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LES EAUX DE ROME

(Suite et fin — Vty. p. 2SÛ et SU )

Après avoir décrit les aqueducs et indiqué le mode de distribution dans la ville, il nous reste à parler des canalisations proprement dites.

Les Domains n’employaient les siphons que dans 1 les petites canalisations. Ils n’ont pas appliqué ce moyeu économique de franchir les vallées, parce , qu’ils ne connaissaient pas les tuyaux de fonte et que les tuyaux de plomb étaient d’une fabrication trop défectueuse. Les joints des tuyaux manquaient de solidité, surtout dans les coudes, où le peu de rigidité du plomb et la poussée au vide produisaient de fréquents déboîtements.

La multiplicité des hautes et dispendieuses arcades en a été la conséquence. Une remarque importante : les ingénieurs reviennent peu à peu de nos jours au système romain, en ce qui concerne l’alimentation des grandes villes ; ils vont chercher au loin des eaux à l’abri de tout soupçon, et les dérivent par l’action de la pesanteur. En France, la plupart des villes sont alimentées par des aqueducs. Hors dû France, New-York, Boston, Lisbonne, Madrid, Edimbourg, Glascow, etc., ont adopté ce mode d’alimentation.

Ce système des Romains s’est maintenu pendant toute la durée du moycn-àge, et dans les temps modernes, jusqu’à ces dernières années. Il existe même encore de nos jours dans quelques villes, notamment à Rome, et en France, à Clermont-Ferrand, etc.

Les conduites dedistribntiuii étaient en plomb on en poterie, par conséquent leur diamè! rc était limité et en général assez petit. Le mode de distribution aujourd'hui admis à Londres el à Paris n’c tait donc pas praticable à Rome. L’eau ne pouvait être conduite dans de grands réservoirs placés aux points culminants des villes el distribués par une canalisation simple, commençant au réservoir par un petit nombre des conduites maîtresses de très -gros diamètre, se subdivi.-ant à chaque carrefour en ramifications secondaires portant l’eau dans toutes les rues.

Le volume d’eau à distribuer étant énorme, et les conduites de distribution étant petites, il fallait nécessairement mulLiplier le nombre des cuvettes de

distribution et pro'onger les aqueducs jusqu’à ces cuvettes.

Les conduites manquaient de solidité et leur mode d’assemblage était défectueux, elles ne pouvaient, dans la distribution, être soumises à de grandes pressions, comme dans les canalisations modernes.

Pour que les conduites de plomb soient solides, il tant non-seulement que leurs parois aient une épa sseur suffisante, mais il faut que leur section soit circulaire. Lorsqu’ils ne sont pas étirés d’une seule pièce , comme les tuyaux modernes , lorsqu’ils sont formés d’une lame de plomb roulée, il faut que les bords juxtaposés de la lame soient solidement soudés. Enfin, il est nécessaire, lorsqu’ils sont n> place, qu’ils soient bien reliés par un nœud de soudure.

Les tujaux romains n’étaicut pas circulaires, ils étaient pirilormes (fig. 1), et ils étaient reliés cuire eux sans solidité. Leur longueur était de 10 pieds

Fig. 1. — Tuyaux piriformes romanis.

(12 ,n ,971); ils étaient formés de plomb en table roulé en forme de poire; ils prenaient leur dénomination de la largeur de la table de plomb, ainsi qu’on le voit dans le tableau ci-dessous:

En tloi’ls

romains.

Eu mètres.

En kilogrammes.

Centenaire. .

l.sfifi

Octogénaire. .

Dcnaire . . .

Quinaire . . .

La jonction des lèvres de la lame était faite par divers procédés. Au musée de Lyon, on possède un fragment du tuyau de siphon qui passait sur le pont aqueduc du mont Pila qui remonte au temps de Claude. Ce tuyau a la forme indiquée (fig. 2), la petite rainure A est encore remplie d’un mastic qui formait le joint. Pour donner de la solidité, ou avait noyé les 9 tuyaux formant le siphon dans un massif de maçonnerie qui empêchait le joint de s’ouvrir sous l’action de l’eau.

A Pompéi, les nombreux tuyaux qu’on trouve à peu près dens toutes les maisons sont soudés longitudinalement.

Les Romains avaient la recette de lu soudure, ils

appelaient tertiaire l’alliage formé de deux parties tic plomb noir et d’une partie de plomb blanc. Souscetle dernière dénomination, ils confondaient Yélain avec le plomb argentifère. M. Belgrand a constaté ce fait en analysant la soudure d’un tuyau de plomb trouvé à Paris, rue Gay-Lussac, parM. Yacqucr, dans des constructions romaines remontant au moins au deuxième siècle (fig. 3). 11 n’y a pas trouvé d’étain. Cette recherche a conduit l’auteur à expliquer la forme particulière du tuyau romain. On sait que la soudure formée de 2 parties de plomb et d’une partie d’étain entre en fusion à une température plus basse que le plomb, de sorte qu’avec un fer médiocrement chaud on l’étend sur les deux lèvres de plomb à réunir: elle y adhère fortement et les relie; c’est ce qu’on appelle un nœud de soudure, et lorsque ce nœud est bien fait, il est aussi solide que le reste du tuyau ; mais sous ce nœud la séparation des deux lames ou des bouts de tuyau existe toujours, et il doit en être ainsi puisque le plomb ne fond pas.

Mais si la soudure ne contient pas d’étain, on ne peut le fondre sans fondre le tuyau lui-même; dans le tuyau de la rue Gay-Lussac, les deux lèvres de la lame sont réunies comme si le tuyau avait clé coulé d’une seule pièce. M. Belgrand a réussi à sou-

der un tuyau formé d’une lame de plomb avec du | plomb pur, en lui donnant la section piriforme et en coulant le plomb très-chaud sur les deux bords A de la lame faisant saillie à l'extérieur (fig. 4).

L’adhérence a été complète, la solution de continuitéadisparu. Le tuyau s’est arrondi à la pression de 8 atmosphères et a supporté une pression de 18 atmosphères sans se déchirer à la commissure A des lèvres (fig- 5).

M. Relgrand a trouvé, au contraire, qu’en partantde la forme circulaire, l’adhérence du nœud de soudure au-dessus de la commissure A était très-imparfaite (lig. 6). Au contraire, en employant la vraie soudure,

oïl fait tous les jours des tuyaux ronds, même de trèsgros diamètre, avec du plomb en table.

Soit donc que l’alliage tertiaire des Romains fût toujours composé de plomb, soit qu’il y eût souvent fraude dms la composition, on était conduit à adopter la section piriforme pour arriver à faire avec certitude la soudure longitudinale du tuyau.

Les mêmes faits ont été observés en Italie. M. Darcel a rapporté la description suivante: « La fabrication consistait à rouler sur un mandrin le plomb en feuille suivant la forme voulue; les deux lèvres étaient appliquées l’une contre l’aulre ; on faisait de chaque côté une rigole en terre aa (lig. 7) et on cou-

lait du plomb pour faire la jonction b. On voit souvent du plomb qui s’est échappé en c entre les deux lèvres. » C’est ainsi que M. Relgrand a opéré avant d’avoir connu cette description.

Nous terminerons cette étude en indiquant briève ■ ment ce qui a trait à l’entretien des aqueducs.

La réparation des conduits souterrains offrit pendant longtemps beaucoup de difficultés provenant, non de la nature des travaux en eux-mêmes, mais de la situation des aqueducs, auxquels ou ne pouvait arriver, à cause des difficultés suscitées par les particuliers dont ils traversaient les champs. Le Sénat fut obligé de venir au secours des entrepreneurs et rendit le sénatus-consulte suivant : « Les consuls Q. Elius Tubiron et Paulus Maximus, ayant présenté un rapport au Sénat sur les réparations à faire aux canaux, conduits souterrains et voûtes des aqueducs des eaux Julia, Marcia, Appia, Tepula et Anio,

ont demandé au Sénat ce qu’il lui plairait d’ordonner à ce sujet; sur quoi il a été arrêté : que les réparations des canaux, conduits souterrains et voûtes qu’Auguste César a promis de faire à sesfrais seraient exécutés, que tout ce qui pourrait être tiré des champs des particuliers, comme la terre, la glaise, la pierre, la brique, le sable, les bois et autres matériaux nécessaires, après avoir été estimés par des arbitres, seraient cédés, enlevés, pris et transportés sans que personne s’y puisse opposer; que pour le transport de ces matériaux et la facilité des réparations, on pratiquerait toutes les fois que le besoin l’exigerait, les chemins ou sentiers nécessaires au travers des champs des particuliers, en les indemnisant. »

Des mesures analogues furent prescrites pour rétablir les chemins le long des canaux ; un isolement normal de 4 mètres de largeur réduit û 1 métré

dans l’intérieur de la ville éta t prescrit, il n'était permis de construire des monuments ou des édifices, de planter des arbres qu’aux distances susmentionnées. 11 est intéressant de retrouver dans ces divers extraits l’origine des pratiques actuelles en matière d’exécution de travaux publics.

Ch. Boxtemps.

CHRONIQUE

L’aqunriiini de Londres. — Londres va posséder un immense aquarium qui s’élève en ce moment sous les ordres de JIM. Lucas, entrepreneurs, sur les terrains vagues compris entre la Petite-France à l’est, et Üld-Gate house à l’ouest, en face de Westminster. Le bâtiment, auquel sera joint un jardin d’hiver et d’été, sera construit dans le style classique, en brique de l’orthnd, avec une voûte en verre comme celle du Palais de Cristal. 11 atteindra à la hauteur d’un second étage et contiendra dans ses subslruclions un grand bassin central d’eau fraîche d’une capacité de G00,00() gallons. Cctle eau sera soumise à un mouvement constant ; elle circulera par une série de petits bassins, sous l’action d’une machine à vapeur ne se reposant ni jour ni nuit. On espère, grâce à l’incessante action de ce mécanisme , que l’eau salée — qui sera apportée à Westminster dans do petits bassins par le railway ou au moyen de barques — se conservera dans son état de fraîcheur dix années durant, ne fût-elle pas renouvelée par des additions fréquentes. On a pour garant de ce résultat l'état de l'aquarium de Hambourg, dont l’eau est restée saine après un laps de douze ou treize ans. Au rez-de-chaussée, un large vpstibule, conduisant à la promenade, contiendra une série de réservoirs pour les poissons, les zoophytes, etc. Sur la promenade sn dresseront des groupes de statues autour de deux fontaines monumentales. On accédera au premier étage par des galeries où seront installés des buffets. Au côté nord, on ménagera un espace suffisant pour admettre mille musiciens. Non loin du principal corps de bâtiment s’élèveront des salles pour les concerts privés, pour les réunions artistiques, scientifiques, littéraires, pour une bibliothèque ouverte aux souscripteurs. Là, enfin, se déroulera une galerie de peinture pour la formation de laquelle nous tenons do bonne source que des offres de trésors d’art se sont spontanément produites. Il n’y a donc pas lieu de douter que l’aquarium de Westminster ne devienne une merveille digne de Londres. La pose de la première pierre sera l’occasion d’une fête, à la fin du présent mois ou dans les premiers jours de juin.

Les nouveaux castors du jardin «l'Acclimatation. — Un couple de castors, pris récemment aux environs d’Avignon, vient d’arriver au Jardin d’ Acclimatation, où il a pris place dans le parc qu’habitaient, l’an dernier, les castors sociaux du Canada. Tout le monde connaît les merveilleux travaux des castors. Ou a donné aux nouveaux locataires les matériaux nécessaires pour exécuter une digue, et ils se sont déjà mis à l’œuvre pour faire dériver les eaux de leur bassin. Il y a huit ans, deux castors avaient déjà donné au Jardin d’ Acclimatation ce curieux spectacle. Le castor, autrefois très-commun dans l’Europe septentrionale, a presque complètement disparu chez nous. Ou ne le trouve plus guère que sur le Rhône et ses affluents, et encore y est-il très-rare Autrefois, les

castors pullulaient sur la Seine, et la petite rivière de Ilièvrc leur a emprunté son nom, car Bièvre est svnonvmc de castor. Les dégâts occasionnés par ces animaux, leur fourrure si recherchée, leur poche de castoreuin, leur chair, qui est très-estimée, leur ont fait faire une guerre très-acharnée, qui hâte chaque jour la destruction du castor, devenu rare aujourd’hui, même en Amérique.

Chronique «le l’industrie. — Les chemins de fer du monde. — Nous empruntons au Journal des chemins de fer de Constantinople le tableau suivant, qui donne la longueur et le prix d’établissement des chemins de fer dans le monde entier :

Europe

il .261 .950.000

Amérique

Asie

Afrique

Australie et îles in-

diennes

Ce qui fait ressortir le

prix général

moyen du kilomètre

à 500,000 Ir. environ;

mais ce prix

a été excessivement

variable suivant les pays.

, et dans un même pays suivant les

difficultés présentées par

le tracé.

On peut, toutefois, considérer les chiffres suivants comme

donnant une indication générale des conditions d’élablisse-

ment dans les différents

pays du monde:

En Europe, prix du kilomètre,

. 422.000 fr.

F.n Amérique

En Asie

En Afrique

En Australie

Les sequoias delà Californie. — On croyait que les séquoias de la Sierra, cm grands arbres de la Californie, sont confinés dans uu petit nombre de bosquets isolés et de peu d’étendue. On a découvert, l’été dernier, que ces séquoias forment dans le comté de Fresno non pas un bosquet, mais une forêt qui s’étenl du nord-ouest au sud-ouest, sur une étendue de 70 milles, avec une largeur, par endroits de 10 milles, interrompus seulement par de profonds cours d’eau qui traversent la forêt. Plusieurs personnes ont suivi celte ligne de forêt depuis le bassin de la rivière Tule, sous le 5G' degré 20 min. latitude, jusqu’au bassin du San Joaquin, en traversant les bassins du Rings et du Kaweah. L’élévation audessus du niveau delà mer n’a pas été mesurée exactement, mais on suppose qu’elle varie de 4,000 à 6,000 pieds. A la différence des bosquets qui se rencontrent plus au nord, celte forêt se compose principalement et, dans certains endroits exclusivement, de grands arbres; il y en a une multitude de tout âge et de toute grosseur. Les plus grands qui aient été mesurés ont 40 pieds de diamètre. Une souche carbonisée, dont l’arbre a disparu, mesure 41 pieds. Un arbre de 24 pieds de diamètre, à 4 pieds au-dessus du sol, a exactement la même épaisseur à 60 pieds plus haut. Un tronc d’arbre renversé, creux, présente une ouverture telle qu’on y peut faire passer un cheval et une voiture, sur une longueur de 72 pieds, comme dans un tunnel. Le bois de ces arbres présente les mêmes caractères, en général, que les séquoias de la côte ou bois rouge commun ; il se divise aisément et est de .beaucoup supérieur, quand il est employé, au chêne pour résister à l’air et à la moisissure. Le séquoia de la Sierra ne pousse pas de branches le long de son tronc comme fait le bois rouge,

et par celle raison il est plus facile à exploiter. De nombreuses scieries vont s’établir le long de cette forêt, dit Y Alla deSan Francisco , et les cours d’eau amèneront le bois do charpente aux consommateurs.

Vitesse d'un train de chemin de fer. — La plus grande vitesse possible dans les trains de chemin de fer vient d’clrc atteinte sur la ligne de Jersey h Trenton, dans l'Etat de New-Jersey de l’Amérique du Nord. La distance de 92 kilomètres qui sépare ces deux villes a été franchie en 59 minutes par le train des journaux, dit News papers train. La vitesse a dépassé 93 kilomètres à l’heure ; il n’y a eu qu’un arrêt d’une minute à Newack et un ralentissement à New-Brunswick. En partant de cette dernière station, le train a marché pendant trois minutes à raison de 137 kilomètres à l’heure. (Scientific American).

BIBLIOGRAPHIE

Abrégé dns éléments de géologie, par sir Ciiari.es Lïell, traduit par M. Jules Gineslou. — 1 vol. in— 1 8 avec 614 gravures sur bois et un tableau inédit des fossiles anglais. — Paris, Garnier frères, 1875.

On ne saurait trop féliciter M. Gincstou, l’honorable et laborieux bibliothécaire de la Société d’encouragement, de nous donner la traduction française du traité si remarquable de Lvell que la science vient de perdre. Cet ouvrage est certainement un des plus concis, des plus instructifs et des plus clairs, que l’on puisse recommander à tous ceux qui veulent étudier et connaître l’histoire de la terre.

Les conflits de la science et de la religion, par J.-W. Draper, professeur à l'université de New-York. — 1 vol. de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Gerrner-Baillière, 1875.

« Tout ce que je me suis proposé, dit l’auteur de cet ouvrage, c’est d’exposer d’une façon impartiale et claire les vues et les actes des deux partis en présence. Je me suis, en un sens, identifié avec eux afin de me pénétrer mieux de leurs raisons ; mais en un sens plus large, je suis resté étranger au débat, afin do ne pas compromettre mon impartialité. J’espère donc que ceux qui seraient portés à critiquer ce livre voudront bien se souvenir que je ne suis pas l'avocat, mais simplement le rapporteur des opinions. Dans chaque chapitre, j’ai suivi l’ordre suivant : d’abord, l’opinion orthodoxe; ensuite l’opinion contraire. »

Le lendemain de la mort, ou la vie future selon la science, par Louis Figuier. — Nouvelle édition. Paris, Hachette et C‘% 1875.

On ne nous accusera pas de sévérité 5 l’égard de M. Figuier. Nous avons toujours fait ici l’éloge de ses livres de vulgarisation scientifique, qui répandent partout le goût du travail, les bienfaits de l’instruction. Le présent volume u’est pas une œuvre de science ; c’est un mélange d’idées métaphysiques, plus ou moins singulières ou ingénieuses, que l’imagination peut accepter, mais que rejettera toujours la raison tant qu’elle prendra pour guide les règles de la logique et de la méthode.

Les moyens d' attaque et de défense chez les insectes, parle docteur Càndkze. membre de l’Académie royale do Belgique. — 1 broch. in-8", Bruxelles, 1874.

ACADEMIE DES SCIENCES

Scaiice du 26 avril 18“îi. — Présidence de M. Frémy.

Nous n’avons pas k analyser ici le mémoire lu par M. Gaston Tissandicr, relativement à l’ascension désormais historique du Zénith. Nos lecteurs ont eu, dans le dernier numéro, cette relation in extenso. Mais il nous sera permis de dire que la lecture en a été accueillie avec uno profonde émotion par un public sympathique et exceptionnellement nombreux. Disons aussi que la catastrophe du Zénith a inspiré k un très-grand nombre de personnes des communications plus ou moins ingénieuses et plus ou moins intéressantes. Mentionnons une lettre de M. Paye, dans laquelle on regrettera sans doute de ne pas trouver l’expression de sentiments vraiment scientifiques, puisque l’auteur, justement préoccupé des dangers offerts par les hautes régions, propose, sans chercher les moyens de conjurer le péril, de fixer une limite supérieure au-dessus de laquelle l’Académie devrait formuler une « interdiction morale » de s'élever. M. Paye assure que si l’on connaissait les lois météorologiques concernant l’air des 7 ou 8 kilomètres inférieurs de l'atinosphcre, l’étude du reste serait sans aucune importance ; il n’admet pas que dans cet ordre de recherches, l’imprévu, qui joue un si grand rôle dans toutes les branches de la science, puisse se rencontrer ; mais nous pensons que les interdictions ne sauraient empêcher le besoin de connaître, qui est le propre de l'homme et que, soit k l’aide de scaphandres particuliers ou par tout autre moyen, de hardis aéronaules iront porter nos moyens d’investigation aussi haut que les procédés d’ascension pourront leur permettre de s’élever.

Astronomie planétaire. — M. Joseph Vinot, le directeur du Journal du Ciel, signale dans le dernier Annuaire du bureau des longitudes, de nombreuses erreurs, la plupart typographiques, dans les heures de lever et de coucher des planètes. Ces erreurs, qui vont de 3 minutes k 2 heures s'expliquent d'ailleurs, cette année, où l 'Annuaire a été rédigé par M. Mathieu, épuisé de fatigue et de vieillesse A propos de M. Vinot, nous signalerons le Cours d'astronomie populaire, que ce laborieux vulgarisateur fait paraître par livraisons. C’est le résumé des leçons faites le dimanche dans le grand amphithéâtre de l'École de médecine, et nous ne saurions trop en recommander la lectu re et l’élude, comme celle d'un ouvrage remarquable à la fois par la nouveauté de la forme et la précision du fonds.

Le phylloxéra. — Il y a bien longtemps que nous n’avons parlé du phylloxéra. Une carte dressée par M. Duclaux, représentant les régions envahies en 1874, nous y ramène aujourd’hui. On y voit que le parasite ne s’est pas avancé du côté de Toulouse ni dans le Var, mais qu’il a remonté vers Lyon. Toutefois, suivant l'auteur, la taché d’infection observée ù Villers-Marccaux n’était pas due k la propagation régulière de l’insecte, mais k l’apport dans cette localité de pie Js do vigne contaminés. C’est-à-dire qu’il ce serait passé là la même chose qu’il Schaifouse et à Vrégnv, près de Genève. De son côté, M. Marès assure qu’un mélange convenable d’engrais et de sullo-carbonate alcalin, détruit partiellement le parasite, de façon k permettre à la vigne do produire du raisin comme si elle était saine. M. Dumas saisit l’occasion pour faire remarquer que partout où les sulfo-carbonales ont été essayés, ils ont donné des résultats satisfaisants; et il est d'autant plus intéressant d’y insister que nous sommes précisément

:u momcnl du réveil du phylloxéra, c'est-à-dire à l’époque même où l’application des insecticides est le plus efficace. Or, d'après le secrétaire perpétuel, la quantité de sels alcalins à employer dans un vignoble (pie l’on veut reconstituer est, pour un hectare, de 50 à 60 francs par an. Aubout de Iroisans, durée nécessaire pour que la vigne entre en plein rapport, il y aura donc 2U0 francs de frais, ce qui ne modifie pas sensiblement les dépenses de culture. On peut croire d’ailleurs que l’année qui commence fournira enfin des notions décisives quant à la valeur des agente anti-phylloxériques employés jusqu’ici.

M. Schroller. — Les sciences viennent de faire une grande perte dans la personne deM. Schroller, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Vienne, qui a il lustré son nom par la découverte du phosphore, rouge, c’est-à-dire du premier cas d’allotropie qui ait été connu. On sait que rien ne ressemble moins au phosphore ordinaire que le phosphore rouge, et il fallait être doué de la plus grande perspicacité pour reconnaître l’identité de ces deux substances. On sait aussi que c’est à cette même découverte que la notion si fructueuse du polymorphisme doit naissance. Stanislas Meunier.

Séance du 5 mai 1875.

Flore nouvelle. — Il résulte d’un journal de Kartboum, adressé par le ministre de l’Instruction publique, quel’ilc de Kerguélen renferme une faune et une flore absolument nouvelles. Les plantes surtout sont de nature à offrir aux observateurs d’amples moissons de faits intéressants ; l'une d’elles, par exemple, parait n’appartenir à aucune famille connue. Il est bien à désirer que le Muséum rétablisse des relations dans ce pays et obtienne des échantil- j Ions pour scs collections ; aussi, la communication est-elle renvoyée à l’examen de M. Chevreul.

Tonnerre en boule artificiel. — Un ingénieur physicien, auquel l’électricité a déjà fourni un bon nombre de découvertes, M. Gaston Planté, vient de réaliser l’expérience suivante : l’électrode positive d'une pile à forte tension est plongée dans un liquide à une petite distance de la paroi du vase qui le renferme. Dès que le courant pas*e, un globule lumineux se détache de l’électrode, arrive sur la paroi et se transforme en un sillon lumineux, qui va rejoindre l’électrode négative, au contact de laquelle se développe une explosion avec une pelite flamme. Las mêmes phénomènes se reproduisent d’instants en instants pendant plusieurs minutes, et les globules, animés d’un mouvement giratoire, semblent offrir une image très-réduite des phénomènes de la foudre globulaire, dont l’origine est restée inconnue jusqu’ici.

Prix Poncelet. — On a déjà eu à diverses reprises l’occasion d'admirer les sentiments de piété dont madame Poncelet entoure la mémoire de son illustre mari. Déjà, elle a fondé le prix Poncelet, décerné tous les ans aux auteurs d’inventions mécaniques importantes ; aujourd’hui elle offre la somme nécessaire pour que les lauréats de ce prix reçoivent un exemplaire des œuvres complètes du général Poncelet. La donatrice a prévu le cas où les ouvrages en question viendraient à être épuisés, et la somme offerte est suffisante pour faire face à perpétuité aux frais nécessités par de nouvelles éditions.

L'ébullioscope. — C’rst un appareil inventé par M. Jfaligand, et destiné à titrer les vins d’après la température de leur ébullition. Il repose sur ce fait que les vins ordinaires bouillent exactement à la même température que de l’eau, aussi riche qu’eux en alcool. Les matières accessoires se répartissent en deux groupes : les unes abaissent le point d’ébullition, tandis que les autres, comme la crème de tartre, l’élèvent ; mais la compensation qu’elles se font mutuellement éprouver est parfaite, et on peut les négliger. Pour les vins -liqueurs, il n’en est pas de même, et l’observation directe du point d’ébullition donnerait des résultats erronés; heureusement, il suffit de les couper d’eau en quantité convenable pour les faire rentrer dans la règle. M. Thénard lit, au sujet de l’ébullioscope un rapport très-favorable.

Parallaxe du soleil. — Le directeur de l’Observatoire de Breslau, M. Gall a proposé dès 1872 de mesurer la parallaxe du soleil à l'aide des observations des petites planètes au moment de leur opposition, c’est-à-dire lorsqu’elles passent derrière le soleil. Les avantages de ce procédé sont nombreux. Les principaux sont, d’une part, la fréquence des passages en question, et d'autre part, la fa- ! cilité qu’on éprouve de comparer les astéroïdes, ou leur j voisinage. Celte dernière condition procure une trèsgrande précision. La discussion de nombreuses observations faites sur tous les points du globe, amène aujourd’hui M. Gall à donner à la parallaxe cherchée la valeur S"87,3 qui se trouve être identique à celle donnée par M. Cornu, d’après ses expériences sur la vitesse de la lumière.

Petites planètes. — Un observatoire privé a été récemment fondé sur les bords de l’Adriatique par M. Palisi. Cet astronome annonce la découverte de la 145" petite planète qu’il désigne sous le nom d’Adria et dont il a calculé les éléments.

Le 19 mai 1874, M. Perrolin signalait à l’Observatoire j de Toulouse une nouvelle planète, qui fut baptisée Tolosa. Il en détermina l’orbite et en donna les éphémérides qui permettront d’observer l'astre nouveau en novembre 1875. M. Perrotin est tombé ces jours-ci sur une planète qu’il crut, et qu’il devait croire nouvelle; sa position différait en effet de toutes celles attribuées, à ce moment-là, aux autres astéroïdes. Toutefois, on vient de reconnaître que cette planète était déjà cataloguée sous le nom de Lydie ; mais que les éphémérides de celle-ci étaient entachées d’erreur ; en les calculant de nouveau on corrigea de un degré et demi la position assignée, qui coïncida alors avec celle occupée parla planète prétendue nouvelle. Comme l’a fait remarquer M. Lcverricr, la méprise n’a rien que de i très-honorable et no doit pas décourager le jeune astroj nome qui a déjà donné plusieurs preuves de son zèle.

Météorite. — Un savant américain annonce que le 12 ! février 1875, une pluie de météorites fut observée dans le I comté de Toxva (États-Unis). Plus de 100 kilogr. de fragments ont été recueillis, et l’on doit croire qu’il en est tombé bien davantage, car le pays est tout à fait désert, et les chercheurs d’échantillons y sont par conséquent fort rares. L’auteur ajoute qu’il adresse au muséum d’histoire naturelle, une pierre de 4 kilog. 600 grammes, complètement enveloppée de sa croûte. Stanislas Meunier.

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxmeii.

ConuKiL. Typ. et stér. Crut*.

la faible force nécessaire pour faire tourner un bal- LE B\LL0N BICOLORE lou sphérique sur lui-même, l’emploi de cette hé-

lice manœuvrée à la main serait très-suffisant.

Crocé-Spiuelli, quelques mois avant d’exécuter Mais de cette possibilité de faire tourner le ballon l’ascension fatale qui devait lui coûter la vie, a pro- sur lui- même, j’ai tiré une application, que je crois

posé à la Société française de navigation aérienne pratique, pour faire monter ou descendre à volonté

l’emploi d’une petite hélice à axe horizontal manœu- le ballon. Chacun sait combien est active sur un

vrée à la main, placée au bout d’une perche et per- aérostat l’action des rayons du soleil ; on sait, do

mettant à un aéronaule de faire tourner le ballon plus, que celte action varie considérablement d'iuteu-

sur lui-même ou de le faire rester immobile en ré- site suivant que l’étoffe est blanche, noire ou d’une sistant à une rotation provenant de causes étrange- couleur différente.

rcs à sa volonté. Supposons donc que nous divisions un ballon en

Tous les membres de la Société ont pensé que vu deux hémisphères séparés par deux méridiens oppo-

Le ballon bicolore de M. Jobert.

scs et non pür l'équateur, c’est-à-dire que la ligne de séparation passe par la soupape supérieure et par l’appendice; supposons que l’un de ces hémisphères soit blanc et l’autre noir comme l’indique notre gravure. Nous savons que l’hémisphère noir absorbera les rayons solaires bien plus que l’hémisphère blanc.

Si donc, par l’action de notre petite hélice, nous présentons au soleil l’hémisphère noir, les rayons seront facilement absorLés, le gaz s’échauffant se dilatera et le ballon montera. Si à ce moment, nous présentons au soleil l’hémisphère blanc, l’absorption des rayons solaires sera bien moins considérable; le côté noir radiera, perdra de la chaleur cl le ballon descendra. Si, au contraire, on présente au soleil moitié du côté blanc et moitié du

côté noir, le ballon restera immobile. Telle est la manœuvre très-simple que je propose, et je suis convaincu qu’elle peut être d'un emploi fort avantageux dans les observations météorologiques.

C’est surtout avec les montgolfières que l’emploi d’une enveloppe mi-partie blanche et noire doit donner des résultats intéressants. M. Sivel a raconté que M. Wells étant parti en montgolfière, de Rome, par un temps très-chaud, put rester plusieurs heures en l’air sans alimenter le feu. Le soleil dardant sur son aérostat avait suffi pour entretenir la chaleur de l'air intérieur. Ce procédé des montgolfières à chaleur entretenue en partie par le soleil donnera de bien beaux résultats dans les pays chauds, s’il devient possible de régler et de modérer l’action so-

3* innée, — 4* r stmeslR,

lairc. C’est ce but que peut remplir l’enveloppe mipartie blanche et noire, puisque l’aéronaute qui monte la montgolfière a la faculté de présenter à volonté au soleil une surface qui absorbe ou réfléchit ses rayons. M. Jules Verne, dans son joli roman intitulé Cinrj semaines en ballon , raconte les aventures fictives d’aéronautes traversant le centre de l'Afrique par la voie des airs. Il me semble que cette belle fiction peut devenir une réalité au moyen d’une grande montgolfière mi-partie blanche et noire dont la chaleur fournie par une forte lampe à pétrole serait considérablement accrue par l’action du soleil des Tropiques. Jobiîkt.

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