parvenus jusqu’à nous; ils ont recueilli les vestiges des plantes et les ont comparés aux végétaux | de la nature actuelle; et, grâce à leurs travaux, tout ' le monde sait aujourd'hui qu’il y avait autrefois dans ! nos contrées des Eléphants, des Rhinocéros, des Tigres, des Didclphes ressemblant aux Sarigues, des Lémuriens, c’est-à-dire de ces animaux singuliers que l’on regardait naguère encore comme des Singes, et qui sont confinés maintenant dans la grande île de Madagascar; des oiseaux analogues à ceux de l’Afrique australe, des reptiles de la taille de l’Iguane, des poissons voisins de ceux qui vivent encore eu Amérique; tout le monde a entendu dire également
Insecte fossile du dusodyle d’Auvergne ( llibio Edivardsi . Oust.).
insecte losbile d’Aix, en Provence ( Catosonia Ayassizi. Barth. Lap. )
que des Palmiers, des Cycadées et de grandes Fougères croissaient jadis sur notre sol, à côté de plantes plus modestes, à physionomie européenne; mais ce que l’on sait moins généralement, c’est qu’alors comme aujourd’hui les forêts et les prairies él nient peuplées d’insectes de formes variées, et que les feuilles éparses dans les marnes et les calcaires présentent fréquemment des traces de leurs morsures. Il y a fort longtemps cependant que des insectes fossiles ont été signalés dans les formations d’eau douce ; Scheuchzer et Sendelius en ont fait mention dès le commencement du dix-huitième siècle, et feu M. Brullé, dans une thèse soutenue en 1859 devant la Faculté des sciences de Paris, a fait ressortir l’intérêt que présentait l’étude de ces enlomolulies. Toutefois, c’est seulement dans le cours de ces dernières années que des travaux considérables ont été publiés sur cette matière en Allemagne, en Hollande,
en Angleterre, en Amérique, en Suisse et en Italie. Ces travaux sont dus principalement à MM. Germar, Gravenhorst, Charles et Louis von Heyden, Weycnbergh, Brodie, Curtis, Hope, Kirby, Scudder, Pictet et Berendt, Massalongo, et surtout à M. le professeui Oswald Heer, de Zurich. En France, au contraire, c’est à peine si les empreintes d’insectes conservées dans certaines couches de terrains tertiaires avaient attiré l’attention des entomologistes et des géologues ; j’ai donc pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de mettre à prolit les nombreux matériaux recueillis par MM. Lecoq, Tournai, Boyer de Fonscolonibe et de Saporta, et de chercher à l’aire connaître la faunu entomologique de notre pays à l’époque tertiaire, eu suivant la voie si brillamment tracée par M. Heer.
Si l’on admet sans trop de peine que des Coléoptères tels que des Charançons et des Scarabées aient pu résister à l’action du temps, ou comprend moins
3* iDuir. — 1" JimCilte.
facilement, au premier abord, que des êtres aussi délicats que des Papillons, aussi fragiles que des Cousins et des Tipules, aient pu laisser sur la pierre des traces assez nombreuses et assez distinctes pour mériter l’examen des paléontologistes ; mais en considérant les belles collections d’insectes fossiles des terrains tertiaires réunies dans les musées de Marseille, de Lyon et de, Paris, on peut se convaincre que tous les ordres s’y trouvent représentés, que les Diptères sont presque aussi nombreux que les Coléoptères; que les Hémiptères, les Orthoptères et les N'évroptères sont loin de faire défaut, et que les Lépidoptères, tout en étant beaucoup plus rares, offrent néanmoins quelques types extrêmement remarquables. Certaines empreintes de Moucherons sont même dans un état de conservation si parfait qu’en s’aidant du microscope on parvient à distinguer non-seulement les articles des tarses et des antennes et les nervures des ailes, mais jusqu’aux facettes des yeux composés et aux poils qui bordent les anneaux de l’abdomen ! M. Heer a fait connaître également, dans les couches basiques des Schambeles, en Argovie, une faune entomologique variée, dont quelques espèces offrent, circonstance importante à noter, de frappantes analogies avec les formes actuelles ; des Blaltes, des Termites et des Charançons ont été trouvés dans les terrains carbonifères, en Angleterre, en Belgique et en Wcstplialie, et tout récemment des ailes de Névroptères, voisins des Éphémères, ont été signalées par MM. llartt et Scudder dans le terrain dévonien du Nouveau-Brunswick. On voit par là que les insectes remontent à une époque géologique fort reculée, et qu’ils ont affecté de très-bonne heure line grande multiplicité de formes. Toutefois, c’est dans les terrains tertiaires, où prédominent les formations d’eau douce, que se trouvent les gisements d'insectes fossiles les plus riches et les mieux connus tels que Radoboj, Œningcn, Aix en Provence, leslignites du Rhin et l’ambre de Prusse. Ces gisements ont une grande importance au point de vue paléonlologique, et le plus célèbre de tous, Œuingen, a fourni à M. Heer près de 6 ,000 échantillons, formant environ 850 espèces; ils n’occupent cependant, par rapport à la masse des formations lacustres, qu’une étendue extrêmement restreinte, et cela n’a rien d’étounant si l'on songe qu’il a fallu, pour assurer la conservation de ces petits êtres, un concours de circonstances spéciales pai mi lesquelles je dois citer, en première ligne, une consolidation rapide des sédiments. Ces circonstances ne se sont présentées que fort rarement, mais toutes les fois qu’elles ont été réunies, les insectes sont parvenus jusqu’à nous dans un état de fraîcheur qui dépasse souvent celui des mollusques et des rayonnés.
L’examen des insectes fossiles appartenant au terrain dévonien, au terrain carbonifère, au lias, aux calcaires lithographiques de la Bavière, m’entraînerait beaucoup trop loin, et l’espace dont je puis disposer me force à ne considérer que les empreintes provenant des terrains tertiaires ; parmi ces dernières
je laisserai même do côté celles d'Œuingen et de Radoboj, pour lesquelles je renverrai nos lecteurs aux admirables travaux de M. Heer, et entre autres à son livre populaire intitulé : le Monde ancien de la Suisse, et je me contenterai de parler ici des empreintes trouvées dans notre pays, et dont l’étude m’occupe depuis plusieurs aimées. Ces insectes ont été recueillis principalement en Auvergne, au Puyde-Corent, à Gergovia, à Menât et à Saint-Gérand-le- Puy, ou en Provence dans les gypses d'Aix.
Le Puy-de-Corent est une montagne qui s’élève à quelque distance au sud de Clermont, non loin de la station des Martres-de-Veyre ; la masse en est formée par des calcaires marneux avec bancs de gypse intercalés, qui appartiennent à la formation miocène *, et le sommet est couronné de nappes puissantes de basalte. Dans le flanc de la montagne, en face du domaine de Pontary, sont ouvertes des plàtrières, aujourd’hui abandonnées; c’est là que j’ai recueilli, en 1809, des plaques couvertes de valves de Cypris, des débris de Poissons et de nombreuses empreintes de larves de Diptères du genre Stratioiue, bien reconnaissables à leur corps allongé, de coulcui brune, terminé par une sorte de queue, et dont la surface semble chagrinée, ha même ornementation s’observe chez les iarves d’une espèce actuelle, le Stratiome Caméléon ou Mouche armée, qui abondent dans les mares des environs de Paris, et en particulier à Gentilly.Je n’ai pas rencontré dans les calcaires marneux de CorenL d'échantillons de l’insecte adulte qui devait, comme sou congénère de l’époque actuelle, fréquenter en été les fleurs et les plantes aquatiques.
Les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris, que j’ai pu étudier grâce à l’obligeance de M. le prolèsseur Blanchard, celle de feu M. Lecoq et celle de M. Fouilhoux à Clermont-Ferrand, renferment aussi un certain nombre de types provenant de la même localité et appartenant à divers ordres. Ce sont surtout des Diptères, de la tribu des Tipulaircs ilorales et plus particulièrement de la famille des Bibionides, qui doivent être attribués soit au genre Bibion proprement dit, soit à un genre voisin, mais complètement éteint, celui des Protomyia; soit au genre Penlhelria, maintenant aussi pauvre en espèces exotiques qu’en espèces européennes; soit enfin au genre Plecia, dont la plupart des espèces habitent maintenant l’Amérique tropicale. Parmi les Coléoptères, on observe deux petits insectes aquatiques et plusieurs Char ançons assez voisins de ceux qui sont encore répandus dans nos contrées; parmi les Hyménoptères, une sorte d’Anthophore, et parmi les Névroptères quelques larves de Libellules, dont une est de très-petite taille.
Le même gisement renferme des ossements de mammifères et d’oiseaux, des restes de poissons qui ont été récemment étudiés par M. le docluur Sauvage*, et des empreintes de végétaux qui
1 C’est-ù-dirc au groupe moyen des terrains tertiaires.
* Yoy. II.-E. Sauvage, tiolice sur les poissons tertiaires
n'ont pas encore été l’objet d’un travail approfondi.
Au milieu des calcaires marneux, il n’est pas rare de rencontrer quelques lits d’une roclic signalée pour la première fois en Sicile par Dolomieu, et connue sous le nom de dusodyle. C’est une sorte de lignite produit par l’accumulation de débris végétaux et susceptible de se diviser en feuillets aussi minces que du papier. En séparant ces feuillets, on découvre iréquemmcnt des empreintes de poissons (Cobilopsis acutus, P. Gerv.) et d’insectes qui sont presque toujours dans un état remarquable de conservation. Parmi les insectes trouvés dans ces conditions, l’un des plus remarquables est assurément celui que nous figurons aujourd’hui et auquel j’ai donné le nom de lîibio Edvardsi. Les ailes, déployées de chaque côté du corps, sont brunes avec le bord antérieur plus foncé; toutes leurs nervures sont nettement marquées et présentent dans leur disposition les caractères généraux du genre lîibion. La tète, le thorax et les anneaux de l’abdomen sont bruns et légèrement velus, les balanciers, ces petits corps ovalaires qui paraissent tenir chez les Diptères la place des ailes de la deuxième paire, sont visibles à l’œil nu, et les jambes sont armées d’une épine. Cette espèce fossile rappelle à certains égards une espèce actuelle fort répandue, le Bibion des jardins (Bibio hortulanus, Meig.), et n’en diffère guère que par la position des ncrvules transversales et par l’absence du stigma, c’est-à-dire de la tache oculilormequi se voit 311 bord antérieur de l’aile chez beaucoup de Tipulides; elle appartient donc incontestablement à ce groupe de Diptères dont les larves se développent dans la terre humide, et qui parfois au printemps apparaissent en troupes innombrables dans nos jardins et nos promenades
Le Puy-de-Corent n’est pas la seule localité de l’Auvergne où l’on ait découvert des insectes fossiles, et dans les diverses collections qu’il m’a été donné d’examiner, j’en ai vu qui provenaient soit de la côte Ladoux, sur la route de Itiorn, soit de la célèbre colline de Gergovie, située à peu de distance de cette dernière ville. Cette colline, dont le nom évoque le souvenir d’une des pages les plus glorieuses de l’histoire des Gaules, est couronnée par des nappes de basalte au-dessous desquelles s'étendent des calcaires coucrctionnés et des marnes dont les couches régulièrement disposées et colorées en gris, eu bleu ou en verdâtre, semblent correspondre à des époques géologiques sensiblement égales; ou y a trouvé nonseulement des empreintes de feuilles et d’autres débris végétaux, mais encore de rares insectes, parmi lesquels je citerai uu Curculionide. Quant aux calcaires concrétionnés, que l’on connaît aussi sous le nom de calcaires à induses et calcaire à phryganes, et qui se retrouvent beaucoup plus développés du
de l’Auvergne ( Bulletin de la Soc. d’hist. nat. de Toulouse, t. VIII, p. 171).
1 C’est à une espèce du même genre, le Bibio Marci, L., qu'appartenaient les Mouches noires, qui ont tant cttrayé la population parisienne au mois d'avril et de mai 187‘2.
côté de Gannat, d’Aigueperse et de Saint-Gérand-lel’uy, ils peuvent être considérés comme étant en grande partie produits par des larves d’insectes; ils consistent, en effet, en une accumulation vraiment prodigieuse de tubes de Phryganes, agglutinés par un ciment siliceux 1 . Les restes de vertébrés abondent à ce niveau ; et, dans son grand ouvrage sur les oiseaux fossiles de la France, M. le professeur Alphonse Milne-Edwards a décrit un très-grand nombre d’espèces provenant de la localité de Suint-Gérandlc-Puy ; mais les débris d’insectes sont beaucoup plus rares, et l’on n’a signalé jusqu’à ce jour, outre les tubes de Phryganes, dont la constitution semble dénoter deux espèces distinctes, qu’une aile de Névroptere, complètement pétrifiée, et que je suis tenté de rapporter à un Ascalaphc, tandis que M. Mac-Lachlan l’attribue à une Ephémère.
Dans les lignites de Menât qui sont exploités pour la fabrication du tripoli et du noir minéral, j’ai pu, grâce à l'obligeancede M. Voiret, directeur de l’usine recueillir de nombreuses empreintes de feuilles et quelques poissons fossiles qui viennent d'èlre décrits par M. le docteur Sauvage ; mais comme à Gergovie et à Saint-Gérand-le-Puy, les insectes m’ont paru fort rares, et je 11e puis ajouter aux Buprestes signalés par le docteur Oswald Heer qu’un Orthoptère, un Charançon et un petit Lépidoptère nocturne.
Je ne m’étendrai pas davantage sur ces insectes fossiles de l’Auvergne qui sont figurés dans un travail plus étendu, publié dans les Annales des sciences géologiques, et je me bâte d’arriver à la faune entomologique d'Aix en Provence, qui est beaucoup plus riche et plus variée. Cette faune provient principalement des marnes gypsifères que l’on exploite au nord de la ville d’Aix, au lieu dit la montée d’Avignon. Vers le sommet de la colline s’ouvrent des galeries qui traversent une couche de gypse de l ,n , 5 l) d’épaisseur environ. Le plancher est formé par un calcaire dur dans lequel on trouve fréquemment de beaux insectes isolés (principalement des Bibions), des rameaux isolés d’un Cyprès, le Callitris lirons gniarti, et çà et là quelques poissons. Le toit consiste en une marne calcaire grisâtre, à grains trèsfins, qui se débite en une quantité de feuillets successivement minces; c’est entre les feuillets de la zone moyenne que se rencontrent les plus beaux spécimens d’insectes. Il est probable d’ailleurs, comme le fait remarquer M. Ileer, dans sa notice sur Aix 1 que si l'on soumettait cette marne au même traitement que la roche de la couche à insectes d’Œuingen, c’est-à-dire si ou la mettait eu hiver dans l'eau, de manière à l’exposer à la gelée, 011 la verrait se décomposer en feuillets très-délicats et livrer à l’investigation une foule d’insectes qui maintenant restent inaperçus et qui sont complètement perdus pour la
1 Yoy. Planclion, Étude sur les tufs de Montpellier , et Pictet, Monographie des Phryganides.
* Viertcljahrschrifl der tialurf. Gesellschafl. l r * année, l -r fascicule.
LA NàTÜPiË.
science. Les spécimens qui figurentaujourd’hui dans les collections sont tombés par hasard sous les yeux des ouvriers, et l'on ne prend aucune mesure pour se procurer de beaux échantillons comme à Œnitigen. Malgré ces conditions défavorables on a pu recueillir, jusqu’à ce jour, dans cette seule localité, plus de mille individus, appartenant à tous les ordres. Les Coléoptères sont en majorité, et j’en ai décrit ou mentionné 80 espèces dans le travail que j’ai entrepris sur les insectes fossiles des terrains tertiaires de la France; les Diptères viennent immédiatement après, puis les Hyménoptères et les Hémiptères ; 1 les Névroptêres, les Orthoptères et les Lépidoptères i sont beaucoup moins répandus. Parmi les Colcoplè- ' res, les Charançons, qui dominent dans les faunes actuelles de l’Europe et de l’archipel Indien, tiennent aussi le premier rang dans la faune d’Aix, comme I dans celle d’Œningen ; mais dans cette dernière localité les Buprestes et les Elaters acquièrent une im- i portance qu'ils n’atteignent jamais dans la nature actuelle, pas même dans le nouveau monde, où ils sont cependant fort nombreux, tandis qu’à Aix on voit, à la place de ces formes exotiques aux couleurs éclatantes, des Staphylins et des Carabes plus ou moins analogues à ceux qui vivent encore dans nos contrées. Parmi ces Carabes, l’un des plus remarquables est assurément celui qui a été décrit par M. Barthélemy I^apommeraye, l’ancien directeur du musée de Marseille, sous le nom de Carabe d’Agassiz. Comme on peut en juger par la figure qui accompagne cet article, c’est un véritable Calosome, ressemblant par l’ornementation de ses élylres à ces coléoptères carnassiers qui dévorent les chenilles processionnaires.
A côté de ce bel insecte nous pourrions citer des Charançons de grande taille appartenant à un genre confiné maintenant dans le sud de l’Afrique et en Australie; nous pourrions mentionner également, parmi les Diptères, des Bibions, des Protomyes, des Plécies et de petits Mycétopliiles d’une délicatesse surprenante ; parmi les II yménoptères, quelques Fourmis et un grand nombre de Tenthrèdes et de Papivores; parmi les Hémiptères, des Lygées, des Pachymères, des Cydnes et des Harpactors, parmi les Thysanoptères de véritables Thrips, à peine visibles à l’œil nu ; mais nous sommes obligés de nous restreindre, et, ayant à faire un choix, parmi tant de richesses, nous avons pris, pour le faire figurer à côté du Calomnie d’Agassiz, le magnifique Papillon diurne qui
appartientà M. le comte de Saporta, et que M. Boisduvala décrit il y a quelques années sous le nom de Cyllo sepulta, le rapportant à un genre de Lépidoptères confiné maintenant dans l'archipel Indien.
Cette esquisserapidc montre qu’il y avait alors dans nos contrées un mélange de formes exotiques, africaines, indiennes ou américaines et de faunes européennes, mais que celles-ci étaient en immense majorité ; on peut en conclure que le climat de la France était un peu plus chaud qu’aujourd’hui. L’état de conservation dans lequel se trouvent les insectes, permet d’affirmer qu’ils ont été enfouis dans une vase molle immédiatement consolidée, et de supposer conséquemment qu’au commencement de la période tertiaire, il y avait, comme cela s’observe encore dans les pays tropicaux, des pluies périodiques qui faisaient déborder les Ueuves et les lacs et qui couvraient les rivages d’un limon très-fini dans lequel s’incrustaient [tour ainsi dire les petits insectes et les feuilles tombées des arbres voisins. Enfin, en s’aidant des magnifiques études de M. lecointe de Saporta et de Heer sur la végétation de nos contrées pendant la période tertiaire, on peut , jusqu’à un certain point, saisir les relations qui existaient entre les plantes et le monde des insectes, et rapprocher telle ou telle espèce d’insecte du végétal sur lequel elle vivait. Les insectes fossiles peuvent donc, comme nous le disions en commençant, fournir d’utiles renseignements sur le climat et les conditions de vio aux époques antérieures à la nôtre; ils méritent detre recherchés avec le même soin que les mollusques ou que des animaux plus élevés en organisation, et nous ne pouvons mieux terminer cet article qu’en recommandant ces petits êtres à l’attention de nos lecteurs qui, par leur position, se trouvent à même d’explorer les marnes et les calcaires d’eau douce de nos terrains tertiaires. E. Oustalet.