francs
5 18,700 francs. ;
compacLe de glaces. Ces mers ne sont donc pas impraticables ; c’est aussi l avis du lieutenant Weypreclit, qui écrit, que malgré l’aventure de Tlteyethof, entraîné par une banquise, il est prêt à conduire dans cette direction une expédition nouvelle. La navigabilité de celte mer ne peut pas plus être misecu doute, après l’accident du Thegethof, que celle delà baie deÛaflin ne l’a été après les accidents semblables arrivés à de Hafcn, Mac Clintock, et à l’équipage du Polaris.
Pour ce qui regarde la mer au Nord du détroit de Behring, le capitaine Cook, en 4778, pensait avoir atteint la véritable limite de la navigation au Cap. glacé sur la côte américaine et au Cap Nord sur celle d’Asie. Toute tentative de pousser plus loin lui semblait une témérité sans but pratique, et pourtant, grâce aux voyages de Beechy, de Kellett, et autres, les Américains ont établi dans ces parages dédaignés par Cook, une station de baleiniers, qui a rapporté eu deux ans 8,000,000 de dollars. Le capitaine Long, après avoir longtemps côtoyé vers l’ouest les rivages de la Sibérie, examine si l’on pouvait établir par. cette route un passage entre le grand Océan et l'Atlantique ; il écrit : Cette route, comme voie et transit d’un Océan à l’autre, n’aurait que peu d’importance, mais je liens pour vraisemblable que chaque année, en suivant les côtes, on peut atteindre l’embouchure de la Léna; ce fait, s’il était mis à profit, exercerait une influence avantageuse sur le développement des ressources de la Sibérie Nord.
Les mers qui entourent le Spit/berg ne sont pas moins navigables ; au N.-E. du Spitzberg, un voyageur, Mac Leigt, atteignit, en 4874, la latitude de 80°, 27' par 27°, 2, V de longitude E. Arrivé à ce point, dans la direction de la terre François-Joseph, il n’aperçut que de l’eau libre aussi loin que sa vue pouvait s’étendre.
Le nom de la terre François-Joseph, amené sous la plume du docteur, lui sert de prétexte à une dissertation tendaut à prouver que celte terre n’a pas été découverte, mais seulement retrouvée par l’expédition austro-hongroise. Plusieurs navigateurs auraient droit à cette découverte : d’abord, un capitaine hollandais, Coruélis Roule, qui, à la tin du seizième siècle, auiait dépassé le 84 e parallèle et aurait fait 40 milles au milieu d’un archipel au nord duquel on n’apercevait que de l’eau libre aussi loin que la vue pouvait s’étendre. Si cette découverte est apocryphe, il n’en est pas de même de celle de Badin, qui a certainement vu les côtes ouest de la terre François- Joseph dès 4614 ; arrivé au 81° de latitude, il crut apercevoir une terre au N.-E. du Spitzberg, par 82“ de longitude nord, et cette découverte est indiquée sur une carte de Purchas. Bu reste, qu’est-ce que la terre de Gil lis, sinon la terre François-Joseph qui s; prolonge à l’ouest jusqu’à 46“ de longitude E sans qu’elle paraisse se terminer à cette longitude? II est donc à peu près certain que ce pays a déjà'été vu par plusieurs navigateurs. — Ce coup d’œd jeté au- . tour du cercle polaire la conduit à proposer piû-
sieurs rjutes pour la prochaine expédition anglaise:
1° Par le Spitzberg : « Il est maintenant certain que la côte nord du Spitzberg est située au milieu d’un courant de glaces des plus puissants, qui, cté et hiver, pousse sa masse de glaces contre cette côte. Si une expédition anglaise doit prendre le Spitzberg pour point de départ, deux navires seraient nécessaires, dont l’un remonterait la côte ouest, et l’autre la côte est. Par les vents du nord et de l’ouest, le premier serait probablement arrêté par les glaces, tandis que sur la côte est, le second rencontrerait des eaux navigables ; par les vents de l’est et du sud, au contraire, la situation serait renversée, b
2° Par le détroit de Smith : « La navigation a fait jusqu’à maintenant les plus grands progrès par cette route ; une expédition anglaise, comme on le projette depuis longtemps, peut la suivre avec succès. » C’est à ces quelques mots anodins que le docteur borne le zèle dont il nous a parlé plus haut; il revient bien vite à ses idées favorites ;
3° Par la côte est du Groenland : « Cette côte, ditil, mérite de plus en plus de fixer l’attejition. Un rapport du capitaine Grcy, de Petheread, dit que sur la côte est les glaces sont toujours en mouvement, varient d’étendue avec la saison, mais n’empêchent jamais, même en hiver, d’atteindre la haute latitude de 78°. Ou peut toujours se ménager les moyens d’avancer au nord en longeant les glaces et attendant une ouverture favorable. D’après ce rapport, il existerait, entre la côte du Groenland et la glace compacte, une bande d’eau navigable.
« En 1874, le même Grey s’éleva jusqu’à 79° sans rencontrer d’obstacles, et déclare qu’il aurait pu atteindre le pôle, mais que, venu dans ces mers pour pêcher la baleine, et manquant des approvisionnements nécessaires, il dut renoncer à tenter l’entreprise. 11 est du reste persuadé qu’au nord du Spitzberg, on peut, sans grands risques, avancer vers le pôle d'une distance considérable, et conseille l’aventure à un amateur. Si, reprend le docteur Petermann, l'Amirauté prend en considération ces importantes nouvelles, pour doubler les chances de succès elle pourra peut-être expédier deux steamers, l’un par la côte ouest du Groenland et le détroit de Smith, l’autre par la côte est. » C’est à ce moyen de conciliation que s’en tient le docteur, mais aujourd’hui que nous possédons quelques renseignements sur l’expédition anglaise, nous pouvons dire qu’il n’a pas été suivi. L’Amirauté s’en tient à ses projets primitifs, s’appuyant sur ce que le détroit de Smith présente une suite ininterrompue de côtes, ce qui rendra les expéditions plus fructueuses et permettra plus facilement à l’équipage d’échapper à une déroute.
Le navire qui portera l’expédition est YAlert; sa conserve, le Discovery lui servira de réserve et ne devra pas dépasser le 82° parallèle; enfin, un troisième navire, dit de secours et de dépôt, sera expédié pendant l’été de 1877 et stationnera à l’entrée du détroit de Smith.
Le docteur termine sa lettre en engageant les An-
glais à reprendre, dans l’exploration des mers polaires, la place qu’ils ont si longtemps occupée.
L’Allemagne a fait tout ce qu’elle pouvait faire avec des moyens privés. Son gouvernement n’a pu s’occuper de questions géographiques, car il n’avait ni marine, ni argent, et a dû soutenir trois grandes guerres. Cependant nous avons eu, ces dernières années, bien des expéditions polaires (Hall, la Germania, le Thegethoff , etc.). L’Angleterre est à peu près la seule puissance maritime qui se tienne à l’écart. « Qu elle reprenne donc la tâche de Ross, car les travaux et les actes d’hommes comme Ross et Livingstone lui sont plus utiles que l’expédition contre Coumassie, qui a coûté tant de millions, b
Nous aurions bien des remarques à faire au sujet de cette lettre, mais l’espace nous manque; contentons-nous donc de protester contre le silence dédaigneux dont l’auteur allemand use envers la France, qu’il comprend tacitement dans le petit nombre des puissances maritimes qui restent étrangères à l’exploration des régions arctiques. En demandant àl’AngleterrepourM. Rellot, l’autorisationd’accompagneiTexpédi tionanglaise, la Franceafait tout ce qu’elle pouvait faire après ses désastres, et les auteurs de ces désastres seraient mal venus à lui reprocher sou inaction. Du reste, si une balle prussienne n’était pas venue frapper, en 1870, notre compatriote Lambert, le savant prussien qui a écrit cette lettre aurait eu à compter avec la France ; peut-être même n’aurait-il pas eu à écrire cette lettre, caria route du détroit de Behring, qu’il avait choisie, pouvait conduire Lambert au but que tant d’expéditions n’ont pu atteindre.
P. de Boissy.