LE PAPIER-CUIR DU JAPON
Tout le inonde connaît aujourd’hui ce curieux papier japonais qui imite d’une façon remarquable le cuir de Cordoue. On a vivement remarqué, à la dernière exposition de Vienne, une collection des plus complètes de ces papiers-cuirs ; mais l’attention des hommes compétents s’est en outre portée sur d’autres objets de toute forme et de toute nature venant du Japon et faits d’un papier analogue au précédent, dont la composition et la fabrication étaient restées jusqu’ici le secret de ce pays. Parmi ces objets, il y avait des mouchoirs, des serviettes, des vêtements, des parures, des parapluies, des lanternes, etc. ; tous ces objets étaient d’une grande force et d’une grande solidité.
Unmembrede la Société des orientalistes, M. Zappe, a récemment fait connaître le procédé au moyen duquel ce papier est produit. La matière employée est l’écorce du Broussonetia papyrifera ou mûrier à papier. C’est de cette même matière que se servent les Polynésiens pour faire certains vêtements et même les màls de leurs bateaux, bien que leur procédé de fabrication soit entièrement différent de celui qu’emploient les Japonais.
La culture de la plante est des plus simples. Des racines, coupées par morceaux de 3 pouces de long, | sont placées en terre à une très-petite profondeur i afin que les pousses puissent percer rapidement. Ces racines poussent des jets qui atteignent 9 pouces de long dans la première année et 27 dans la seconde. | A la fin de la troisième année, la plante a une hauteur d’environ 13 pieds, et si l’on a pris le soin de l'émonder convenablement, elle offre l'aspect d’un vigoureux arbuste. A l’entrée de l’hiver, on enlève les branches et on les coupe en morceaux de 2 pouces de long; puis on les fait bouillir jusqu’à ce que l’écorce s’enlève facilement à la main. On fait ensuite
sécher cette écorce à l’air pendant deux ou trois jours, et on la plonge pendant vingt-quatre heures dans un courant d’eau fraîche; après quoi, on sépare, à l'aide de cardes spéciales, les deux espèces de libres qui la composent.
Les fibres extérieures sont de couleur s imbre et sont appelées sara kawa; elles servent à faire du papier de qualité inférieure. Les filaments intérieurs connus sous le nom de sosori, avec lesquels on fait le papier fin, sont roulés en balles pesant 33 livres chacune. On lave de nouveau ces balles dans l'eau courante dans laquelle on les laisse encore tremper pendant un certain temps, plus court cependant que la première fois, puis on les fait sécher ; on les met à bouillir ensuite dans une lessive faite de cendres de farine de sarrazin, en ayant soin que le contenu des vases soit toujours en mouvement.
Un autre lavage à l’eau enlève les dernières impuretés et les fibres sont alors broyées dans des pilons de bois dur pendant une vingtaine de minutes. Elles sont après cela réunies pour la seconde fois en balles, et enfin transformées en pulpe. Une fois la pulpe obtenue, on y mélange une petite quantité d’un liquide extrait de la racine de YHebiocus maniliot et d’eau de riz pour la préserver des attaques des insectes. Le traitement de la pulpe est identique à celui de la fabrication du papier ordinaire.
Le papier-cuir est obtenu par la superposition de plusieurs feuilles de la matière décrite ci-dessus préalablement trempées dans une huile extraite du yonoko (Cellis will denowiana) , soumises à une forte pression et recouvertes d'uu enduit appelé Shellae. Les vêtements sont faits d’nne variété de papier désigné sous le nom de Shefu, qui est étirée en fils plus ou moins fins, selon la qualité du tissu I que l’on veut obtenir. Ces fils sont tordus entre les | doigts mouillés de lait de chaux et sont ensuite tissés seuls ou mélangés avec de la soie. Le papier crêpe est obtenu en mouillant les leuilles et en les pressant sous des rouleaux à rainures