L'EXPEDITION AUTRICHIENNE
AU PÔLE NOKD.
(Suite et fin. — Yoy. j>. 26 et 59.)
Le 12 avril, nous cessâmes de pousser plus avant vers le nord. Le temps était plus clair qur les jours precedents. Le thermomètre marquait — 11° rcauinur. Notre route par la couche de glace fraîche, près du Saulen Cap, était devenue absolument impraticable, de sorte que nous fûmes obligés de suivre le versant de la montagne. Voulant explorer un champ de neige, nous enfouîmes nos effets dans une fente de rocher où les ours 11 e pouvaient les atteindre, et nous nous mîmes en route. Arrivés à une saillie de rocher (le cap Gcrmanta,par81°57'), nous laissâmes le iraincau en arrière, et, tous attachés à la corde, suivîmes la direction de la côte vers le nordest et traversâmes le champ de neige et de glace. Les crevasses rendaient notre route de plus en plus périlleuse.
Aussi , après une marche de cinq heures , et étant certains que depuis -nidi nous avions atteint la latitude de 82°5', nous mîmes enfin un terme à notre excursion au point que nous appelâmes cap Fligely.
La vue dont nous jouissions de cette hauteur était précisément de celles qui , jugées avec un certain parti pris, ont donné lieu à tant de controverses sur la véritable nature des hautes régions polaires. Un vaste bassin d'eau libre s’étendait le long de la côte. Il était biefi couvert çà et là d’une couche de glace fraîche, tandis que des glaçons flottants de dimensions moyennes se dessinaient à l’horizon, de l’ouest au nord-est. Toutefois, en prenant en considération la période peu avancée de la saison et le fait qu’à ce moment le vent soufflait de l’ouest, il n’y avait aucune raison de penser que ce bassin dût être moins navigable au cœur de l’été que ces larges flaques considérées comme le signe caractéristique de la nature de l’océan polaire. Mais le témoignage d’une
U 11 pilote do la Nouvelle-Zemble. (D'après une photographie )
heure seule ne suffit pas à renverser des objections nées de tant d’expériences et de preuves du contraire. Même abstraction faite de la résistance de la glace fraîche, tout ce qu’on aurait pu constater, c’est qu’un navire, se trouvant à la pointe nord de la Terre de Zichy, aurait eu la possibilité d’avancer à 10, à 20 milles vers le nord, c’est-à-dire aussi loin que noire œil nous permettait de reconnaître les passages à travers les blocs flottants. Mais aucun navire u’aurait pu remonter les 100 milles de TAuslria-Sund, et l’eût-il fait par impossible, la seule chose qu’il aurait trouvée au delà, c’est la glace compacte.
Malgré la brièveté de ma description, je me suis
arrêté un peu longuement à cette observation, parce qu’elle est d’une extrême importance. Rien 11 e pourrait nuire davantage aux progrès ultérieurs de l’exploration des régions arctiques que des assertions lancées à la légère, lesquelles jetant le trouble dans les esprits et donnant un nouveau poids à des hypothèses déjà condamnées, n’auraient pour effet que de préparer de graves mécomptes aux explorateurs tropcrédules.
Plus important pour nous que la question oiseuse de la navigabilité d'une partie reculée de la mer glaciale, était le fait certain d’avoir découvert de nouveaux pays qui, couverts de montagnes et traversés par un large Sund, avaient pu être reconnus du nord-ouest au nord-est et jusqu’au delà du quatrevingt-troisième degré de latitude nord. Un imposant promontoire,est situé sous cette latitude, c’est le cap Vienne, le point le plus septentrional de la terre connue et qui appartient à ce territoire que la justice et la gratitude nous ont fait appeler Terre de l'etermann.
Sans vouloir donner une théorie relativement à la distribution des terres au pôle et sans prétendre que la terre de Gillis, au sud-ouest, touche le pays nouvellement découvert, il sera cependant permis de constater que le développement des côtes et celui des glaciers de ce pays donnent l’idée d’une vaste agglomération de terres et justifient ainsi jus-