FORAMINIFÈRES
Diverses circonstances m’ont amené à passer les étés des années 1872 et 1874 sur la côte orientale de l’Espagne : nulle plage i. 'offre des eaux plus bleues et plus tranquilles; nulle part la Méditerranée n’est plus belle. Le golfe de Valence est presque sans orages; à peine les eaux, durant l’été, y sont-elles agitées. Dans ces parages, la mer est aussi calme que l’atmosphère. Le soleil y est brûlant connue en Afrique; le ciel, bleu comme l’onde, couvre le littoral d’une draperie à teinte uniforme qui finit par fatiguer tant elle est monotone. Dans cette région basse, les orages sont très-rares et les pluies, des phénomènes exceptionnels ; les vapeurs vont se condenser et se résoudre en pluies dans le; montagnes, qui, à 50 ou 50 kilomètres de la côle, dentèlent leurs crêtes rocheuses. A Valence, à Murcie, à Malaga, à Carthagène, le soleil darde constamment ses rayons sans que jamais le ciel se couvre d’une draperie nuageuse 1 pour en tempérer les ardeurs.
Je me trouvais donc sur un rivage favorable à l’étude des animaux inférieurs à organisation délicate 1 qui se plaisent dans les eaux tranquilles et paisibles.
Lors de mon arrivée sur le littoral espagnol, je comptais utiliser les pêcheurs de la côte pour mes
recherches. Ce qui eût été possible dans un pays civilisé où la culture scientifique est en estime, ne l’était pas en Espagne. Je n’ai pu obtenir des pêcheurs indigènes aucun secours, aucun renseignement. Ces gens grossiers ne pouvaient comprendre qu’un étranger, qui cependant parlait leur langue, vint sur une côte lointaine récolter des petites bêtes! Ils voyaient dans mes propositions, dans mes interrogations, une ruse du fisc pour s’immiscer dans leur pêche et les mailles de leurs filets. Dans ce beau pays des Espagues, le fisc et la douane se mêlent de tout, pénètrent partout, aussi sont-ils partout fraudés. La défiance va si loin, qu’un professeur de zoologie de l’Université de Valence a dû renonrer à son projet d’éludier les anguilles à cause des difficultés que les pêcheurs lui ont suscitées; ils craignaient que les renseignements fournis au savant ne fussent livrés au fisc et se tournassent contre eux.
Devant ce mauvais vouloir, parfois même hostile, j’ai dû moi-même organiser la pêche des animaux inférieurs ; ce n’est pas sans peine que je suis arrivé à quehpies résultats.
Pêche des Foraminifères. — Les Foraminifères (du latin foramen, trou, fera, je porte), ou llhizopodes ( rhiza , racine, podos, du pied), sont des animaux microscopiques, non agrégés, à existence isolée ou individuelle, composés d’uu corps sarcodaire, de consistance gélatineuse, sans tête discernable, arrondi ou divisé en segments placés sur une ligne simple ou alterne, enroulés en spirale ou pelotonnés autour d’un axe (fig. 1). Leur corps est entouré d’iine enveloppe teslacée, rarement cartilagineuse, modelée sur ! les segments. Ce lest est tantôt opaque, d’une texture I très-serrée, tantôt, au contraire, poreuse, perforée ! d’un grand nombre de trous par où sortent des filaments, tantôt elle, est transparente comme du verre. Les segments sont placés en ligues circulaires ou sur ' une ligne droite ou arquée; chez quelques-uns, ils sont placés bout à bout sur le même plan ou se pelotonnent autour d’un axe (fig. 2). De l’extrémité du dernier segment parlent des filaments contractiles ou pseudopodes incolores ou colorés, très-allongés, plus ou moins gré es, divisés et ramifiés, servant à la reptation, ou à la locomotion, ou à la préhension des aliments (fig. 2 et 5). Dans la mer, les foraminifères se tiennent à diverses profondeurs; il faut les pêcher ordinairement sur un fond vaseux de 5 à 10 mètres, mais on les trouve cependant bien plus près de la surface; le plus souvent dans les eaux tranquilles et dans les sables limoneux; la présence des espèces vivantes se constate par la coloration du corps de ces animaux microscopiques qui se présentent sous la forme de petits points jaunâtres ou orangés.
Pour avoir letestdes Foraminifères, on fait h'U'.Ilir le sable qui les contient avec de la potasse qui détruit les corps sarcoduires; alors les téguments testacés plus légers que le liquide remontent à la. surface ; on les prend aveu précaution pour les étudier au microscope. ■ t
Les Foramiuifères vivent eu nombre très-considérable dans les stations qu’ils fréquentent; ils sont très-abondants dans les mers chaudes. Malgré la petitesse do leur taille, compensée par le nombre, ils jouent un rôle important dans la formation des strates sédiment ai res; dans les mers anciennes, ils ont formé des couches entières, telles que les terrains carbonifères de I’ologa, de Sowia en Russie, les couches nummuliliqucs des Pyrénées, des Corhières de l’Espagne, des Alpes de l’Orient, etc. Mais comme ces animaux sont pourvus d’un test excessivement fragile, ils n’habitent pas les endroits exposés aux agitations, aux causes de trouble qui briseraient leur enveloppe. Ils recherchent, au contraire, les sites où une végétation abondante les abrite contre la violence des vagues. Aussi les sables grossiers quartzeux de la plage renferment rarement des tests de ces animaux.
Cependant, si les sables sont formés de débris coquilliers, de fragments d’échinides, de polypiers, de spongiaires, on y rencontre des espèces intéressantes. La meilleure portion de la plage du golfe de Valence à explorer est l’espace compris entre le Grao et Murviedro ou Sagonte et le Grao et Dénia ; la partie en face de l’Albuféra est moins riche à cause de l’abondance des galets et des sables grossieis; cependant, elle comprend quelques stations productives. Mais là où j’ai fait mes meilleures et mes plus productives récoltes deForaminilères vivants, c’est sur la baie du Cabanal, en face des bains de mer.
Là, à une certaine distance du rivage, les algues forment une aire de végétation sous-marine dont les débris, lorsque certains courants dominent, sont portés vers la côte et s’accumulent sur le rivage. 11 se forme ainsi, sur une longueur littorale d’environ 500 à 400 mètres, un cordon ou banc d’algues qui se déforme et disparaît lorsque des courants contraires à ceux qui l’ont amené viennent à se produire. Parfois même les algues sont jetées par la vague sur le môle. En quelques heures, cet édifice de plantes marines est élevé sur la plage, puis démoli, et les matériaux repris par la mer et puis encore ramenés sur le rivage.
C’est dans les débris de ces algues, dans les sables et les vases qui les accompagnent ou qui adhèrent aux feuilles et aux racines que j’ai recueilli de nombreux échantillons de Foraminifèrcs. Mais sur la côte, parallèlement au lac d’Albuféra, là où le rivage est caillouteux, cù les galets se choquent et s’usent mutuellement par les mouvements que leur imprime la vague, la pcche a été constamment improductive ; je liai trouvé à luire quelques récoltes que dans les nappes d’eau saumâtres qui, en pénétrant dans la mer, forment des plaques vaseuses ou limoneuses et dans les débris des filets des pêcheurs qui fréquentent cette partie de la côte.
Sur le golfe de Valence et la baie de Carthagène, partout où j’ai trouvé des sables fins, limoneux, des amas de coquilles ou de plantes marines, j’ai rencontré des Foramiuifères; les vieux navires, les dra-
gueurs hors de, service dont la coque est recouverte de valves d’huîtres, de balanes, de tests de bryozoaires m’ont fourni de bonnes récoltes. Mais ce n’est que dans les gîtes tranquilles de la côle, sans galets roulés, sans sables grossiers, que le pêcheur de Foraminifères doit porter son filet.
L’instrument dont je me servais le plus souvent était formé d’uu filet en bourse à mailles trcs-serrées, fixé à l’extrémité d’une perche, armé sur la circonférence de l’ouverture d’un cercle rigide pour le tenir ouvert : je le plongeais dans l’eau, l'enfonçais dans le sable et la vase, et ensuite je le ramenais au dehors. Il me servait aussi pour recueillir les corps bottants.
Tous les résidus et les sables étaient lavés à grande eau ; le résidu flottant était mis de côté et examiné avec soin, car à cause do leurs cloisons à loges aériennes, certains Foraminifères morts surnagent. Si quelques-uns de ces animaux se trQuvaieut dans ces résidus, je les conservais. Mais la portion la plus importante de la pêche se trouvait au fond du vase. Le sable qui s’y était déposé était recouvert d’une couche flottante où se trouvait la plus grande partie des Foraminifères récoltés; aussi il importait en décantant le liquide de ne pas les rejeter. Far l’ébullition avec la potasse, on les isolait de leur masse sarcodaire et du restant du sable et du limon. 1
Espèces de la côte d'Espagne. — La classe des Foraminifères n’a pas l’homogénéité de certains autres groupes du règne animal : il est probable que des types différents et éloignés les uns des autres y ont été réunis. Les uns sont polylhalames, les autres monolhalames.
Les Polytlialames sont caractérisés par une coquille cloisonnée et par des espansions filiformes ou pseudopodes qui, lorsqu’ils se rencontrent, se fondent ensemble. Ce fait contesté par quelques observateurs, entre autres Ehrenberg, est aujourd’hui hors de doute : chaque dissection nouvelle l’a vérifié, les granules qui circulent dans ces expansions passent, sans difficulté, de l’une dans l’autre, au point où elles se fondent ou se soudent. Mais ce caractère ne se renconlre pas dans les autres genres de Rhizopodes tels que Amœba, Dif/lugies, Arcelles; mais il se trouve cependant chez les Gromies.
Les pseudopodes ou tentacules servent à saisir les proies très-petites dont ces animaux se repaissent. Diatomées ou autres animaux microscopiques; ils enveloppent les corps étrangers qui se trouvent ainsi pris dans un amas de substances gélatineuses et entraînés dans l’intérieur de la coquille ou même digérés par ces expansions elles-mêmes, réunies au corps absorbant.
La coquille des Foraminifères présente une structure très-cornpliquce ; elle estcloisonnée, siphonnée^ à loges aériennes, percée d’une multitude d’ouvertures. En outre, dans l’épaisseur des cloisons, se trouve un système compliqué de canaux qui se conservent même dans les tests fossiles. Ou peut, en prenant beaucoup de précautions, colorer ces canaux
avec une dissolution de carmin et mettre ainsi leur existence en évidence. Pour cela, il importe de faire choix d'espèces de grande taille, c’est-à-dire de 2 à 3 millimètres de diamètre, ou d’espèces fossiles plus grandes encore. Aussi, malgré les assertions de M. Dujardin et de ses disciples, il est difficile d’ad-
mettre que le corps qui secrète un test d’une structure si compliquée soit une masse informe de sarcode. Nous n’avons pu examiner que très-rarement le tissu des Foraminifères vivants; mais cet examen, môme superficiel, nous a presque persuadé que nos méthodes d’observation sont en défaut, en ce qui con-
Nmaauiiiie# nuitmiularâ. — Fgeê, Profil
Coupe borîïoirtïle.
Coupe verticale.
Profil.
le. prafli.
Froniiiculam annukrls.
Bobuliua cchinata.
Fig. i, — Botali» Boucana,
Fig. 5. — OtrjsaUdiiia gfadata.
Roiallaa l’ai'teiiiaiia.
cerne la structure de la masse musculaire des animaux Foraminifères.
Avant de nous livrer à notre pêche, nous avons recherché dans les collections espagnoles, dans les travaux des savants de la Péninsule des renseignements sur les Foraminifères de la mer ibérique : nous n’avons trouvé ni collections ni travaux. Nous ne connaissions, au début de ces recherches, aucune indication relative à la distribution géographique de
ces animaux dans la mer qui baigne la côte orientale de l'Espagne. Non-seulement les stations, les habitats, mais les genres et les espèces, que nous avons recueillis, sont signalés pour la première fois 1 dans ces parages. On les connaissait plus à l’Est, 1 sur les côtes de la Provence et de l’Italie où M. Schlumberger a fait de belles récoltes; plusieurs même habitent des stations océaniques, situées plus au Nord, quelques-uns fréquentent les mers tropi-
LA N Aï U UK.
cales et so cantonnent de préférence dans les mers I vent dans la faune fossile crétacée et tertiaire, et chaudes: enfin, parmi les types que nous avons re- ! même jurassique.
cueillis vivants et étudiés, quelques-uns ont vécu à j Les Globigériues (Globigerina bulloides, fig. A), des époques antérieures à la nôtre, car ils se trou- I les Miliolines se rencontrent en abondance dans
A. Globigerina bulloides . — B. Lagena vulgaris. — B*. Dentalina. — C. Nonionina Barleeana . — D. Nanionina crassula. — II. Rotalina lurgida. — F. Polyslomella umbilicalula. — G. Peneroplis planatus. — E. Polystomella crispa.
toutes les stations à sables fins, limoneux et aux eaux tranquilles.
Les Lagenas (Oolines d’Orbigny) forment un genre dont plusieurs espèces se trouvent dans les eaux du golfe de Valence; c'est principalement en face des
bains de Cabaftal au Grao que je les ai récoltés; ce sont : Lagena vulgaris (fig. B), à texture hyaline et transparente, ayant déjà vécu à l’époque subapennine, Lagena clavata, L. striata, L. gracilis.
Les Lagenas ont une coquille ovale, pourvue
d'une seule ouverture, prolongée en tube, ce qui leur donne au- microscope l’ajipareuce d’une bouteille.
Les-Globigériues, au contraire, ont une coquille turbinée-à plusieurs-logcs, dont la dernière est percée d’une grande ouverture, en forme de croissant à l’angle ombilical, opposé à la spire. Cos animaux microscopiques, qui vivaient déjà pendant l’époque de la craie supérieure, sont extrêmement abondants dans les mers actuelles; en certains endroits, le fond sous-marin est formé d’uu sable provenant de leur test.
Les Denlalines (fig. B') sont encore plus anciennes, puisqu’elles ont vécu dans la mer jurassique; j’eu ai trouvé plusieurs espèces sur la côte d’Espagne, leur coquille arquée, ronde, percée d’une seule ouverture centrale, est pourvue de loges un peu recouvrantes, ce qui lui donne l’apparence du lruit d’une légumineuse.
Parmi les belles Nonionines, nous avons reconnu deux espèces : Nonionina Barleeana (W. Crawfmd) et Nonionina crassula (Valker) (lig. C et R).
Les Polystomelles ont aussi une coquille nautiloïde, pourvue de nombreuses ouvertures; ces animaux, communs dans les mers d’Australie, ont apparu durant la période tertiaire et vivent actuellement dans les mers chaudes ; nous en avons reconnu deux espèces dans la baie de Carlhagène : Polyslomclla crispa (tig. E) et P. nmbilicatula (fig. E).
Les Peneroplis, comme les Nonionines, les l’olystomelles, ont une coquille nauti oïde, pourvue de nombreuses ouvertures, mais sur une seule ligne et à la dernière loge seulement ; ces Foramiuifères des mers d’Australie, des Philippines et du golfe du Mexique vivent aussi dans notre Méditerranée ; nous avons péché, à Malaga, Peneroplis plana tus (fig. G) et plusieurs autres espèces associées avec tes Patellines (Patellina corrugata), des Rotalies à coquille légèrement turbinée, à loges non globuleuses (fig. 4), et des Rotalines ( Rotalina turgida) (fig. Il), R. Beccarii, R. oblonga , R. concamerata, etc.; des Planorbulines, à coquille fixée par le côté spiral, à loges irrégulières ; des Truncatulines, des Bidirnines, à coquille turriculée.
Pans le golfe de Valence, comme sur la côte de Malaga, nous avons recueilli : Planorbulina vulga ris, Truncalulina bulloides, Bulimina pupoides, des Poiymorpliines, Polymorphina lactea de la mer de Manille, à coquille ovale, formée de loges alternes sur deux faces; des Tealularies, à coquille conique ( Texlularia cuneiformis), à loges alternes avec une ouverture transversale.
A. F. Noguès.
ASCENSION DU POPOCATÉTETL
A l’occasionde ladéplorable catastrophe du Zénith, qui a coulé la vie à deux courageux savants, MM. Sivèl et Grocé-Spinelli, et a failli faire périr M. Gaston
Tissandier, je crois intéressant de rappeler les circonstances de mon ascension au Popocalépetl, en avril 1853. Elle fera bien apprécier les différences considérables qui existent entre les ascensions en montagnes et les ascensions verticales dans l’atrnosplièi e.
Lorsqu’on s’élève, en effet, dans l’air, à l’aide d’un ballon, on se trouve successivement plongé dans des couches d’air, je ne dis pas de compositions dilfé — rentes, mais de densités moindres, et où, cependant, l’acide carbonique, eu raison de sa plus grande pesanteur spécifique, doit, sinon disparaître, tout au moins diminuer de proportion. Ces sortes d’ascensions se font d'ailleurs avec rapidité; et les organes de la vie humaine n’ont pas le temps de se modifier convenablement pour supporter, sans inconvénients, les différences successives de pressions atmosphériques.
Il n’en est pas de même lorsqu’on escalade plus ou moins lentement les hautes montagnes, où les couches d’air ont exactement la même composition que dans les plaines, car ces couches s’élèvent de celles-ci, par courants, en s’amincissant, il est vrai, jusqu’aux sommets les plus élevés; en sorte, que de l’air recueilli à de grandes hauteurs, sur une montagne, doit avoir exactement la même composition qu’à la base. Lorsqu’on voudra donc bien s’assurer de la différence de composition qui pourrait exister dans l’air, à différentes hauteurs, c’est seulement en s’élevant verticalement, en ballon qu’il faudra la recueillir et non en s’élevant sur le sol.
Ce que je viens de dire, par rapport à la composition de l’air en montagne, se démontre parfaitement, d’ailleurs, par la formation de ce que j’ai appelé les terrains météoriques ou de transport aerien qui recouvrent les montagnes. Ces terrains, que j’ai si- I gnalés, pour la première fois en 1857 (voir Bull. Soc. géolog. de France, 2 e série, tome XV), sont exclusivement formés par l’accumulation continuelle des poussières enlevées par les vents et les tourbillons des plaines, entraînées ensuite par les courants qui lèchent continuellement les flancs des montagnes.
Mou ascension au Popocatépetl (montagne qui fume), élevé, suivant de llumboldt, de 5,40Ü mètres, c'est-à-dire à près de 1,8UÛ pieds plus haut que notre géant d’Europe, le mont Blanc, s’est faite en compagnie d’uu grand nombre d’amateurs de tous pays 1 . Elle a donné lieu à un événement tragi-comique, car, entreprise par hasard, dans la semaine
1 Cette expédition, véritablement internationale, se compo-’ sait de MM. Jules Guillemin, marquis de Rudopont, comte llenr de Béarn, secrétaire de la Légation des États-Unis, comte de Lalomle, secrétaire de la Légation du Mcx.que et moi, représentant la France; de 51JI. Davidson, de la maison Rothschild, .1 llumilton, sir Francis Lyon et J. Uuckley , représentant l’Angleterre; de 11. Uudenian, Hambourgeois; da M. C. i’riscliel, attaché à la Légation de Prusse; de M. Ituren, de Neufchùlel (Suisse); de M. John Co.-ter, des Étals Unis; doM.Wodon, de Forme, ingénieur belge; et cniin de M. Craveri, Chimiste italien.
sainte, le clergé de la ville de Puebla, réputé pour être fort fanatique, ayant sans doute cru apercevoir, dans cette coïncidence fortuite, des intentions sacrilèges, fit partir aussitôt une troupe de 50 cavaliers indiens, chargés de nous arrêter tous.
Fort heureusement que nous étions partis la veille, de chez notre compatriote, M. Jules Guillemiu, alors ingénieur-directeur des forges deSan liosael, situées au pied de F Iztaccihmlt (la Dame blanche), lieu du rendez-vous général, pour aller coucher à labase du cône volcanique, et que là, mes compagnons, peu habitués à dormir sur la dure, n’ajant pu fermer l’œil de la nuit, résolurent de partir à trois heures du matin, afin de jouir du spectacle grandiose du lever du soleil, observé à cette hauteur. Cette circonstance fit que la Lroupe d’indiens, arrivée cependant le matin de bonne heure à notre campement, n’y trouva plus que nos domestiques, nos chevaux et mules, qu’ils emmenèrent prisonniers à quinze lieues de là, avec toutes nos provisions de bouche, et ce qu'il y eut de plus fâcheux pour moi, avec tous mes instruments que devaient me monter nos guides indiens. Comme le comique se mêle souvent aux événements les plus tragiques, une de mes mules de charge et un chien, également faits prisonniers, se sentant peu de goût pour la fourrière, parvinrent b s’échapper en roule.
L'un vint nous rejoindre sur la montagne et l’autre ayant été reprise, deux jours après, dans les forêts qui flanquent cette montagne, me fut ramenée avec nos hommes qui, après force interrogatoires de la part des autorités, lesquelles, se voyant en présence de tant d étrangers de distinction, crurent prudent de les mettre en liberté ; mais, à notre retour à notre campement, nous ne trouvâmes plus que l’eau glacée provenant de la fonte des neiges, pour nous réconforter, et nous dûmes de plus faire six lieues à pied, jusqu’à Améca-tléca, où nous trouvâmes enfin des chevaux qui nous ramenèrent à San Rosa’el.
Je dus d'autant plus regretter d’être privé de mon théodolithe, que nous rencontrâmes au sommet, chose assez rare dans celte région élevée, un temps parfaitement calme et très-pur, et que le principal but de mon ascension avait pour ob|et de déterminer, par une triangulation, l’altitude relative des deux pics du Popocatépetl et de l’Orizaba (le Gitlaltépetl ou Etoile qui brille), sur laquelle il y a désaccord entre les observateurs : ainsi, l’astronome français Ferrer et l’ingénieur américain W. F. Ilavuolds, prétendent avec raison, je le crois, que le pic d'Orizaba est un peu plus élevé (5,450 ou 5,460 mètres) que celui du Popocatépetl, tandis que l’opinion inverse est généralement admise. A cette hauteur, le ciel me parut presque noir, ce que je ne crois nullement dû, comme on l’a prétendu, à un affaiblissement momentané de ma vue ; il me semblait en outre que j’apercevais parfois scintiller faiblement les étoiles.
Comme plusieurs de nos compagnons appartenaient à diverses ambassades, l’affaire fit beaucoup dé bruit au Mexique, et plusieurs d’entre nous vou-
laient intenter des poursuites contre le gouvernement pour cette atteinte, encore sans précédents, au droit des gens ; mais M. Velasquez de Léon, mon ami, ministre de Foments, après m’avoir témoigné tous les regrets du gouvernement central, étranger à la mesure, qui incombait à l’État de Puebla seul, me pria d’arranger l’alfaire, que je parvins facilement du reste à apaiser.
On sait que la plaine et la ville de Mexico sont élevés d’environ 2,500 mètres au-dessus du niveau de la mer ; qu’on y vit cependant très-bien ; que la santé publique y est parfaite et exemple de tonies maladies endémiques. Notre station, au pied du cône, était à plus de 4,000 mètres de hauteur; nous y sommes arrivés à cheval, sans le moindre inconvénient et sans éprouver le plus petit effet de la raréfaction de l’air. Le difficile est l’ascension du cône, véritable pain de sucre, qu’il faut gravir à pied, ce qui exige environ quatre heures de marche très-pénible, bien qu’on le descende ensuite en moins d’une demi-heure. Cependant, mes compagnons et moi n’avons éprouvé d’autres inconvénients que ceux résultant d’une respiration un peu plus rapide, avec un peu plus de lourdeur dans les membres ; ainsi, par exemple, dans les Nevcs du sommet, qui se présentaient sous forme d’escalier, .ou, pour parler plus exactement, sous forme d’écailles hérissées, j’éprouvais assez de difficulté pour les enjamber, et lorsque les saillies étaient plus élevées, j’aidais les jambes avec les mains pour les franchir. Cette disposition de la neige durcie avait, du reste, l’avantage d'empêcher les glissades qui auraient nécessairement eu lieu sur des pentes de 23 t à 25 degrés. Un peintre français bien connu, M. Ed. Piugret, qui nous avait’ précédé dans cette ascension, publiait, à son retour, que vu le peu de difficulté qu’elle présentait, les Mexicains entreprendraient bientôt le voyage au Popocatépetl, par partie de | laisir, comme nous allons à Saint-Cloud ou à Versailles. Ainsi, le mat des montagnes qui, quoi qu’on eu ait dit, ne me semble avoir rien de comparable au mal de mer, se borna pour nous à une très-grande fatigue résultant principalement de notre alourdissement, par suite de la diminution de pression dans la masse d’air qui nous entourait et qui nous soutenait dans les régions inférieures.
I Le cratère du Popocatépetl est entouré, à quelques mètres de ses bords, d’un cercle de glace de 2 à 3 mètres d’épaisseur, dont les dispositions ressemblent tout à fait aux parapets et aux glacis d'une forteresse, et où les crevasses figurent les embrasures de canon. C'est au fond de ce cratère, véritable chemi-
née à paroi complètement verticale d’un côté, et relativement de dimensions assez restreintes (tout au plus 200 mètres sur 150), où les Indiens, à l’aide d’un petit m alacatè, manège à bras, descendent pour recueillir du soufre. Sa profondeur n’est que de 90 rares, environ 75 mètres. VniLEr d’Aoust. .