‹ La Nature 1875 S1Chapitre 209 sur 224 · LES TORPILLES · texte numérisé non relu

LES TORPILLES

Le perfectionnement du terrible engin de guerre désigné sous le nom de mines sous-marines ou de torpilles est très-activement poursuivi aujourd'hui. Il a donné lieu à des systèmes divers, sur lesquels nous ne pouvons jeter qu’un rapide coup d’œil, la plupart des études qui le concernent étant encore tenues secrètes.

On a commencé par établir, dans les passes des rades et des ports, des torpilles dormantes, chargées avec de la poudre ordinaire, que des fils électriques pouvaient enflammer d’une station lointaine, au moment où le navire ennemi se trouvait au-dessus d'elles. C’est ce système qui est encore l’objet des prin-

cipales recherches. Comparativement avec la poudre ordinaire, ou a chargé ces torpilles avec de la dynamite et avec du fulmi-coton comprimé. Cette dernière matière parait préférable ; elle a l’avantage de pouvoir être employée dans un état d'humidité qui éloigne tout danger de son maniement. Pour l’enflammer, il est toutefois nécessaire de placer une petite quantité de fulmi-coton sec au milieu de la masse humide. Le fulmi-coton qu’on emploie ainsi a l’apparence d’un cylindre d’épais carton. Si on y met le feu avec une mèche ou la flamme d’une allumette, il ne fait pas explosion et brûle seulement en fusant; pour produire, par une décomposition soudaine, un grand développement de gaz, il faut faire intervenir les vibrations excessivement rapides d’une amorce de fulminate de mercure.

Kig. l. — Prcisiêrc phase de l'explosion. Kig. 2. — Deuxième phase de l’explosion.

Expériences de torpilles faites i Toulon en mars 1X73. (D'après des photographies Instantanées J

Au commencement du mois de mars, une intéressante expérience a été faite, en rade de Toulon, avec une torpille chargée d’environ 850 kilogr. de cette matière. On l’avait placée, à 20 mètres de profondeur, auprès de la vieille frégate à vapeur l'Eldorado, longue de 70 mètres. La distance horizontale de 7 m ,50 séparait l’axe de la torpille du bord de ce bâtiment. Une vingtaine de dynamomètres étaient placés à diversesdistances du centre d’explosion, pour mesurer l’énergie du mouvement communiqué à l’eau, qu’on désigne sous le nom de rendement. Des photographes, postés sur la plage voisine, ont pris des vues instantanées des phases du phénomène : ce sont ces vues que nos dessins représentent. Dans la première (fig. 1), on voit la montagne d'eau soulevée par l’énorme sphère de gaz développée, au fond de la mer, avant l’explosion complète, quia lancé la gerbe haute

1 Voy Table dos matières de» tomes 1873 et 1874.

3’ aaoif. — 1“' stmcslr.

de 27 mètres, qu’on aperçoit sur la figure 2. L’expérience a eu pour résultat de rompre par le milieu la frégate, qu’on aurait vu couler immédiatement, si elle n’avait pas été préalablement garnie d’un nombre de barriques vides suffisant pour la soutenir.

Auprès de la torpille chargée, dont l’enveloppe était en fonte, un certain nombre de torpilles semblables avaient été disposées sur le fond, à environ 7 mètres l’une de l’autre. Ces torpilles furent visitées, après l’explosion, et on trouva que, jusqu’à une assez grande distance, elles avaient été brisées par la commotion. Une enveloppe plus résistante devra donc être employée en même temps que l’on distancera davantage les torpilles.

Après la grande explosion, une expérience a été faite sur la partie intacte de la coque de l’Eldorado avec une torpille portative. Elle était chargée de 25 kilogrammes de poudre ordinaire, et une embarcation , d’où on la tenait à l’extrémité d’une longue tige,

l’approcha du navire. L’explosion produisit une très-large ouverture, évaluée à huit mètres carrés, pendant que l'embarcation était soulevée par le bouillonnement de l’eau, mais sans courir de risque. De semblables torpilles, beaucoup plus volumineuses et que le choc contre un obstacle fait éclater, peuvent être dirigées contre le batiment ennemi à l'aide d’une chaloupe, qui les remorque en les tenant soutenues par son travers au moyen de madriers.

Les torpilles aulomolrices du système Whitchead sont aujourd’hui le sujet des expériences qui se font, en rade de Brest, à bord d’un gai de-côte cuirassé. Elles ont la forme d’un poisson long d’environ sept mètres, et contiennent une charge très-forte de dynamite, qui prend feu, dès qu’un choc se détermine, La distance de la torpille à la surface peut être réglée; un réservoir d’air comprimé met en action la machine motrice, et le mouvement imprimé à la torpille, dirigée par un gouvernail, se conserve pendant un parcours de 800 à 000 mètres.

Ces expériences sur un formidable et nouvel agent de destruction ne paraissent pas encore avoir donné de résultats décisifs, principalement en ce qui concerne l’attaque; mais ces résultats pourraient être atteints d'un moment à l’autre, et on comprend toute l’importance d’un pareil fait, au point de vue des guerres maritimes et de la construction, ainsi que de l’armement des bâtiments destinés à y prendre part. F. Zurciier.

Page 1