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DE LA DENSITÉ D’UN CORPS SANS PESÉE

Les moyens pour prendre la densité d’un corps ou d’un minéral sont les suivants :

1“ Méthode de la balance hydrostatique. — Le minéral, préalablement réduit en petits fragments uniformes de la grosseur d’un grain de blé, ou même plus petits, ainsi que l’a recommandé M. Damour, est d’abord pesé avec une balance bien sensible. On prend ensuite un petit creuset de platine de deux centimètres environ, suspendu à l’étrier de la balance au moyen d’un fil de platine très-mince, et plongeant dans de l'eau distillée où il est tare ; on introduit le minéral dans le creuset, on chauffe pour chasser l’air adhérent; on laisse refroidir, et ou pèse dans l’eau. La différence entre les deux pesées donne le poids du volume déplacé, et on a la densité en divisant le premier poids par cette difiérence.

2° Méthode du flacon. — Ce procédé, applicable surtout aux corps en poudre, consiste à peser d’abord le minéral, puis à le placer dans le plateau de la balance à côté d’un petit flacon, bouché à l’émeri et plein d’eau ; on pèse le tout, puis enlevaut le flacon, on y introduit la matière; on chauffe pour chasser l'air et l’on pèse après refroidissement. La perte de poids, due à l’eau déplacée, permet de calculer la densité.

Si l’on n’a pas à sa disposition une balance sensible, on peut obtenir la densité d'un corps solide, d’un minéral, d’une pierre, etc., à l’aide de l’appareil que représente la figure 1. Il consiste en une tige carrée en boi% portant sur une de ses faces une glace étamée graduée en millimètres. Cetle tige est fixée à une planche portant des vis à caler. Le long de la tige glisse une pièce A portant une petite plateforme où l’on place un verre contenant de l’ean. Dans ce verre plonge une petite nacelle en verre a, supportée par des fils de platine, et audessus se trouve un petit plateau métallique c, suspendu également par des fils de platine à une tige

très-courte portant un morceau de papier / ayant la forme d’un triangle. Le tout est porté par une spirale en fil de fer fixée à une potence B, qui glisse dans une rainure pratiquée dans la tige, et qu’on peut fixer au moyen de la vis G à une hauteur convenable. Voici, maintenant, comment on opère avec cet instrument ; On commence par descendre ou monter la pièce A, jusqu’à ce que le fil de platine qui supporte la nacellcen verre affleure à un point déterminé , au moyen d’un petit crochet fait sur ce même fil ; on regarde alors sur la glace l’image réfléchie du petit triangle en papier, et on fait en sorte que cette image coïncide avec l’image vue directement; l’extrémité des deux images superposées coïncidera alors avec un des traits de la glace graduée , et c’est cette division qu’il faut noter en premier lieu. On place alors le minéral dont on veut prendre la densité sur le plateau supérieur; la spirale éprouve une certaine traction, et on descend la pièce A jusqu’à ce que le fil de platine affleure au même point ; ou regarde à quelle division de la glace la coïncidence des deux images a lieu et on a ainsi, en soustrayant le premier nombre du second, un certain point relatif U. Le minéral est alors placé dans la nacelle qui plonge dans l’eau; la spirale remonte et on rétablit de nouveau le niveau en faisant remonter la pièce A. On lit de nouveau le nombre de division sur la glace, et ce nombre, retranché du second, donnera la perte de poids relative dans l’eau :

une simple division du second nombre par cette différence donnera la densité cherchée.

Voici un autre moyen très-pratique que j’emploie pour prendre la densité sur de gros morceaux pesant 100 à 500 grammes. Une cloche en verre portant une tubulure en haut et latéralement est renversée, ainsi que le montre la figure 2, et supportée par un trépied en bois. A la tubulure latérale est adapté un tube recourbé, et à l’ouverture d’en bas, on fixe un tube à robinet b, en verre bien mastiqué. Ce tube doit être effilé à son extrémité inférieure. On verse une certaine quantité d’eau dans le vase et on détermine au m yen d'une bande de papier le niveau du liquide lans le tube en a, après avoir ouvert quel-

ques instants le robinet du tube b, afin que ce dernier soit entièrement rempli d’eau. Pour prendre la densité du minéral, ou le pèse à une balance ordinaire, puis on le plonge dans le vase au moyen d’un fil assez mince; comme le niveau s’est élevé dans la cloche, on fait ceouler l’eau dans une éprouvette graduée en centimètres cubes, jusqu'à ce qu’on ait rétabli le premier niveau. Le volume qui se trouve dans l’éprouvette graduée donne le poids de l’eau déplacée et permet de calculer la densité.

Ce moyen est très-commode pour les roches et pour les minéraux d’or et d’argent, dont on peut calculer approximativement la teneur, quand il n’y a qu'une seule matière servant de gangue et dont on connaît d’avance la densité 1 . M.-F. Pisani.

CHRONIQUE

Société de secours des amis des sciences. —

l.a 16* séance publique annuelle a eu lieu samedi 8 mai, sous la présidence de il. Dumas, membre de l’Institut, en présence d’un auditoire considérable. Voici quel a été l’ordre du jour de celle séance, d’un puissant intérêt :

1° Compte rendu de la gestion du Conseil d’administration, par M. Boudet, secrétaire de la Société; 2° Conférence sur le soulèvement des montagnes et sur les principaux travaux de M. Elic de Beaumont, par M. l’ingénieur l’olier ; 3“ Conférence sur le verre Irempé, ses propriétés, ses applications, par M. Victor de Luynes ; 4° Expériences de M. Henry Saiute-Claire-Deville, sur la fusion des métaux aux températures les plus élevées ; 5° Dépouillement du scrutin pour l'élection des membres du Conseil et du Bureau de la Société.

Jahandier. — Nous avons le regret d’apprendre, à nos lecteurs, la mort d’un artiste de talent, Jahandier, qui rendait à la science les plus grands services, par l’exécution de dessins sur bois, spéciaux à la chimie, à la physique, à la mécanique, etc. Jahandier a rempli de ses œuvres correctes, élégantes, un grand nombre d’ouvrages publiés paria librairie Hachette; nos lecteurs ont certainement remarqué les gravures qu’il exécutait si fréquemment pour la Nature, et où son crayon vigoureux donnait un relief particulier aux appareilsou aux machines qu’il représentait. Jahandier, ancien élève de l’Ecole d’Angers, était mécanicien ; il avait des connaissances scientifiques étendues, et il excellait à figurer les appareils de chimie et de physique. Il savait animer les machines autour desquelles il groupait les ouvriers qui les mettent en œuvre, aussi étaitil recherché par nos premiers éditeurs pour l’illustration des livres de science. Jahandier avait su gagner l’amitié, l’esliine de tous ; il a été enlevé à ses travaux à 37 ans, après une longue et cruelle maladie. Il laisse sans ressources sa veuve et ses deux enfants, que n’oublieront certainement pas ceux qui ont mis à profit son talent.

Greffe par approche. — Un mémoire de botanique appliquée très-intéressant a été présenté au dernier Congrès des Sociétés savantes ; il était dû à M. Gachassin- Lafite, et s’appliquait à des expériences de greffe, par approche, faites par lui dans les vignes phylloxérées do

l Traite de minéralogie. — Pari9, G. Masson. 1875.

Vayres, aux environs de Libourne (Gironde), vignes âgées de plus de vingt ans. Sur le cep déchaussé au printemps, un sarment de vigne américaine réfractaire à l’insecte (Clinton ou Ilerbemont, etc.) est enchâssé dans une incision longitudinale, la partie avivée du greffon soustraite à l’air est maintenue par une ligature. Ou rechausse le tout, de sorte que le point supérieur de la greffe soit couvert d’environ 10 cent, de terre et que le sarment grclté porte sur sa tige aérienne deux ou trois yeux. La portion couchée sous le sol ne tarde pas, en raison de la végétation puissante des vignes américaines, à se couvrir d’un vigoureux système de racines adventives, devant absorber bientôt ce qui reste de la racine française, affaiblie par la ma die. L’année suivante, on coupe la partie aérienne américaine, et il reste une vigne française à racine américaine réfractaire. Nous avons parlé de greffes analogues exécutées aux environs de Montpellier [la Nature, n° du 2 janvier 1875, p. 74).

Perte du Danube. — Les journaux de Suisse signalent un phénomène des plus curieux, qui vient de sc produire sur le cours du haut Danube. Ce lleuve a subitement disparu entre Morhinghen et Immindingcn, sur la fronlière du duché du Bade et du Wurtemberg^ Déjà, depuis près d’un demi-siècle, on avait observé que, vers le même point, une partie des eaux s'écoulait dans les roches calcaires pour ne reparaître que près de la ville d’Aach, dans le liobgan, entre Engcn et Sloekback. Actuellement toute la masse d’eau se perd près d’Iimnindingen, toute la localité sc trouve privée de ses chutes, et il parait difficile d’obstruer les trous par où l’eau s’écoule dans le sol rocheux et crevassé qui forme la séparation entre le Jura suisse et le Jura de la Souabe.

Anémométrie. — M. Hervé-Mangon a récemment présenté à la Société d’encouragement un appareil construit par M. Hardy, pour la ville du l’uv (Haute-Loire), qui résout, d’une manière très-ingénieuse, la transmission des observations anémométriques. La ville du Puv possède plusieurs météorologistes distingués, réunis dans une société dont M. Jolluis est le président. Elle fait des observations suivies et veut employer, à cet effet, une girouette placée à une grande hauteur, éloignée de 1,500 mètres environ du bureau des observateurs. Elle a donc réuni les fonds qui étaient nécessaires, qui ont été foui llis par une souscription aidée par la ville et par le département, et elle a posé à M. Hardy le problème que voici :

Transmettre à ce bureau, pour y être inscrites automatiquement, la direction et l’intensité du vent au point où est la girouette, et faire apparaître les indications, ainsi transmises, sur un cadran placé sur la façade de l’édifice. On ne pouvait pas penser à un télégraphe souterrain contenant pluscurs fils, qui aurait ôté beaucoup trop cher; il fallait employer un seul fil aérien pour cette transmission, et U. Hardy s’en est servi d’une manière très-ingénieuse. La girouette a été placée au haut d’un mât. avec un appareil anérnométrique ordinaire perfectionné, et, au pied de. ce mât, une horloge reçoit les indications cl les transmet par un fil télégraphique toutes les dix minutes. L’appareil récepteur se compose d’une horloge aussi ; mais pour éviter la nécessité du synchronisme, la roue de transmission sc débraye toutes les dix minutes et revient au repos pour ne reprendre son rôle d’indicateur que sous l’action nouvelle de la transmission électrique. ; — Celte transmission se renouvelle donc ainsi périodiquement et par une utilisation convenable de cet espace de temps, et, au moyen d’un mécanisme convenablement approprié, on in-

scrit régulièrement toutes les indications de la girouette et de l’anémomètre.

Nouvelle source de înagétisme. — Lorsqu'on fait passer, dit la Revue industrielle, un courant de vapeur d’eau sous une pression de 5 à fi atmosphères à travers un tuhe de cuivre avant 2 h 2 millimètres de diamètre et roulé en spirale autour d’un cylindre en fer, celuici s’aimante, si bien qu’une aiguille en fer, placée à quelques centimètres de distance de V aimant-vapeur, est attirée vivement et reste magnétisée pendant toute la durée du passage du courant de vapeur à travers le tube de cuivre.

L’air vicié des théâtres. — Le Journal de Saint- Pétersbourg reproduit les intéressantes données que voici obtenues par le docteur Ilübner dans ses expériences sur l'altération progressive de l’air dans la salle du théâtre Marie, uusoir de représentation.

L’expérience a eu lieu le 1" décembre dans une loge de deuxième rang, faisant face à la scène. La température s’élevait de quart d’heure en quart d’heure, et malgré que le mouvement du public soi tant dans les entr’aclcs dut contribuer à rafraîchir la salle par la communication de l’air intérieur avec celui des couloirs, au lever du rideau, la température était de 18° (centigrades). Elle avait monté à 24° à la tin du premier acte et à 25° au commencement du second.

La quantité d’humidité croissait moins rapidement. Cependant, en deux heures, elle avait augmenté de 50 p. 100, et vers la fin du quatrième acte elle était devenue plus considérable que l’humidité de l’air extérieur. D’après les observations hygrométriques faites au commencement du spectacle, l’humidité de l’air dans la salle était du 40 à fit) p 100, c’est-à-dire correspondant à l’humidité de l’air dans les logements salubres et bien aérés. A la fin du spectacle, elle était de 85 p. 100, c’est-à-dire qu’elle égalait l’humidité des logements malsains qui exerce une influence pernicieuse sur leurs habitants.

Tour ce qui est de la saturation de l'air par l’acide carbonique, elle dépassait déjà, au second acte, de six fois la quantité normale de ce gaz dans l’air respirable, et était de 1.9 pour mille mètres cubes. A la fin du spectacle elle arrivait à 4.3 pour mille, ce qui constitue une altération de l’air respirable pouvant produire une action toxique sur les poumons des gens habitués à respirer un air pur.

On voit que ces expériences offrent un intérêt réel puis qu’elles rendent compte de l’altération de l’air dans une salle remplie de spectateurs. 11 serait curieux de procéder à des observations analogues dans la salle du nouvel Opéra de Paris, afin de s'assurer des résultats obtenus par le système de ventilation qui y fonctionne.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 10 mai 1875. — Présidence de M. FnÆiir.

Passage de Vénus'. — L’événement de la séance, d’ailleurs extrêmement courte, est la présence de M. Fleuriais qui commandait, comme on le sait, la mission astronomique de Pékin. Après une allocution chaleureuse de M. le président, le courageux observateur lit une succincte relation de son voyage. Parti de Paris le 1" juillet 1874, il arriva à Pékin le 25 août suivant: Il emportait deux équatoriaux, l'un de 8 pouces et l'autre de 6 pouces, un appareil photographique du système Fizeou, des lunettes de

petite dimension, des théodolilhes, des chronomètres, etc. Le voyage se. fit dans d’excellentes conditions, et nos compatriotes reçurent partout l’accueil le plus empressé, sauf pourtant de la part des innombrables chaloupes qui encombraient littéralement le fleuve. It fallait, dit 11. Fleuriais, avancer mètre « mètre et souvent à coup de perche au milieu d’un concert d'imprécations et d’injûres heureusement inintelligibles. On sait déjà comment nos compatriotes choisirent pour établir leur Observatoire, le jardin de la légation française. La nationalité du sol le rendait incomparablement préférable à tout autre point. Pour y parvenir, les instruments durent franchir par terre une longue distance; 150 coolies, marchant en cadence au chant de leur chef, les firent arriver à bon port. On sait aussi comment la découverte d’anciennes fondations dans le sol du jardin fournit une base solide aux instruments. Tout était prêt bien avant l’époque du passage, et des travaux importants de triangulation avaient été réalisés. Dans la nuit qui précéda le phénomène, on polit 160 plaques daguerriennes, et c’est au milieu de l’anxiété générale que le soleil se leva dans une atmosphère brumeuse. Toute la journée ce ne fut qu’alternative de nuages et d’embellies, mais il se trouva toujours qu’au moment des contacts le soleil était bien visible. 150 bonnes photographies furent prises successivement, et plusieurs résultats importants qui seront ultérieurement décrits.

Tremblements de terre microscopiques. — M. d’Abbadie revient sur la question, déjà traitée, des petites oscillations subies par des pendules, situés loin de toute agitation artificielle. 11 signale plus de 0000 observations faites par M. de Rossi, sur trois pendules établis, l’un à Rome même, le second à Rocca di Papa, à une grande altitude, et le dernier, à une profondeur considérable, dans les catacombes de Rome. Les oscillations ne peuvent être attribuées qu’à une cause tout à fait générale ; car on a observé simultanément les mêmes allures pour les pendules situés très-loin les uns des autres, par exemple à Rome, à Florence et à Pologne, le 25 février dernier. Il y a lieu aussi de remarquer la liaison qui semble exister entre ces petits mouvements et les tremblements de terre proprements dits. L’auteur a constaté, en effet, que le repos complet des pendules précède habituellement de fortes secousses séismiques, tandis qu’à l’inverse leur agitation semble prédire une période de calme. La géologie retirera sans doute un jour un grand profit de ces remarques intéressantes.

Les sèches du lac de Léman. — Le phénomène, décrit tant de fois, des sèches des lacs de Suisse occupe un savant, dont M. Boussingault analyse les recherches. D’après lui, la vague à laquelle est donnée le notn que nous venons de rapporter, est duo à une agitation d’ensemble de tout le lac, et non à un mouvement de la surface : toute l'eau, dans toute la largeur, dans toute la longueur et dans toute la profondeur est mue d’ensemble. M. Boussingault ajoute qu’il eu est de même dans les lacs de l’Amérique du Sud, où les naturels voient dans le phénomène le résultat des ébats de monstres aquatiques, amplement dotés en légendes.

Nouvelle locomotive. — On voit fonclionner dans la salle des Pas-Perdus un modèle de locomotive, dont le principe se rapproche singulièrement de celui des premières machines, dont les Crarnptons actuelles sont un des nombreux perfectionnements. 11 s'agit de remplacer les roues par des jambes, qui viennent alternativement porter sur le sol et déterminer la progression de l'appareil par

le jeu de tiges articulées. M. Tresca, en présentant le nouvel appareil dû à M. Martin Hermann, en promet monts et merveilles au point de vue de son application aux machines routières. Stanislas Meunier.

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