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LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS

DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES DEPUIS I,A RÉVOLUTION FRANÇAISE JUSQü’a NOS JOURS 1 .

bcs secrétaires qui passèrent ou bureau dans la période républicaine furent Cuvier, Lassos et Lefèvre Gineau. La durée de celle organisation en parfaite harmonie avec les idées qui dominaient à cette époque fut trop courte, et politiquement trop agitée pour qu’il soit possible d'en apprécier le mérite. Lorsque le général Bonaparte songea à rétablir la monarchie à son profit, il était naturel qu'il cherchât à donner à l’ln>titut une organisation plus conforme à celle des anciennes académies. Il institua doue des secrétaires perpétuels, ou plutôt perpétua les secrétaires qui étaient en fonction. Mais en outre il les spécialisa. Delambre devint secrétaire perpétued pour les sciences mathématiques et Cuvier pour les sciences physiques. Cuvier fut remplacé par Duloug, quoique ce dernier appartînt aux sciences mathématiques, mais la section des sciences physiques l’avait désigné aux sulfrages de l’Académie. Duloug ayant donné sa démission, fut remplacé par Flourens. Flourens tombant malade fut suppléé par Coste pendant plusieurs années. C’était une manière de lui donner sa survivance. M. CosLo qui, du reste, s’acquittait de sa fonction avec zèle et talent, se croyait peut-être déjà nommé, mais l’Académie lui préféra, par un vote que tout le monde approuva, le membre le plus illustre de la section de chimie, M. Dumas.

Delambre mourut en 1822 et la place fut donnée à Fourier, secrétaire de l'Institut d’Egypte, ancien préfet de l’Isère, et particulièrement désagréable au gouvernement.

Lorsque Fourier avait été nommé membre de l’Institut, lerois’élait avisé de casser l’élection ; l’Académie ayant toutefois persisté à le nommer, le roi avait cédé. Il ne pouvait être question de recommencer une pareille opposition. Mais la cour menaçait de son mécontentement les membres qui voteraient pour Fourier. Arago ayant refusé la candidature. Biot l’avait acceptée. M. de Laplace prit des soins tout particuliers pour cacher son vote. En qualité de marquis il 11 e voulait pas déplaire à la cour, mais en qualité d’analyste il ne pouvait voter contre Fourier.

» Voy. table des maliercs du 2* semestre 1874.

En conséquence, il dit à ses voisins qu’il ne voulait j pas savoir pour qui il voterait. Il écrivit deux bulletins qu’il affecta de tirer au sort. Mais un voisin indiscret, qui avait regardé par dessus son épaule vit qu’il avait écrit deux fois le nom de Fourier.

Fourier mourut en mai 1 850, alors que la France était en proie à toutes les convulsions morales qui accompagnent l’enfantement d’une révolution. Arago fut nommé haut la main.

Quand Arago mourut, en 1853, les circonstances étaient bien changées. Le coup d’Etat auquel Arago avait refusé de prêter serment venait d’avoir lieu. Les amis d’Arago n’étaient pas tous fidèles à sa politique. Cependant dans la division des sciences mathématiques, ils avaient encore la majorité. Aussi sur la liste des candidatures élaborée par la commission que l’assemblée nomma pour préparer l’élection, le nom de M. Elie de Beaumont, récemment nommé sénateur, ne figurait pas.

L’assemblée réunie en comité secret fut appelée, suivant la procédure académique, àdiscuter les titres des candidats qui lui étaient proposés.

C’est dans ce comité secret que, sur la proposition de M. Dupin, on décida que l’assemblée avait le droit de choisir son secrétaire perpétuel, pour les mathématiques, en dehors de la division des sciences mathématiques, et l’on vota l’adjonction de trois nouveaux candidats, eu s’appuyant sur le précédent de l’élection de M. Dulong. Deux de ces candidats ayant refusé, M. Elie de Beaumont resta seul adjoint. Des quatre candidats ce fut celui qui réunit le plus de suffrages, et il s'installa dans le fauteuil d’Arago.

Nous ne voulons pas terminer cette notice sans donner quelques renseignements sur les travaux du nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie.

M. Joseph Bertrand est auteur d’un traité de calcul intégral et différentiel en trois volumes qui est digne de marcher à côté de celui du célèbre Lacroix. Il peut être comparé à ce livre classique sous le rapport de la clarté et contient un nombre considérable de questions dont l’analyste du commencement de ce siècle n’avait pu naturellement s’occuper. Le Traité de M. Bertrand devait avoir trois volumes, mai; le troisième a été brûlé dans les incendies allumés par la Commune, et il est à craindre qu’il ne soit pas recommencé, M. Bertrand ayant reculé jusqu’à ce jour devant le travail nécessaire pour le reconstituer.

Ou doit encore à M. Bertrand un livre populaire intitulé les Fondateurs de l’astronomie moderne Dans ce livre sont recueillies des conférences prononcées par M. Bertrand il y a déjà quelques années. Les derniers discours de M. Bertrand prouvent que le talent de cet orateur n’attendait que des circonstances plus favorables pour se développer complètement. Rendant la guerre franco-allemande, M. Bertrand a fait son service de garde national dans le bastion dont l’Ecole polytechnique, où il est professeur, avait la garde.

Dès ses plus jeunes années M. Bertrand a donné les preuves d’inie capacité précoce. Son oncle Duha-

mel, depuis membre de 1 Institut, était directeur do l’école préparatoire de Sainte-Barbe.

On eut l’idée d’interroger le jeune Bertrand qui assistait en amateur aux cours distillés à des jeunes gens âgés de 15 ou 17 ans. M. Bertrand, quiavait à peine 11 ans, répondit de manière à surprendre ses interrogateurs.

A la fin de l’année on résolut de lui faire subir les examens de l’Ecole polytechnique. Il y fut reçu le premier, mais son jeune âge l’empêcha d’y entrer. Quand il eut seize ans accomplis il dut passer de nouveaux examens.

Le frère de M. Bertrand, également ancien élève de l’Ecole polytechnique, et son aîné de quelques années, est actuellement directeur du musée des antiquités nationales de Saint-Germain.

Les deux frères alors tous deux à F Ecole polytechnique se trouvaient dans le train de Versailles, qui fut victime du terrible accident de Meudon.

M. Bertrand fut atteint au visage d’une blessure dont il porte encore aujourd’hui les marques. Son frère, grièvement blessé, ne pouvait se tirer des débris du convoi. M. Joseph Bertrand, malgré la douleur et le sang qui lui enlevait l’usage de ses yeux, fit monter son frère sur ses épaules et le conduisit hors du danger. Suivant la remarque des journaux du temps, c’était l'aveugle qui portait le paralytique.

Membre de l’Académie des sciences depuis une dizaine d’années M. Bertrand n’est encore âgé que de 52 ans. C’est le plus jeune des secrétaires perpétuels pour les mathématiques que l’on ait eu depuis Condorcet, lequel n’était âgé en 1774 que de 28 ans. Quant à Cuvier, secrétaire pour les sciences physiques, il dut sa nomination à ce qu’il était le plus jeune des membres de l’Institut républicain. C’est une circonstance à laquelle la commission, qui a rédigé la liste des candidatures, ne paraît pas avoir songé dans la dernière élection, caran lieu de rangea les candidats ex-œquo, par ordre alphabétiquecornme il est ordinaire, on les avait disposés cette fois par rang d’ancienneté. W. du Fonvielle.

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