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SCIENCES PHYSIQUES

M. Violle, professeur de physique à la Faculté des sciences de Grenoble, et membre de la Société de statistique de l’Isère, fait connaître à la réunion un appareil, qu’il a imaginé pour déterminer la température moyenne du soleil. Il évalue celle-ci à environ deux mille degrés, et ses expériences ont été faites dans un grand nombre de localités différentes, notamment sur les sommets d'un grand nombre de pics des Alpes.

M. Nodot, de Dijon, a présenté plusieurs instruments d’optique; ainsi un microscope polarisant offrant d’ingénieuses dispositions nouvelles, et un appareil destiné à démontrer avec projection les phénomènes de la réfraction conique, en remplaçant le cristal d’arragonite, ordinairement employé, par un cristal de bichromate de potasse ou d’acide tartrique. L’expérience, faite le 2 avril à la Société de physique par l’habile préparateur de la Faculté de Dijon, a mis en évidence pour les spectateurs la polarisation variable des différentes génératrices du cône de rayons réfractés. M. Nodot, dans la même séance, a produit des spectres à bandes d’interférence, en plaçant une lame cristalline entre deux rhomboèdres de spath d’Islande de même épaisseur, et disposés de manière à ne donner qu’une image réfractée.

M. Abria, doyen de la Faculté des sciences de Bordeaux, a cherché à vérifier par expérience une conséquence de la construction classique d’Huyghens, déduite de la théorie des ondulations, et qui dorme les directions des rayons réfléchis et réfractés à la surface de séparation de deux milieux monoréfringents ou biréfringents. Un rayon lumineux venant du vide, et tombant sur la surface d’un prisme biréfringent, se divise généralement en deux rayons, et ceux-ci éprouvant la réflexion totale sur la seconde face donnent naissance chacun à deux autres rayons, de sorte que la lumière sc divise définitivement à l’émergence en quatre faisceaux. On peut, par le calcul, déterminer les angles de chaque rayon avec la face d’émergence, et, par suite, ceux qu’ils forment entre eux. Si l’observation donne les mêmes angles, on a un contrôle de la loi de la réflexion totale résultant de la construction, et par suite de la théorie. M. Abria a obtenu des valeurs observées assez voisines do celles de la théorie, ce qui est suffisant dans ces mesures délicates ; il a opéré plus de cin-

quante mesures sur deux prismes, l’un de quartz, l’autre de spath d’Islande, taillés d'une manière quelconque.

M. Terquem, professeur de physique à la Faculté des sciences de Lille, a perfectionné la vieille expérience des cours dite du perce-verre, de manière à obtenir des effets surprenants par leur intensité. Il faut avoir une source électrique de force suffisante et surtout réaliser un excellent isolement pour les deux tiges de métal, reliées aux pôles opposés de la source, et entre les pointes terminales desquelles doit passer l’étincelle perforante de l’électricité de tension. Deux manchons cylindriques verticaux en verre sont places l’un au-dessus de l’autre, leurs bases placées l’une contre l’autre et fermées par d’épaisses plaques de cristal, offrant vis-à-vis l’une de l’autre deux trous coniques, par lesquels liassent les pointes également coniques di's liges de métal conductrices de l’électricité, (les tiges occupent les axes des manchons, et sont entourées d'arcanson (mélange de cire et de résine) sur une grande longueur. Entre les deux plaques parallèles des verres de fond, on glisse la lame de verre à percer, huilée à sa surface. Ccl appareil a percé : 1° avec une machine de Holtz à deux plateaux des lames de glace de 15 millimètres d’épaisseur, et, en déplaçant légèrement la laine, on la troue en différents endroits ; 2° avec une bobine d’induction des lames de 50 millimètres et des tubes pleins; les étincelles obtenues avaient 32 centimètres de longueur.

H. Terquem a exposé ensuite les résultats de recherches, qu’il poursuit avec M. fioussinesq, sur la théorie des battements obtenus entre deux sons qui ne sont pas de même intensité. Le nombre des battements est indépendant du rapport des amplitudes de vibration des sons principaux, mais il se produit en même temps un son de hauteur variable avec la valeur de ce rapport. On sait que la sensation optique se fait toujours par un seul oeil, comme par les deux à la fois, en raison du demi-entrecroisement des nerfs optiques dans le chiasina cérébral; un fuit physiologique inattendu a fait voir, au contraire, dans les expériences que nous indiquons, que la perception par les deux oreilles s'opère d’une manière indépendante; on n’entend aucun battement si on reçoit séparément sur chaque oreille deux sons voisins, capables de donner des battements énergiques dans la condition ordinaire de leur audition simultanée par les deux oreilles.

Les lames de callodion ont reçu de nouvelles et savantes applications entre les mains de M. Gripon, professeur de physique à la Faculté des sciences de Rennes. Si on verse sur une lame de verre bien nette une couche de collodion (un peu plus épaisse que celle dont se servent les photographes), on peut séparer du verre, après dessiccation, une lame de collodion, transparente, très-mince, facile à coller sur de petites plaques de zinc, de façon à former un cadre. Cette membrane, à surface polie, réfléchit la lumière à la façon du verre, et la polarise, soit par réflexion, soit par réfraction. L’angle de polarisation maximum est de 33" 33' compté à partir de la surface, ou 56° 25' avec la normale, ce qui permet de déduire, d’après la loi de Brewter n = 1,51 08 pour indice de réfraction du collodion, un peu plus petit que celui du crowuglass. L’épaisseur de la membrane de collodion a été trouvée inférieure à 0“”,01, en la calculant d’après l’indice précédent, et le déplacement des franges d’interférence. Ces lames de collodion seront très-utiles pour les expériences délicates de chaleur rayonnante, car leur faible épaisseur laisse passer une forte proportion de la chaleur incidente, même si la source est obscure. En les a~ semblant parallèlement les unes aux autres, on peut eu former des piles

polarisantes, soit pour la lumière, soit pour la chaleur. Elles sont, dans ce dernier cas, bien supérieures par leur grande transparence pour la chaleur, et surtout pour la chaleur obscure, aux piles de lames de mica employées ordinairement à cet effet. M. Gripon a trouvé, avec une pile de neuf de ces lames, que la chaleur polarisée comprend les 0,6 à 0,7 du faisceau transmis.

M. Filhol, directeur de l’Ecole de médecine de Toulouse, entretient la réunion de ses recherches sur la chlorophylle ou matière verte des feuilles des végétaux, objet des beaux travaux de Kl. Frémy. Le fait le plus saillant qu’il a mis en lumière est que les propriétés physiques sont bien dissemblables entre la chlorophylle, extraite des plantes Monocotylédones, et celles des Dicotylédones, nouveau fait qui montre combien est naturelle la distinction ■ de ces deux embranchements végétaux. Dans une autre communication, il cherche à établir la présence du monosulfure de sodium dans les eaux thermales des Pyrénées.

M. le docteur Garrigou a étudié les causes d’usure et d'explosion des chaudières de machines à vapeur. 11 regarde cette usure, si importante pour les résultats désastreux qui en peuvent provenir, comme due à la formation d’un couple de pile électrique, produit par le contact du fer des parois et des tubes eu cuivre, couple dont l’action attaque le fer aux dépens du cuivre.

M. Raoull, professeur de chimie à la Société des sciences de Grenoble, et membre de la Société de statistique de l’Isère, a trouvé dans l’air des quantités notables de phosphore, et expose les méthodes chimiques qui lui permettent d’énoncer ce curieux résultat.

11. Jacqucmin, membre de la Société des sciences du Nancy, a étudié la nitro-benzine aux points de vue analytique et toxicologique. 11 ajoute deux nouveaux modes de transformation de la nitro-benzine en aniline à ceux qu’on connaissait déjîl, et qui lui paraissent susceptibles d’applications industrielles. Il rappelle l’essence employée par les fraudeurs, soit pour falsifier l’essence d’amandes amères, soit pour préparer les liqueurs de faux kirch, et il fait connaître les moyens pratiques de constater ces tromperies.

M. Lissajous, si connu de tous pour ses remarquables méthodes de l’élude optique des vibrations lumineuses, et tout récemment nommé recteur de l’Académie de Chain- | bérv, a fait voir que les occupations administratives n'arrcteront jamais chez lui l’élude des applications de la science. Il a présenté à la réunion, très-vivement intéressée, le rehef de la partie de la Savoie avoisinant le lac d'Annecy, relief exécuté par les maîtres-adjoints et les élèves de l’école normale primaire d’Albertville. Le procédé de construction est très-simple et propre à réaliser d’excellentes études de géographie dans toutes nos écoles normales. On couvre une carte de l’état-major d’un réseau quadrillé, et on enfonce à tous les points portant descotes d’altitude des pointes de fer coupées à des hauteurs proportionnelles à ces cotes. De la terre à modeler comble ensuite l’intervalle des pointes, et on la fait affleurer avec continuité à leurs ni veaux. On prend ensuite, en plâtre, la contre-empreinte de la terre glaise, et enlin on tire en plâtre autant d'épreuves que l’on veut de ce moule.

Nous terminerons ce compte-rendu sommaire en indiquant de fort intéressantes communications de raétéggologie.

M. Isidore Pierre, doyen delà faculté des sciences et président delà Société d’agriculture de Caen, a exposé des documents statistiques, sous forme graphique, sur les gelées tardives d’avril et de mai, depuis 1787 jusqu’à 1851, c’est-à-dire pendant une période de 67 ans. Les courbes

permettent de relever aisément les maxima dans, la fréquence des gelées. Un maximum prononcé se présente du 18 au 25 avril, et d’autres maxima moins notables dans la première quinzaine de mai. Pendant 64 années consécutives la gelée n’a pas été une seule fois assez forte pour avoir un effet funeste sensible sur les récoltes les 22, 23 et 24 mai

M.Raulin, delafacultédessciencesde Bordeaux, a examiné la répartition des pluies à la surface de la chaîne des Alpes. Les sommités de la chaîne sont soumises au régime septentrional des pluies d’été de l’Allemagne du nord, et le régime à pluies d’automne est celui de la pente méridionale. Du pied de la chaîne jusqu’aux rives du Pô existe le régime à pluies de printemps et d’automne, et c’est à partir de ce fleuve que règne, dans les plaines de la Lombardie et de la Vénétie, le régime méridional des étés secs.

La communication qui a été écoutée à la séance générale, avec le plus de faveur, en raison de l’incident que nous allons mentionner, est celle faite par M. Tarrissan, de. la Société Ramond, de Bagnères de Bigorre. Cette société a établi un observatoire météorologique à la station Plantade (altitude 2,3G6 m ), à environ 500 mètres du sommet du Pic du Midi. On y a obtenu, en 1874, les principaux résultats suivants : 1” les variations horaires du baromèlro et aussi celles d’une saison à l’autre, paraissent suivre les mêmes lois qu’au grand Saint-Bernard, qui est dans les Alpes à peu près à la incme altitude; 2 e la température moyenne est, à égale altitude, plus élevée de 3“ dans les Pyrénées que dans les Alpes ; or, dans les Alpes, le niveau des neiges perpétuelles étant à 2,700 mètres, doit se trouver reporté à 3,000 dans les Pyrénées, eeque confirme l’observation directe; 3“ la température baisse en moyenne de 1“ par 185 mètres d’augmentation d’altitude dans les Pyrénées, ce qui est à très-peu près le nombre déjà trouvé dans les Alpes (185 m.).

M. le général de Nansouty, avec deux personnes dévouées, avait résolu dépasser tout l’hiver à l’Observatoire de Plantade. Mais la fenêtre de l’habitation ayant été brisée dans la nuit du 11 décembre par un bloc de glace, que le vent détacha d'un pic voisin, la température descendit à — 18% et le séjour devint impossible. A la vive émotion de l’assemblée, qui le salue de ses chaleureux applaudissements, M. de Nansouty, présent à la séance, raconte la terrible descente du pic, qu’il effectua en seize heures avec scs deux compagnons, le 14 décembre, obligé véritablement de nager dans la neige, et, grâce à la parfaite connaissance des localités qu’avait le général, s’arrêtant deux fois à quelques centimètres des précipices de Sencours et d’Arises, où la caravane allait s’engloutir.

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