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LES ILES YITI OU FIDJI

(Suite et fin. — Voy. p. 212 )

Nous avons dit précédemment comment le représentant de l'Angleterre a été accueilli par le roi des îles Viti ; nous n’insisterons pas davantage sur les pourparlers curieux qui ont accompagné le dernier acte d’une cession qui a vivement préoccupé, dans ces derniers temps, nos voisins d’Outre-Manche. Nous ajouterons avec la Revue maritime et coloniale, que la oession des Fidji à l’Angleterre a de tout temps paru un mal nécessaire; bien qu 'aujourd'hui les

Anglais s’inclinent devant le fait accompli, qu’ils essayent de montrer, dans les conditions mêmes du traité conclu par sir Robinson, une atténuation des craintes que leur inspire l’avenir, il est facile de reconnaître qu'au fond leurs opinions ne se sont guère modifiées, et que, pour eux, la tâche que le gouvernement de la reine s’est imposée reste grosse de difficultés et de menaces, a Jusqu’à ce jour, dit le Times, l’action de l'Europe dans l'archipel se résume par un seul mot : la destruction de la population indigène. L’annexion et le gouvernement de ces îles par l'Angleterre auront d’autres résultats.

Et cependant il ne faut pas nous dissimuler que nous combattons avec les chances contre nous quand il nous faut étendre nos bras si loin. Sans doute, l’œuvre à accomplir incombe principalement aux autorités coloniales de l’Australie, mais n’oublions pas que les Fidji sont à 2,000 milles, c’est-à-dire à dix journées de navigation à vapeur deSidney. » Nous compléterons les documents que nous avons publiés, eu plaçant sous les yeux de nos lecteurs deux nouvelles vues de Levuka : elles représentent . la maison d’un planteur, et l’aspect des iorêls luxu- | riantes qui accompagnen t ces pays si riants, si riches

Résidence d’un planteur à Levuka. (D’après une photographie.)

et où, cependant, tant de meurtres, tant de massacres ont été accomplis. Les naturels disent encore parfois, au souvenir d'un cannibalisme qui disparaît de jour en jour : « Toute l’eau de l’Océan ne pourrait laver le sang dont le sol des îles est inondé. » Le portrait ci-contre nous donne l’aspect d’un Fidjien, d'un ancien cannibale, nommé Matanitobua, qui, aujourd'hui, est devenu un simple domestique de colons anglais.

Ceux d’entre les naturels qui sont actuellement les plus sauvages donnent tous leurs soins à l’arrangement de leurs cheveux crépus et laineux, hérissés et dressés en forme de brosse au-dessus de la tête sur une longueur de dix à douze pouces. Us n’ont garde de défaire ces monumentales pei ruques ; lorsqu'ils se couchent ils maintiennent leurs cheveux

au-dessus du sol en appuyant la tète contre des oreillers en bois 1 .

On sait que le roi actuel Cakobau, rallié depuis peu aux pratiques de la civilisation européenne, était autrefois le tyran le plus sanguinaire et le plus féroce que la terre ait jamais porté : il a, nous le répétons, complètement renoncé à l'usage de la chair humaine, et même, disent les missionnaires, au monde et au diable. Le roi Cakobau a commis des meurtres sans nombre; jadis, sa férocité dépassait tout ce que l’on peut imaginer. Aujourd’hui, c’est un vieux et digne gentleman, chez lequel on peut de-

1 Notre croquis provient de photographies faites par M. F. II. Dufty.de Lcwuka, et envoyées par M.G.L- Griffiths, éditeur du Times île Fiji. Quant aux paysages, ils sont dus à M. C. Ryder, de Liverpool.

meurvr ou sûreté aussi longtemps qu’on le veut. | Son abord a toujours été prévenant, et c’est en vain qu’on cherche à retrouver sur son visage les signes de la barbarie et de la cruauté sauvage. Il est bienveillant, il c?t aimable, son port est imposant, ses proportions sont nobles. Mais les sujets dû Sa Majesté n’ont généralement pas ces mômes avantages.

Aux pieds d’un riant monticule, non loin de la maison de la mission de Levuka, sur le port de Mebau , se trouve la vieille Place de danse, le lieu où des milliers de victimes ont été sacrifiées, dans des orgies effroyables.

— Akaulabu, l’arbre du fruit défendu, couvre de ses ombrages ce site , et de ses branches pendaient jadis les

destinées à faire sauter les cervelles humaines. Saisie aux bras et aux jambes par deux naturels robustes, enlevée dans une course vertigineuse à travers la sinistre place de danse, la malheureuse victime venait donner de la tête contre la pierre, et le crâne était brisé ! Le coin de l’une de ces pierres a été émoussé par le fréquent usage de cette horrible pratique.

Tout gazon a disparu sur cette place foulée par des pieds innombrables dans ces danses frénétiques. Du haut de leurs sièges, alignés sur un tertre, les chefs assistaient à ce spectacle et applaudissaient. Le vieux roi Cakobau coupa, dit-on, dans un de ces jours d’orgie, la langue d’un captif qui de-

corps humains, qui venaient d’être massacrés. Dans le voisinage on aperçoit une rangée de tables de pierre droites : semblables à des pierres funéraires , et

ün cannibale des îles Fidji. (D après une photographie.)

mandait une mort rapide, et la dévora devant les assistants.

L’origine de « e cannibalisme épouvantable est incertaine ; mais elle doit être certainement attribuée à

des superstitions religieuses. Les chefs, pour venger une injure, devaient manger celui qui en était l’auteur. On espère que le cannibalisme aura bientôt disparu complètement des lies Fidji ; grâce aux missionnaires, aux consuls européens et au contact des Européens, les naturels de ce pays sanguinaire renoncent à l’idée de ces monstrueuses pratiques.

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