DE LA SUÈDE
La Suède et la Finlande présentent un grand nombre de chaînes de collines, d’une faible altitude (180 pieds au maximum) d'une longueur souvent considérable (00 lieues et au delà) très-régulières d’allure, lorsqu’elles traversent les plaines et dont la hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer peut atteindre plus de 1000 pieds. — Orientées, le pins souvent du nord au sud, elles paraissent eu certains points indépendantes du relief du pays, mais ont une tendance générale à suivre les vallées.
Au premier abord, elles ne présentent rien de remarquable; une épaisse couche d’humus dans lg-<
quelle s'entrecroisent sous la mousse les tortueuses raeiues des sapins, dérobe à l’œil la nature singulière des matériaux qui en constituent l’ossature, amoncellement en apparence incohérent de sable et de galets arrondis, exploité eu maint endroit comme carrières et dont les noms suédois (Saml âsar, milsiens àsar 1 ) ont prévalu dans la science française, je prendrai comme type de la constitution interne des âsar, celle de la colline de Falkœping près de l’église de Friggeraker (lig. 1).
Le sol qui supporte la colline est un roc vif de calcaire silurien aa, recouvert en partie de sable argileux bb, surmontée elle-même d’un lit ce de gravier stratifié, c'est-à-dire étendu en couches parallèles. Le noyau central est formé d'une masse de cailloux roulés que recouvre une tunique e de sable à stratification bien caractérisée et remplie de débris coquillicrs. line dernière enveloppe de terre végétale couvre le tout.
] Selon M. Erdmann, les âsar auraient été formées le long des côtes ; elles seraient d’après lui des jetées littorales, véritables dunes pierreuses amoncelées par le choc des vagues, en un long cordon marginal, successivement enseveli sous les eaux à mesure que 1’alïaissement du sol se produisait et dont l’ensemble formé de chaînes sensiblement parallèles présenterait à nos yeux, les limites successives du domaine de la mer.
A la fin de la première phase de la période glaciaire, le niveau de la Baltique était plus bas qu’aujourd’hui'. Il s’éleva ensuite et atteignit un niveau de beaucoup supérieur au niveau actuel, puis par un mouvement contraire s’abaissa peu à peu jusqu’au niveau qu’il a atteint aujourd’hui, subissant une véritable oscillation pendant laquelle le bord de la mer s’est, continuellement déplacé, en restant sen.,iblemeni parallèle à lui-même, d’abord vers l’inté-
Telle est la constitution générale des âsar, qui se réduit à :
1° Une charpente centrale de galets, formée, nous le verrons tout à l’heure, pendant la deu-
rieur du pays , puis vers la haute mer, comme le ferait une marée presqu’insensible et d’une durée de plusieurs milliers de siècles (lig. 2).
Ce mouvement a-t-il
xième partie de l’époque glaciaire ;
2° Au-dessous un lit de sable et de graviers contemporains de la première partie de cette période ; *
3“ Enfin, une tunique stratifiée datant de la période post-glaciaire.
Sur ces chaînes princi
Fig. 1, — aa. Calcaire silurien. — bb. Sable argileux. -- cc. Gravier stratifier, — d. Cailloux roulés. — e. Tunique de sable.
Fir. i.
été continu? La théorie de M. Erdmann suppose qu’il s’est effectué avec une vitesse très-variable, très-laible ou nulle pendant que le (lot battant la côte et remaniant les débris des moraines, les amoncelait en un cordon marginal, puis, plus rapide, les dérobant à l’ac-
pales, des chaînes secondaires et de dimensions moins considérables vidaient se greffer, identiques du reste aux premières par leur constitution intérieure.
Les àsar de la Finlande et de la Russie sont analogues à ceux de la Suède, mais de dimensions plus faibles.
Une si curieuse formation devait nécessairement al tirer l’attention des géologues et donner lieu à des théories nombreuses. Celle qui a été admise jusqu’à ces dernières années, et, on peut le dire, sans discussion, est due à un savant professeur suédois, M. Erdmann, enlevé depuis peu d’années à sa patrie et à la science; elle se trouve décrite dans son Traité des formations quaternaires dont une traduction française a été publiée.
Elle est originale, sinon simple et facile à saisir dans ses détails et mérite d 'être sommairement rappelée au moins à titre de renseignement historique, avant l’exposition de la théorie nouvelle, moins compliquée et plus rationnelle.
1 Âs (prononcez aus), pluriel âsar, signifie en suédois colline; saml-âsar (collines de sable), rullstens-âsar (collines de pierres roulées).
tion destructive des eaux et les recouvrant d’un manteau stratifié de sable, de coquilles et de débris, taudis qu’un nouveau cordon littoral prenait naissance, lorsque le sol subissait un temps de repos.
Une série de dunes pierreuses fut donc successivement formée et noyée dans la Baltique. Puis lorsqu’à la fin des temps glaciaires, le sol reprit son mouvement ascensionnel , elles reparurent après avoir subi uii remaniement produit par l’agitation et le remous des eaux superficielles.
Telle est en quelques mots la théorie d’Erdmann. Elle séduit par son originalité, mais ne résiste guère à l’analyse ; elle repose sur une hypothèse contestable, le mouvement par saccades du sol et est du reste impuissante à rendre compte de la formation des àsar secondaires.
La théorie nouvelle due à M. Tœrnbœhn, jeune
1 Bien que les modifications du relief du sol soient unique* meut dues aux mouvements du sol lui-même et non aux variations du niveau de la mer, j’emploirai indifféremment, poui la facilité de l’exposition, les deux formes de langage. Cela ne change rien à l’explication qui ne dépend que do la h iulcui relative du sol au-dessus du niveau de ln rr.cr.
géologue suédois, a paru pour la première fois en 1872 dans un journal scientifique de Stockholm : Geologiska fœrenningens i Stockholm fœrhandlingar et n’a pas été encore, que je sache, traduite en français.
Je n’ai pas la prétention de suppléer par cette courte notice à un travail aussi nécessaire ; je veux simplement donner un aperçu de cette nouvelle théorie.
D’après M. Tœrnbœhn les âsar ont une origine toute différente que ne le supposait M. Erdmann; ici, ce sont des jetées littorales, là, les lits desséchés d’anciens torrents glaciaires.
Les géologues connaissent les oscillations que la Suède méridionale a éprouvées pendant les périodes glaciaires. Le croquis, ci-contre, représente d’une manière théorique, le sens dans lequel se sont
produites les variations du niveau relatif de la mer.