TRAVERSÉE DE LA MANCHE A LA NAGE
l'AR LE CAPITAINE BOYTON.
Nous avons donné la description complète de ce nouvel appareil, dont le capitaine Boyton vient de se servir avec tant de succès pour traverser la Manche à la nage*. Nous croyons devoir reproduire les détails de cette tentative curieuse :
Le capitaine Boyton, revêtu de son appareil, à neuf heures vingt minutes était en rade de Boulogne à bord du vapeur qui lui servait d’escorte. A neuf heures du soir, le capitaine Boyton se trouvait à cinq milles du cap Gris-Ney, où, malgré tous ses efforts, il se trouvait entraîné par la violence des courants qui, dans ces parages, atteignent une vitesse considérable au moment des grandes marées. La mer était en ce moment très-houleuse; une obscurité profonde enveloppait les terres ; le pilote envoyé au -devant du capitaine par la Société humaine de Boulogne a exigé, de concert avec toutes les personnes qui se trouvaient à bord du steamer, qu’il montât à bord.
1 Cette carte doit être reliée à la fin du présent volume.
* Yoy. n° 82, du 26 décembre 1874, p. 49.
La nuit ne permettait plus de le distinguer sur l’eau.
11 eût été impossible d’aller rapidement à son secours et de lui prodiguer les soins qu’aurait pu réclamer son état.
A neuf heures trente minutes, le capitaine Boyton mettait pied à terre avec son appareil et était reçu sur les quais de Boulogne par M. Lonquéty, président de la Société humaine, entouré de ses collègues, le lieutenant de vaisseau Bagiot, inspecteur de la Société centrale de sauvetage des naufragés, les capi- j taines Merriden, Harcher, le capitaine du port, le commissaire de la marine. Une foule immense a salué ce jeune et énergique marin. Une voiture l’attendait au bout de Tcstaoade et l’a conduit dans l’hôtel de la Société humaine où tout était préparé pour le recevoir.
Aussitôt débarrassé de son appareil, Boyton a pris un bain ; dans la même salle on l’a enveloppé de couvertures chaudes et mis dans un lit bien chauffé; après une demi-heure de repos, il a pu prendre quelque nourriture. Deux médecins de Boulogne veillaient auprès de lui. Il faut dire, du reste, que Boyton ne se plaignait nullement de la fatigue, et que, ce n’est que sur les instances réitérées du pilote et des médecins, qu’il a consenti à monter à bord du steamer.
Voici, du reste, comment s’est accomplie la traversée :
Le ‘2 avril, Boyton était venu à Boulogne ; il s’était concerté avec M. Lonquéty; il avait fixé l’heure du départ de Douvres. Dans la nuit du 8 au 9, le pilote Méquin, de Boulogne, avait été envoyé près de lui afin de lui donner tous les renseignements nécessaires pour traverser la Manche et lui permettre ainsi de profiter de la direction des courants.
Le pilote fit fixer le départ à trois heures du matin de Douvres, à cause de l’heure de la marée; 25 milles séparent le port de Douvres de celui de Boulogne, mais en réalité Boyton a dû en parcourir de 35 à 40; plus forts que lui, les courants ont naturellement influencé la direction de sa route. Le flot l’a d’abord porté dans l’est; puis le jusant l’a fait redescendre dans le sud-ouest; la marée du soir l’a fait remonter dans le nord-est ; il est impossible de prévoir le temps qu’aurait mis Boyton à parcourir les 5 ou 6 milles qui le distançaient de la terre.
En quittant Douvres, l’intrépide capitaine trouva d’abord la mer belle, une brise assez fraîche de terre; il déploya la voile qu’il porte aux pieds et put faire bonne route pendant la matinée; mais vers midi, le calme se fit, le capitaine avait perdu l’abri des hautes falaises de l’Angleterre ; il se trouvait au milieu du détroit; la mer était creuse et dans le creux des lames, la voile était abritée ; elle battait avec force, gênait les mouvements du capitaine. Boyton ramassa la voile et prit sa pagaie pour continuer sa roule. 11 lui fut impossible de prendre la moindre nourriture; il but quatre ou cinq grogs, fuma avec plaisir une dizaine de cigares ; par son travers se tenait le vapeur d'escorte, ayant à bord
plusieurs journalistes et trois médecins, se relevant tour à tour et ne le perdant pas de vue un seul instant.
Boulogne était dans la plus grande anxiété; la première nouvelle du capitaine y parvint à une heure par le vapeur faisant le courrier de Folkestone; oh avait vu d’aboi d le capitaine fumant son cigare et pagayant; il était en ce moment à 12 milles de Boulogne, à une heure cinquante-cinq minutes; il était à 10 milles.
Toutes les chaloupes du port étaient au large, cherchant le steamer anglais au milieu des bancs de brume qui s’épaississait de plus en plus. A quatre heures, les vents sont toujours au nord sur la côte ; de France, mais très-faibles; à cinq heures, une chai loupe arrive; elle affirme avoir vu le capitaine qui a remis sa voile, à laquelle il a joint l’impulsion de sa pagaie .
A sept heures trente minutes parviennent les derniers renseignements ; Boyton est à six milles au nord du cap Griz-Nez, selon toute probabilité il va prendre terre à Wissant; la foule se porte sur la côte où , sont déjà échelonnées toutes les brigades des douanés. Mais le courant augmente et les forces du capitaine s’affaiblissent ; il est à la mer depuis quinze | heures; c’est alors que le pilote français et les An- I glais exigent que Boyton monte à bord et a lie à Bou- | logne où tout 'était prêt pour le recevoir,